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New Philadelphia Book Publisher Highlights Local Talent
Book and Publishing News from Publishers Newswire(tm)

Looking for Child to be on Cover of a New Book, 'The Model Child'
PHILADELPHIA, Pa. -- The Philadelphia literary world will celebrate the launch of two new players today, April 10th: Kay Square Press, a new publishing company focused on Philadelphia-area artists, their stories, and their art; and Kay Square's first release, 'With the Rich and Mighty: Emlen Etting of Philadelphia' (ISBN: 978-0-9815129-0-7), a critical biography by Kenneth C. Kaleta.

FlatSigned Press Alleges Don Imus Remarks Damage Legacy of President Gerald R. Ford
NEW YORK, N.Y. -- Nathan Yungerberg, an accomplished model scout and professional child photographer is launching a nation-wide casting call to find the cover model for his highly anticipated book release, 'The Model Child: A Parents Guide to the Child Modeling Industry' (ISBN: 978-0-9817018-0-6).

La Chartreuse de Parme

S >> Stendhal >> La Chartreuse de Parme

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Ludovic eut l'id‚e excellente de placer dans une voiture un jeune chirurgien attach‚ … la maison de la duchesse, et qui avait beaucoup de la tournure de Fabrice.

- Prenez la fuite, lui dit-il, du c“t‚ de Bologne; soyez fort maladroit, tƒchez de vous faire arrˆter alors coupez-vous dans vos r‚ponses, et enfin avouez que vous ˆtes Fabrice del Dongo; surtout gagnez du temps. Mettez de l'adresse … ˆtre maladroit, vous en serez quitte pour un mois de prison, et Madame vous donnera cinquante sequins.

- Est-ce qu'on songe … l'argent quand on sert Madame?

Il partit et fut arrˆt‚ quelques heures plus tard, ce qui causa une joie bien plaisante au g‚n‚ral Fabio Conti et … Rassi, qui, avec le danger de Fabrice, voyait s'envoler sa baronnie.

L'‚vasion ne fut connue … la citadelle que sur les six heures du matin, et ce ne fut qu'… dix qu'on osa en instruire le prince. La duchesse avait ‚t‚ si bien servie que, malgr‚ le profond sommeil de Fabrice, qu'elle prenait pour un ‚vanouissement mortel, ce qui fit que trois fois elle fit arrˆter la voiture, elle passait le P“ dans une barque comme quatre heures sonnaient. Il y avait des relais sur la rive gauche; on fit encore deux lieues avec une extrˆme rapidit‚, puis on fut arrˆt‚ plus d'une heure pour la v‚rification des passeports. La duchesse en avait de toutes les sortes pour elle et pour Fabrice; mais elle ‚tait folle ce jour-l…, elle s'avisa de donner dix napol‚ons au commis de la police autrichienne, et de lui prendre la main en fondant en larmes. Ce commis, fort effray‚, recommen‡a l'examen. On prit la poste; la duchesse payait d'une fa‡on si extravagante, que partout elle excitait les soup‡ons en ce pays o— tout ‚tranger est suspect. Ludovic lui vint encore en aide; il dit que Mme la duchesse ‚tait folle de douleur, … cause de la fiŠvre continue du jeune comte Mosca, fils du premier ministre de Parme qu'elle emmenait avec elle consulter les m‚decins de Pavie.

Ce ne fut qu'… dix lieues par-del… le P“ que le prisonnier se r‚veilla tout … fait, il avait une ‚paule lux‚e et force ‚corchures. La duchesse avait encore des fa‡ons si extraordinaires que le maŒtre d'une auberge de village, o— l'on dŒna, crut avoir affaire … une princesse du sang imp‚rial, et allait lui faire rendre les honneurs qu'il croyait lui ˆtre dus, lorsque Ludovic dit … cet homme que la princesse le ferait immanquablement mettre en prison s'il s'avisait de faire sonner les cloches.

Enfin, sur les six heures du soir, on arriva au territoire pi‚montais. L… seulement Fabrice ‚tait en toute s–ret‚; on le conduisit dans un petit village ‚cart‚ de la grande route, on pansa ses mains, et il dormit encore quelques heures.

Ce fut dans ce village que la duchesse se livra … une action non seulement horrible aux yeux de la morale, mais qui fut encore bien funeste … la tranquillit‚ du reste de sa vie. Quelques semaines avant l'‚vasion de Fabrice, et un jour que tout Parme ‚tait … la porte de la citadelle pour tƒcher de voir dans la cour l'‚chafaud qu'on dressait en son honneur, la duchesse avait montr‚ … Ludovic devenu le factotum de sa maison, le secret au moyen duquel on faisait sortir d'un petit cadre de fer, fort bien cach‚, une des pierres formant le fond du fameux r‚servoir d'eau du palais Sanseverina, ouvrage du XIIIe siŠcle, et dont nous avons parl‚. Pendant que Fabrice dormait dans la trattoria de ce petit village, la duchesse fit appeler Ludovic; il la crut devenue folle, tant les regards qu'elle lui lan‡ait ‚taient singuliers.

- Vous devez vous attendre, lui dit-elle, que je vais vous donner quelques milliers de francs: eh bien! non; je vous connais, vous ˆtes un poŠte, vous auriez bient“t mang‚ cet argent. Je vous donne la petite terre de la Ricciarda … une lieue de Casal Maggiore.

Ludovic se jeta … ses pieds fou de joie, et protestant avec l'accent du coeur que ce n'‚tait point pour gagner de l'argent qu'il avait contribu‚ … sauver monsignore Fabrice; qu'il l'avait toujours aim‚ d'une affection particuliŠre depuis qu'il avait eu l'honneur de le conduire une fois en sa qualit‚ de troisiŠme cocher de Madame. Quand cet homme, qui r‚ellement avait du coeur, crut avoir assez occup‚ une aussi grande dame, il prit cong‚; mais elle, avec des yeux ‚tincelants, lui dit:

- Restez.

Elle se promenait sans mot dire dans cette chambre de cabaret, regardant de temps … autre Ludovic avec des yeux incroyables. Enfin cet homme, voyant que cette ‚trange promenade ne prenait point de fin, crut devoir adresser la parole … sa maŒtresse.

- Madame m'a fait un don tellement exag‚r‚, tellement au-dessus de tout ce qu'un pauvre homme tel que moi pouvait s'imaginer, tellement sup‚rieur surtout aux faibles services que j'ai eu l'honneur de rendre, que je crois en conscience ne pas pouvoir garder sa terre de la Ricciarda. J'ai l'honneur de rendre cette terre … Madame, et de la prier de m'accorder une pension de quatre cents francs.

- Combien de fois en votre vie, lui dit-elle avec la hauteur la plus sombre, combien de fois avez-vous ou‹ dire que j'avais d‚sert‚ un projet une fois ‚nonc‚ par moi?

AprŠs cette phrase, la duchesse se promena encore durant quelques minutes; puis s'arrˆtant tout … coup, elle s'‚cria:

- C'est par hasard et parce qu'il a su plaire … cette petite fille, que la vie de Fabrice a ‚t‚ sauv‚e! S'il n'avait ‚t‚ aimable il mourait. Est-ce que vous pourrez me nier cela? dit-elle en marchant sur Ludovic avec des yeux o— ‚clatait la plus sombre fureur.

Ludovic recula de quelques pas et la crut folle, ce qui lui donna de vives inqui‚tudes pour la propri‚t‚ de sa terre de la Ricciarda.

- Eh bien? reprit la duchesse du ton le plus doux et le plus gai, et chang‚e du tout au tout, je veux que mes bons habitants de Sacca aient une journ‚e folle et de laquelle ils se souviennent longtemps. Vous allez retourner … Sacca, avez-vous quelque objection? Pensez-vous courir quelque danger?

- Peu de chose, Madame: aucun des habitants de Sacca ne dira jamais que j'‚tais de la suite de monsignore Fabrice. D'ailleurs, si j'ose le dire … Madame, je br–le de voir ma terre de la Ricciarda: il me semble si dr“le d'ˆtre propri‚taire!

- Ta gaiet‚ me plaŒt. Le fermier de la Ricciarda me doit, je pense, trois ou quatre ann‚es de son fermage: je lui fais cadeau de la moiti‚ de ce qu'il me doit, et l'autre moiti‚ de tous ces arr‚rages, je te la donne, mais … cette condition: tu vas aller … Sacca, tu diras qu'aprŠs-demain est le jour de la fˆte d'une de mes patronnes, et, le soir qui suivra ton arriv‚e, tu feras illuminer mon chƒteau de la fa‡on la plus splendide. N'‚pargne ni argent ni peine: songe qu'il s'agit du plus grand bonheur de ma vie. De longue main j'ai pr‚par‚ cette illumination; depuis plus de trois mois j'ai r‚uni dans les caves du chƒteau tout ce qui peut servir … cette noble fˆte; j'ai donn‚ en d‚p“t au jardinier toutes les piŠces d'artifice n‚cessaires pour un feu magnifique: tu le feras tirer sur la terrasse qui regarde le P“. J'ai quatre-vingt-neuf fontaines de vin dans mon parc. Si le lendemain il me reste une bouteille de vin qui ne soit pas bue, je dirai que tu n'aimes pas Fabrice. Quand les fontaines de vin, l'illumination et le feu d'artifice seront bien en train tu t'esquiveras prudemment, car il est possible, et c'est mon espoir, qu'… Parme toutes ces belles choses-l… paraissent une insolence.

- C'est ce qui n'est pas possible seulement, c'est s–r; comme il est certain aussi que le fiscal Rassi, qui a sign‚ la sentence de monsignore, en crŠvera de rage. Et mˆme... ajouta Ludovic avec timidit‚, si Madame voulait faire plus de plaisir … son pauvre serviteur que de lui donner la moiti‚ des arr‚rages de la Ricciarda, elle me permettrait de faire une plaisanterie … ce Rassi...

- Tu es un brave homme! s'‚cria la duchesse avec transport, mais je te d‚fends absolument de rien faire … Rassi; j'ai le projet de le faire pendre en public, plus tard. Quant … toi, tƒche de ne pas te faire arrˆter … Sacca, tout serait gƒt‚ si je te perdais.

- Moi, Madame! Quand j'aurai dit que je fˆte une des patronnes de madame, si la police envoyait trente gendarmes pour d‚ranger quelque chose, soyez s–re qu'avant d'ˆtre arriv‚s … la croix rouge qui est au milieu du village, pas un d'eux ne serait … cheval. Ils ne se mouchent pas du coude, non, les habitants de Sacca; tous contrebandiers finis et qui adorent Madame.

- Enfin, reprit la duchesse d'un air singuliŠrement d‚gag‚, si je donne du vin … mes braves gens de Sacca, je veux inonder les habitants de Parme le mˆme soir o— mon chƒteau sera illumin‚, prends le meilleur cheval de mon ‚curie, cours … mon palais, … Parme, et ouvre le r‚servoir.

- Ah! l'excellente id‚e qu'a Madame! s'‚cria Ludovic, riant comme un fou, du vin aux braves gens de Sacca, de l'eau aux bourgeois de Parme qui ‚taient si s–rs, les mis‚rables, que monsignore Fabrice allait ˆtre empoisonn‚ comme le pauvre L...

La joie de Ludovic n'en finissait point; la duchesse regardait avec complaisance ses rires fous; il r‚p‚tait sans cesse:

- Du vin aux gens de Sacca et de l'eau … ceux de Parme! Madame sait sans doute mieux que moi que lorsqu'on vida imprudemment le r‚servoir, il y a une vingtaine d'ann‚es, il y eut jusqu'… un pied d'eau dans plusieurs des rues de Parme.

- Et de l'eau aux gens de Parme, r‚pliqua la duchesse en riant. La promenade devant la citadelle e–t ‚t‚ remplie de monde si l'on e–t coup‚ le cou … Fabrice... Tout le monde l'appelle le grand coupable... Mais, surtout, fais cela avec adresse, que jamais personne vivante ne sache que cette inondation a ‚t‚ faite par toi, ni ordonn‚e par moi. Fabrice, le comte lui-mˆme, doivent ignorer cette folle plaisanterie... Mais j'oubliais les pauvres de Sacca; va-t'en ‚crire une lettre … mon homme d'affaires, que je signerai; tu lui diras que pour la fˆte de ma sainte patronne il distribue cent sequins aux pauvres de Sacca et qu'il t'ob‚isse en tout pour l'illumination, le feu d'artifice et le vin; que le lendemain surtout il ne reste pas une bouteille pleine dans mes caves.

- L'homme d'affaires de Madame ne se trouvera embarrass‚ qu'en un point: depuis cinq ans que Madame a le chƒteau, elle n'a pas laiss‚ dix pauvres dans Sacca.

- Et de l'eau pour les gens de Parme! reprit la duchesse en chantant. Comment ex‚cuteras-tu cette plaisanterie?

- Mon plan est tout fait: je pars de Sacca sur les neuf heures, … dix et demie mon cheval est … l'Auberge des Trois-Ganaches, sur la route de Casal Maggiore et de ma terre de la Ricciarda, … onze heures je suis dans ma chambre au palais, et … onze heures et un quart de l'eau pour les gens de Parme, et plus qu'ils n'en voudront, pour boire … la sant‚ du grand coupable. Dix minutes plus tard je sors de la ville par la route de Bologne. Je fais, en passant, un profond salut … la citadelle, que le courage de monsignore et l'esprit de madame viennent de d‚shonorer; je prends un sentier dans la campagne, de moi bien connu, et je fais mon entr‚e … la Ricciarda.

Ludovic jeta les yeux sur la duchesse et fut effray‚: elle regardait fixement la muraille nue … six pas d'elle, et, il faut en convenir, son regard ‚tait atroce."Ah! ma pauvre terre! pensa Ludovic; le fait est qu'elle est folle!"La duchesse le regarda et devina sa pens‚e.

- Ah! monsieur Ludovic le grand poŠte, vous voulez une donation par ‚crit: courez me chercher une feuille de papier.

Ludovic ne se fit pas r‚p‚ter cet ordre, et la duchesse ‚crivit de sa main une longue reconnaissance antidat‚e d'un an, et par laquelle elle d‚clarait avoir re‡u, de Ludovic San Micheli, la somme de 80000 francs, et lui avoir donn‚ en gage la terre de la Ricciarda. Si aprŠs douze mois r‚volus la duchesse n'avait pas rendu lesdits 80000 francs … Ludovic, la terre de la Ricciarda resterait sa propri‚t‚.

"Il est beau, se disait la duchesse, de donner … un serviteur fidŠle le tiers … peu prŠs de ce qui me reste pour moi-mˆme."

- Ah ‡…! dit la duchesse … Ludovic, aprŠs la plaisanterie du r‚servoir, je ne te donne que deux jours pour te r‚jouir … Casal Maggiore. Pour que la vente soit valable, dis que c'est une affaire qui remonte … plus d'un an. Reviens me rejoindre … Belgirate, et cela sans le moindre d‚lai, Fabrice ira peut-ˆtre en Angleterre o— tu le suivras.

Le lendemain de bonne heure la duchesse et Fabrice ‚taient … Belgirate.

On s'‚tablit dans ce village enchanteur, mais un chagrin mortel attendait la duchesse sur ce beau lac. Fabrice ‚tait entiŠrement chang‚; dŠs les premiers moments o— il s'‚tait r‚veill‚ de son sommeil, la duchesse s'‚tait aper‡u qu'il se passait en lui quelque chose d'extraordinaire. Le sentiment profond par lui cach‚ avec beaucoup de soin ‚tait assez bizarre, ce n'‚tait rien moins que ceci: il ‚tait au d‚sespoir d'ˆtre hors de prison. Il se gardait bien d'avouer cette cause de sa tristesse, elle . e–t amen‚ des questions auxquelles il ne voulait pas r‚pondre.

- Mais quoi! lui disait la duchesse ‚tonn‚e cette horrible sensation lorsque la faim te for‡ait … te nourrir, pour ne pas tomber, d'un de ces mets d‚testables fournis par la cuisine de la prison, cette sensation, y a-t-il ici quelque go–t singulier, est-ce que je m'empoisonne en cet instant, cette sensation ne te fait pas horreur?

- Je pensais … la mort, r‚pondait Fabrice, comme je suppose qu'y pensent les soldats: c'‚tait une chose possible que je pensais bien ‚viter par mon adresse.

Ainsi quelle inqui‚tude, quelle douleur pour la duchesse! Cet ˆtre ador‚, singulier, vif, original, ‚tait d‚sormais sous ses yeux en proie … une rˆverie profonde; il pr‚f‚rait la solitude mˆme au plaisir de parler de toutes choses, et … coeur ouvert, … la meilleure amie qu'il e–t au monde. Toujours il ‚tait bon, empress‚, reconnaissant auprŠs de la duchesse, il e–t comme jadis donn‚ cent fois sa vie pour elle; mais son ƒme ‚tait ailleurs. On faisait souvent quatre ou cinq lieues sur ce lac sublime sans se dire une parole. La conversation, l'‚change de pens‚es froides d‚sormais possible entre eux, e–t peut-ˆtre sembl‚ agr‚able … d'autres; mais eux se souvenaient encore, la duchesse surtout, de ce qu'‚tait leur conversation avant ce fatal combat avec Giletti qui les avait s‚par‚s. Fabrice devait … la duchesse l'histoire des neuf mois pass‚s dans une horrible prison, et il se trouvait que sur ce s‚jour il n'avait … dire que des paroles brŠves et incomplŠtes.

"Voil… ce qui devait arriver t“t ou tard, se disait la duchesse avec une tristesse sombre. Le chagrin m'a vieillie, ou bien il aime r‚ellement, et je n'ai plus que la seconde place dans son coeur."Avilie, atterr‚e par ce plus grand des chagrins possibles, la duchesse se disait quelquefois: "Si le ciel voulait que Ferrante f–t devenu tout … fait fou ou manquƒt de courage, il me semble que je serais moins malheureuse."DŠs ce moment ce demi-remords empoisonna l'estime que la duchesse avait pour son propre caractŠre."Ainsi, se disait-elle avec amertume, je me repens d'une r‚solution prise: Je ne suis donc plus une del Dongo!

"Le ciel l'a voulu, reprenait-elle: Fabrice est amoureux, et de quel droit voudrais-je qu'il ne f–t pas amoureux? Une seule parole d'amour v‚ritable a-t-elle jamais ‚t‚ ‚chang‚e entre nous?"

Cette id‚e si raisonnable lui “ta le sommeil, et enfin ce qui montrait que la vieillesse et l'affaiblissement de l'ƒme ‚taient arriv‚s pour elle avec la perspective d'une illustre vengeance, elle ‚tait cent fois plus malheureuse … Belgirate qu'… Parme. Quant … la personne qui pouvait causer l'‚trange rˆverie de Fabrice, il n'‚tait guŠre possible d'avoir des doutes raisonnables: Cl‚lia Conti, cette fille si pieuse, avait trahi son pŠre puisqu'elle avait consenti … enivrer la garnison, et jamais Fabrice ne parlait de Cl‚lia! a Mais, ajoutait la duchesse se frappant la poitrine avec d‚sespoir, si la garnison n'e–t pas ‚t‚ enivr‚e, toutes mes inventions, tous mes soins devenaient inutiles; ainsi c'est elle qui l'a sauv‚!"

C'‚tait avec une extrˆme difficult‚ que la duchesse obtenait de Fabrice des d‚tails sur les ‚v‚nements de cette nuit,"qui, se disait la duchesse, autrefois e–t form‚ entre nous le sujet d'un entretien sans cesse renaissant! Dans ces temps fortun‚s, il e–t parl‚ tout un jour et avec une verve et une gaiet‚ sans cesse renaissantes sur la moindre bagatelle que je m'avisais de mettre en avant."

Comme il fallait tout pr‚voir, la duchesse avait ‚tabli Fabrice au port de Locarno, ville suisse … l'extr‚mit‚ du lac Majeur. Tous les jours elle allait le prendre en bateau pour de longues promenades sur le lac. Eh bien! une fois qu'elle s'avisa de monter chez lui, elle trouva sa chambre tapiss‚e d'une quantit‚ de vues de la ville de Parme qu'il avait fait venir de Milan ou de Parme mˆme, pays qu'il aurait d– tenir en abomination. Son petit salon, chang‚ en atelier, ‚tait encombr‚ de tout l'appareil d'un peintre … l'aquarelle, et elle le trouva finissant une troisiŠme vue de la tour FarnŠse et du palais du gouverneur.

- Il ne te manque plus, lui dit-elle d'un air piqu‚, que de faire de souvenir le portrait de cet aimable gouverneur qui voulait seulement t'empoisonner. Mais j'y songe, continua la duchesse, tu devrais lui ‚crire une lettre d'excuses d'avoir pris la libert‚ de te sauver et de donner un ridicule … sa citadelle.

La pauvre femme ne croyait pas dire si vrai: … peine arriv‚ en lieu de s–ret‚, le premier soin de Fabrice avait ‚t‚ d'‚crire au g‚n‚ral Fabio Conti une lettre parfaitement polie et dans un certain sens bien ridicule; il lui demandait pardon de s'ˆtre sauv‚, all‚guant pour excuse qu'il avait pu croire que certain subalterne de la prison avait ‚t‚ charg‚ de lui administrer du poison. Peu lui importait ce qu'il ‚crivait, Fabrice esp‚rait que les yeux de Cl‚lia verraient cette lettre, et sa figure ‚tait couverte de larmes en l'‚crivant. Il la termina par une phrase bien plaisante: il osait dire que, se trouvant en libert‚, souvent il lui arrivait de regretter sa petite chambre de la tour FarnŠse. C'‚tait l… la pens‚e capitale de sa lettre, il esp‚rait que Cl‚lia la comprendrait. Dans son humeur ‚crivante, et toujours dans l'espoir d'ˆtre lu par quelqu'un, Fabrice adressa des remerciements … don Cesare, ce bon aum“nier qui lui avait prˆt‚ des livres de th‚ologie. Quelques jours plus tard, Fabrice engagea le petit libraire de Locarno … faire le voyage de Milan, o— ce libraire, ami du c‚lŠbre bibliomane Reina, acheta les plus magnifiques ‚ditions qu'il put trouver des ouvrages prˆt‚s par don Cesare. Le bon aum“nier re‡ut ces livres et une belle lettre qui lui disait que, dans des moments d'impatience, peut-ˆtre pardonnables … un pauvre prisonnier, on avait charg‚ les marges de ses livres de notes ridicules. On le suppliait en cons‚quence de les remplacer dans sa bibliothŠque par les volumes que la plus vive reconnaissance se permettait de lui pr‚senter.

Fabrice ‚tait bien bon de donner le simple nom de notes aux griffonnages infinis dont il avait charg‚ les marges d'un exemplaire in-folio des ouvres de saint J‚r“me. Dans l'espoir qu'il pourrait renvoyer ce livre au bon aum“nier, et l'‚changer contre un autre, il avait ‚crit jour par jour sur les marges un journal fort exact de tout ce qui lui arrivait en prison; les grands ‚v‚nements n'‚taient autre chose que des extases d'amour divin (ce mot divin en rempla‡ait un autre qu'on n'osait ‚crire). Tant“t cet amour divin conduisait le prisonnier … un profond d‚sespoir, d'autres fois une voix entendue … travers les airs rendait quelque esp‚rance et causait des transports de bonheur. Tout cela, heureusement, ‚tait ‚crit avec une encre de prison, form‚e de vin, de chocolat et de suie, et don Cesare n'avait fait qu'y jeter un coup d'oeil en repla‡ant dans sa bibliothŠque le volume de saint J‚r“me. S'il en avait suivi les marges, il aurait vu qu'un jour le prisonnier, se croyant empoisonn‚, se f‚licitait de mourir … moins de quarante pas de distance de ce qu'il avait aim‚ le mieux dans ce monde. Mais un autre oeil que celui du bon aum“nier avait lu cette page depuis la fuite. Cette belle id‚e: Mourir prŠs de ce qu'on aime! exprim‚e de cent fa‡ons diff‚rentes, ‚tait suivie d'un sonnet o— l'on voyait que l'ƒme s‚par‚e, aprŠs des tourments atroces, de ce corps fragile qu'elle avait habit‚ pendant vingt-trois ans, pouss‚e par cet instinct de bonheur naturel … tout ce qui exista une fois, ne remonterait pas au ciel se mˆler aux choeurs des anges aussit“t qu'elle serait libre et dans le cas o— le jugement terrible lui accorderait le pardon de ses p‚ch‚s; mais que, plus heureuse aprŠs la mort qu'elle n'avait ‚t‚ durant la vie, elle irait … quelques pas de la prison, o— si longtemps elle avait g‚mi, se r‚unir … tout ce qu'elle avait aim‚ au monde. Et ainsi, disait le dernier vers du sonnet, j'aurai trouv‚ mon paradis sur la terre.

Quoiqu'on ne parlƒt de Fabrice … la citadelle de Parme que comme d'un traŒtre infƒme qui avait viol‚ les devoirs les plus sacr‚s, toutefois le bon prˆtre don Cesare fut ravi par la vue des beaux livres qu'un inconnu lui faisait parvenir; car Fabrice avait eu l'attention de n'‚crire que quelques jours aprŠs l'envoi, de peur que son nom ne fŒt renvoyer tout le paquet avec indignation. Don Cesare ne parla point de cette attention … son frŠre, qui entrait en fureur au seul nom de Fabrice; mais depuis la fuite de ce dernier, il avait repris toute son ancienne intimit‚ avec son aimable niŠce; et comme il lui avait enseign‚ jadis quelques mots de latin, il lui fit voir les beaux ouvrages qu'il recevait. Tel avait ‚t‚ l'espoir du voyageur. Tout … coup Cl‚lia rougit extrˆmement, elle venait de reconnaŒtre l'‚criture de Fabrice. De grands morceaux fort ‚troits de papier jaune ‚taient plac‚s en guise de signets en divers endroits du volume. Et comme il est vrai de dire qu'au milieu des plats int‚rˆts d'argent, et de la froideur d‚color‚e des pens‚es vulgaires qui remplissent notre vie, les d‚marches inspir‚es par une vraie passion manquent rarement de produire leur effet, comme si une divinit‚ propice prenait le soin de les conduire par la main, Cl‚lia, guid‚e par cet instinct et par la pens‚e d'une seule chose au monde, demanda … son oncle de comparer l'ancien exemplaire de saint J‚r“me avec celui qu'il venait de recevoir. Comment dire son ravissement au milieu de la sombre tristesse o— l'absence de Fabrice l'avait plong‚e, lorsqu'elle trouva sur les marges de l'ancien Saint-J‚r“me le sonnet dont nous avons parl‚, et les m‚moires, jour par jour, de l'amour qu'on avait senti pour elle!

DŠs le premier jour, elle sut le sonnet par coeur; elle le chantait, appuy‚e sur sa fenˆtre, devant la fenˆtre d‚sormais solitaire, o— elle avait vu si souvent une petite ouverture se d‚masquer dans l'abat-jour. Cet abat-jour avait ‚t‚ d‚mont‚ pour ˆtre plac‚ sur le bureau du tribunal et servir de piŠce … conviction dans un procŠs ridicule que Rassi instruisait contre Fabrice, accus‚ du crime de s'ˆtre sauv‚, ou, comme disait le fiscal en en riant lui-mˆme, de s'ˆtre d‚rob‚ … la d‚mence d'un prince magnanime!

Chacune des d‚marches de Cl‚lia ‚tait pour elle l'objet d'un vif remords, et depuis qu'elle ‚tait malheureuse les remords ‚taient plus vifs. Elle cherchait … apaiser un peu les reproches qu'elle s'adressait, en se rappelant le voeu de ne jamais revoir Fabrice, fait par elle … la Madone lors du demi-empoisonnement du g‚n‚ral, et depuis chaque jour renouvel‚.

Son pŠre avait ‚t‚ malade de l'‚vasion de Fabrice, et, de plus, il avait ‚t‚ sur le point de perdre sa place, lorsque le prince, dans sa colŠre, destitua tous les ge“liers de la tour FarnŠse, et les fit passer comme prisonniers dans la prison de la ville. Le g‚n‚ral avait ‚t‚ sauv‚ en partie par l'intercession du comte Mosca, qui aimait mieux le voir enferm‚ au sommet de sa citadelle, que rival actif et intrigant dans les cercles de la cour.

Ce fut pendant les quinze jours que dura l'incertitude relativement … la disgrƒce du g‚n‚ral Fabio Conti, r‚ellement malade, que Cl‚lia eut le courage d'ex‚cuter le sacrifice qu'elle avait annonc‚ … Fabrice. Elle avait eu l'esprit d'ˆtre malade le jour des r‚jouissances g‚n‚rales, qui fut aussi celui de la fuite du prisonnier, comme le lecteur s'en souvient peut-ˆtre, elle fut malade aussi le lendemain, et, en un mot, sut si bien se conduire, qu'… l'exception du ge“lier Grillo, charg‚ sp‚cialement de la garde de Fabrice, personne n'eut de soup‡ons sur sa complicit‚, et Grillo se tut.

Mais aussit“t que Cl‚lia n'eut plus d'inqui‚tudes de ce c“t‚ , elle fut plus cruellement agit‚e encore par ses justes remords: "Quelle raison au monde, se disait-elle, peut diminuer le crime d'une fille qui trahit son pŠre?"

Un soir, aprŠs une journ‚e pass‚e presque tout entiŠre … la chapelle et dans les larmes, elle pria son oncle, don Cesare, de l'accompagner chez le g‚n‚ral, dont les accŠs de fureur l'effrayaient d'autant plus, qu'… tout propos il y mˆlait des impr‚cations contre Fabrice, cet abominable traŒtre.

Arriv‚ en pr‚sence de son pŠre, elle eut le courage de lui dire que si toujours elle avait refus‚ de donner la main au marquis Crescenzi, c'est qu'elle ne sentait aucune inclination pour lui, et qu'elle ‚tait assur‚e de ne point trouver le bonheur dans cette union. A ces mots, le g‚n‚ral entra en fureur; et Cl‚lia eut assez de peine … reprendre la parole. Elle ajouta que si son pŠre, s‚duit par la grande fortune du marquis, croyait devoir lui donner l'ordre pr‚cis de l'‚pouser, elle ‚tait prˆte … ob‚ir. Le g‚n‚ral fut tout ‚tonn‚ de cette conclusion, … laquelle il ‚tait loin de s'attendre, il finit pourtant par s'en r‚jouir."Ainsi, dit-il … son frŠre, je ne serai pas r‚duit … loger dans un second ‚tage, si ce polisson de Fabrice me fait perdre ma place par son mauvais proc‚d‚."

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