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New Philadelphia Book Publisher Highlights Local Talent
Book and Publishing News from Publishers Newswire(tm)

Looking for Child to be on Cover of a New Book, 'The Model Child'
PHILADELPHIA, Pa. -- The Philadelphia literary world will celebrate the launch of two new players today, April 10th: Kay Square Press, a new publishing company focused on Philadelphia-area artists, their stories, and their art; and Kay Square's first release, 'With the Rich and Mighty: Emlen Etting of Philadelphia' (ISBN: 978-0-9815129-0-7), a critical biography by Kenneth C. Kaleta.

FlatSigned Press Alleges Don Imus Remarks Damage Legacy of President Gerald R. Ford
NEW YORK, N.Y. -- Nathan Yungerberg, an accomplished model scout and professional child photographer is launching a nation-wide casting call to find the cover model for his highly anticipated book release, 'The Model Child: A Parents Guide to the Child Modeling Industry' (ISBN: 978-0-9817018-0-6).

L\'Abbesse de Castro

S >> Stendhal >> L\'Abbesse de Castro

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L'ABBESSE DE CASTRO



by Stendhal [1 of 170 pseudnyms used by Marie-Henri Beyle]




Le m‚lodrame nous a montr‚ si souvent les brigands italiens du seiziŠme siŠcle, et tant de gens en ont parl‚ sans les connaŒtre, que nous en avons maintenant les id‚es les plus fausses. On peut dire en g‚n‚ral que ces brigands furent l'opposition contre les gouvernements atroces qui, en Italie, succ‚dŠrent aux r‚publiques du Moyen Age. Le nouveau tyran fut d'ordinaire le citoyen le plus riche de la d‚funte r‚publique et, pour s‚duire le bas peuple, il ornait la ville d'‚glises magnifiques et de beaux tableaux. Tels furent les Polentini de Ravenne, les Manfredi de Faenza, les Riario d'Imola, les Cane de V‚rone, les Bentivoglio de Bologne, les Visconti de Milan, et enfin, les moins belliqueux et les plus hypocrites de tous, les M‚dicis de Florence. Parmi les historiens de ces petits Etats, aucun n'a os‚ raconter les empoisonnements et assassinats sans nombre ordonn‚s par la peur qui tourmentait ces petits tyrans; ces graves historiens ‚taient … leur solde. Consid‚rez que chacun de ces tyrans connaissait personnellement chacun des r‚publicains dont il savait ˆtre ex‚cr‚ (le grand-duc de Toscane, C“me, par exemple, connaissait Strozzi), que plusieurs de ces tyrans p‚rirent par l'assassinat, et vous comprendrez les haines profondes, les m‚fiances ‚ternelles qui donnŠrent tant d'esprit et de courage aux Italiens du seiziŠme siŠcle, et tant de g‚nie … leurs artistes. Vous verrez ces passions profondes empˆcher la naissance de ce pr‚jug‚ assez ridicule qu'on appelait l'honneur, du temps de madame de S‚vign‚, et qui consiste surtout … sacrifier sa vie pour servir le maŒtre dont on est n‚ le sujet et pour plaire aux dames. Au seiziŠme siŠcle, l'activit‚ d'un homme et son m‚rite r‚el ne pouvaient se montrer en France et conqu‚rir l'admiration que par la bravoure sur le champ de bataille ou dans les duels; et, comme les femmes aiment la bravoure et surtout l'audace, elles devinrent les juges suprˆmes du m‚rite d'un homme. Alors naquit l'esprit de galanterie, qui pr‚para l'an‚antissement successif de toutes les passions et mˆme de l'amour, au profit de ce tyran cruel auquel nous ob‚issons tous: la vanit‚. Les rois prot‚gŠrent la vanit‚ et avec grande raison: de l… l'empire des rubans.

En Italie, un homme se distinguait par tous les genres de m‚rite, par les grands coups - d'‚p‚e comme par les d‚couvertes dans les anciens manuscrits: voyez P‚trarque, l'idole de son temps; et une femme du seiziŠme siŠcle aimait un homme savant en grec autant et plus qu'elle n'e–t aim‚ un homme c‚lŠbre par la bravoure militaire. Alors on vit des passions, et non pas l'habitude de la galanterie. Voil… la grande diff‚rence entre l'Italie et la France, voil… pourquoi l'Italie a vu naŒtre les Rapha‰l, les Giorgione, les Titien, les CorrŠge, tandis que la France produisait tous ces braves capitaines du seiziŠme siŠcle, si inconnus aujourd'hui et dont chacun avait tu‚ un si grand nombre d'ennemis.

Je demande pardon pour ces rudes v‚rit‚s. Quoi qu'il en soit, les vengeances atroces et n‚cessaires des petits tyrans italiens du Moyen Age conciliŠrent aux brigands le coeur des peuples. On ha‹ssait les brigands quand ils volaient des chevaux, du bl‚, de l'argent, en un mot, tout ce qui leur ‚tait n‚cessaire pour vivre; mais au fond le coeur des peuples ‚tait pour eux; et les filles du village pr‚f‚raient … tous les autres le jeune gar‡on qui, une fois dans la vie, avait ‚t‚ forc‚ d'andar' alla machina, c'est-…-dire de fuir dans les bois et de prendre refuge auprŠs des brigands … la suite de quelque action trop imprudente.

De nos jours encore tout le monde assur‚ment redoute la rencontre des brigands; mais subissent-ils des chƒtiments, chacun les plaint. C'est que ce peuple si fin, si moqueur, qui rit de tous les ‚crits publi‚s sous la censure de ses maŒtres, fait sa lecture habituelle de petits poŠmes qui racontent avec chaleur la vie des brigands les plus renomm‚s. Ce qu'il trouve d'h‚ro‹que dans ces histoires ravit la fibre artiste qui vit toujours dans les basses classes, et, d'ailleurs, il est tellement las des louanges officielles donn‚es … certaines gens, que tout ce qui n'est pas officiel en ce genre va droit … son coeur. Il faut savoir que le bas peuple, en Italie, souffre de certaines choses que le voyageur n'apercevrait jamais, v‚c–t-il dix ans dans le pays. Par exemple, il y a quinze ans, avant que la sagesse des gouvernements n'e–t supprim‚ les brigands*, il n'‚tait pas rare de voir certains de leurs exploits punir les iniquit‚s des gouverneurs de petites villes. Ces gouverneurs, magistrats absolus dont la paye ne s'‚lŠve pas … plus de vingt ‚cus par mois, sont naturellement aux ordres de la famille la plus consid‚rable du pays, qui, par ce moyen bien simple, opprime ses ennemis. Si les brigands ne r‚ussissaient pas toujours … punir ces petits gouverneurs despotes, du moins ils se moquaient d'eux et les bravaient, ce qui n'est pas peu de chose aux yeux de ce peuple spirituel. Un sonnet satirique le console de tous ses maux, et jamais il n'oublia une offense. Voil… une autre des diff‚rences capitales entre l'Italien et le Fran‡ais.
* Gasparone, le dernier brigand, traita avec le gouvernement en 1826; il est enferm‚ dans la citadelle de Civita-Vecchia avec trente-deux de ses hommes. Ce fut le manque d'eau sur les sommets des Apennins, o— il s'‚tait r‚fugi‚, qui l'obligea … traiter. C'est un homme d'esprit, d'une figure assez revenante.

Au seiziŠme siŠcle, le gouverneur d'un bourg avait-il condamn‚ … mort un pauvre habitant en butte … la haine de la famille pr‚pond‚rante, souvent on voyait les brigands attaquer la prison et essayer de d‚livrer l'opprim‚. De son c“t‚, la famille puissante, ne se fiant pas trop aux huit ou dix soldats du gouvernement charg‚s de garder la prison, levait … ses frais une troupe de soldats temporaires. Ceux-ci, qu'on appelait des bravi, bivaquaient dans les alentours de la prison, et se chargeaient d'escorter jusqu'au lieu du supplice le pauvre diable dont la mort avait ‚t‚ achet‚e. Si cette famille puissante comptait un jeune homme dans son sein, il se mettait … la tˆte de ces soldats improvis‚s.

Cet ‚tat de la civilisation fait g‚mir la morale, j'en conviens; de nos jours on a le duel, l'ennui, et les juges ne se vendent pas; mais ces usages du seiziŠme siŠcle ‚taient merveilleusement propres … cr‚er des hommes dignes de ce nom.

Beaucoup d'historiens, lou‚s encore aujourd'hui par la litt‚rature routiniŠre des acad‚mies, ont cherch‚ … dissimuler cet ‚tat de choses, qui, vers 1550, forma de si grands caractŠres. De leur temps, leurs prudents mensonges furent r‚compens‚s par tous les honneurs dont pouvaient disposer les M‚dicis de Florence, les d'Este de Ferrare, les vice-rois de Naples, et Un pauvre historien, nomm‚ Giannone, a voulu soulever un coin du voile; mais, comme il n'a os‚ dire qu'une trŠs petite partie de la v‚rit‚, et encore en employant des formes dubitatives et obscures, il est rest‚ fort ennuyeux, ce qui ne l'a pas empˆch‚ de mourir en prison … quatre-vingt-deux ans, le 7 mars 1758.

La premiŠre chose … faire, lorsque l'on veut connaŒtre l'histoire d'Italie, c'est donc de ne point lire les auteurs g‚n‚ralement approuv‚s; nulle part on n'a mieux connu le prix du mensonge, nulle part, il ne fut mieux pay‚*.
* Paul Jove, ‚vˆque de C“me, l'Ar‚tin et cent autres moins amusants, et que l'ennui qu'ils distribuent a sauv‚s de l'infamie, Robertson, Roscoe, sont remplis de mensonges. Guichardin se vendit … C“me Ier, qui se moqua de lui. De nos jours, Colletta et Pignotti ont dit la v‚rit‚, ce dernier avec la peur constante d'ˆtre destitu‚, quoique ne voulant ˆtre imprim‚ qu'aprŠs sa mort.

Les premiŠres histoires qu'on ait ‚crites en Italie, aprŠs la grande barbarie du neuviŠme siŠcle, font d‚j… mention des brigands, et en parlent comme s'ils eussent exist‚ de temps imm‚morial. (Voyez le recueil de Muratori l.) Lorsque, par malheur pour la f‚licit‚ publique, pour la justice, pour le bon gouvernement, mais par bonheur pour les arts, les r‚publiques du Moyen Age furent opprim‚es, les r‚publicains les plus ‚nergiques, ceux qui aimaient la libert‚ plus que la majorit‚ de leurs concitoyens, se r‚fugiŠrent dans les bois. Naturellement le peuple vex‚ par les Baglioni, par les Malatesti, par les Bentivoglio, par les M‚dicis, et, aimait et respectait leurs ennemis. Les cruaut‚s des petits tyrans qui succ‚dŠrent aux premiers usurpateurs, par exemple, les cruaut‚s de C“me, premier grand-duc de Florence, qui faisait assassiner les r‚publicains r‚fugi‚s jusque dans Venise, jusque dans Paris, envoyŠrent des recrues … ces brigands. Pour ne parler que des temps voisins de ceux o— v‚cut notre h‚ro‹ne, vers l'an 1550, Alphonse Piccolomini, duc de Monte Mariano, et Marco Sciarra dirigŠrent avec succŠs des bandes arm‚es qui, dans les environs d'Albano, bravaient les soldats du pape alors fort braves. La ligne d'op‚ration de ces fameux chefs que le peuple admire encore s'‚tendait depuis le P“ et les marais de Ravenne jusqu'aux bois qui alors couvraient le V‚suve. La forˆt de la Faggiola, si c‚lŠbre par leurs exploits, situ‚e … cinq lieues de Rome, sur la route de Naples, ‚tait le quartier g‚n‚ral de Sciarra, qui, sous le pontificat de Gr‚goire XIII, r‚unit quelquefois plusieurs milliers de soldats. L'histoire d‚taill‚e de cet illustre brigand serait incroyable aux yeux de la g‚n‚ration pr‚sente, en ce sens que jamais on ne voudrait comprendre les motifs de ses actes. Il ne fut vaincu qu'en 1592. Lorsqu'il vit ses affaires dans un ‚tat d‚sesp‚r‚, il traita avec la r‚publique de Venise et passa … son service avec ses soldats les plus d‚vou‚s ou les plus coupables, comme on voudra. Sur les r‚clamations du gouvernement romain, Venise, qui avait sign‚ un trait‚ avec Sciarra, le fit assassiner, et envoya ses braves soldats d‚fendre l'Œle de Candie contre les Turcs. Mais la sagesse v‚nitienne savait bien qu'une peste meurtriŠre r‚gnait … Candie, et en quelques jours les cinq cents soldats que Sciarra avait amen‚s au service de la r‚publique furent r‚duits … soixante-sept.

Cette forˆt de la Faggiola, dont les arbres gigantesques couvrent un ancien volcan, fut le dernier th‚ƒtre des exploits de Marco Sciarra. Tous les voyageurs vous diront que c'est le site le plus magnifique de cette admirable campagne de Rome, dont l'aspect sombre semble fait pour la trag‚die. Elle couronne de sa noire verdure les sommets du mont Albano.

C'est … une certaine irruption volcanique ant‚rieure de bien des siŠcles … la fondation de Rome que nous devons cette magnifique montagne. A une ‚poque qui a pr‚c‚d‚ toutes les histoires, elle surgit au milieu de la vaste plaine qui s'‚tendait jadis entre les Apennins et la mer. Le Monte Cavi, qui s'‚lŠve entour‚ par les sombres ombrages de la Faggiola, en est le point culminant; on l'aper‡oit de partout, de Terracine et d'Ostie comme de Rome et de Tivoli, et c'est la montagne d'Albano, maintenant couverte de palais, qui, vers le midi, termine cet horizon de Rome si c‚lŠbre parmi les voyageurs. Un couvent de moines noirs a remplac‚, au sommet du Monte Cavi, le temple de Jupiter F‚r‚trien, o— les peuples latins venaient sacrifier en commun et resserrer les liens d'une sorte de f‚d‚ration religieuse. Prot‚g‚ par l'ombrage de chƒtaigniers magnifiques, le voyageur parvient, en quelques heures, aux blocs ‚normes que pr‚sentent les ruines du temple de Jupiter; mais sous ces ombrages sombres, si d‚licieux dans ce climat, mˆme aujourd'hui, le voyageur regarde avec inqui‚tude au fond de la forˆt; il a peur des brigands. Arriv‚ au sommet du Monte Cavi, on allume du feu dans les ruines du temple pour pr‚parer les aliments. De ce point, qui domine toute la campagne de Rome, on aper‡oit, au couchant, la mer, qui semble … deux pas, quoique … trois ou quatre lieues; on distingue les moindres bateaux; avec la plus faible lunette, on compte les hommes qui passent … Naples sur le bateau … vapeur. De tous les autres c“t‚s, la vue s'‚tend sur une plaine magnifique qui se termine, au levant, par l'Apennin, au-dessus de Palestrine, et, au nord, par Saint-Pierre et les autres grands ‚difices de Rome. Le Monte Cavi n'‚tant pas trop ‚lev‚, l'oeil distingue les moindres d‚tails de ce pays sublime qui pourrait se passer d'illustration historique, et cependant chaque bouquet de bois, chaque pan de mur en ruine, aper‡u dans la plaine ou sur les pentes de la montagne, rappelle une de ces batailles si admirables par le patriotisme et la bravoure que raconte Tite-Live.

Encore de nos jours l'on peut suivre, pour arriver aux blocs ‚normes, restes du temple de Jupiter F‚retrien, et qui servent de mur au jardin des moines noirs, la route triomphale parcourue jadis par les premiers rois de Rome. Elle est pav‚e de pierres taill‚es fort r‚guliŠrement; et, au milieu de la forˆt de la Faggiola, on en trouve de longs fragments.

Au bord du cratŠre ‚teint qui, rempli maintenant d'une eau limpide, est devenu le joli lac d'Albano de cinq … six milles de tour, si profond‚ment encaiss‚ dans le rocher de lave, ‚tait situ‚e Albe, la mŠre de Rome, et que la politique romaine d‚truisit dŠs le temps des premiers rois. Toutefois ses ruines existent encore. Quelques siŠcles plus tard, … un quart de lieue d'Albe, sur le versant de la montagne qui regarde la mer, s'est ‚lev‚e Albano, la ville moderne; mais elle est s‚par‚e du lac par un rideau de rochers qui cachent le lac … la ville et la ville au lac. Lorsqu'on l'aper‡oit de la plaine, ses ‚difices blancs se d‚tachent sur la verdure noire et profonde de la forˆt si chŠre aux brigands et si souvent nomm‚e, qui couronne de toutes parts la montagne volcanique.

Albano, qui compte aujourd'hui cinq ou six mille habitants, n'en avait pas trois mille en 1540, lorsque florissait, dans les premiers rangs de la noblesse, la puissante famille Campireali, dont nous allons raconter les malheurs.

Je traduis cette histoire de deux manuscrits volumineux, l'un romain, et l'autre de Florence. A mon grand p‚ril, j'ai os‚ reproduire leur style, qui est presque celui de nos vieilles l‚gendes. Le style si fin et si mesur‚ de l'‚poque actuelle e–t ‚t‚, ce me semble, trop peu d'accord avec les actions racont‚es et surtout avec les r‚flexions des auteurs. Ils ‚crivaient vers l'an 1598. Je sollicite l'indulgence du lecteur et pour eux et pour moi.


II


AprŠs avoir ‚crit tant d'histoires tragiques, dit l'auteur du manuscrit florentin, je finirai par celle de toutes qui me fait le plus de peine … raconter. Je vais parler de cette fameuse abbesse du couvent de la Visitation … Castro, H‚lŠne de Campireali, dont le procŠs et la mort donnŠrent tant … parler … la haute soci‚t‚ de Rome et de l'Italie. D‚j…, vers 1555, les brigands r‚gnaient dans les environs de Rome, les magistrats ‚taient vendus aux familles puissantes. En l'ann‚e 1572, qui fut celle du procŠs, Gr‚goire XIII, Buoncompagni, monta sur le tr“ne de saint Pierre. Ce saint pontife r‚unissait toutes les vertus apostoliques; mais on a pu reprocher quelque faiblesse … son gouvernement civil; il ne sut ni choisir des juges honnˆtes, ni r‚primer les brigands; il s'affligeait des crimes et ne savait pas les punir. Il lui semblait qu'en infligeant la peine de mort il prenait 'sur lui une responsabilit‚ terrible. Le r‚sultat de cette maniŠre de voir fut de peupler d'un nombre presque infini de brigands les routes qui conduisent … la ville ‚ternelle. Pour voyager avec quelque s–ret‚, il fallait ˆtre ami des brigands. La forˆt de la Faggiola, … cheval sur la route de Naples par Albano, ‚tait depuis longtemps le quartier g‚n‚ral d'un gouvernement ennemi de celui de Sa Saintet‚, et plusieurs fois Rome fut oblig‚e de traiter, comme de puissance … puissance, avec Marco Sciarra, l'un des rois de la forˆt. Ce qui faisait la force de ces brigands, c'est qu'ils ‚taient aim‚s des paysans leurs voisins.

"Cette jolie ville d'Albano', si voisine du quartier g‚n‚ral des brigands, vit naŒtre, en 1542, H‚lŠne de Campireali. Son pŠre passait pour le patricien le plus riche du pays, et, en cette qualit‚. il avait ‚pous‚ Victoire Carafa, qui poss‚dait de grandes terres dans le royaume de Naples. Je pourrais citer quelques vieillards qui vivent encore, et ont fort bien connu Victoire Carafa et sa fille. Victoire fut un modŠle de prudence et d'esprit: mais, malgr‚ tout son g‚nie, elle ne put pr‚venir la ruine de sa famille Chose singuliŠre! les malheurs affreux qui vont former le triste sujet de mon r‚cit ne peuvent, ce me semble, ˆtre attribu‚s, en particulier, … aucun des acteurs que je vais pr‚senter au lecteur: je vois des malheureux, mais, en v‚rit‚, je ne puis trouver des coupables. L'extrˆme beaut‚ et l'ƒme si tendre de la jeune H‚lŠne ‚taient deux grands p‚rils pour elle, et font l'excuse de Jules Branciforte, son amant, tout comme le manque absolu d'esprit de monsignor Cittadini, ‚vˆque de Castro, peut aussi l'excuser jusqu'… un certain point. Il avait d– son avancement rapide dans la carriŠre des honneurs eccl‚siastiques … l'honnˆtet‚ de sa conduite, et surtout … la mine la plus noble et … la figure la plus r‚guliŠrement belle que l'on p–t rencontrer. Je trouve ‚crit de lui qu'on ne pouvait le voir sans l'aimer.

"Comme je ne veux flatter personne, je ne dissimulerai point qu'un saint moine du couvent de Monte Cavi, qui souvent avait ‚t‚ surpris, dans sa cellule, ‚lev‚ … plusieurs pieds au-dessus du sol, comme saint Paul, sans que rien autre que la grƒce divine p–t le soutenir dans cette position extraordinaire*, avait pr‚dit au seigneur de Campireali que sa famille s'‚teindrait avec lui, et qu'il n'aurait que deux enfants, qui tous deux P‚riraient de mort violente. Ce fut … cause de cette pr‚diction qu'il ne put trouver … se marier dans le pays et qu'il alla chercher fortune … Naples, o— il eut le bonheur de trouver de grands biens et une femme capable, par son g‚nie de changer sa mauvaise destin‚e, si toutefois une telle chose e–t ‚t‚ possible. Ce seigneur de Campireali passait pour fort honnˆte homme et faisait de grandes charit‚s; mais il n'avait nul esprit, ce qui fit que peu … peu il se retira du s‚jour de Rome, et finit par passer presque toute l'ann‚e dans son palais d'Albano. Il s'adonnait … la culture de ses terres situ‚es dans cette plaine si riche qui s'‚tend entre l… ville et la mer. Par les conseils de sa femme, il fit donner l'‚ducation la plus magnifique … son fils Fabio, jeune homme trŠs fier de sa naissance, et … sa fille H‚lŠne, qui fut un miracle de beaut‚, ainsi qu'on peut le voir encore par son portrait, qui existe dans la collection FarnŠse. Depuis que j'ai commenc‚ … ‚crire son histoire, je suis all‚ au palais FarnŠse pour consid‚rer l'enveloppe mortelle que le ciel avait donn‚e … cette femme, dont la fatale destin‚e fit tant de bruit de son temps, et occupe mˆme encore la m‚moire des hommes. La forme de la tˆte est un ovale allong‚, le front est trŠs grand, les cheveux sont d'un blond fonc‚. L'air de sa physionomie est plut“t gai; elle avait de grands yeux d'une expression profonde, et des sourcils chƒtains formant un arc parfaitement dessin‚. Les lŠvres sont fort minces, et l'on dirait que les contours de la bouche ont ‚t‚ dessin‚s par le fameux peintre CorrŠge. Consid‚r‚e au milieu des portraits qui l'entourent … la galerie FarnŠse, elle a l'air d'une reine. Il est bien rare que l'air gai soit joint … la majest‚.
* Encore aujourd'hui, cette position singuliŠre est regard‚e, par le peuple de la campagne de Rome, comme un signe certain de saintet‚. Vers l'an 1826, un moine d'Albano fut aper‡u plusieurs fois soulev‚ de terre par la grƒce divine. On lui attribua de nombreux miracles; on accourait de vingt lieues … la ronde pour recevoir sa b‚n‚diction; des femmes, appartenant aux premiŠres classes de la soci‚t‚, l'avaient vu se tenant dans sa cellule, … trois pieds de terre. Tout … coup, il disparut.

"AprŠs avoir pass‚ huit ann‚es entiŠres, comme pensionnaire au couvent de la Visitation de la ville de Castro, maintenant d‚truite, o— l'on envoyait, dans ce temps-l…, les filles de la plupart des princes romains, H‚lŠne revint dans sa patrie, mais ne quitta point le couvent sans faire offrande d'un calice magnifique au grand autel de l'‚glise. A peine de retour dans Albano, son pŠre fit venir de Rome moyennant une pension consid‚rable, le c‚lŠbre poŠte Cechino, alors fort ƒg‚; il orna la m‚moire d'H‚lŠne des plus beaux vers du divin Virgile, de P‚trarque, de l'Arioste et du Dante, ses fameux ‚lŠves."

Ici le traducteur est oblig‚ de passer une longue dissertation sur les diverses parts de gloire que le seiziŠme siŠcle faisait … ces grands poŠtes. Il paraŒtrait qu'H‚lŠne savait le latin. Les vers qu'on lui faisait apprendre parlaient d'amour, et d'un amour qui nous semblerait bien ridicule, si nous le rencontrions en 1839; je veux dire l'amour passionn‚ qui se nourrit de grands sacrifices, ne peut subsister qu'environn‚ de mystŠre, et se trouve toujours voisin des plus affreux malheurs.

Tel ‚tait l'amour que sut inspirer … H‚lŠne, … peine ƒg‚e de dix-sept ans, Jules Branciforte. C'‚tait un de ses voisins, fort pauvre; il habitait une ch‚tive maison bƒtie dans la montagne, … un quart de lieue de la ville, au milieu des ruines d'Albe et sur les bords du pr‚cipice de cent cinquante pieds, tapiss‚ de verdure, qui entoure le lac. Cette maison, qui touchait aux sombres et magnifiques ombrages de la forˆt de la Faggiola, a depuis ‚t‚ d‚molie, lorsqu'on a bƒti le couvent de Palazzuola. Ce pauvre jeune homme n'avait pour lui que son air vif et leste, et l'insouciance non jou‚e avec laquelle il supportait sa mauvaise fortune. Tout ce que l'on pouvait dire de mieux en sa faveur, c'est que sa figure ‚tait expressive sans ˆtre belle. Mais il passait pour avoir bravement combattu sous les ordres du prince Colonna et parmi ses bravi, dans deux ou trois entreprises fort dangereuses. Malgr‚ sa pauvret‚, malgr‚ l'absence de beaut‚, il n'en poss‚dait pas moins, aux yeux de toutes les jeunes filles d'Albano, le coeur qu'il e–t ‚t‚ le plus flatteur de conqu‚rir. Bien accueilli partout, Jules Branciforte n'avait eu que des amours faciles, jusqu'au moment o— H‚lŠne revint du couvent de Castro."Lorsque, peu aprŠs, le grand poŠte Cechino se transporta de Rome au palais Campireali, pour enseigner les belles lettres … cette jeune fille, Jules, qui le connaissait, lui adressa une piŠce de vers latins sur le bonheur qu'avait sa vieillesse de voir de si beaux yeux s'attacher sur les siens, et une ƒme si pure ˆtre parfaitement heureuse quand il daignait approuver ses pens‚es. La jalousie et le d‚pit des jeunes filles auxquelles Jules faisait attention avant le retour d'H‚lŠne rendirent bient“t inutiles toutes les pr‚cautions qu'il employait pour cacher une passion naissante, et j'avouerai que cet amour entre un jeune homme de vingt-deux ans et une fille de dix-sept fut conduit d'abord d'une fa‡on que la prudence ne saurait approuver. Trois mois ne s'‚taient pas ‚coul‚s lorsque le seigneur de Campireali s'aper‡ut que Jules Branciforte passait trop souvent sous les fenˆtres de son palais (que l'on voit encore vers le milieu de la grande rue qui monte vers le lac)."

La franchise et la rudesse, suites naturelles de la libert‚ que souffrent les r‚publiques, et l'habitude des passions franches, non encore r‚prim‚es par les moeurs de la monarchie, se montrent … d‚couvert dans la premiŠre d‚marche du seigneur de Campireali. Le jour mˆme o— il fut choqu‚ des fr‚quentes apparitions du jeune Branciforte, il l'apostropha en ces termes:

- Comment oses-tu bien passer ainsi sans cesse devant ma maison, et lancer des regards impertinents sur les fenˆtres de ma fille, toi qui n'as pas mˆme d'habits pour te couvrir? Si je ne craignais que ma d‚marche ne f–t mal interpr‚t‚e des voisins, je te donnerais trois sequins d'or et tu irais … Rome acheter une tunique plus convenable. Au moins ma vue et celle de ma fille ne seraient plus si souvent offens‚es par l'aspect de tes haillons.

Le pŠre d'H‚lŠne exag‚rait sans doute: les habits du jeune Branciforte n'‚taient point des haillons, ils ‚taient faits avec des mat‚riaux fort simples; mais, quoique fort propres et souvent bross‚s, il faut avouer que leur aspect annon‡ait un long usage. Jules eut l'ƒme si profond‚ment navr‚e par les reproches du seigneur de Campireali, qu'il ne parut plus de Jour devant sa maison.

Comme nous l'avons dit, les deux arcades, d‚bris d'un aqueduc antique, qui servaient de murs principaux … la maison bƒtie par le pŠre de Branciforte, et par lui laiss‚e … son fils, n'‚taient qu'… cinq ou six cents pas d'Albano. Pour descendre de ce lieu ‚lev‚ … la ville moderne, Jules ‚tait oblig‚ de passer devant le palais Campireali; H‚lŠne remarqua bient“t l'absence de ce jeune homme singulier, qui, au dire de ses amies, avait abandonn‚ toute autre relation pour se consacrer en entier au bonheur qu'il semblait trouver … la regarder.

Un soir d'‚t‚, vers minuit, la fenˆtre d'H‚lŠne ‚tait ouverte, la jeune fille respirait la brise de mer qui se fait fort bien sentir sur la colline d'Albano, quoique cette ville soit s‚par‚e de la mer par une plaine de trois lieues. La nuit ‚tait sombre le silence profond; on e–t entendu tomber une feuille. H‚lŠne, appuy‚e sur sa fenˆtre, pensait peut-ˆtre … Jules, lorsqu'elle entrevit quelque chose comme l'aile silencieuse d'un oiseau de nuit qui passait doucement tout contre sa fenˆtre. Elle se retira effray‚e. L'id‚e ne lui vint point que cet objet p–t ˆtre pr‚sent‚ par quelque passant: le second ‚tage du palais o— se trouvait sa fenˆtre ‚tait … plus de cinquante pieds de terre. Tout … coup, elle crut reconnaŒtre un bouquet dans cette chose singuliŠre qui, au milieu d'un profond silence, passait et repassait devant la fenˆtre sur laquelle elle ‚tait appuy‚e; son coeur battit avec violence. Ce bouquet lui sembla fix‚ … l'extr‚mit‚ de deux ou trois de ces cannes, espŠce de grands joncs, assez semblables au bambou, qui croissent dans la campagne de Rome, et donnent des tiges de vingt … trente pieds. La faiblesse des cannes et la brise assez forte faisaient que Jules avait quelque difficult‚ … maintenir son bouquet exactement vis-…-vis la fenˆtre o— il supposait qu'H‚lŠne pouvait se trouver, et d'ailleurs, la nuit ‚tait tellement sombre, que de la rue l'on ne pouvait rien apercevoir … une telle hauteur. Immobile devant sa fenˆtre, H‚lŠne ‚tait profond‚ment agit‚e. Prendre ce bouquet, n'‚tait-ce pas un aveu? Elle n'‚prouvait d'ailleurs aucun des sentiments qu'une aventure de ce genre ferait naŒtre, de nos jours, chez une jeune fille de la haute soci‚t‚, pr‚par‚e … la vie par une belle ‚ducation. Comme son pŠre et son frŠre Fabio ‚taient dans la maison sa premiŠre pens‚e fut que le moindre bruit serait suivi d'un coup d'arquebuse dirig‚ sur Jules, elle eut piti‚ du danger que courait ce pauvre jeune homme. Sa seconde pens‚e fut que, quoiqu'elle le conn–t encore bien peu, il ‚tait pourtant l'ˆtre au monde qu'elle aimait le mieux aprŠs sa famille. Enfin, aprŠs quelques minutes d'h‚sitation, elle prit le bouquet et, en touchant les fleurs dans l'obscurit‚ profonde, elle sentit qu'un billet ‚tait attach‚ … la tige d'une fleur; elle courut sur le grand escalier pour lire ce billet … la lueur de la lampe qui veillait devant l'image de la Madone."Imprudente! se dit-elle lorsque les premiŠres lignes l'eurent fait rougir de bonheur, si l'on me voit, je suis perdue, et ma famille pers‚cutera … jamais ce pauvre jeune homme."Elle revint dans sa chambre et alluma sa lampe. Ce moment fut d‚licieux pour Jules, qui honteux de sa d‚marche et comme pour se cacher mˆme dans la profonde nuit, s'‚tait coll‚ au tronc ‚norme d'un de ces chˆnes verts aux formes bizarres qui existent encore aujourd'hui vis-…-vis le palais Campireali.

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