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New Philadelphia Book Publisher Highlights Local Talent
Book and Publishing News from Publishers Newswire(tm)

Looking for Child to be on Cover of a New Book, 'The Model Child'
PHILADELPHIA, Pa. -- The Philadelphia literary world will celebrate the launch of two new players today, April 10th: Kay Square Press, a new publishing company focused on Philadelphia-area artists, their stories, and their art; and Kay Square's first release, 'With the Rich and Mighty: Emlen Etting of Philadelphia' (ISBN: 978-0-9815129-0-7), a critical biography by Kenneth C. Kaleta.

FlatSigned Press Alleges Don Imus Remarks Damage Legacy of President Gerald R. Ford
NEW YORK, N.Y. -- Nathan Yungerberg, an accomplished model scout and professional child photographer is launching a nation-wide casting call to find the cover model for his highly anticipated book release, 'The Model Child: A Parents Guide to the Child Modeling Industry' (ISBN: 978-0-9817018-0-6).

La Chartreuse de Parme

S >> Stendhal >> La Chartreuse de Parme

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Voil… ce pauvre diable de Rassi pale comme la mort et sans perruque; tu n'as pas d'id‚e de cette figur‚! Le peuple veut absolument le pendre; ce serait un grand tort qu'on lui ferait, il m‚rite d'ˆtre ‚cartel‚. Il se r‚fugiait … mon palais, et m'a couru aprŠs dans la rue; je ne sais trop qu'en faire... je ne veux pas le conduire au palais du prince, ce serait faire ‚clater la r‚volte de ce c“t‚. F... verra si je l'aime; mon premier mot … Rassi a ‚t‚: Il me faut la sentence contre M. del Dongo, et toutes les copies que vous pouvez en avoir, et dites … tous ces juges iniques, qui sont cause de cette r‚volte, que je les ferai tous pendre, ainsi que vous, mon cher ami, s'ils soufflent un mot de cette sentence, qui n'a jamais exist‚. Au nom de Fabrice, j'envoie une compagnie de grenadiers … l'archevˆque. Adieu, cher ange! mon palais va ˆtre br–l‚, et je perdrai les charmants portraits que j'ai de toi. Je cours au palais pour faire destituer cet infƒme g‚n‚ral P..., qui fait des siennes; il flatte bassement le peuple, comme autrefois il flattait le feu prince. Tous ces g‚n‚raux ont une peur du diable; je vais, je crois, me faire nommer g‚n‚ral en chef.


La duchesse eut la malice de ne pas envoyer r‚veiller Fabrice; elle se sentait pour le comte un accŠs d'admiration qui ressemblait fort … de l'amour."Toute r‚flexion faite, se dit-elle, il faut que je l'‚pouse."Elle le lui ‚crivit aussit“t, et fit partir un de ses gens. Cette nuit, la duchesse n'eut pas le temps d'ˆtre malheureuse.

Le lendemain, sur le midi, elle vit une barque mont‚e par dix rameurs et qui fendait rapidement les eaux du lac, Fabrice et elle reconnurent bient“t un homme portant la livr‚e du prince de Parme: c'‚tait en effet un de ses courriers qui, avant de descendre … terre, cria … la duchesse:

- La r‚volte est apais‚e!

Ce courrier lui remit plusieurs lettres du comte une lettre admirable de la princesse et une ordonnance du prince Ranuce-Ernest V, sur parchemin qui la nommait duchesse de San Giovanni et grande maŒtresse de la princesse douairiŠre. Ce jeune prince, savant en min‚ralogie, et qu'elle croyait un imb‚cile, avait eu l'esprit de lui ‚crire un petit billet; mais il y avait de l'amour … la fin. Le billet commen‡ait ainsi:


Le comte dit, madame la duchesse, qu'il est content de moi; le fait est que j'ai essay‚ quelques coups de fusil … ses c“t‚s et que mon cheval a ‚t‚ touch‚: … voir le bruit qu'on fait pour si peu de chose je d‚sire vivement assister … une vraie bataille, mais que ce ne soit pas contre mes sujets. Je dois tout au comte tous mes g‚n‚raux, qui n'ont pas fait la guerre, se sont conduits comme des liŠvres, je crois que deux ou trois se sont enfuis jusqu'… Bologne. Depuis qu'un grand et d‚plorable ‚v‚nement m'a donn‚ le pouvoir, je n'ai point sign‚ d'ordonnance qui m'ait ‚t‚ aussi agr‚able que celle qui vous nomme grande maŒtresse de ma mŠre. Ma mŠre et moi, nous nous sommes souvenus qu'un jour vous admiriez la belle vue que l'on a du palazzeto de San Giovanni, qui jadis appartint … P‚trarque, du moins on le dit; ma mŠre a voulu vous donner cette petite terre; et moi, ne sachant que vous donner, et n'osant vous offrir tout ce qui vous appartient, je vous ai faite duchesse dans mon pays; je ne sais si vous ˆtes assez savante pour savoir que Sanseverina est un titre romain. Je viens de donner le grand cordon de mon ordre … notre digne archevˆque, qui a d‚ploy‚ une fermet‚ bien rare chez les hommes de soixante-dix ans. Vous ne m'en voudrez pas d'avoir rappel‚ toutes les dames exil‚es. On me dit que je ne dois plus signer, dor‚navant, qu'aprŠs avoir ‚crit les mots votre affectionn‚: je suis fƒch‚ que l'on me fasse prodiguer une assurance qui n'est complŠtement vraie que quand je vous ‚cris.

Votre affectionn‚,
Ranuce-Ernest.


Qui n'e–t dit, d'aprŠs ce langage, que la duchesse allait jouir de la plus haute faveur? Toutefois elle trouva quelque chose de fort singulier dans d'autres lettres du comte, qu'elle re‡ut deux

heures plus tard. Il ne s'expliquait point autrement, mais lui conseillait de retarder de quelques jours son retour … Parme, et d'‚crire … la princesse qu'elle ‚tait fort indispos‚e. La duchesse et Fabrice n'en partirent pas moins pour Parme aussit“t aprŠs dŒner. Le but de la duchesse, que toutefois elle ne s'avouait pas, ‚tait de presser le mariage du marquis Crescenzi; Fabrice, de son c“t‚, fit la route dans des transports de bonheur fous, et qui semblŠrent ridicules … sa tante. Il avait l'espoir de revoir bient“t Cl‚lia; il comptait bien l'enlever, mˆme malgr‚ elle, s'il n'y avait que ce moyen de rompre son mariage.

Le voyage de la duchesse et de son neveu fut trŠs gai. A un poste avant Parme, Fabrice s'arrˆta un instant pour reprendre l'habit eccl‚siastique; d'ordinaire il ‚tait vˆtu comme un homme en deuil. Quand il rentra dans la chambre de la duchesse:

- Je trouve quelque chose de louche et d'inexplicable, lui dit-elle, dans les lettres du comte. Si tu m'en croyais, tu passerais ici quelques heures; je t'enverrai un courrier dŠs que j'aurai parl‚ … ce grand ministre.

Ce fut avec beaucoup de peine que Fabrice se rendit … cet avis raisonnable. Des transports de joie dignes d'un enfant de quinze ans marquŠrent la r‚ception que le comte fit … la duchesse, qu'il appelait sa femme. Il fut longtemps sans vouloir parler politique, et, quand enfin on en vint … la triste raison:

- Tu as fort bien fait d'empˆcher Fabrice d'arriver officiellement; nous sommes ici en pleine r‚action. Devine un peu le collŠgue que le prince m'a donn‚ comme ministre de justice! c'est Rassi, ma chŠre, Rassi, que j'ai trait‚ comme un gueux qu'il est, le jour de nos grandes affaires. A propos, je t'avertis qu'on a supprim‚ tout ce qui s'est pass‚ ici. Si tu lis notre gazette, tu verras qu'un commis de la citadelle, nomm‚ Barbone, est mort d'une chute de voiture. Quant aux soixante et tant de coquins que j'ai fait tuer … coups de balles, lorsqu'ils attaquaient la statue du prince dans les jardins, ils se portent fort bien, seulement ils sont en voyage. Le comte Zurla, ministre de l'Int‚rieur, est all‚ lui-mˆme … la demeure de chacun de ces h‚ros malheureux, et a remis quinze sequins … leurs familles ou … leurs amis, avec ordre de dire que le d‚funt ‚tait en voyage, et menace trŠs expresse de la prison, si l'on s'avisait de faire entendre qu'il avait ‚t‚ tu‚. Un homme de mon propre ministŠre, les Affaires ‚trangŠres, a ‚t‚ envoy‚ en mission auprŠs des journalistes de Milan et de Turin, afin qu'on ne parle pas du malheureux ‚v‚nement, c'est le mot consacr‚; cet homme doit pousser jusqu'… Paris et Londres, afin de d‚mentir dans tous les journaux, et presque officiellement, tout ce qu'on pourrait dire de nos troubles. Un autre agent s'est achemin‚ vers Bologne et Florence. J'ai hauss‚ les ‚paules.

"Mais le plaisant, … mon ƒge, c'est que j'ai eu un moment d'enthousiasme en parlant aux soldats de la garde et arrachant les ‚paulettes de ce pleutre de g‚n‚ral P... En cet instant j'aurais donn‚ ma vie, sans balancer, pour le prince; j'avoue maintenant que c'e–t ‚t‚ une fa‡on bien bˆte de finir. Aujourd'hui, le prince, tout bon jeune homme qu'il est, donnerait cent ‚cus pour que je mourusse de maladie; il n'ose pas encore me demander ma d‚mission, mais nous nous parlons le plus rarement possible, et je lui envoie une quantit‚ de petits rapports par ‚crit, comme je le pratiquais avec le feu prince, aprŠs la prison de Fabrice. A propos, je n'ai point fait des papillotes avec la sentence sign‚e contre lui, par la grande raison que ce coquin de Rassi ne me l'a point remise. Vous avez donc fort bien fait d'empˆcher Fabrice d'arriver ici officiellement. La sentence est toujours ex‚cutoire; je ne crois pas pourtant que le Rassi osƒt faire arrˆter votre neveu aujourd'hui, mais il est possible qu'il l'ose dans quinze jours. Si Fabrice veut absolument rentrer en ville, qu'il vienne loger chez moi.

- Mais la cause de tout ceci? s'‚cria la duchesse ‚tonn‚e.

- On a persuad‚ au prince que je me donne des airs de dictateur et de sauveur de la patrie, et que je veux le mener comme un enfant; qui plus est, en parlant de lui, j'aurais prononc‚ le mot fatal: cet enfant. Le fait peut ˆtre vrai, j'‚tais exalt‚ ce jour-l…: par exemple, je le voyais un grand homme, parce qu'il n'avait point trop de peur au milieu des premiers coups de fusil qu'il entendŒt de sa vie. Il ne manque point d'esprit, il a mˆme un meilleur ton que son pŠre: enfin, je ne saurais trop le r‚p‚ter, le fond du coeur est honnˆte et bon; mais ce coeur sincŠre et jeune se crispe quand on lui raconte un tour de fripon, et croit qu'il faut avoir l'ƒme bien noire soi-mˆme pour apercevoir de telles choses: songez … l'‚ducation qu'il a re‡ue!...

- Votre Excellence devait songer qu'un jour il serait le maŒtre, et placer un homme d'esprit auprŠs de lui.

- D'abord, nous avons l'exemple de l'abb‚ de Condillac, qui, appel‚ par le marquis de Felino, mon pr‚d‚cesseur, ne fit de son ‚lŠve que le roi des nigauds. Il allait … la procession, et, en 1796, il ne sut pas traiter avec le g‚n‚ral Bonaparte, qui e–t tripl‚ l'‚tendue de ses Etats. En second lieu, je n'ai jamais cru rester ministre dix ans de suite Maintenant que je suis d‚sabus‚ de tout, et cela depuis un mois, je veux r‚unir un million, avant de laisser … elle-mˆme cette p‚taudiŠre que j'ai sauv‚e. Sans moi, Parme e–t ‚t‚ r‚publique pendant deux mois, avec le poŠte Ferrante Palla pour dictateur.

Ce qui fit rougir la duchesse. Le comte ignorait tout.

- Nous allons retomber dans la monarchie ordinaire du XVIIIe siŠcle: le confesseur et la maŒtresse. Au fond, le prince n'aime que la min‚ralogie, et peut-ˆtre vous, madame. Depuis qu'il rŠgne son valet de chambre dont je viens de faire le frŠre capitaine, ce frŠre a neuf mois de service, ce valet de chambre, dis-je, est all‚ lui fourrer dans la tˆte qu'il doit ˆtre plus heureux qu'un autre parce que son profil va se trouver sur les ‚cus. A la suite de cette belle id‚e est arriv‚ l'ennui.

"Maintenant il lui faut un aide de camp remŠde … l'ennui. Eh bien! quand il m'offrirait ce fameux million qui nous est n‚cessaire pour bien vivre … Naples ou … Paris, je ne voudrais pas ˆtre son remŠde … l'ennui, et passer chaque jour quatre ou cinq heures avec Son Altesse. D'ailleurs, comme j'ai plus d'esprit que lui, au bout d'un mois il me prendrait pour un monstre.

"Le feu prince ‚tait m‚chant et envieux, mais il avait fait la guerre et command‚ des corps d'arm‚e, ce qui lui avait donn‚ de la tenue, on trouvait en lui l'‚toffe d'un prince, et je pouvais ˆtre ministre bon ou mauvais. Avec cet honnˆte homme de fils candide et vraiment bon, je suis forc‚ d'ˆtre un intrigant. Me voici le rival de la derniŠre femmelette du chƒteau, et rival fort inf‚rieur, car je m‚priserai cent d‚tails n‚cessaires. Par exemple, il y a trois jours, une de ces femmes qui distribuent les serviettes blanches tous les matins dans les appartements a eu l'id‚e de faire perdre au prince la clef de ses bureaux anglais. Sur quoi Son Altesse a refus‚ de s'occuper de toutes les affaires dont les papiers se trouvent dans ce bureau; … la v‚rit‚ pour vingt francs on peut faire d‚tacher les planches qui en forment le fond, ou employer de fausses clefs; mais Ranuce-Ernest V m'a dit que ce serait donner de mauvaises habitudes au serrurier de la cour.

"Jusqu'ici il lui a ‚t‚ absolument impossible de garder trois jours de suite la mˆme volont‚. S'il f–t n‚ monsieur le marquis un tel, avec de la fortune, ce jeune prince e–t ‚t‚ un des hommes les plus estimables de sa cour, une sorte de Louis XVI, mais comment, avec sa na‹vet‚ pieuse, va-t-il r‚sister … toutes les savantes emb–ches dont il est entour‚? Aussi le salon de votre ennemie la Raversi est plus puissant que jamais; on y a d‚couvert que moi, qui ai fait tirer sur le peuple, et qui ‚tais r‚solu … tuer trois mille hommes s'il le fallait, plut“t que de laisser outrager la statue du prince qui avait ‚t‚ mon maŒtre, je suis un lib‚ral enrag‚, je voulais faire signer une constitution, et cent absurdit‚s pareilles. Avec ces propos de r‚publique, les fous nous empˆcheraient de jouir de la meilleure des monarchies'... Enfin, madame, vous ˆtes la seule personne du parti lib‚ral actuel dont mes ennemis me font le chef, sur le compte de qui le prince ne se soit pas expliqu‚ en termes d‚sobligeants; l'archevˆque, toujours parfaitement honnˆte homme, pour avoir parl‚ en termes raisonnables de ce que j'ai fait le jour malheureux, est en pleine disgrƒce.

"Le lendemain du jour qui ne s'appelait pas encore malheureux, quand il ‚tait encore vrai que la r‚volte avait exist‚, le prince dit … l'archevˆque que, pour que vous n'eussiez pas a prendre un titre inf‚rieur en m'‚pousant, il me ferait duc. Aujourd'hui je crois que c'est Rassi, anobli par moi lorsqu'il me vendait les secrets du feu prince, qui va ˆtre fait comte. En pr‚sence d'un tel avancement je jouerai le r“le d'un nigaud.

- Et le pauvre prince se mettra dans la crotte.

- Sans doute: mais au fond il est le maŒtre, qualit‚ qui, en moins de quinze jours, fait disparaŒtre le ridicule. Ainsi, chŠre duchesse, faisons comme au jeu de tric-trac, allons-nous-en.

- Mais nous ne serons guŠre riches.

- Au fond, ni vous ni moi n'avons besoin de luxe. Si vous me donnez … Naples une place dans une loge … San Carlo et un cheval, je suis plus que satisfait; ce ne sera jamais le plus ou moins de luxe qui nous donnera un rang … vous et … moi, c'est le plaisir que les gens d'esprit du pays pourront trouver peut-ˆtre … venir prendre une tasse de th‚ chez vous.

- Mais, reprit la duchesse, que serait-il arriv‚, le jour malheureux, si vous vous ‚tiez tenu … l'‚cart comme j'espŠre que vous le ferez … l'avenir?

- Les troupes fraternisaient avec le peuple, il y avait trois jours de massacre et d'incendie (car il faut cent ans … ce pays pour que la r‚publique n'y soit par une absurdit‚), puis quinze jours de pillage, jusqu'… ce que deux ou trois r‚giments fournis par l'‚tranger fussent venus mettre le hol…. Ferrante Palla ‚tait au milieu du peuple, plein de courage et furibond comme … l'ordinaire; il avait sans doute une douzaine d'amis qui agissaient de concert avec lui, ce dont Rassi fera une superbe conspiration. Ce qu'il y a de s–r, c'est que, porteur d'un habit d'un d‚labrement incroyable, il distribuait l'or … pleines mains.

La duchesse, ‚merveill‚e de toutes ces nouvelles, se hƒta d'aller remercier la princesse.

Au moment de son entr‚e dans la chambre, la dame d'atours lui remit la petite clef d'or que l'on porte … la ceinture, et qui est la marque de l'autorit‚ suprˆme dans la partie du palais qui d‚pend de la princesse. Clara Paolina se hƒta de faire sortir tout le monde; et, une fois seule avec son amie, persista pendant quelques instants … ne s'expliquer qu'… demi. La duchesse ne comprenait pas trop ce que tout cela voulait dire, et ne r‚pondait qu'avec beaucoup de r‚serve. Enfin, la princesse fondit en larmes, et, se jetant dans les bras de la duchesse, s'‚cria:

- Les temps de mon malheur vont recommencer: mon fils me traitera plus mal que ne l'a fait son pŠre!

- C'est ce que j'empˆcherai, r‚pliqua vivement la duchesse. Mais d'abord j'ai besoin, continua-t-elle, que Votre Altesse S‚r‚nissime daigne accepter ici l'hommage de toute ma reconnaissance et de mon profond respect.

- Que voulez-vous dire? s'‚cria la princesse remplie d'inqui‚tude, et craignant une d‚mission.

- C'est que toutes les fois que Votre Altesse S‚r‚nissime me permettra de tourner … droite le menton tremblant de ce magot qui est sur sa chemin‚e, elle me permettra aussi d'appeler les choses par leur vrai nom'.

- N'est-ce que ‡a, ma chŠre duchesse? s'‚cria Clara Paolina en se levant, et courant elle-mˆme mettre le magot en bonne position; parlez donc en toute libert‚, madame la grande maŒtresse, dit-elle avec un ton de voix charmant.

- Madame, reprit celle-ci, Votre Altesse a parfaitement vu la position; nous courons, vous et moi, les plus grands dangers; la sentence contre Fabrice n'est point r‚voqu‚e, par cons‚quent, le jour o— l'on voudra se d‚faire de moi et vous outrager, on le remet en prison. Notre position est aussi mauvaise que jamais. Quant … moi personnellement, j'‚pouse le comte, et nous allons nous ‚tablir … Naples ou … Paris. Le dernier trait d'ingratitude dont le comte est victime en ce moment, l'a entiŠrement d‚go–t‚ des affaires, et, sauf l'int‚rˆt de Votre Altesse S‚r‚nissime, je ne lui conseillerais de rester dans ce gƒchis qu'autant que le prince lui donnerait une somme ‚norme. Je demanderai … Votre Altesse la permission de lui expliquer que le comte, qui avait 130000 francs en arrivant aux Affaires, possŠde … peine aujourd'hui 20000 livres de rente. C'est en vain que depuis longtemps je le pressais de songer … sa fortune. Pendant mon absence, il a cherch‚ querelle aux fermiers g‚n‚raux du prince, qui ‚taient des fripons; le comte les a remplac‚s par d'autres fripons qui lui ont donn‚ 800000 francs.

- Comment! s'‚cria la duchesse ‚tonn‚e, mon Dieu! que je suis fƒch‚e de cela!

- Madame, r‚pliqua la duchesse d'un trŠs grand sang-froid, faut-il retourner le nez du magot … gauche?

- Mon Dieu, non, s'‚cria la princesse, mais je suis fƒch‚e qu'un homme du caractŠre du comte ait song‚ … ce genre de gain.

- Sans ce vol, il ‚tait m‚pris‚ de tous les honnˆtes gens.

- Grand Dieu! est-il possible?

- Madame, reprit la duchesse, excepte mon ami, le marquis Crescenzi, qui a 3 ou 400000 livres de rente, tout le monde vole ici; et comment ne volerait-on pas dans un pays o— la reconnaissance des plus grands services ne dure pas tout … fait un mois? Il n'y a donc de r‚el et de survivant … la disgrƒce que l'argent. Je vais me permettre, madame, des v‚rit‚s terribles.

- Je vous les permets, moi, dit la princesse avec un profond soupir, et pourtant elles me sont cruellement d‚sagr‚ables.

- Eh bien! madame, le prince votre fils, parfaitement honnˆte homme, peut vous rendre bien plus malheureuse que ne fit son pŠre; le feu prince avait du caractŠre … peu prŠs comme tout le monde. Notre souverain actuel n'est pas s–r de vouloir la mˆme chose trois jours de suite; par cons‚quent, pour qu'on puisse ˆtre s–r de lui, il faut vivre continuellement avec lui et ne le laisser parler … personne. Comme cette v‚rit‚ n'est pas bien difficile … deviner, le nouveau parti ultra dirig‚ par ces deux bonnes tˆtes, Rassi et la marquise Raversi, va chercher … donner une maŒtresse au prince. Cette maŒtresse aura la permission de faire sa fortune et de distribuer quelques places subalternes, mais elle devra r‚pondre au parti de la constante volont‚ du maŒtre.

"Moi, pour ˆtre bien ‚tablie … la cour de Votre Altesse, j'ai besoin que le Rassi soit exil‚ et conspu‚; je veux, de plus, que Fabrice soit jug‚ par les juges les plus honnˆtes que l'on pourra trouver: si ces messieurs reconnaissent, comme je l'espŠre qu'il est innocent, il sera naturel d'accorder … M. l'archevˆque que Fabrice soit son coadjuteur avec future succession. Si j'‚choue, le comte et moi nous nous retirons; alors je laisse en partant ce conseil … Votre Altesse S‚r‚nissime: elle ne doit jamais pardonner … Rassi, et jamais non plus sortir des Etats de son fils. De prŠs, ce bon fils ne lui fera pas de mal s‚rieux."

- J'ai suivi vos raisonnements avec toute l'attention requise, r‚pondit la princesse en souriant; faudra-t-il donc que je me charge du soin de donner une maŒtresse … mon fils?

- Non pas, madame, mais faites d'abord que votre salon soit le seul o— il s'amuse.

La conversation fut finie dans ce sens, les ‚cailles tombaient des yeux de l'innocente et spirituelle princesse.

Un courrier de la duchesse alla dire … Fabrice qu'il pouvait entrer en ville, mais en se cachant. On l'aper‡ut … peine: il passait sa vie d‚guis‚ en paysan dans la baraque en bois d'un marchand de marrons, ‚tabli vis-…-vis de la porte de la citadelle, sous les arbres de la promenade.



CHAPITRE XXIV


La duchesse organisa des soir‚es charmantes au palais qui n'avait jamais vu tant de gaiet‚; jamais elle n‚ fut plus aimable que cet hiver, et pourtant elle v‚cut au milieu des plus grands dangers; mais aussi, pendant cette saison critique, il ne lui arriva pas deux fois de songer avec un certain degr‚ de malheur … l'‚trange changement de Fabrice. Le jeune prince venait de fort bonne heure aux soir‚es aimables de sa mŠre, qui lui disait toujours:

- Allez-vous-en donc gouverner; je parie qu'il y a sur votre bureau plus de vingt rapports qui attendent un oui ou un non, et je ne veux pas que l'Europe m'accuse de faire de vous un roi fain‚ant pour r‚gner … votre place.

Ces avis avaient le d‚savantage de se pr‚senter toujours dans les moments les plus inopportuns, c'est-…-dire quand Son Altesse, ayant vaincu sa timidit‚, prenait part … quelque charade en action qui l'amusait fort. Deux fois la semaine il y avait des parties de campagne o—, sous pr‚texte de conqu‚rir au nouveau souverain l'affection de son peuple la princesse admettait les plus jolies femmes d‚ la bourgeoisie. La duchesse, qui ‚tait l'ƒme de cette cour joyeuse, esp‚rait que ces belles bourgeoises, qui toutes voyaient avec une envie mortelle la haute fortune du bourgeois Rassi raconteraient au prince quelqu'une des friponneries sans nombre de ce ministre. Or, entre autres id‚es enfantines, le prince pr‚tendait avoir un ministŠre moral.

Rassi avait trop de sens pour ne pas sentir combien ces soir‚es brillantes de la cour de la princesse, dirig‚es par son ennemie, ‚taient dangereuses pour lui. Il n'avait pas voulu remettre au comte Mosca la sentence fort l‚gale rendue contre Fabrice; il fallait donc que la duchesse ou lui disparussent de la cour.

Le jour de ce mouvement populaire, dont maintenant il ‚tait de bon ton de nier l'existence, on avait distribu‚ de l'argent au peuple. Rassi partit de l…: plus mal mis encore que de coutume, il monta dans les maisons les plus mis‚rables de la ville, et passa des heures entiŠres en conversation r‚gl‚e avec leurs pauvres habitants. Il fut bien r‚compens‚ de tant de soins: aprŠs quinze jours de ce genre de vie il eut la certitude que Ferrante Palla avait ‚t‚ le chef secret de l'insurrection, et bien plus, que cet ˆtre, pauvre toute sa vie comme un grand poŠte, avait fait vendre huit ou dix diamants … Gˆnes.

On citait entre autres cinq pierres de prix qui valaient r‚ellement plus de 40000 francs, et que dix jours avant la mort du prince on avait laiss‚es pour 35000 francs, parce que, disait-on, on avait besoin d'argent.

Comment peindre les transports de joie du ministre de la justice … cette d‚couverte? Il s'apercevait que tous les jours on lui donnait des ridicules … la cour de la princesse douairiŠre, et plusieurs fois le prince, parlant d'affaires avec lui, lui avait ri au nez avec toute la na‹vet‚ de la jeunesse. Il faut avouer que le Rassi avait des habitudes singuliŠrement pl‚b‚iennes: par exemple, dŠs qu'une discussion l'int‚ressait, il croisait les jambes et prenait son soulier dans la main, si l'int‚rˆt croissait, il ‚talait son mouchoir de coton rouge sur sa jambe, etc. Le prince avait beaucoup ri de la plaisanterie d'une des plus jolies femmes de la bourgeoisie, qui, sachant d'ailleurs qu'elle avait la jambe fort bien faite, s'‚tait mise … imiter ce geste ‚l‚gant du ministre de la justice.

Rassi sollicita une audience extraordinaire et dit au prince:

- Votre Altesse voudrait-elle donner cent mille francs pour savoir au juste quel a ‚t‚ le genre de mort de son auguste pŠre? avec cette somme, la justice serait mise … mˆme de saisir les coupables s'il y en a.

La r‚ponse du prince ne pouvait ˆtre douteuse.

A quelque temps de l…, la Ch‚kina avertit la duchesse qu'on lui avait offert une grosse somme pour laisser examiner les diamants de sa maŒtresse par un orfŠvre, elle avait refus‚ avec indignation. La duchesse la gronda d'avoir refus‚; et, … huit jours de l…, la Ch‚kina eut des diamants … montrer. Le jour pris pour cette exhibition des diamants, le comte Mosca pla‡a deux hommes s–rs auprŠs de chacun des orfŠvres de Parme, et sur le minuit il vint dire … la duchesse que l'orfŠvre curieux n'‚tait autre que le frŠre de Rassi. La duchesse, qui ‚tait fort gaie ce soir-l… (on jouait au palais une com‚die dell'arte, c'est-…-dire o— chaque personnage invente le dialogue … mesure qu'il le dit, le plan seul de la com‚die est affich‚ dans la coulisse), la duchesse, qui jouait un r“le avait pour amoureux dans la piŠce le comte Baldi, l'ancien ami de la marquise Raversi, qui ‚tait pr‚sente. Le prince, l'homme le plus timide de ses Etats, mais fort joli gar‡on et dou‚ du coeur le plus tendre, ‚tudiait le r“le du comte Baldi, et voulait le jouer … la seconde repr‚sentation.

- J'ai bien peu de temps, dit la duchesse au comte, je parais … la premiŠre scŠne du second acte; passons dans la salle des gardes.

L… au milieu de vingt gardes du corps, tous fort ‚veill‚s et fort attentifs aux discours du premier ministre et de la grande maŒtresse, la duchesse dit en riant a son ami:

- Vous me grondez toujours quand je dis des secrets inutilement. C'est par moi que fut appel‚ au tr“ne Ernest V; il s'agissait de venger Fabrice, que j'aimais alors bien plus qu'aujourd'hui, quoique toujours fort innocemment. Je sais bien que vous ne croyez guŠre … cette innocence, mais peu importe, puisque vous m'aimez malgr‚ mes crimes. Eh bien! voici un crime v‚ritable: j'ai donn‚ tous mes diamants … une espŠce de fou fort int‚ressant, nomm‚ Ferrante Palla, je l'ai mˆme embrass‚ pour qu'il fŒt p‚rir l'homme qui voulait faire empoisonner Fabrice. O— est le mal?

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