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New Philadelphia Book Publisher Highlights Local Talent
Book and Publishing News from Publishers Newswire(tm)

Looking for Child to be on Cover of a New Book, 'The Model Child'
PHILADELPHIA, Pa. -- The Philadelphia literary world will celebrate the launch of two new players today, April 10th: Kay Square Press, a new publishing company focused on Philadelphia-area artists, their stories, and their art; and Kay Square's first release, 'With the Rich and Mighty: Emlen Etting of Philadelphia' (ISBN: 978-0-9815129-0-7), a critical biography by Kenneth C. Kaleta.

FlatSigned Press Alleges Don Imus Remarks Damage Legacy of President Gerald R. Ford
NEW YORK, N.Y. -- Nathan Yungerberg, an accomplished model scout and professional child photographer is launching a nation-wide casting call to find the cover model for his highly anticipated book release, 'The Model Child: A Parents Guide to the Child Modeling Industry' (ISBN: 978-0-9817018-0-6).

La Chartreuse de Parme

S >> Stendhal >> La Chartreuse de Parme

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La bonne cantiniŠre parla longtemps encore; le caporal appuyait ses avis par des signes de tˆte, ne pouvant trouver jour … saisir la parole. Tout … coup cette foule qui couvrait la grande route, d'abord doubla le pas; puis, en un clin d'oeil, passa le petit foss‚ qui bordait la route … gauche, et se mit … fuir … toutes jambes.

- Les Cosaques! les Cosaques'! criait-on de tous les c“t‚s.

- Reprends ton cheval! s'‚cria la cantiniŠre.

- Dieu m'en garde! dit Fabrice. Galopez! fuyez! je vous le donne. Voulez-vous de quoi racheter une petite voiture? La moiti‚ de ce que j'ai est … vous.

- Reprends ton cheval, te dis-je! s'‚cria la cantiniŠre en colŠre.

Et elle se mettait en devoir de descendre.

Fabrice tira son sabre:

- Tenez-vous bien! lui cria-t-il, et il donna deux ou trois coups de plat de sabre au cheval, qui prit le galop et suivit les fuyards.

Notre h‚ros regarda la grande route; naguŠre trois ou quatre mille individus s'y pressaient, serr‚s comme des paysans … la suite d'une procession. AprŠs le mot Cosaques il n'y vit exactement plus personne; les fuyards avaient abandonn‚ des shakos, des fusils, des sabres, etc. Fabrice, ‚tonn‚, monta dans un champ … droite du chemin, et qui ‚tait ‚lev‚ de vingt ou trente pieds; il regarda la grande route des deux c“t‚s et la plaine, il ne vit pas trace de cosaques."Dr“les de gens, que ces Fran‡ais! se dit-il. Puisque je dois aller sur la droite, pensa-t-il, autant vaut marcher tout de suite; il est possible que ces gens aient pour courir une raison que je ne connais pas."Il ramassa un fusil, v‚rifia qu'il ‚tait charg‚, remua la poudre de l'amorce, nettoya la pierre, puis choisit une giberne bien garnie, et regarda encore de tous les c“t‚s; il ‚tait absolument seul au milieu de cette plaine naguŠre si couverte de monde. Dans l'extrˆme lointain, il voyait les fuyards qui commen‡aient … disparaŒtre derriŠre les arbres, et couraient toujours."Voil… qui est bien singulier!"se dit-il; et, se rappelant la manoeuvre employ‚e la veille par le caporal, il alla s'asseoir au milieu d'un champ de bl‚. Il ne s'‚loignait pas, parce qu'il d‚sirait revoir ses bons amis, la cantiniŠre et le caporal Aubry.

Dans ce bl‚, il v‚rifia qu'il n'avait plus que dix-huit napol‚ons, au lieu de trente comme il le pensait, mais il lui restait de petits diamants qu'il avait plac‚s dans la doublure des bottes du hussard, le matin, dans la chambre de la ge“liŠre, … B... Il cacha ses napol‚ons du mieux qu'il put, tout en r‚fl‚chissant profond‚ment … cette disparition si soudaine."Cela est-il d'un mauvais pr‚sage pour moi?"se disait-il. Son principal chagrin ‚tait de ne pas avoir adress‚ cette question au caporal Aubry:

"Ai-je r‚ellement assist‚ … une bataille?"Il lui semblait que oui, et il e–t ‚t‚ au comble du bonheur s'il en e–t ‚t‚ certain.

"Toutefois, se dit-il, j'y ai assist‚ portant le nom d'un prisonnier, j'avais la feuille de route d'un prisonnier dans ma poche, et, bien plus, son habit sur moi! Voil… qui est fatal pour l'avenir: qu'en e–t dit l'abb‚ BlanŠs? Et ce malheureux Boulot mort en prison! Tout cela est de sinistre augure; le destin me conduira en prison."Fabrice e–t donn‚ tout au monde pour savoir si le hussard Boulot ‚tait r‚ellement coupable; en rappelant ses souvenirs, il lui semblait que la ge“liŠre de B... lui avait dit que le hussard avait ‚t‚ ramass‚ non seulement pour des couverts d'argent, mais encore pour avoir vol‚ la vache d'un paysan, et battu le paysan … toute outrance: Fabrice ne doutait pas qu'il ne f–t mis un jour en prison pour une faute qui aurait quelque rapport avec celle du hussard Boulot. Il pensait … son ami le cur‚ BlanŠs; que n'e–t-il pas donn‚ pour pouvoir le consulter! Puis il se rappela qu'il n'avait pas ‚crit … sa tante depuis qu'il avait quitt‚ Paris."Pauvre Gina!"se dit-il, et il avait les larmes aux yeux, lorsque tout … coup il entendit un petit bruit tout prŠs de lui; c'‚tait un soldat qui faisait manger le bl‚ par trois chevaux auxquels il avait “t‚ la bride, et qui semblaient morts de faim; il les tenait par le bridon. Fabrice se leva comme un perdreau le soldat eut peur. Notre h‚ros le remarqua, et c‚da au plaisir de jouer un instant le r“le de hussard.

- Un de ces chevaux m'appartient, f...! s'‚cria-t-il, mais je veux bien te donner cinq francs pour la peine que tu as prise de me l'amener ici.

- Est-ce que tu te fiches de moi? dit le soldat.

Fabrice le mit en joue … six pas de distance.

- Lƒche le cheval ou je te br–le!

Le soldat avait son fusil en bandouliŠre, il donna un tour d'‚paule pour le reprendre.

- Si tu fais le plus petit mouvement tu es mort! s'‚cria Fabrice en lui courant dessus.

- Eh bien! donnez les cinq francs et prenez un des chevaux, dit le soldat confus, aprŠs avoir jet‚ un regard de regret sur la grande route o— il n'y avait absolument personne.

Fabrice, tenant son fusil haut de la main gauche, de la droite lui jeta trois piŠces de cinq francs.

- Descends, ou tu es mort... Bride le noir et va-t'en plus loin avec les deux autres... Je te br–le si tu remues.

Le soldat ob‚it en rechignant. Fabrice s'approcha du cheval et passa la bride dans son bras gauche, sans perdre de vue le soldat qui s'‚loignait lentement; quand Fabrice le vit … une cinquantaine de pas, il sauta lestement sur le cheval. Il y ‚tait … peine et cherchait l'‚trier de droite avec le pied, lorsqu'il entendit siffler une balle de fort prŠs: c'‚tait le soldat qui lui lƒchait son coup de fusil. Fabrice, transport‚ de colŠre, se mit … galoper sur le soldat qui s'enfuit … toutes jambes, et bient“t Fabrice le vit mont‚ sur un de ses deux chevaux et galopant."Bon, le voil… hors de port‚e", se dit-il. Le cheval qu'il venait d'acheter ‚tait magnifique, mais paraissait mourant de faim. Fabrice revint sur la grande route, o— il n'y avait toujours ƒme qui vive; il la traversa et mit son cheval au trot pour atteindre un petit repli de terrain sur la gauche o— il esp‚rait retrouver la cantiniŠre; mais quand il fut au sommet de la petite mont‚e il n'aper‡ut, … plus d'une lieue de distance, que quelques soldats isol‚s."Il est ‚crit que je ne la reverrai plus, se dit-il avec un soupir brave et bonne femme!"Il gagna une ferme qu'il apercevait dans le lointain et sur la droite de la route. Sans descendre de cheval, et aprŠs avoir pay‚ d'avance, il fit donner de l'avoine … son pauvre cheval, tellement affam‚ qu'il mordait la mangeoire. Une heure plus tard, Fabrice trottait sur la grande route toujours dans le vague espoir de retrouver la cantiniŠre, ou du moins le caporal Aubry. Allant toujours et regardant de tous les c“t‚s il arriva … une riviŠre mar‚cageuse travers‚e par un pont en bois assez ‚troit. Avant le pont, sur la droite de la route, ‚tait une maison isol‚e portant l'enseigne du Cheval-Blanc."L…, je vais dŒner", se dit Fabrice. Un officier de cavalerie avec le bras en ‚charpe se trouvait … l'entr‚e du pont; il ‚tait … cheval et avait l'air fort triste, … dix pas de lui, trois cavaliers … pied arrangeaient leurs pipes."Voil… des gens, se dit Fabrice, qui m'ont bien la mine de vouloir m'acheter mon cheval encore moins cher qu'il ne m'a co–t‚."L'officier bless‚ et les trois pi‚tons le regardaient venir et semblaient l'attendre."Je devrais bien ne pas passer sur ce pont, et suivre le bord de la riviŠre … droite, ce serait la route conseill‚e par la cantiniŠre pour sortir d'embarras... Oui, se dit notre h‚ros; mais si je prends la fuite, demain j'en serai tout honteux: d'ailleurs mon cheval a de bonnes jambes, celui de l'officier est probablement fatigu‚; s'il entreprend de me d‚monter je galoperai."En faisant ces raisonnements, Fabrice rassemblait son cheval et s'avan‡ait au plus petit pas possible.

- Avancez donc, hussard, lui cria l'officier d'un air d'autorit‚.

Fabrice avan‡a quelques pas et s'arrˆta.

- Voulez-vous me prendre mon cheval? cria-t-il.

- Pas le moins du monde; avancez.

Fabrice regarda l'officier: il avait des moustaches blanches, et l'air le plus honnˆte du monde; le mouchoir qui soutenait son bras gauche ‚tait plein de sang, et sa main droite aussi ‚tait envelopp‚e d'un linge sanglant."Ce sont les pi‚tons qui vont sauter … la bride de mon cheval", se dit Fabrice; mais, en y regardant de prŠs, il vit que les pi‚tons aussi ‚taient bless‚s.

- Au nom de l'honneur, lui dit l'officier qui portait les ‚paulettes de colonel, restez ici en vedette, et dites … tous les dragons, chasseurs et hussards que vous verrez, que le colonel Le Baron est dans l'auberge que voil…, et que je leur ordonne de venir me joindre.

Le vieux colonel avait l'air navr‚ de douleur; dŠs le premier mot il avait fait la conquˆte de notre h‚ros, qui lui r‚pondit avec bon sens:

- Je suis bien jeune, monsieur, pour que l'on veuille m'‚couter; il faudrait un ordre ‚crit de votre main.

- Il a raison dit le colonel en le regardant beaucoup; ‚cris l'ordre, La Rose, toi qui as une main droite.

Sans rien dire, La Rose tira de sa poche un petit livret de parchemin, ‚crivit quelques lignes, et, d‚chirant une feuille, la remit … Fabrice, le colonel r‚p‚ta l'ordre … celui-ci, ajoutant qu'aprŠs deux heures de faction il serait relev‚, comme de juste, par un des trois cavaliers bless‚s qui ‚taient avec lui. Cela dit, il entra dans l'auberge avec ses hommes. Fabrice les regardait marcher et restait immobile au bout de son pont de bois, tant il avait ‚t‚ frapp‚ par la douleur morne et silencieuse de ces trois personnages'."On dirait des g‚nies enchant‚s", se dit-il. Enfin il ouvrit le papier pli‚ et lut l'ordre ainsi con‡u:



Le colonel Le Baron, du 6e dragons, commandant la seconde brigade de la premiŠre division de cavalerie du 14e corps, ordonne … tous cavaliers, dragons, chasseurs et hussards de ne point passer le pont, et de le rejoindre … l'Auberge du Cheval-Blanc, prŠs le pont, o— est son quartier g‚n‚ral.

Au quartier g‚n‚ral, prŠs le pont de la Sainte, le 19 juin 1815.

Pour le colonel Le Baron, bless‚ au bras droit, et par son ordre, le mar‚chal des logis. La Rose.

Il y avait … peine une demi-heure que Fabrice ‚tait en sentinelle au pont, quand il vit arriver six chasseurs mont‚s et trois … pied; il leur communique l'ordre du colonel.

- Nous allons revenir, disent quatre des chasseurs mont‚s, et ils passent le pont au grand trot.

Fabrice parlait alors aux deux autres. Durant la discussion qui s'animait, les trois hommes … pied passent le pont. Un des deux chasseurs mont‚s qui restaient finit par demander … revoir l'ordre, et l'emporte en disant:

- Je vais le porter … mes camarades, qui ne manqueront pas de revenir, attends-les ferme.

Et il part au galop; son camarade le suit. Tout cela fut fait en un clin d'oeil.

Fabrice, furieux appela un des soldats bless‚s, qui parut … une d‚s fenˆtres du Cheval-Blanc. Ce soldat, auquel Fabrice vit des galons de mar‚chal des logis, descendit et lui cria en s'approchant.

- Sabre … la main donc! vous ˆtes en faction.

Fabrice ob‚it, puis lui dit:

- Ils ont emport‚ l'ordre.

- Ils ont de l'humeur de l'affaire d'hier, reprit l'autre d'un air morne. Je vais vous donner un de mes pistolets; si l'on force de nouveau la consigne, tirez-le en l'air, je viendrai, ou le colonel lui-mˆme paraŒtra.

Fabrice avait fort bien vu un geste de surprise chez le mar‚chal des logis, … l'annonce de l'ordre enlev‚; il comprit que c'‚tait une insulte personnelle qu'on lui avait faite, et se promit bien de ne plus se laisser jouer.

Arm‚ du pistolet d'ar‡on du mar‚chal des logis, Fabrice avait repris fiŠrement sa faction lorsqu'il vit arriver … lui sept hussards mont‚s: il s'‚tait plac‚ de fa‡on … barrer le pont, il leur communique l'ordre du colonel, ils en ont l'air fort contrari‚, le plus hardi cherche … passer. Fabrice suivant le sage pr‚cepte de son amie la vivandiŠre qui, la veille au matin, lui disait qu'il fallait piquer et non sabrer, abaisse la pointe de son grand sabre droit et fait mine d'en porter un coup … celui qui veut forcer la consigne.

- Ah! il veut nous tuer, le blanc-bec! s'‚crient les hussards, comme si nous n'avions pas ‚t‚ assez tu‚s hier!

Tous tirent leurs sabres … la fois et tombent sur Fabrice; il se crut mort; mais il songea … la surprise du mar‚chal des logis, et ne voulut pas ˆtre m‚pris‚ de nouveau. Tout en reculant sur son pont, il tƒchait de donner des coups de pointe. Il avait une si dr“le de mine en maniant ce grand sabre droit de grosse cavalerie, beaucoup trop lourd pour lui, que les hussards virent bient“t … qui ils avaient affaire; ils cherchŠrent alors, non pas … le blesser, mais … lui couper son habit sur le corps. Fabrice re‡ut ainsi trois ou quatre petits coups de sabre sur les bras. Pour lui, toujours fidŠle au pr‚cepte de la cantiniŠre, il lan‡ait de tout son coeur force coups de pointe. Par malheur un de ces coups de pointe blessa un hussard … la main: fort en colŠre d'ˆtre touch‚ par un tel soldat, il riposta par un coup de pointe … fond qui atteignit Fabrice au haut de la cuisse. Ce qui fit porter le coup, c'est que le cheval de notre h‚ros, loin de fuir la bagarre, semblait y prendre plaisir et se jeter sur les assaillants. Ceux-ci voyant couler le sang de Fabrice le long de son bras droit, craignirent d'avoir pouss‚ le jeu trop avant, et, le poussant vers le parapet gauche du pont, partirent au galop. DŠs que Fabrice eut un moment de loisir il tira en l'air son coup de pistolet pour avertir le colonel.

Quatre hussards mont‚s et deux … pied, du mˆme r‚giment que les autres, venaient vers le pont et en ‚taient encore … deux cents pas lorsque le coup de pistolet partit: ils regardaient fort attentivement ce qui se passait sur le pont, et s'imaginant que Fabrice avait tir‚ sur leurs camarades, les quatre … cheval fondirent sur lui au galop et le sabre haut, c'‚tait une v‚ritable charge. Le colonel Le Baron, averti par le coup de pistolet, ouvrit la porte de l'auberge et se pr‚cipita sur le pont au moment o— les hussards au galop y arrivaient, et il leur intima lui-mˆme l'ordre de s'arrˆter.

- Il n'y a plus de colonel ici, s'‚cria l'un d'eux, et il poussa son cheval.

Le colonel exasp‚r‚, interrompit la remontrance qu'il leur adressait, et, de sa main droite bless‚e, saisit la rˆne de ce cheval du c“t‚ hors du montoir.

- Arrˆte! mauvais soldat, dit-il au hussard; je te connais, tu es de la compagnie du capitaine Henriet.

- Eh bien! que le capitaine lui-mˆme me donne l'ordre! Le capitaine Henriet a ‚t‚ tu‚ hier, ajouta-t-il en ricanant et va te faire f...

En disant ces paroles, il veut forcer le passage et pousse le vieux colonel qui tombe assis sur le pav‚ du pont. Fabrice, qui ‚tait … deux pas plus loin sur le pont, mais faisant face du c“t‚ de l'auberge, pousse son cheval, et tandis que le poitrail du cheval de l'assaillant jette par terre le colonel qui ne lƒche point la rˆne hors du montoir, Fabrice, indign‚, porte au hussard un coup de pointe … fond. Par bonheur le cheval du hussard, se sentant tir‚ vers la terre par la bride que tenait le colonel, fit un mouvement de c“t‚, de fa‡on que la longue lame du sabre de grosse cavalerie de Fabrice glissa le long du gilet du hussard et passa tout entiŠre sous ses yeux. Furieux, le hussard se retourne et lance un coup de toutes ses forces, qui coupe la manche de Fabrice et entre profond‚ment dans son bras: notre h‚ros tombe.

Un des hussards d‚mont‚s voyant les deux d‚fenseurs du pont par terre, saisit l'…-propos, saute sur le cheval de Fabrice et veut s'en emparer en le lan‡ant au galop sur le pont.

Le mar‚chal des logis, en accourant de l'auberge, avait vu tomber son colonel, et le croyait gravement bless‚. Il court aprŠs le cheval de Fabrice et plonge la pointe de son sabre dans les reins du voleur, celui-ci tombe. Les hussards, ne voyant plus sur le pont que le mar‚chal des logis … pied, passent au galop et filent rapidement. Celui qui ‚tait … pied s'enfuit dans la campagne.

Le mar‚chal des logis s'approcha des bless‚s. Fabrice s'‚tait d‚j… relev‚, il souffrait peu, mais perdait beaucoup de sang. Le colonel se releva plus lentement; il ‚tait tout ‚tourdi de sa chute, mais n'avait re‡u aucune blessure.

- Je ne souffre, dit-il au mar‚chal des logis, que de mon ancienne blessure … la main.

Le hussard bless‚ par le mar‚chal des logis mourait.

- Le diable l'emporte! s'‚cria le colonel, mais, dit-il au mar‚chal des logis et aux deux autres cavaliers qui accouraient, songez … ce petit jeune homme que j'ai expos‚ mal … propos. Je vais rester au pont moi-mˆme pour tƒcher d'arrˆter ces enrag‚s. Conduisez le petit jeune homme … l'auberge et pansez son bras; prenez une de mes chemises.



CHAPITRE V

Toute cette aventure n'avait pas dur‚ une minute; les blessures de Fabrice n'‚taient rien; on lui serra le bras avec des bandes taill‚es dans la chemise du colonel. On voulait lui arranger un lit au premier ‚tage de l'auberge:

- Mais pendant que je serai ici bien choy‚ au premier ‚tage, dit Fabrice au mar‚chal des logis mon cheval, qui est … l'‚curie, s'ennuiera tout seul et s'en ira avec un autre maŒtre.

- Pas mal pour un conscrit! dit le mar‚chal des logis.

Et l'on ‚tablit Fabrice sur de la paille bien fraŒche, dans la mangeoire mˆme … laquelle son cheval ‚tait attach‚.

Puis, comme Fabrice se sentait trŠs faible, le mar‚chal des logis lui apporta une ‚cuelle de vin chaud et fit un peu la conversation avec lui. Quelques compliments inclus dans cette conversation mirent notre h‚ros au troisiŠme ciel.

Fabrice ne s'‚veilla que le lendemain au point du jour; les chevaux poussaient de longs hennissements et faisaient un tapage affreux; l'‚curie se remplissait de fum‚e. D'abord Fabrice ne comprenait rien … tout ce bruit, et ne savait mˆme o— il ‚tait; enfin … demi ‚touff‚ par la fum‚e, il eut l'id‚e que la maison br–lait; en un clin d'oeil il fut hors de l'‚curie et … cheval. Il leva la tˆte; la fum‚e sortait avec violence par les deux fenˆtres au-dessus de l'‚curie, et le toit ‚tait couvert d'une fum‚e noire qui tourbillonnait. Une centaine de fuyards ‚taient arriv‚s dans la nuit … l'Auberge du Cheval-Blanc; tous criaient et juraient. Les cinq ou six que Fabrice put voir de prŠs lui semblŠrent complŠtement ivres; l'un d'eux voulait l'arrˆter et lui criait:

- O— emmŠnes-tu mon cheval?

Quand Fabrice fut … un quart de lieue, il tourna la tˆte; personne ne le suivait, la maison ‚tait en flammes. Fabrice reconnut le pont, il pensa … sa blessure et sentit son bras serr‚ par des bandes et fort chaud. a Et le vieux colonel, que sera-t-il devenu? Il a donn‚ sa chemise pour panser mon bras."Notre h‚ros ‚tait ce matin-l… du plus beau sang-froid du monde; la quantit‚ de sang qu'il avait perdue l'avait d‚livr‚ de toute la partie romanesque de son caractŠre.

"A droite! se dit-il, et filons."Il se mit tranquillement … suivre le cours de la riviŠre qui, aprŠs avoir pass‚ sous le pont, coulait vers la droite de la route. Il se rappelait les conseils de la bonne cantiniŠre."Quelle amiti‚! se disait-il, quel caractŠre ouvert!"

AprŠs une heure de marche, il se trouva trŠs faible."Ah ‡…! vais-je m'‚vanouir? se dit-il: si je m'‚vanouis, on me vole mon cheval et peut-ˆtre mes habits, et avec les habits le tr‚sor."Il n'avait plus la force de conduire son cheval, et il cherchait … se tenir en ‚quilibre, lorsqu'un paysan, qui bˆchait dans un champ … c“t‚ de la grande route, vit sa pƒleur et vint lui offrir un verre de biŠre et du pain.

- A vous voir si pƒle, j'ai pens‚ que vous ‚tiez un des bless‚s de la grande bataille! lui dit le paysan.

Jamais secours ne vint plus … propos. Au moment o— Fabrice mƒchait le morceau de pain noir, les yeux commencŠrent … lui faire mal quand il regardait devant lui. Quand il fut un peu remis, il remercia.

- Et o— suis-je? demanda-t-il.

Le paysan lui apprit qu'… trois quarts de lieue plus loin se trouvait le bourg de Zonders, o— il serait trŠs bien soign‚. Fabrice arriva dans ce bourg, ne sachant pas trop ce qu'il faisait, et ne songeant … chaque pas qu'… ne pas tomber de cheval. Il vit une grande porte ouverte, il entra: c'‚tait l'Auberge de l'Etrille. Aussit“t accourut la bonne maŒtresse de la maison, femme ‚norme; elle appela du secours d'une voix alt‚r‚e par la piti‚. Deux jeunes filles aidŠrent Fabrice … mettre pied … terre, … peine descendu de cheval, il s'‚vanouit complŠtement. Un chirurgien fut appel‚, on le saigna. Ce jour-l… et ceux qui suivirent, Fabrice ne savait pas trop ce qu'on lui faisait, il dormait presque sans cesse.

Le coup de pointe … la cuisse mena‡ait d'un d‚p“t consid‚rable. Quand il avait sa tˆte … lui, il recommandait qu'on prŒt soin de son cheval, et r‚p‚tait souvent qu'il paierait bien, ce qui offensait la bonne maŒtresse de l'auberge et ses filles. Il y avait quinze jours qu'il ‚tait admirablement soign‚ et il commen‡ait … reprendre un peu ses id‚es, lorsqu'il s'aper‡ut un soir que ses h“tesses avaient l'air fort troubl‚. Bient“t un officier allemand entra dans sa chambre: on se servait pour lui r‚pondre d'une langue qu'il n'entendait pas mais il vit bien qu'on parlait de lui; il feignit d‚ dormir. Quelque temps aprŠs, quand il pensa que l'officier pouvait ˆtre sorti il appela ses h“tesses: _ Cet officier ne vient-il pas m'‚crire sur une liste, et me faire prisonnier?

L'h“tesse en convint les larmes aux yeux.

- Eh bien! il y a de l'argent dans mon dolman! s'‚cria-t-il en se relevant sur son lit; achetez-moi des habits bourgeois, et, cette nuit, je pars sur mon cheval. Vous m'avez sauv‚ la vie une fois en me recevant au moment o— j'allais tomber dans la rue, sauvez-la-moi encore en me donnant les moyens de rejoindre ma mŠre.

En ce moment, les filles de l'h“tesse se mirent … fondre en larmes; elles tremblaient pour Fabrice; et comme elles comprenaient … peine le fran‡ais, elles s'approchŠrent de son lit pour lui faire des questions. Elles discutŠrent en flamand avec leur mŠre; mais, … chaque instant, des yeux attendris se tournaient vers notre h‚ros; il crut comprendre qu'elles voulaient bien en courir la chance. Il les remercia avec effusion et en joignant les mains. Un juif du pays fournit un habillement complet; mais, quand il l'apporta vers les dix heures du soir, ces demoiselles reconnurent, en comparant l'habit avec le dolman de Fabrice, qu'il fallait le r‚tr‚cir infiniment. Aussit“t elles se mirent … l'ouvrage; il n'y avait pas de temps … perdre. Fabrice indiqua quelques napol‚ons cach‚s dans ses habits, et pria ses h“tesses de les coudre dans les vˆtements qu'on venait d'acheter. On avait apport‚ avec les habits une belle paire de bottes neuves. Fabrice n'h‚sita point … prier ces bonnes filles de couper les bottes … la hussarde … l'endroit qu'il leur indiqua, et l'on cacha ses petits diamants dans la doublure des nouvelles bottes.

Par un effet singulier de la perte de sang et de la faiblesse qui en ‚tait la suite, Fabrice avait presque tout … fait oubli‚ le fran‡ais; il s'adressait en italien … ses h“tesses qui parlaient un patois flamand, de fa‡on que ;'on s'entendait presque uniquement par signes. Quand les jeunes filles, d'ailleurs parfaitement d‚sint‚ress‚es, virent les diamants, leur enthousiasme pour lui n'eut plus de bornes; elles le crurent un prince d‚guis‚. Aniken, la cadette et la plus na‹ve, l'embrassa sans autre fa‡on. Fabrice, de son c“t‚, les trouvait charmantes; et vers minuit, lorsque le chirurgien lui eut permis un peu de vin, … cause de la route qu'il allait entreprendre, il avait presque envie de ne pas partir."O— pourrais-je ˆtre mieux qu'ici?"disait-il. Toutefois, sur les deux heures du matin, il s'habilla. Au moment de sortir de sa chambre, la bonne h“tesse lui apprit que son cheval avait ‚t‚ emmen‚ par l'officier qui, quelques heures auparavant, ‚tait venu faire la visite de la maison.

- Ah! canaille! s'‚criait Fabrice en jurant, … un bless‚!

Il n'‚tait pas assez philosophe, ce jeune Italien, pour se rappeler … quel prix lui-mˆme avait achet‚ ce cheval.

Aniken lui apprit en pleurant qu'on avait lou‚ un cheval pour lui; elle e–t voulu qu'il ne partŒt pas, les adieux furent tendres. Deux grands jeunes gens, parents de la bonne h“tesse, portŠrent Fabrice sur la selle, pendant la route, ils le soutenaient … cheval, tandis qu'un troisiŠme, qui pr‚c‚dait le petit convoi de quelques centaines de pas, examinait s'il n'y avait point de patrouille suspecte dans les chemins. AprŠs deux heures de marche, on s'arrˆta chez une cousine de l'h“tesse de l'Etrille. Quoi que Fabrice p–t leur dire, les jeunes gens qui l'accompagnaient ne voulurent jamais le quitter; ils pr‚tendaient qu'ils connaissaient mieux que personne les passages dans les bois. _ Mais demain matin, quand on saura ma fuite, et qu'on ne vous verra pas dans le pays, votre absence vous compromettra, disait Fabrice.

On se remit en marche. Par bonheur, quand le jour vint … paraŒtre, la plaine ‚tait couverte d'un brouillard ‚pais. Vers les huit heures du matin l'on arriva prŠs d'une petite ville. L'un des jeunes gens se d‚tacha pour voir si les chevaux de la poste avaient ‚t‚ vol‚s. Le maŒtre de poste avait eu le temps de les faire disparaŒtre, et de recruter des rosses infƒmes dont il avait garni ses ‚curies. On alla chercher deux chevaux dans les mar‚cages o— ils ‚taient cach‚s, et, trois heures aprŠs Fabrice monta dans un petit cabriolet tout d‚labr‚, mais attel‚ de deux bons chevaux de poste. Il avait repris des forces. Le moment de la s‚paration avec les jeunes gens, parents de l'h“tesse, fut du dernier path‚tique; jamais, quelque pr‚texte aimable que Fabrice p–t trouver, ils ne voulurent accepter d'argent.

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