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New Philadelphia Book Publisher Highlights Local Talent
Book and Publishing News from Publishers Newswire(tm)

Looking for Child to be on Cover of a New Book, 'The Model Child'
PHILADELPHIA, Pa. -- The Philadelphia literary world will celebrate the launch of two new players today, April 10th: Kay Square Press, a new publishing company focused on Philadelphia-area artists, their stories, and their art; and Kay Square's first release, 'With the Rich and Mighty: Emlen Etting of Philadelphia' (ISBN: 978-0-9815129-0-7), a critical biography by Kenneth C. Kaleta.

FlatSigned Press Alleges Don Imus Remarks Damage Legacy of President Gerald R. Ford
NEW YORK, N.Y. -- Nathan Yungerberg, an accomplished model scout and professional child photographer is launching a nation-wide casting call to find the cover model for his highly anticipated book release, 'The Model Child: A Parents Guide to the Child Modeling Industry' (ISBN: 978-0-9817018-0-6).

La Chartreuse de Parme

S >> Stendhal >> La Chartreuse de Parme

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Le jour o— Fabrice fut conduit … la forteresse, la duchesse rencontra Cl‚lia … la soir‚e du ministre de l'Int‚rieur, comte Zurla; tout le monde faisait cercle autour d'elles: ce soir-l…, la beaut‚ de Cl‚lia l'emportait sur celle de la duchesse. Les yeux de la jeune fille avaient une expression si singuliŠre et si profonde qu'ils en ‚taient presque indiscrets: il y avait de la piti‚, il y avait aussi de l'indignation et de la colŠre dans ses regards. La gaiet‚ et les id‚es brillantes de la duchesse semblaient jeter Cl‚lia dans des moments de douleur allant jusqu'… l'horreur."Quels vont ˆtre les cris et les g‚missements de la pauvre femme, se disait-elle, lorsqu'elle va savoir que son amant, ce jeune homme d'un si grand coeur et d'une physionomie si noble, vient d'ˆtre jet‚ en prison! Et ces regards du souverain qui le condamnent … mort! O pouvoir absolu, quand cesseras-tu de peser sur l'Italie'! O ƒmes v‚nales et basses! Et je suis fille d'un ge“lier! et je n'ai point d‚menti ce noble caractŠre en ne daignant pas r‚pondre … Fabrice! et autrefois il fut mon bienfaiteur! Que pense-t-il de moi … cette heure, seul dans sa chambre et en tˆte-…-tˆte avec sa petite lampe?"R‚volt‚e par cette id‚e, Cl‚lia jetait des regards d'horreur sur la magnifique illumination des salons du ministre de l'Int‚rieur.

"Jamais, se disait-on dans le cercle de courtisans qui se formait autour des deux beaut‚s … la mode, et qui cherchait … se mˆler … leur conversation, jamais elles ne se sont parl‚ d'un air si anim‚ et en mˆme temps si intime. La duchesse, toujours attentive … conjurer les haines excit‚es par le premier ministre, aurait-elle song‚ … quelque grand mariage en faveur de la Cl‚lia?"Cette conjecture ‚tait appuy‚e sur une circonstance qui jusque-l… ne s'‚tait jamais pr‚sent‚e … l'observation de la cour: les yeux de la jeune fille avaient plus de feu, et mˆme, si l'on peut ainsi dire, plus de passion que ceux de la belle duchesse. Celle-ci de son c“t‚ ‚tait ‚tonn‚e, et, l'on peut dire … sa gloire, ravie des grƒces si nouvelles qu'elle d‚couvrait dans la jeune solitaire; depuis une heure elle la regardait avec un plaisir assez rarement senti … la vue d'une rivale."Mais que se passe-t-il donc? se demandait la duchesse; jamais Cl‚lia n'a ‚t‚ aussi belle, et l'on peut dire aussi touchante: son coeur aurait-il parl‚?... Mais en ce cas-l…, certes, c'est de l'amour malheureux, il y a de la sombre douleur au fond de cette animation si nouvelle... Mais l'amour malheureux se tait! S'agirait-il de ramener un inconstant par un succŠs dans le monde?"Et la duchesse regardait avec attention les jeunes gens qui les environnaient. Elle ne voyait nulle part d'expression singuliŠre, c'‚tait toujours de la fatuit‚ plus ou moins contente."Mais il y a du miracle ici, se disait la duchesse, piqu‚e de ne pas deviner. O— est le comte Mosca, cet ˆtre si fin? Non, je ne me trompe point, Cl‚lia me regarde avec attention et comme si j'‚tais pour elle l'objet d'un int‚rˆt tout nouveau. Est-ce l'effet de quelque ordre donn‚ par son pŠre, ce vil courtisan? Je croyais cette ƒme noble et jeune incapable de se ravaler … des int‚rˆts d'argent. Le g‚n‚ral Fabio Conti aurait-il quelque demande d‚cisive … faire au comte?"

Vers les dix heures, un ami de la duchesse s'approcha et lui dit deux mots … voix basse, elle pƒlit excessivement; Cl‚lia lui prit la main et osa la lui serrer.

- Je vous remercie et je vous comprends maintenant... vous avez une belle ƒme! dit la duchesse faisant effort sur elle-mˆme.

Elle eut … peine la force de prononcer ce peu de mots. Elle adressa beaucoup de sourires … la maŒtresse de la maison qui se leva pour l'accompagner jusqu'… la porte du dernier salon: ces honneurs n'‚taient dus qu'… des princesses du sang et faisaient pour la duchesse un cruel contresens avec sa position pr‚sente. Aussi elle sourit beaucoup … la comtesse Zurla, mais malgr‚ des efforts inou‹s ne put jamais lui adresser un seul mot.

Les yeux de Cl‚lia se remplirent de larmes en voyant passer la duchesse au milieu de ces salons peupl‚s alors de ce qu'il y avait de plus brillant dans la soci‚t‚."Que va devenir cette pauvre femme, se dit-elle, quand elle se trouvera seule dans sa voiture? Ce serait une indiscr‚tion … moi de m'offrir pour l'accompagner! je n'ose... Combien le pauvre prisonnier, assis dans quelque affreuse chambre, tˆte … tˆte avec sa petite lampe serait consol‚ pourtant s'il savait qu'il est aim‚ … ce point! Quelle solitude affreuse que celle dans laquelle on l'a plong‚! et nous, nous sommes ici dans ces salons si brillants! quelle horreur! Y aurait-il un moyen de lui faire parvenir un mot? Grand Dieu! ce serait trahir mon pŠre, sa situation est si d‚licate entre les deux partis! Que devient-il s'il s'expose … la haine passionn‚e de la duchesse qui dispose de la volont‚ du premier ministre, lequel est le maŒtre dans les trois quarts des affaires! D'un autre c“t‚ le prince s'occupe sans cesse de ce qui se passe … la forteresse , et il n'en tend pas raillerie sur ce sujet la peur rend cruel... Dans tous les cas, Fabrice (Cl‚lia ne disait plus M. del Dongo) est bien autrement … plaindre!... il s'agit pour lui de bien autre chose que du danger de perdre une place lucrative!... Et la duchesse!... Quelle terrible passion que l'amour!... et cependant tous ces menteurs du monde en parlent comme d'une source de bonheur! On plaint les femmes ƒg‚es parce qu'elles ne peuvent plus ressentir ou inspirer de l'amour!... Jamais je n'oublierai ce que je viens de voir; quel changement subit! Comme les yeux de la duchesse si beaux, si radieux, sont devenus mornes, ‚teints, aprŠs le mot fatal que le marquis N... est venu lui dire!... Il faut que Fabrice soit bien digne d'ˆtre aim‚!..."

Au milieu de ces r‚flexions fort s‚rieuses et qui occupaient toute l'ƒme de Cl‚lia, les propos complimenteurs qui l'entouraient toujours lui semblŠrent plus d‚sagr‚ables encore que de coutume. Pour s'en d‚livrer, elle s'approcha d'une fenˆtre ouverte et … demi voil‚e par un rideau de taffetas; elle esp‚rait que personne n'aurait la hardiesse de la suivre dans cette sorte de retraite. Cette fenˆtre donnait sur un petit bois d'orangers en pleine terre: … la v‚rit‚, chaque hiver on ‚tait oblig‚ de les recouvrir d'un toit. Cl‚lia respirait avec d‚lices le parfum de ces fleurs, et ce plaisir semblait rendre un peu de calme … son ƒme..."Je lui ai trouv‚ l'air fort noble, pensa-t-elle; mais inspirer une telle passion … une femme si distingu‚e!... Elle a eu la gloire de refuser les hommages du prince, et si elle e–t daign‚ le vouloir, elle e–t ‚t‚ la reine de ses Etats... Mon pŠre dit que la passion du souverain allait jusqu'… l'‚pouser si jamais il f–t devenu libre!... Et cet amour pour Fabrice dure depuis si longtemps! car il y a bien cinq ans' que nous les rencontrƒmes prŠs du lac de C“me!... Oui, il y a cinq ans, se dit-elle aprŠs un instant de r‚flexion. J'en fus frapp‚e mˆme alors, o— tant de choses passaient inaper‡ues devant mes yeux d'enfant! Comme ces deux dames semblaient admirer Fabrice!..."

Cl‚lia remarqua avec joie qu'aucun des jeunes gens qui lui parlaient avec tant d'empressement n'avait os‚ se rapprocher du balcon. L'un d'eux, le marquis Crescenzi, avait fait quelques pas dans ce sens, puis s'‚tait arrˆt‚ auprŠs d'une table de jeu."Si au moins, se disait-elle, sous ma petite fenˆtre du palais de la forteresse, la seule qui ait de l'ombre, j'avais la vue de jolis orangers, tels que ceux-ci, mes id‚es seraient moins tristes! mais pour toute perspective les ‚normes pierres de taille de la tour FarnŠse... Ah! s'‚cria-t-elle en faisant un mouvement, c'est peut-ˆtre l… qu'on l'aura plac‚! Qu'il me tarde de pouvoir parler … don Cesare! il sera moins s‚vŠre que le g‚n‚ral. Mon pŠre ne me dira rien certainement en rentrant … la forteresse, mais je saurai tout par don Cesare... J'ai de l'argent; je pourrais acheter quelques orangers qui, plac‚s sous la fenˆtre de ma voliŠre, m'empˆcheraient de voir ce gros mur de la tour FarnŠse. Combien il va m'ˆtre plus odieux encore maintenant que je connais l'une des personnes qu'il cache … la lumiŠre!... Oui c'est bien la troisiŠme fois que je l'ai vu; une fois … la cour, au bal du jour de naissance de la princesse; aujourd'hui, entour‚ de trois gendarmes, pendant que cet horrible Barbone sollicitait les menottes contre lui, et enfin prŠs du lac de C“me... Il y a bien cinq ans de cela; quel air de mauvais garnement il avait alors! quels yeux il faisait aux gendarmes, et quels regards singuliers sa mŠre et sa tante lui adressaient! Certainement il y avait ce jour-l… quelque secret, quelque chose de particulier entre eux; dans le temps, j'eus l'id‚e que lui aussi avait peur des gendarmes..."Cl‚lia tressaillit."Mais que j'‚tais ignorante! Sans doute, d‚j… dans ce temps, la duchesse avait de l'int‚rˆt pour lui... Comme il nous fit rire au bout de quelques moments, quand ces dames, malgr‚ leur pr‚occupation ‚vidente, se furent un peu accoutum‚es … la pr‚sence d'une ‚trangŠre!... et ce soir j'ai pu ne pas r‚pondre au mot qu'il m'a adress‚!... _ ignorance et timidit‚! combien souvent vous ressemblez … ce qu'il y a de plus noir! Et je suis ainsi … vingt ans pass‚s!... J'avais bien raison de songer au cloŒtre; r‚ellement je ne suis faite que pour la retraite!"Digne fille d'un ge“lier!"se sera-t-il dit. Il me m‚prise, et, dŠs qu'il pourra ‚crire … la duchesse, il parlera de mon manque d'‚gard, et la duchesse me croira une petite fille bien fausse; car enfin ce soir elle a pu me croire remplie de sensibilit‚ pour son malheur."

Cl‚lia s'aper‡ut que quelqu'un s'approchait et apparemment dans le dessein de se placer … c“t‚ d elle au balcon de fer de cette fenˆtre; elle en fut contrari‚e, quoiqu'elle se fŒt des reproches; les rˆveries auxquelles on l'arrachait n'‚taient point sans quelque douceur."Voil… un importun que je vais joliment recevoir!"pensa-t-elle. Elle tournait la tˆte avec un regard altier, lorsqu'elle aper‡ut la figure timide de l'archevˆque qui s'approchait du balcon par de petits mouvements insensibles."Ce saint homme n'a point d'usage, pensa Cl‚lia; pourquoi venir troubler une pauvre fille telle que moi? Ma tranquillit‚ est tout ce que je possŠde."Elle le saluait avec respect, mais aussi d'un air hautain, lorsque le pr‚lat lui dit:

- Mademoiselle, savez-vous l'horrible nouvelle?

Les yeux de la jeune fille avaient d‚j… pris une tout autre expression; mais, suivant les instructions cent fois r‚p‚t‚es de son pŠre, elle r‚pondit avec un air d'ignorance que le langage de ses yeux contredisait hautement:

- Je n'ai rien appris, monseigneur.

- Mon premier grand vicaire, le pauvre Fabrice del Dongo, qui est coupable comme moi de la mort de ce brigand de Giletti, a ‚t‚ enlev‚ … Bologne o— il vivait sous le nom suppos‚ de Joseph Bossi; on l'a renferm‚ dans votre citadelle il y est arriv‚ enchaŒn‚ … la voiture mˆme qui l‚ portait. Une sorte de ge“lier nomm‚ Barbone, qui jadis eut sa grƒce aprŠs avoir assassin‚ un de ses frŠres, a voulu faire ‚prouver une violence personnelle … Fabrice; mais mon jeune ami n'est point homme … souffrir une insulte. Il a jet‚ … ses pieds son infƒme adversaire, sur quoi on l'a descendu dans un cachot … vingt pieds sous terre, aprŠs lui avoir mis les menottes.

- Les menottes, non.

- Ah! vous savez quelque chose! s'‚cria l'archevˆque, et les traits du vieillard perdirent de leur profonde expression de d‚couragement; mais, avant tout, on peut approcher de ce balcon et nous interrompre: seriez-vous assez charitable pour remettre vous-mˆme … don Cesare mon anneau pastoral que voici?

La jeune fille avait pris l'anneau, mais ne savait o— le placer pour ne pas courir la chance de le perdre.

- Mettez-le au pouce, dit l'archevˆque; et il le pla‡a lui-mˆme. Puis-je compter que vous remettrez cet anneau?

- Oui, monseigneur.

- Voulez-vous me promettre le secret sur ce que je vais ajouter, mˆme dans le cas o— vous ne trouveriez pas convenable d'acc‚der … ma demande?

- Mais oui, monseigneur, r‚pondit la jeune fille toute tremblante en voyant l'air sombre et s‚rieux que le vieillard avait pris tout … coup... Notre respectable archevˆque, ajouta-t-elle, ne peut que me donner des ordres dignes de lui et de moi.

- Dites … don Cesare que je lui recommande mon fils adoptif: je sais que les sbires qui l'ont enlev‚ ne lui ont pas donn‚ le temps de prendre son br‚viaire, je prie don Cesare de lui faire tenir le sien, et si M. votre oncle veut l'envoyer demain … l'archevˆch‚, je me charge de remplacer le livre par lui donn‚ … Fabrice. Je prie don Cesare de faire tenir ‚galement l'anneau que porte cette jolie main, … M. del Dongo.

L'archevˆque fut interrompu par le g‚n‚ral Fabio Conti qui venait prendre sa fille pour la conduire … sa voiture; il y eut l… un petit moment de conversation qui ne fut pas d‚pourvu d'adresse de la part du pr‚lat. Sans parler en aucune fa‡on du nouveau prisonnier, il s'arrangea de fa‡on … ce que le courant du discours p–t amener convenablement dans sa bouche certaines maximes morales et politiques; par exemple: Il y a des moments de crise dans la vie des cours qui d‚cident pour longtemps de l'existence des plus grands personnages; il y aurait une imprudence notable … changer en haine personnelle l'‚tat d'‚loignement politique qui est souvent le r‚sultat fort simple de positions oppos‚es. L'archevˆque, se laissant un peu emporter par le profond chagrin que lui causait une arrestation si impr‚vue, alla jusqu'… dire qu'il fallait assur‚ment conserver les positions dont on jouissait, mais qu'il y aurait une imprudence bien gratuite … s'attirer pour la suite des haines furibondes en se prˆtant … de certaines choses que l'on n'oublie point.

Quand le g‚n‚ral fut dans son carrosse avec sa fille:

- Ceci peut s'appeler des menaces, lui dit-il... des menaces … un homme de ma sorte!

Il n'y eut pas d'autres paroles ‚chang‚es entre le pŠre et la fille pendant vingt minutes.

En recevant l'anneau pastoral de l'archevˆque, Cl‚lia s'‚tait bien promis de parler … son pŠre, lorsqu'elle serait en voiture, du petit service que le pr‚lat lui demandait. Mais aprŠs le mot menaces prononc‚ avec colŠre, elle se tint pour assur‚e que son pŠre intercepterait la commission; elle recouvrait cet anneau de la main gauche et le serrait avec passion. Durant tout le temps que l'on mit pour aller du ministŠre de l'Int‚rieur … la citadelle, elle se demanda s'il serait criminel … elle de ne pas parler … son pŠre. Elle ‚tait fort pieuse, fort timor‚e, et son coeur, si tranquille d'ordinaire, battait 'avec une violence inaccoutum‚e mais enfin le qui vive de la sentinelle plac‚e sur le rempart au-dessus de la porte retentit … l'approche de la voiture, avant que Cl‚lia e–t trouv‚ les termes convenables pour disposer son pŠre … ne pas refuser, tant elle avait peur d'ˆtre refus‚e! En montant les trois cent soixante marches qui conduisaient au palais du gouverneur, Cl‚lia ne trouva rien.

Elle se hƒta de parler … son oncle, qui la gronda et refusa de se prˆter … rien.



CHAPITRE XVI


- Eh bien! s'‚cria le g‚n‚ral, en apercevant son frŠre don Cesare, voil… la duchesse qui va d‚penser cent mille ‚cus pour se moquer de moi et faire sauver le prisonnier!

Mais pour le moment, nous sommes oblig‚s de laisser Fabrice dans sa prison, tout au faŒte de la citadelle de Parme; on le garde bien, et nous l'y retrouverons peut-ˆtre un peu chang‚. Nous allons nous occuper avant tout de la cour, o— des intrigues fort compliqu‚es, et surtout les passions d'une femme malheureuse vont d‚cider de son sort. En montant les trois cent quatre-vingt-dix marches' de sa prison … la tour FarnŠse, sous les yeux du gouverneur, Fabrice, qui avait tant redout‚ ce moment, trouva qu'il n'avait pas le temps de songer au malheur.

En rentrant chez elle aprŠs la soir‚e du comte Zurla, la duchesse renvoya ses femmes d'un geste puis, se laissant tomber tout habill‚e sur son lit

- Fabrice, s'‚cria-t-elle … haute voix, est au pouvoir de ses ennemis, et peut-ˆtre … cause de moi ils lui donneront du poison!

Comment peindre le moment de d‚sespoir qui suivit cet expos‚ de la situation, chez une femme aussi peu raisonnable, aussi esclave de la sensation pr‚sente, et, sans se l'avouer, ‚perdument amoureuse du Jeune prisonnier? Ce furent des cris inarticul‚s des transports de rage, des mouvements convulsifs, mais pas une larme. Elle renvoyait ses femmes pour les cacher, elle pensait qu'elle allait ‚clater en sanglots dŠs qu'elle se trouverait seule; mais les larmes, ce premier soulagement des grandes douleurs, lui manquŠrent tout … fait. La colŠre, l'indignation, le sentiment de son inf‚riorit‚ vis-…-vis du prince, dominaient trop cette ƒme altiŠre.

"Suis-je assez humili‚e! s'‚criait-elle … chaque instant; on m'outrage, et, bien plus, on expose la vie de Fabrice! et je ne me vengerai pas! Halte-l…, mon prince! vous me tuez, soit, vous en avez le pouvoir; mais ensuite moi j'aurai votre vie. H‚las! pauvre Fabrice, … quoi cela te servirait-il? Quelle diff‚rence avec ce jour o— je voulus quitter Parme! et pourtant alors je me croyais malheureuse... quel aveuglement! J'allais briser toutes les habitudes d'une vie agr‚able : h‚las! sans le savoir, je touchais … un ‚v‚nement qui allait … jamais d‚cider de mon sort. Si, par ses infƒmes habitudes de plate courtisanerie, le comte n'e–t supprim‚ le mot proc‚dure injuste de ce fatal billet que m'accordait la vanit‚ du prince, nous ‚tions sauv‚s. J'avais eu le bonheur plus que l'adresse, il faut en convenir, de mettre en jeu son amour-propre au sujet de sa chŠre ville de Parme . Alors je mena‡ais de partir, alors j'‚tais libre! Grand Dieu! suis-je assez esclave! Maintenant me voici clou‚e dans ce cloaque infƒme, et Fabrice enchaŒn‚ dans la citadelle, dans cette citadelle qui pour tant de gens distingu‚s a ‚t‚ l'antichambre de la mort! et je ne puis plus tenir ce tigre en respect par la crainte de me voir quitter son repaire!

"Il a trop d'esprit pour ne pas sentir que je ne m'‚loignerai jamais de la tour infƒme o— mon coeur est enchaŒn‚. Maintenant la vanit‚ piqu‚e de cet homme peut lui sugg‚rer les id‚es les plus singuliŠres; leur cruaut‚ bizarre ne ferait que piquer au jeu son ‚tonnante vanit‚. S'il revient … ses anciens propos de fade galanterie, s'il me dit: Agr‚ez les hommages de votre esclave, ou Fabrice p‚rit: eh bien! la vieille histoire de Judith... Oui, mais si ce n'est qu'un suicide pour moi, c'est un assassinat pour Fabrice; le benˆt de successeur, notre prince royal, et l'infƒme bourreau Rassi font pendre Fabrice comme mon complice."

La duchesse jeta des cris: cette alternative dont elle ne voyait aucun moyen de sortir torturait ce coeur malheureux. Sa tˆte troubl‚e ne voyait aucune autre probabilit‚ dans l'avenir. Pendant dix minutes elle s'agita comme une insens‚e enfin un sommeil d'accablement rempla‡a pour quelques instants cet ‚tat horrible, la vie ‚tait ‚puis‚e. Quelques minutes aprŠs, elle se r‚veilla en sursaut, et se trouva assise sur son lit; il lui semblait qu'en sa pr‚sence le prince voulait faire couper la tˆte de Fabrice. Quels yeux ‚gar‚s la duchesse ne jeta-t-elle pas autour d'elle! Quand enfin elle se fut convaincue qu'elle n'avait sous les yeux ni le prince ni Fabrice, elle retomba sur son lit et fut sur le point de s'‚vanouir. Sa faiblesse physique ‚tait telle qu'elle ne se sentait pas la force de changer de position."Grand Dieu! si je pouvais mourir! se dit-elle... Mais quelle lƒchet‚! moi abandonner Fabrice dans le malheur' Je m'‚gare... Voyons, revenons au vrai; envisageons de sang-froid l'ex‚crable position o— je me suis plong‚e comme … plaisir. Quelle funeste ‚tourderie! venir habiter la cour d'un prince absolu! un tyran qui connaŒt toutes ses victimes! chacun de leurs regards lui semble une bravade pour son pouvoir. H‚las! c'est ce que ni le comte ni moi nous ne vŒmes lorsque je quittai Milan: je pensais aux grƒces d'une cour aimable, quelque chose d'inf‚rieur, il est vrai, mais quelque chose dans le genre des beaux jours du Prince EugŠne!

"De loin nous ne nous faisons pas d'id‚e de ce que c'est que l'autorit‚ d'un despote qui connaŒt de vue tous ses sujets. La forme ext‚rieure du despotisme est la mˆme que celle des autres gouvernements: il y a des juges, par exemple, mais ce sont des Rassi; le monstre, il ne trouverait rien d'extraordinaire … faire pendre son pŠre si le prince le lui ordonnait... il appellerait cela son devoir... S‚duire Rassi! malheureuse que je suis! je n'en possŠde aucun moyen. Que puis-je lui offrir? cent mille francs peut-ˆtre! et l'on pr‚tend que, lors du dernier coup de poignard auquel la colŠre du ciel envers ce malheureux pays l'a fait ‚chapper, le prince lui a envoy‚ dix mille sequins d'or dans une cassette! D'ailleurs quelle somme d'argent pourrait le s‚duire? Cette ƒme de boue qui n'a jamais vu que du m‚pris dans les regards des hommes, a le plaisir ici d'y voir maintenant de la crainte, et mˆme du respect; il peut devenir ministre de la police, et pourquoi pas? Alors les trois quarts des habitants du pays seront ses bas courtisans, et trembleront devant lui, aussi servilement que lui-mˆme tremble devant le souverain.

"Puisque je ne peux fuir ce lieu d‚test‚, il faut que j'y sois utile … Fabrice: vivre seule, solitaire, d‚sesp‚r‚e! que puis-je alors pour Fabrice? Allons, marche, malheureuse femme; fais ton devoir, va dans le monde, feins de ne plus penser … Fabrice... Feindre de t'oublier, cher ange!"

A ce mot, la duchesse fondit en larmes; enfin, elle pouvait pleurer. AprŠs une heure accord‚e … la faiblesse humaine, elle vit avec un peu de consolation que ses id‚es commen‡aient … s'‚claircir."Avoir le tapis magique, se dit-elle, enlever Fabrice de la citadelle, et me r‚fugier avec lui dans quelque pays heureux, o— nous ne puissions ˆtre poursuivis, Paris, par exemple. Nous y vivrions d'abord avec les douze cents francs que l'homme d'affaires de son pŠre me fait passer avec une exactitude si plaisante. Je pourrais bien ramasser cent mille francs des d‚bris de ma fortune!"L'imagination de la duchesse passait en revue avec des moments d'inexprimables d‚lices tous les d‚tails de la vie qu'elle rnŠnerait … trois cents lieues de Parme."L…, se disait-elle, il pourrait entrer au service sous un nom suppos‚... Plac‚ dans un r‚giment de ces braves Fran‡ais, bient“t le jeune Valserra aurait une r‚putation; enfin il serait heureux."

Ces images fortun‚es rappelŠrent une seconde fois les larmes, mais celles-ci ‚taient de douces larmes. Le bonheur existait donc encore quelque part! Cet ‚tat dura longtemps, la pauvre femme avait horreur de revenir … la contemplation de l'affreuse r‚alit‚. Enfin, comme l'aube du jour commen‡ait … marquer d'une ligne blanche le sommet des arbres de son jardin, elle se fit violence."Dans quelques heures, se dit-elle, je serai sur le champ de bataille; il sera question d'agir, et s'il m'arrive quelque chose d'irritant, si le prince s'avise de m'adresser quelque mot relatif … Fabrice, je ne suis pas assur‚e de pouvoir garder tout mon sang-froid. Il faut donc ici et sans d‚lai prendre des r‚solutions.

"Si je suis d‚clar‚e criminelle d'Etat Rassi fait saisir tout ce qui se trouve dans ce palais; le 1er de ce mois, le comte et moi avons br–l‚, suivant l'usage, tous les papiers dont la police pourrait abuser, et il est le ministre de la police, voil… le plaisant. J'ai trois diamants de quelque prix: demain, Fulgence, mon ancien batelier de Grianta, partira pour GenŠve o— il les mettra en s–ret‚. Si jamais Fabrice s'‚chappe (grand Dieu! soyez-moi propice! et elle fit un signe de croix), l'incommensurable lƒchet‚ du marquis del Dongo trouvera qu'il y a du p‚ch‚ … envoyer du pain … un homme poursuivi par un prince l‚gitime, alors il trouvera du moins mes diamants, il aura du pain.

"Renvoyer le comte... me trouver seule avec lui, aprŠs ce qui vient d'arriver, c'est ce qui m'est impossible. Le pauvre homme! il n'est point m‚chant, au contraire; il n'est que faible. Cette ƒme vulgaire n'est point … la hauteur des n“tres. Pauvre Fabrice! que ne peux-tu ˆtre ici un instant avec moi, pour tenir conseil sur nos p‚rils!

"La prudence m‚ticuleuse du comte gˆnerait tous mes projets, et d'ailleurs il ne faut point l'entraŒner dans ma perte... Car pourquoi la vanit‚ de ce tyran ne me jetterait-elle pas en prison? J'aurai conspir‚... quoi de plus facile … prouver? Si c'‚tait … sa citadelle qu'il m'envoyƒt et que je passe … force d'or parler … Fabrice, ne f–t-ce qu'un instant, avec quel courage nous marcherions ensemble … la mort! Mais laissons ces folies, son Rassi lui conseillerait de finir avec moi par le poison; ma pr‚sence dans les rues, plac‚e sur une charrette pourrait ‚mouvoir la sensibilit‚ de ses chers Parmesans... Mais quoi! toujours le roman! H‚las! l'on doit pardonner ces folies … une pauvre femme dont le sort r‚el est si triste! Le vrai de tout ceci, c'est que le prince ne m'enverra point … la mort; mais rien de plus facile que de me jeter en prison et de m'y retenir; il fera cacher dans un coin de mon palais toutes sortes de papiers suspects comme on a fait pour ce pauvre L... Alors trois juges pas trop coquins, car il y aura ce qu'ils appellent des piŠces probantes, et une douzaine de faux t‚moins suffisent. Je puis donc ˆtre condamn‚e … mort comme ayant conspir‚; et le prince, dans sa cl‚mence infinie, consid‚rant qu'autrefois j'ai eu l'honneur d'ˆtre admise … sa cour, commuera ma peine en dix ans de forteresse. Mais moi, pour ne point d‚choir de ce caractŠre violent qui a fait dire tant de sottises … la marquise Raversi et … mes autres ennemis, je m'empoisonnerai bravement. Du moins le public aura la bont‚ de le croire; mais je gage que le Rassi paraŒtra dans mon cachot pour m'apporter galamment, de la part du prince, un petit flacon de strychnine ou de l'opium de P‚rouse.

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