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New Philadelphia Book Publisher Highlights Local Talent
Book and Publishing News from Publishers Newswire(tm)

Looking for Child to be on Cover of a New Book, 'The Model Child'
PHILADELPHIA, Pa. -- The Philadelphia literary world will celebrate the launch of two new players today, April 10th: Kay Square Press, a new publishing company focused on Philadelphia-area artists, their stories, and their art; and Kay Square's first release, 'With the Rich and Mighty: Emlen Etting of Philadelphia' (ISBN: 978-0-9815129-0-7), a critical biography by Kenneth C. Kaleta.

FlatSigned Press Alleges Don Imus Remarks Damage Legacy of President Gerald R. Ford
NEW YORK, N.Y. -- Nathan Yungerberg, an accomplished model scout and professional child photographer is launching a nation-wide casting call to find the cover model for his highly anticipated book release, 'The Model Child: A Parents Guide to the Child Modeling Industry' (ISBN: 978-0-9817018-0-6).

La Chartreuse de Parme

S >> Stendhal >> La Chartreuse de Parme

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L'Excellence fut trŠs flatt‚e: elle connaissait les ressources dont la duchesse disposait, et avait grand-peur d'ˆtre mystifi‚e. Dans sa joie, le g‚n‚ral alla pr‚senter cette lettre au prince, qui fut ravi.

- Ainsi, la fermet‚ de mon administration est parvenue … me venger! Cette femme hautaine souffre depuis cinq mois! Mais l'un de ces jours nous allons faire pr‚parer un ‚chafaud, et sa folle imagination ne manquera pas de croire qu'il est destin‚ au petit del Dongo.



CHAPITRE XX


Une nuit, vers une heure du matin, Fabrice, couch‚ sur sa fenˆtre, avait pass‚ la tˆte par le guichet pratiqu‚ dans l'abat-jour, et contemplait les ‚toiles et l'immense horizon dont on jouit du haut de la tour FarnŠse. Ses yeux, errant dans la campagne du c“t‚ du bas P“ et de Ferrare, remarquŠrent par hasard une lumiŠre excessivement petite mais assez vive, qui semblait partir du haut d'une tour."Cette lumiŠre ne doit pas ˆtre aper‡ue de la plaine, se dit Fabrice, l'‚paisseur de la tour l'empˆche d'ˆtre vue d'en bas, ce sera quelque signal pour un point ‚loign‚."Tout … coup il remarqua que cette lueur paraissait et disparaissait … des intervalles fort rapproch‚s."C'est quelque jeune fille qui parle … son amant du village voisin."Il compta neuf apparitions successives: "Ceci est un I", dit-il. En effet, l'I est la neuviŠme lettre de l'alphabet. Il y eut ensuite, aprŠs un repos, quatorze apparitions: "Ceci est un N"; puis, encore aprŠs un repos, une seule apparition: "C'est un A; le mot est Ina."

Quelle ne fut pas sa joie et son ‚tonnement quand les apparitions successives, toujours s‚par‚es par de petits repos, vinrent compl‚ter les mots suivants:


Ina pensa a te.


Evidemment: Gina pense … toi!

Il r‚pondit … l'instant par des apparitions successives de sa lampe au vasistas par lui pratiqu‚:


Fabrice t'aime!


La correspondance continua jusqu'au jour. Cette nuit ‚tait la cent soixante-treiziŠme de sa captivit‚, et on lui apprit que depuis quatre mois on faisait ces signaux toutes les nuits. Mais tout le monde pouvait les voir et les comprendre; on commen‡a dŠs cette premiŠre nuit … ‚tablir des abr‚viations: trois apparitions se suivant trŠs rapidement indiquaient la duchesse; quatre, le prince; deux, le comte Mosca; deux apparitions rapides suivies de deux lentes voulaient dire ‚vasion. On convint de suivre … l'avenir l'ancien alphabet alla monaca, qui, afin de n'ˆtre pas devin‚ par des indiscrets, change le num‚ro ordinaire des lettres, et leur en donne d'arbitraires; A, par exemple, porte le num‚ro 10; le B, le num‚ro 3; c'est-…-dire que trois ‚clipses successives de la lampe veulent dire B, dix ‚clipses successives, l'A, etc.; un moment d'obscurit‚ fait la s‚paration des mots. On prit rendez-vous pour le lendemain … une heure aprŠs minuit, et le lendemain la duchesse vint … cette tour qui ‚tait … un quart de lieue de la ville. Ses yeux se remplirent de larmes en voyant les signaux faits par ce Fabrice qu'elle avait cru mort si souvent. Elle lui dit elle-mˆme par des apparitions de lampe: Je t'aime, bon courage, sant‚, bon espoir! Exerce tes forces dans ta chambre. tu auras besoin de la force de tes bras."Je ne l'ai pas vu, se disait la duchesse, depuis le concert de la Fausta, lorsqu'il parut … la porte de mon salon habill‚ en chasseur. Qui m'e–t dit alors le sort qui nous attendait!"

La duchesse fit faire des signaux qui annon‡aient … Fabrice que bient“t il serait d‚livr‚, grƒce … la bon t‚ du prince (ces signaux pouvaient ˆtre compris); puis elle revint … lui dire des tendresses; elle ne pouvait s'arracher d'auprŠs de lui! Les seules repr‚sentations de Ludovic, qui, parce qu'il avait ‚t‚ utile … Fabrice, ‚tait devenu son factotum, purent l'engager, lorsque le jour allait d‚j… paraŒtre, … discontinuer des signaux qui pouvaient attirer les regards de quelque m‚chant. Cette annonce plusieurs fois r‚p‚t‚e d'une d‚livrance prochaine jeta Fabrice dans une profonde tristesse: Cl‚lia, la remarquant le lendemain, commit l'imprudence de lui en demander la cause.

- Je me vois sur le point de donner un grave sujet de m‚contentement … la duchesse.

- Et que peut-elle exiger de vous que vous lui refusiez? s'‚cria Cl‚lia transport‚e de la curiosit‚ la plus vive.

- Elle veut que je sorte d'ici, lui r‚pondit-il, et c'est … quoi je ne consentirai jamais.

Cl‚lia ne put r‚pondre, elle le regarda et fondit en larmes. S'il e–t pu lui adresser la parole de prŠs, peut-ˆtre alors e–t-il obtenu l'aveu de sentiments dont l'incertitude le plongeait souvent dans un profond d‚couragement; il sentait vivement que la vie, sans l'amour de Cl‚lia, ne pouvait ˆtre pour lui qu'une suite de chagrins amers ou d'ennuis insupportables. Il lui semblait que ce n'‚tait plus la peine de vivre pour retrouver ces mˆmes bonheurs qui lui semblaient int‚ressants avant d'avoir connu l'amour, et quoique le suicide ne soit pas encore … la mode en Italie, il y avait song‚ comme … une ressource, si le destin le s‚parait de Cl‚lia.

Le lendemain il re‡ut d'elle une fort longue lettre.


Il faut, mon ami, que vous sachiez la v‚rit‚: bien souvent, depuis que vous ˆtes ici, l'on a cru … Parme que votre dernier jour ‚tait arriv‚. Il est vrai que vous n'ˆtes condamn‚ qu'… douze ann‚es de forteresse; mais il est, par malheur, impossible de douter qu'une haine toute-puissante ne s'attache … vous poursuivre, et vingt fois j'ai trembl‚ que le poison ne vŒnt mettre fin … vos jours: saisissez donc tous les moyens possibles de sortir d'ici. Vous voyez que pour vous je manque aux devoirs les plus saints; jugez de l'imminence du danger par les choses que je me hasarde … vous dire et qui sont si d‚plac‚es dans ma bouche. S'il le faut absolument, s'il n'est aucun autre moyen de salut, fuyez. Chaque instant que vous passez dans cette forteresse peut mettre votre vie dans le plus grand p‚ril; songez qu'il est un parti … la cour que la perspective du crime n'arrˆtera jamais dans ses desseins. Et ne voyez-vous pas tous les projets de ce parti sans cesse d‚jou‚s par l'habilet‚ sup‚rieure du comte Mosca? Or, on a trouv‚ un moyen certain de l'exiler de Parme, c'est le d‚sespoir de la duchesse; et n'est-on pas trop certain d'amener ce d‚sespoir par la mort d'un jeune prisonnier? Ce mot seul, qui est sans r‚ponse, doit vous faire juger de votre situation. Vous dites que vous avez de l'amiti‚ pour moi: songez d'abord que des obstacles insurmontables s'opposent … ce que ce sentiment prenne jamais une certaine fixit‚ entre nous. Nous nous serons rencontr‚s dans notre jeunesse, nous nous serons tendu une main secourable dans une p‚riode malheureuse; le destin m'aura plac‚e en ce lieu de s‚v‚rit‚ pour adoucir vos peines, mais je me ferais des reproches ‚ternels si des illusions, que rien n'autorise et n'autorisera jamais, vous portaient … ne pas saisir toutes les occasions possibles de soustraire votre vie … un si affreux p‚ril. J'ai perdu la paix de l'ƒme par la cruelle imprudence que j'ai commise en ‚changeant avec vous quelques signes de bonne amiti‚: Si nos jeux d'enfant, avec des alphabets vous conduisent … des illusions si peu fond‚es et qui peuvent vous ˆtre si fatales, ce serait en vain que pour me justifier je me rappellerais la tentative de Barbone. Je vous aurais jet‚ moi-mˆme dans un p‚ril bien plus affreux, bien plus certain, en croyant vous soustraire … un danger du moment; et mes imprudences sont … jamais impardonnables si elles ont fait naŒtre des sentiments qui puissent vous porter … r‚sister aux conseils de la duchesse. Voyez ce que vous m'obligez … vous r‚p‚ter; sauvez-vous, je vous l'ordonne...


Cette lettre ‚tait fort longue; certains passages, tels que le je vous l'ordonne, que nous venons de transcrire, donnŠrent des moments d'espoir d‚licieux … l'amour de Fabrice. Il lui semblait que le fond des sentiments ‚tait assez tendre, si les expressions ‚taient remarquablement prudentes. Dans d'autres instants, il payait la peine de sa complŠte ignorance en ce genre de guerre; il ne voyait que de la simple amiti‚, ou mˆme de l'humanit‚ fort ordinaire, dans cette lettre de Cl‚lia.

Au reste, tout ce qu'elle lui apprenait ne lui fit pas changer un instant de dessein: en supposant que les p‚rils qu'elle lui peignait fussent bien r‚els, ‚tait-ce trop que d'acheter, par quelques dangers du moment, le bonheur de la voir tous les jours? Quelle vie mŠnerait-il quand il serait de nouveau r‚fugi‚ … Bologne ou … Florence? car en se sauvant de la citadelle, il ne pouvait pas mˆme esp‚rer la permission de vivre … Parme. Et mˆme, quand le prince changerait au point de le mettre en libert‚ (ce qui ‚tait si peu probable, puisque lui, Fabrice, ‚tait devenu, pour une faction puissante, un moyen de renverser le comte Mosca), quelle vie mŠnerait-il … Parme, s‚par‚ de Cl‚lia par toute la haine qui divisait les deux partis? Une ou deux fois par mois, peut-ˆtre, le hasard les placerait dans les mˆmes salons; mais, mˆme alors quelle sorte de conversation pourrait-il avoir avec elle? Comment retrouver cette intimit‚ parfaite dont chaque jour maintenant il jouissait pendant plusieurs heures? que serait la conversation de salon, compar‚e … celle qu'ils faisaient avec des alphabets?"Et, quand je devrais acheter cette vie de d‚lices et cette chance unique de bonheur par quelques petits dangers, o— serait le mal? Et ne serait-ce pas encore un bonheur que de trouver ainsi une faible occasion de lui donner une preuve de mon amour?"

Fabrice ne vit dans la lettre de Cl‚lia que l'occasion de lui demander une entrevue: c'‚tait l'unique et constant objet de tous ses d‚sirs; il ne lui avait parl‚ qu'une fois, et encore un instant, au moment de son entr‚e en prison, et il y avait de cela plus de deux cents jours.

Il se pr‚sentait un moyen facile de rencontrer Cl‚lia: l'excellent abb‚ don Cesare accordait … Fabrice une demi-heure de promenade sur la terrasse de la tour FarnŠse tous les jeudis, pendant le jour, mais les autres jours de la semaine, cette promenade, qui pouvait ˆtre remarqu‚e par tous les habitants de Parme et des environs et compromettre gravement le gouverneur, n'avait lieu qu'… la tomb‚e de la nuit. Pour monter sur la terrasse de la tour FarnŠse il n'y avait d'autre escalier que celui du petit clocher d‚pendant de la chapelle si lugubrement d‚cor‚e en marbre noir et blanc, et dont le lecteur se souvient peut-ˆtre. Grillo conduisait Fabrice … cette chapelle, il lui ouvrait le petit escalier du clocher: son devoir e–t ‚t‚ de l'y suivre, mais, comme les soir‚es commen‡aient … ˆtre fraŒches, le ge“lier le laissait monter seul, l'enfermait … clef dans ce clocher qui communiquait … la terrasse, et retournait se chauffer dans sa chambre. Eh bien! un soir, Cl‚lia ne pourrait-elle pas se trouver, escort‚e par sa femme de chambre, dans la chapelle de marbre noir?

Toute la longue lettre par laquelle Fabrice r‚pondait … celle de Cl‚lia ‚tait calcul‚e pour obtenir cette entrevue. Du reste, il lui faisait confidence avec une sinc‚rit‚ parfaite, et comme s'il se f–t agi d'une autre personne, de toutes les raisons qui le d‚cidaient … ne pas quitter la citadelle.

"Je m'exposerais chaque jour … la perspective de mille morts pour avoir le bonheur de vous parler … l'aide de nos alphabets, qui maintenant ne nous arrˆtent pas un instant, et vous voulez que je fasse la duperie de m'exiler … Parme, ou peut-ˆtre … Bologne, ou mˆme … Florence! Vous voulez que je marche pour m'‚loigner de vous! Sachez qu'un tel effort m'est impossible; c'est en vain que je vous donnerais ma parole, je ne pourrais la tenir."

Le r‚sultat de cette demande de rendez-vous fut une absence de Cl‚lia, qui ne dura pas moins de cinq jours; pendant cinq jours elle ne vint … la voliŠre que dans les instants o— elle savait que Fabrice ne pouvait pas faire usage de la petite ouverture pratiqu‚e … l'abat-jour. Fabrice fut au d‚sespoir; il conclut de cette absence que, malgr‚ certains regards qui lui avaient fait concevoir de folles esp‚rances, jamais il n'avait inspir‚ … Cl‚lia d'autres sentiments que ceux d'une simple amiti‚."En ce cas, se disait-il, que m'importe la vie? que le prince me la fasse perdre, il sera le bienvenu; raison de plus pour ne pas quitter la forteresse."Et c'‚tait avec un profond sentiment de d‚go–t que, toutes les nuits, il r‚pondait aux signaux de la petite lampe. La duchesse le crut tout … fait fou quand elle lut, sur le bulletin des signaux que Ludovic lui apportait tous les matins, ces mots ‚tranges: je ne veux pas me sauver; je veux mourir ici!

Pendant ces cinq journ‚es, si cruelles pour Fabrice, Cl‚lia ‚tait plus malheureuse que lui; elle avait eu cette id‚e, si poignante pour une ƒme g‚n‚reuse: "Mon devoir est de m'enfuir dans un couvent, loin de la citadelle; quand Fabrice saura que je ne suis plus ici, et je le lui ferai dire par Grillo et par tous les ge“liers, alors il se d‚terminera … une tentative d'‚vasion."Mais aller au couvent, c'‚tait renoncer … jamais … revoir Fabrice; et renoncer … le voir quand il donnait une preuve si ‚vidente que les sentiments qui avaient pu autrefois le lier … la duchesse n'existaient plus maintenant! Quelle preuve d'amour plus touchante un jeune homme pouvait-il donner? AprŠs sept longs mois de prison, qui avaient gravement alt‚r‚ sa sant‚, il refusait de reprendre sa libert‚. Un ˆtre l‚ger, tel que les discours des courtisans avaient d‚peint Fabrice aux yeux de Cl‚lia, e–t sacrifi‚ vingt maŒtresses pour sortir un jour plus t“t de la citadelle; et que n'e–t-il pas fait pour sortir d une prison o— chaque jour le poison pouvait mettre fin … sa vie!

Cl‚lia manqua de courage, elle commit la faute insigne de ne pas chercher un refuge dans un couvent, ce qui en mˆme temps lui e–t donn‚ un moyen tout naturel de rompre avec le marquis Crescenzi. Une fois cette faute commise, comment r‚sister … ce jeune homme si aimable si naturel, si tendre, qui exposait sa vie … des p‚rils affreux pour obtenir le simple bonheur de l'apercevoir d'une fenˆtre … l'autre? AprŠs cinq jours de combats affreux, entremˆl‚s de moments de m‚pris pour elle-mˆme, Cl‚lia se d‚termina … r‚pondre … la lettre par laquelle Fabrice sollicitait le bonheur de lui parler dans la chapelle de marbre noir. A la v‚rit‚ elle refusait, et en termes assez durs; mais de ce moment toute tranquillit‚ fut perdue pour elle, … chaque instant son imagination lui peignait Fabrice succombant aux atteintes du poison, elle venait six ou huit fois par jour … la voliŠre, elle ‚prouvait le besoin passionn‚ de s'assurer par ses yeux que Fabrice vivait.

"S'il est encore … la forteresse, se disait-elle, s'il est expos‚ … toutes les horreurs que la faction Raversi trame peut-ˆtre contre lui dans le but de chasser le comte Mosca, c est uniquement parce que j'ai eu la lƒchet‚ de ne pas m'enfuir au couvent! Quel pr‚texte pour rester ici une fois qu'il e–t ‚t‚ certain que je m'en ‚tais ‚loign‚e … jamais?"

Cette fille si timide … la fois et si hautaine en vint … courir la chance d'un refus de la part du ge“lier Grillo; bien plus, elle s'exposa … tous les commentaires que cet homme pourrait se permettre sur la singularit‚ de sa conduite. Elle descendit … ce degr‚ d'humiliation de le faire appeler, et de lui dire d'une voix tremblante et qui trahissait tout son secret, que sous peu de jours Fabrice allait obtenir sa libert‚, que la duchesse Sanseverina se livrait dans cet espoir aux d‚marches les plus actives, que souvent il ‚tait n‚cessaire d'avoir … l'instant mˆme la r‚ponse du prisonnier … de certaines propositions qui ‚taient faites, et qu'elle l'engageait, lui Grillo, … permettre … Fabrice de pratiquer une ouverture dans l'abat-jour qui masquait sa fenˆtre, afin qu'elle p–t lui communiquer par signes les avis qu'elle recevait plusieurs fois la journ‚e de Mme Sanseverina.

Grillo sourit et lui donna l'assurance de son respect et de son ob‚issance. Cl‚lia lui sut un gr‚ infini de ce qu'il n'ajoutait aucune parole; il ‚tait ‚vident qu'il savait fort bien tout ce qui se passait depuis plusieurs mois.

A peine ce ge“lier fut-il hors de chez elle que Cl‚lia fit le signal dont elle ‚tait convenue pour appeler Fabrice dans les grandes occasions; elle lui avoua tout ce qu'elle venait de faire.

- Vous voulez mourir par le poison, ajouta-t-elle: j'espŠre avoir le courage un de ces jours de quitter mon pŠre, et de m'enfuir dans quelque couvent lointain; voil… l'obligation que je vous aurai; alors J'espŠre que vous ne r‚sisterez plus aux plans qui peuvent vous ˆtre propos‚s pour vous tirer d'ici; tant que vous y ˆtes, j'ai des moments affreux et d‚raisonnables; de la vie je n'ai contribu‚ au malheur de personne, et il me semble que je suis cause que vous mourrez. Une pareille id‚e que j'aurais au sujet d'un parfait inconnu me mettrait au d‚sespoir, jugez de ce que j'‚prouve quand je viens … me figurer qu'un ami, dont la d‚raison me donne de graves sujets de plaintes, mais qu'enfin je vois tous les jours depuis si longtemps, est en proie dans ce moment mˆme aux douleurs de la mort. Quelquefois je sens le besoin de savoir de vous-mˆme que vous vivez.

"C'est pour me soustraire … cette affreuse douleur que je viens de m'abaisser jusqu'… demander une grƒce … un subalterne qui pouvait me la refuser, et qui peut encore me trahir. Au reste, je serais peut-ˆtre heureuse qu'il vŒnt me d‚noncer … mon pŠre, … l'instant je partirais pour le couvent, je ne serais plus la complice bien involontaire de vos cruelles folies. Mais, croyez-moi, ceci ne peut durer longtemps, vous ob‚irez aux ordres de la duchesse. Etes-vous satisfait, ami cruel? c'est moi qui vous sollicite de trahir mon pŠre! Appelez Grillo, et faites-lui un cadeau."

Fabrice ‚tait tellement amoureux, la plus simple expression de la volont‚ de Cl‚lia le plongeait dans une telle crainte, que mˆme cette ‚trange communication ne fut point pour lui la certitude d'ˆtre aim‚. Il appela Grillo auquel il paya g‚n‚reusement les complaisances` pass‚es, et quant … l'avenir, il lui dit que pour chaque jour qu'il lui permettrait de faire usage de l'ouverture pratiqu‚e dans l'abat-jour, il recevrait un sequin. Grillo fut enchant‚ de ces conditions.

- Je vais vous parler le coeur sur la main monseigneur: voulez-vous vous soumettre … manger votre dŒner froid tous les jours? il est un moyen bien simple d'‚viter le poison. Mais je vous demande la plus profonde discr‚tion, un ge“lier doit tout voir et ne rien deviner, etc. Au lieu d'un chien j'en aurai plusieurs, et vous-mˆme vous leur ferez go–ter de tous les plats dont vous aurez le projet de manger; quant au vin, je vous donnerai du mien, et vous ne toucherez qu'aux bouteilles dont j'aurai bu. Mais si Votre Excellence veut me perdre … jamais, il suffit qu'elle fasse confidence de ces d‚tails mˆmes … Mlle Cl‚lia, les femmes sont toujours femmes; si demain elle se brouille avec vous, aprŠs-demain, pour se venger, elle raconte toute cette invention … son pŠre, dont la plus douce joie serait d'avoir de quoi faire pendre un ge“lier. AprŠs Barbone, c'est peut-ˆtre l'ˆtre le plus m‚chant de la forteresse, et c'est l… ce qui fait le vrai danger de votre position, il sait manier le poison, soyez-en s–r, et il ne me pardonnerait pas cette id‚e d'avoir trois ou quatre petits chiens.

Il y eut une nouvelle s‚r‚nade. Maintenant Grillo r‚pondait … toutes les questions de Fabrice; il s'‚tait bien promis toutefois d'ˆtre prudent, et de ne point trahir Mlle Cl‚lia, qui selon lui, tout en ‚tant sur le point d'‚pouser l‚ marquis Crescenzi, l'homme le plus riche des Etats de Parme n'en faisait pas moins l'amour, autant que les murs de la prison le permettaient avec l'aimable monsignore del Dongo. Il r‚pondait aux derniŠres questions de celui-ci sur la s‚r‚nade, lorsqu'il eut l'‚tourderie d'ajouter

- On pense qu'il l'‚pousera bient“t.

On peut juger de l'effet de ce simple mot sur Fabrice. La nuit il ne r‚pondit aux signaux de la lampe que pour annoncer qu'il ‚tait malade. Le lendemain matin, dŠs les dix heures, Cl‚lia ayant paru … la voliŠre, il lui demanda, avec un ton de politesse c‚r‚monieuse bien nouveau entre eux, pourquoi elle ne lui avait pas dit tout simplement qu'elle aimait le marquis Crescenzi, et qu'elle ‚tait sur le point de l'‚pouser.

- C'est que rien de tout cela n'est vrai, r‚pondit Cl‚lia avec impatience.

Il est v‚ritable aussi que le reste de sa r‚ponse fut moins net: Fabrice le lui fit remarquer et profita de l'occasion pour renouveler la demande d'une entrevue. Cl‚lia, qui voyait sa bonne foi mise en doute, l'accorda presque aussit“t, tout en lui faisant observer qu'elle se d‚shonorerait … jamais aux yeux de Grillo. Le soir, quand la nuit fut faite, elle parut, accompagn‚e de sa femme de chambre, dans la chapelle de marbre noir; elle s'arrˆta au milieu, … c“t‚ de la lampe de veille; la femme de chambre et Grillo retournŠrent … trente pas auprŠs de la porte. Cl‚lia, toute tremblante, avait pr‚par‚ un beau discours, son but ‚tait de ne point faire d'aveu compromettant, mais la logique de la passion est pressante; le profond int‚rˆt qu'elle met … savoir la v‚rit‚ ne lui permet point de garder de vains m‚nagements, en mˆme temps que l'extrˆme d‚vouement qu'elle sent pour ce qu'elle aime lui “te la crainte d'offenser. Fabrice fut d'abord ‚bloui de la beaut‚ de Cl‚lia, depuis prŠs de huit mois il n'avait vu d'aussi prŠs que des ge“liers. Mais le nom du marquis Crescenzi lui rendit toute sa fureur, elle augmenta quand il vit clairement que Cl‚lia ne r‚pondait qu'avec des m‚nagements prudents; Cl‚lia elle-mˆme comprit qu'elle augmentait les soup‡ons au lieu de les dissiper. Cette sensation fut trop cruelle pour elle.

- Serez-vous bien heureux, lui dit-elle avec une sorte de colŠre et les larmes aux yeux, de m'avoir fait passer par-dessus tout ce que je me dois … moi-mˆme? Jusqu'au 3 ao–t de l'ann‚e pass‚e, je n'avais ‚prouv‚ que de l'‚loignement pour les hommes qui avaient cherch‚ … me plaire. J'avais un m‚pris sans borne et probablement exag‚r‚ pour le caractŠre des courtisans, tout ce qui ‚tait heureux … cette cour me d‚plaisait. Je trouvai au contraire des qualit‚s singuliŠres … un prisonnier qui le 3 ao–t fut amen‚ dans cette citadelle. J'‚prouvai, d'abord sans m'en rendre compte, tous les tourments de la jalousie. Les grƒces d'une femme charmante, et de moi bien connue, ‚taient des coups de poignard pour mon coeur, parce que je croyais, et je crois encore un peu`, que ce prisonnier lui ‚tait attach‚. Bient“t les pers‚cutions du marquis Crescenzi, qui avait demand‚ ma main, redoublŠrent; il est fort riche et nous n'avons aucune fortune; je les repoussais avec une grande libert‚ d'esprit, lorsque mon pŠre pronon‡a le mot fatal de couvent; je compris que si je quittais la citadelle je ne pourrais plus veiller sur la vie du prisonnier dont le sort m'int‚ressait. Le chef-d'oeuvre de mes pr‚cautions avait ‚t‚ que jusqu'… ce moment il ne se doutƒt en aucune fa‡on des affreux dangers qui mena‡aient sa vie. Je m'‚tais bien promis de ne jamais trahir ni mon pŠre ni mon secret, mais cette femme d'une activit‚ admirable, d'un esprit sup‚rieur, d'une volont‚ terrible, qui protŠge ce prisonnier, lui offrit, … ce que je suppose, des moyens d'‚vasion, il les repoussa et voulut me persuader qu'il se refusait … quitter la citadelle pour ne pas s'‚loigner de moi. Alors je fis une grande faute, je combattis pendant cinq jours, j'aurais d– … l'instant me r‚fugier au couvent et quitter la forteresse: cette d‚marche m'offrait un moyen bien simple de rompre avec le marquis Crescenzi. Je n'eus point le courage de quitter la forteresse et je suis une fille perdue; je me suis attach‚e … un homme l‚ger: je sais quelle a ‚t‚ sa conduite … Naples; et quelle raison aurais-je de croire qu'il aura chang‚ de caractŠre? Enferm‚ dans une prison s‚vŠre, il a fait la cour … la seule femme qu'il p–t voir, elle a ‚t‚ une distraction pour son ennui. Comme il ne pouvait lui parler qu'avec certaines difficult‚s, cet amusement a pris la fausse apparence d'une passion. Ce prisonnier s'‚tant fait un nom dans le monde par son courage, il s'imagine prouver que son amour est mieux qu'un simple go–t passager, en s'exposant … d'assez grands p‚rils pour continuer … voir la personne qu'il croit aimer. Mais dŠs qu'il sera dans une grande ville, entour‚ de nouveau des s‚ductions de la soci‚t‚, il sera de nouveau ce qu'il a toujours ‚t‚, un homme du monde adonn‚ aux dissipations, … la galanterie, et sa pauvre compagne de prison finira ses jours dans un couvent, oubli‚e de cet ˆtre l‚ger, et avec le mortel regret de lui avoir fait un aveu.

Ce discours historique, dont nous ne donnons que les principaux traits, fut, comme on le pense bien, vingt fois interrompu par Fabrice. Il ‚tait ‚perdument amoureux, aussi il ‚tait parfaitement convaincu qu'il n'avait jamais aim‚ avant d'avoir vu Cl‚lia, et que la destin‚e de sa vie ‚tait de ne vivre que pour elle.

Le lecteur se figure sans doute les belles choses qu'il disait, lorsque la femme de chambre avertit sa maŒtresse que onze heures et demie venaient de sonner, et que le g‚n‚ral pouvait rentrer … tout moment; la s‚paration fut cruelle.

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