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New Philadelphia Book Publisher Highlights Local Talent
Book and Publishing News from Publishers Newswire(tm)

Looking for Child to be on Cover of a New Book, 'The Model Child'
PHILADELPHIA, Pa. -- The Philadelphia literary world will celebrate the launch of two new players today, April 10th: Kay Square Press, a new publishing company focused on Philadelphia-area artists, their stories, and their art; and Kay Square's first release, 'With the Rich and Mighty: Emlen Etting of Philadelphia' (ISBN: 978-0-9815129-0-7), a critical biography by Kenneth C. Kaleta.

FlatSigned Press Alleges Don Imus Remarks Damage Legacy of President Gerald R. Ford
NEW YORK, N.Y. -- Nathan Yungerberg, an accomplished model scout and professional child photographer is launching a nation-wide casting call to find the cover model for his highly anticipated book release, 'The Model Child: A Parents Guide to the Child Modeling Industry' (ISBN: 978-0-9817018-0-6).

La Chartreuse de Parme

S >> Stendhal >> La Chartreuse de Parme

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- Dans votre ‚tat, monsieur, vous en avez plus besoin que nous, r‚pondaient toujours ces braves jeunes gens.

Enfin ils partirent avec des lettres o— Fabrice un peu fortifi‚ par l'agitation de la route, avait essay‚ de faire connaŒtre … ses h“tesses tout ce qu'il sentait pour elles. Fabrice ‚crivait les larmes aux yeux, et il y avait certainement de l'amour dans la lettre adress‚e … la petite Aniken.

Le reste du voyage n'eut rien que d'ordinaire. En arrivant … Amiens il souffrait beaucoup du coup de pointe qu'il avait re‡u … la cuisse; le chirurgien de campagne n'avait pas song‚ … d‚brider la plaie, et, malgr‚ les saign‚es, il s'y ‚tait form‚ un d‚p“t. Pendant les quinze jours que Fabrice passa dans l'auberge d'Amiens tenue par une famille complimenteuse et avide, les Alli‚s envahissaient la France, et Fabrice devint comme un autre homme, tant il fit des r‚flexions profondes sur les choses qui venaient de lui arriver. Il n'‚tait rest‚ enfant que sur ce point: ce qu'il avait vu, ‚tait-ce une bataille, et en second lieu, cette bataille ‚tait-elle Waterloo? Pour la premiŠre fois de sa vie il trouva du plaisir … lire; il esp‚rait toujours trouver dans les journaux, ou dans les r‚cits de la bataille, quelque description qui lui permettrait de reconnaŒtre les lieux qu'il avait parcourus … la suite du mar‚chal Ney, et plus tard avec l'autre g‚n‚ral. Pendant son s‚jour … Amiens il ‚crivit presque tous les jours … ses bonnes amies de l'Etrille. DŠs qu'il fut gu‚ri, il vint … Paris; il trouva … son ancien h“tel vingt lettres de sa mŠre et de sa tante qui le suppliaient de revenir au plus vite. Une derniŠre lettre de la comtesse de Pietranera avait un certain tour ‚nigmatique qui l'inqui‚ta fort, cette lettre lui enleva toutes ses rˆveries tendres. C'‚tait un caractŠre auquel il ne fallait qu'un mot pour pr‚voir facilement les plus grands malheurs; son imagination se chargeait ensuite de lui peindre ces malheurs avec les d‚tails les plus horribles.

"Garde-toi bien de signer les lettres que tu ‚cris pour donner de tes nouvelles, lui disait la comtesse. A ton retour tu ne dois point venir d'embl‚e sur le lac de C“me: arrˆte-toi … Lugano sur le territoire suisse."Il devait arriver dans cette petite ville sous le nom de Cavi; il trouverait … la principale auberge le valet de chambre de la comtesse, qui lui indiquerait ce qu'il fallait faire. Sa tante finissait par ces mots: "Cache par tous les moyens possibles la folie que tu as faite, et surtout ne conserve sur toi aucun papier imprim‚ ou ‚crit; en Suisse tu seras environn‚ des amis de Sainte-Marguerite. Si j'ai assez d'argent, lui disait la comtesse, j'enverrai quelqu'un … GenŠve, … l'h“tel des Balances, et tu auras des d‚tails que je ne puis ‚crire et qu'il faut pourtant que tu saches avant d'arriver. Mais, au nom de Dieu, pas un jour de plus … Paris; tu y serais reconnu par nos espions."L'imagination de Fabrice se mit … se figurer les choses les plus ‚tranges, et il fut incapable de tout autre plaisir que celui de chercher … deviner ce que sa tante pouvait avoir … lui apprendre de si ‚trange. Deux fois, en traversant la France, il fut arrˆt‚; mais il sut se d‚gager; il dot ces d‚sagr‚ments … son passeport italien et … cette ‚trange qualit‚ de marchand de baromŠtres, qui n'‚tait guŠre d'accord avec sa figure jeune et son bras en ‚charpe.

Enfin, dans GenŠve, il trouva un homme appartenant … la comtesse qui lui raconta de sa part, que lui, Fabrice, avait ‚t‚ d‚nonc‚ par la police de Milan comme ‚tant all‚ porter … Napol‚on des propositions arrˆt‚es par une vaste conspiration organis‚e dans le ci-devant royaume d'Italie. Si tel n'e–t pas ‚t‚ le but de son voyage, disait la d‚nonciation, a quoi bon prendre un nom suppose? Sa mŠre chercherait … prouver ce qui ‚tait vrai; c'est-…-dire:

1ø Qu'il n'‚tait jamais sorti de la Suisse;

2ø Qu'il avait quitt‚ le chƒteau … l'improviste … la suite d'une querelle avec son frŠre aŒn‚.

A ce r‚cit, Fabrice eut un sentiment d'orgueil."J'aurais ‚t‚ une sorte d'ambassadeur auprŠs de Napol‚on! se dit-il j'aurais eu l'honneur de parler … ce grand homme pl–t … Dieu!"Il se souvint que son septiŠme a‹eul, le petit-fils de celui qui arriva … Milan … la suite de Sforce, eut l'honneur d'avoir la tˆte tranch‚e par les ennemis du duc, qui le surprirent comme il allait en Suisse porter des propositions aux louables cantons et recruter des soldats. Il voyait des yeux de l'ƒme l'estampe relative … ce fait, plac‚e dans la g‚n‚alogie de la famille. Fabrice, en interrogeant ce valet de chambre, le trouva outr‚ d'un d‚tail qui enfin lui ‚chappa, malgr‚ l'ordre exprŠs de le lui taire, plusieurs fois r‚p‚t‚ par la comtesse. C'‚tait Ascagne, son frŠre aŒn‚, qui l'avait d‚nonc‚ … la police de Milan. Ce mot cruel donna comme un accŠs de folie … notre h‚ros. De GenŠve pour aller en Italie on passe par Lausanne; il voulut partir … pied et sur-le-champ, et faire ainsi dix ou douze lieues, quoique la diligence de GenŠve … Lausanne dot partir deux heures plus tard. Avant de sortir de GenŠve, il se prit de querelle dans un des tristes caf‚s du pays, avec un jeune homme qui le regardait, disait-il, d'une fa‡on singuliŠre. Rien de plus vrai, le jeune Genevois flegmatique, raisonnable et ne songeant qu'… l'argent, le croyait fou; Fabrice en entrant avait jet‚ des regards furibonds de tous les c“t‚s, puis renvers‚ sur son pantalon la tasse de caf‚ qu'on lui servait'. Dans cette querelle, le premier mouvement de Fabrice fut tout … fait du XVIe siŠcle: au lieu de parler de duel au jeune Genevois, il tira son poignard et se jeta sur lui pour l'en percer. En ce moment de passion, Fabrice oubliait tout ce qu'il avait appris sur les rŠgles de l'honneur, et revenait … l'instinct, ou, pour mieux dire, aux souvenirs de la premiŠre enfance.

L'homme de confiance intime qu'il trouva dans Lugano augmenta sa fureur en lui donnant de nouveaux d‚tails. Comme Fabrice ‚tait aim‚ … Grianta, personne n'e–t prononc‚ son nom, et sans l'aimable proc‚d‚ de son frŠre, tout le monde e–t feint de croire qu'il ‚tait … Milan, et jamais l'attention de la police de cette ville n'e–t ‚t‚ appel‚e sur son absence.

- Sans doute les douaniers ont votre signalement, lui dit l'envoy‚ de sa tante, et si nous suivons la grande route, … la frontiŠre du royaume lombardo-v‚nitien, vous serez arrˆt‚.

Fabrice et ses gens connaissaient les moindres sentiers de la montagne qui s‚pare Lugano du lac de C“me: ils se d‚guisŠrent en chasseurs, c'est-…-dire en contrebandiers, et comme ils ‚taient trois et porteurs de mines assez r‚solues, les douaniers qu'ils rencontrŠrent ne songŠrent qu'… les saluer. Fabrice s'arrangea de fa‡on … n'arriver au chƒteau que vers minuit; … cette heure, son pŠre et tous les valets de chambre portant de la poudre ‚taient couch‚s depuis longtemps. Il descendit sans peine dans le foss‚ profond et p‚n‚tra dans le chƒteau par la fenˆtre d'une cave: c'est l… qu'il ‚tait attendu par sa mŠre et sa tante; bient“t ses soeurs accoururent. Les transports de tendresse et les larmes se succ‚dŠrent pendant longtemps, et l'on commen‡ait … peine … parler raison lorsque les premiŠres lueurs de l'aube vinrent avertir ces ˆtres qui se croyaient malheureux, que le temps volait.

- J'espŠre que ton frŠre ne se sera pas dout‚ de ton arriv‚e, lui dit Mme Pietranera; je ne lui parlais guŠre depuis sa belle ‚quip‚e, ce dont son amour-propre me faisait l'honneur d'ˆtre fort piqu‚: ce soir … souper j'ai daign‚ lui adresser la parole, j'avais besoin de trouver un pr‚texte pour cacher la joie folle qui pouvait lui donner des soup‡ons. Puis, lorsque je me suis aper‡ue qu'il ‚tait tout fier de cette pr‚tendue r‚conciliation, j'ai profit‚ de sa joie pour le faire boire d'une fa‡on d‚sordonn‚e, et certainement il n'aura pas song‚ … se mettre en embuscade pour continuer son m‚tier d'espion.

- C'est dans ton appartement qu'il faut cacher notre hussard, dit la marquise, il ne peut partir tout de suite; dans ce premier moment, nous ne sommes pas assez maŒtresses de notre raison, et il s'agit de choisir la meilleure fa‡on de mettre en d‚faut cette terrible police de Milan.

On suivit cette id‚e; mais le marquis et son fils aŒn‚ remarquŠrent, le jour d'aprŠs, que la marquise ‚tait sans cesse dans la chambre de sa belle-soeur. Nous ne nous arrˆterons pas … peindre les transports de tendresse et de joie qui ce jour-l… encore agitŠrent ces ˆtres si heureux. Les coeurs italiens sont, beaucoup plus que les n“tres, tourment‚s par les soup‡ons et par les id‚es folles que leur pr‚sente une imagination br–lante, mais en revanche leurs joies sont bien plus intenses et durent plus longtemps. Ce jour-l… la comtesse et la marquise ‚taient absolument priv‚es de leur raison; Fabrice fut oblig‚ de recommencer tous ses r‚cits: enfin on r‚solut d'aller cacher la joie commune … Milan, tant il sembla difficile de se d‚rober plus longtemps … la police du marquis et de son fils Ascagne.

On prit la barque ordinaire de la maison pour aller … C“me; en agir autrement e–t ‚t‚ r‚veiller mille soup‡ons; mais en arrivant au port de C“me la marquise se souvint qu'elle avait oubli‚ … Grianta des papiers de la derniŠre importance: elle se hƒta d'y renvoyer les bateliers, et ces hommes ne purent faire aucune remarque sur la maniŠre dont ces deux dames employaient leur temps … C“me. A peine arriv‚es, elles louŠrent au hasard une de ces voitures qui attendent pratique prŠs de cette haute tour du Moyen Age qui s'‚lŠve au-dessus de la porte de Milan. On partit … l'instant mˆme sans que le cocher e–t le temps de parler … personne. A un quart de lieue de la ville, on trouva un jeune chasseur de la connaissance de ces dames, et qui par complaisance, comme elles n'avaient aucun homme avec elles, voulut bien leur servir de chevalier jusqu'aux portes de Milan, o— il se rendait en chassant. Tout allait bien, et ces dames faisaient la conversation la plus joyeuse avec le jeune voyageur, lorsqu'… un d‚tour que fait la route pour tourner la charmante colline et le bois de San Giovanni, trois gendarmes d‚guis‚s sautŠrent … la bride des chevaux.

- Ah! mon mari nous a trahis! s'‚cria la marquise, et elle s'‚vanouit.

Un mar‚chal des logis qui ‚tait rest‚ un peu en arriŠre s'approcha de la voiture en tr‚buchant, et dit d'une voix qui avait l'air de sortir du cabaret:

- Je suis fƒch‚ de la mission que j'ai … remplir mais je vous arrˆte, g‚n‚ral Fabio Conti.

Fabrice crut que le mar‚chal des logis lui faisait une mauvaise plaisanterie en l'appelant g‚n‚ral."Tu me le paieras", se dit-il il regardait les gendarmes d‚guis‚s, et guettait ;e moment favorable pour sauter … bas de la voiture et se sauver … travers champs.

La comtesse sourit … tout hasard, je crois, puis dit au mar‚chal des logis:

- Mais, mon cher mar‚chal, est-ce donc cet enfant de seize ans que vous prenez pour le mar‚chal Conti?

- N'ˆtes-vous pas la fille du g‚n‚ral? dit le mar‚chal des logis.

- Voyez mon pŠre, dit la comtesse en montrant Fabrice.

Les gendarmes furent saisis d'un rire fou.

- Montrez vos passeports sans raisonner, reprit le mar‚chal des logis piqu‚ de la gaiet‚ g‚n‚rale.

- Ces dames n'en prennent jamais pour aller … Milan, dit le cocher d'un air froid et philosophique elles viennent de leur chƒteau de Grianta. Celle-ci est Mme la comtesse Pietranera, celle-l…, Mme la marquise del Dongo.

Le mar‚chal des logis, tout d‚concert‚, passa … la tˆte des chevaux, et l… tint conseil avec ses hommes. La conf‚rence durait bien depuis cinq minutes, lorsque la comtesse Pietranera pria ces messieurs de permettre que la voiture f–t avanc‚e de quelques pas et plac‚e … l'ombre; la chaleur ‚tait accablante, quoiqu'il ne f–t que onze heures du matin. Fabrice, qui regardait fort attentivement de tous les c“t‚s cherchant le moyen de se sauver vit d‚boucher d'un petit sentier … travers champs et arriver sur la grande route, couverte de poussiŠre, une jeune fille de quatorze … quinze ans qui pleurait timidement sous son mouchoir. Elle s'avan‡ait … pied entre deux gendarmes en uniforme, et, … trois pas derriŠre elle, aussi entre deux gendarmes, marchait un grand homme sec qui affectait des airs de dignit‚ comme un pr‚fet suivant une procession.

- O— les avez-vous donc trouv‚s? dit le mar‚chal des logis tout … fait ivre en ce moment.

- Se sauvant … travers champs, et pas plus de passeports que sur la main.

Le mar‚chal des logis parut perdre tout … fait la tˆte, il avait devant lui cinq prisonniers au lieu de deux qu'il lui fallait. Il s'‚loigna de quelques pas, ne laissant qu'un homme pour garder le prisonnier qui faisait de la majest‚, et un autre pour empˆcher les chevaux d'avancer.

- Reste, dit la comtesse … Fabrice qui avait d‚j… saut‚ … terre, tout va s'arranger.

On entendit un gendarme s'‚crier:

- Qu'importe! s'ils n'ont pas de passeports, ils sont de bonne prise tout de mˆme.

Le mar‚chal des logis semblait n'ˆtre pas tout … fait aussi d‚cid‚, le nom de la comtesse Pietranera lui donnait de l'inqui‚tude, il avait connu le g‚n‚ral, dont il ne savait pas la mort."Le g‚n‚ral n'est pas homme … ne pas se venger si j'arrˆte sa femme mal … propos", se disait-il.

Pendant cette d‚lib‚ration qui fut longue, la comtesse avait li‚ conversation avec la jeune fille qui ‚tait … pied sur la route et dans la poussiŠre … c“t‚ de la calŠche; elle avait ‚t‚ frapp‚e de sa beaut‚.

- Le soleil va vous faire mal, mademoiselle; ce brave soldat, ajouta-t-elle en parlant au gendarme plac‚ … la tˆte des chevaux, vous permettra bien de monter en calŠche.

Fabrice, qui r“dait autour de la voiture, s'approcha pour aider la jeune fille … monter en calŠche. Celle-ci s'‚lan‡ait d‚j… sur le marchepied, le bras soutenu par Fabrice, lorsque l'homme imposant, qui ‚tait … six pas en arriŠre de la voiture, cria d'une voix grossie par la volont‚ d'ˆtre digne:

- Restez sur la route, ne montez pas dans une voiture qui ne vous appartient pas.

Fabrice n'avait pas entendu cet ordre; la jeune fille au lieu de monter dans la calŠche, voulut redescendre, et Fabrice continuant … la soutenir, elle tomba dans ses bras. Il sourit, elle rougit profond‚ment; ils restŠrent un instant … se regarder aprŠs que la jeune fille se fut d‚gag‚e de ses bras."Ce serait une charmante compagne de prison, se dit Fabrice: quelle pens‚e profonde sous ce front! elle saurait aimer."

Le mar‚chal des logis s'approcha d'un air d'autorit‚:

- Laquelle de ces dames se nomme Cl‚lia Conti?

- Moi, dit la jeune fille.

- Et moi, s'‚cria l'homme ƒg‚, je suis le g‚n‚ral Fabio Conti, chambellan de S.A. S. Mgr le prince de Parme; je trouve fort inconvenant qu'un homme de ma sorte soit traqu‚ comme un voleur.

- Avant-hier, en vous embarquant au port de C“me, n'avez-vous pas envoy‚ promener l'inspecteur de police qui vous demandait votre passeport? Eh bien! aujourd'hui il vous empˆche de vous promener.

- Je m'‚loignais d‚j… avec ma barque, j'‚tais press‚, le temps ‚tant … l'orage; un homme sans uniforme m'a cri‚ du quai de rentrer au port, je lui ai dit mon nom et j'ai continu‚ mon voyage.

- Et ce matin, vous vous ˆtes enfui de C“me?

- Un homme comme moi ne prend pas de passeport pour aller de Milan voir le lac. Ce matin, … C“me, on m'a dit que je serais arrˆt‚ … la porte, je suis sorti … pied avec ma fille; j'esp‚rais trouver sur la route quelque voiture qui me conduirait jusqu'… Milan, o— certes ma premiŠre visite sera pour porter mes plaintes au g‚n‚ral commandant la province.

Le mar‚chal des logis parut soulag‚ d'un grand poids.

- Eh bien! g‚n‚ral, vous ˆtes arrˆt‚, et je vais vous conduire … Milan. Et vous, qui ˆtes-vous? dit-il … Fabrice.

- Mon fils, reprit la comtesse: Ascagne, fils du g‚n‚ral de division Pietranera.

- Sans passeport, madame la comtesse? dit le mar‚chal des logis fort radouci.

- A son ƒge il n'en a jamais pris; il ne voyage jamais seul, il est toujours avec moi.

Pendant ce colloque, le g‚n‚ral Conti faisait de la dignit‚ de plus en plus offens‚e avec les gendarmes.

- Pas tant de paroles, lui dit l'un d'eux, vous ˆtes arrˆt‚, suffit!

- Vous serez trop heureux, dit le mar‚chal des logis, que nous consentions … ce que vous louiez un cheval de quelque paysan; autrement, malgr‚ la poussiŠre et la chaleur, et le grade de chambellan de Parme, vous marcherez fort bien … pied au milieu de nos chevaux.

Le g‚n‚ral se mit … jurer.

- Veux-tu bien te taire? reprit le gendarme. O— est ton uniforme de g‚n‚ral? Le premier venu ne peut-il pas dire qu'il est g‚n‚ral?

Le g‚n‚ral se fƒcha de plus belle. Pendant ce temps les affaires allaient beaucoup mieux dans la calŠche.

La comtesse faisait marcher les gendarmes comme s'ils eussent ‚t‚ ses gens. Elle venait de donner un ‚cu … l'un d'eux pour aller chercher du vin et surtout de l'eau fraŒche dans une cassine que l'on apercevait … deux cents pas. Elle avait trouv‚ le temps de calmer Fabrice, qui, … toute force, voulait se sauver dans le bois qui couvrait la colline."J'ai de bons pistolets", disait-il. Elle obtint du g‚n‚ral irrit‚ qu'il laisserait monter sa fille dans la voiture. A cette occasion le g‚n‚ral qui aimait … parler de lui et de sa famille, apprit … ces dames que sa fille n'avait que douze ans, ‚tant n‚e en 1803, le 27 octobre; mais tout le monde lui donnait quatorze ou quinze ans, tant elle avait de raison.

"Homme tout … fait commun", disaient les yeux de la comtesse … la marquise. Grƒce … la comtesse, tout s'arrangea aprŠs un colloque d'une heure. Un gendarme, qui se trouva avoir affaire dans le village voisin, loua son cheval au g‚n‚ral Conti, aprŠs que la comtesse lui eut dit:

- Vous aurez dix francs.

Le mar‚chal des logis partit seul avec le g‚n‚ral; les autres gendarmes restŠrent sous un arbre en compagnie avec quatre ‚normes bouteilles de vin, sorte de petites dames-jeannes, que le gendarme envoy‚ … la cassine avait rapport‚es, aid‚ par un paysan. Cl‚lia Conti fut autoris‚e par le digne chambellan … accepter, pour revenir … Milan, une place dans la voiture de ces dames, et personne ne songea … arrˆter le fils du brave g‚n‚ral comte Pietranera. AprŠs les premiers moments donn‚s … la politesse et aux commentaires sur le petit incident qui venait de se terminer, Cl‚lia Conti remarqua la nuance d'enthousiasme avec laquelle une aussi belle dame que la comtesse parlait … Fabrice; certainement elle n'‚tait pas sa mŠre. Son attention fut surtout excit‚e par des allusions r‚p‚t‚es … quelque chose d'h‚ro‹que, de hardi, de dangereux au suprˆme degr‚, qu'il avait fait depuis peu; mais, malgr‚ toute son intelligence, la jeune Cl‚lia ne put deviner de quoi il s'agissait.

Elle regardait avec ‚tonnement ce jeune h‚ros dont les yeux semblaient respirer encore tout le feu de l'action. Pour lui, il ‚tait un peu interdit de la beaut‚ si singuliŠre de cette jeune fille de douze ans. et ses regards la faisaient rougir.

Une lieue avant d'arriver … Milan, Fabrice dit qu'il allait voir son oncle et prit cong‚ des dames.

- Si jamais je me tir‚ d'affaire, dit-il … Cl‚lia, j'irai voir les beaux tableaux de Parme, et alors daignerez-vous vous rappeler ce nom: Fabrice del Dongo?

- Bon! dit la comtesse, voil… comme tu sais garder l'incognito! Mademoiselle, daignez vous rappeler que ce mauvais sujet est mon fils et s'appelle Pietranera et non del Dongo.

Le soir, fort tard, Fabrice rentra dans Milan par la porte Renza, qui conduit … une promenade … la mode. L'envoi des deux domestiques en Suisse avait ‚puis‚ les fort petites ‚conomies de la marquise et de sa soeur, par bonheur, Fabrice avait encore quelques napol‚ons, et l'un des diamants, qu'on r‚solut de vendre.

Ces dames ‚taient aim‚es et connaissaient toute la ville; les personnages les plus consid‚rables dans le parti autrichien et d‚vot allŠrent parler en faveur de Fabrice au baron Binder, chef de la police. Ces messieurs ne concevaient pas, disaient-ils, comment l'on pouvait prendre au s‚rieux l'incartade d'un enfant de seize ans qui se dispute avec un frŠre aŒn‚ et d‚serte la maison paternelle.

- Mon m‚tier est de tout prendre au s‚rieux, r‚pondait doucement le baron Binder, homme sage et triste.

Il ‚tablissait alors cette fameuse police de Milan, et s'‚tait engag‚ … pr‚venir une r‚volution comme celle de 1746, qui chassa les Autrichiens de Gˆnes. Cette police de Milan, devenue depuis si c‚lŠbre par les aventures de MM. Pellico et d'Andryane, ne fut pas pr‚cis‚ment cruelle, elle ex‚cutait raisonnablement et sans piti‚ des lois s‚vŠres. L'empereur Fran‡ois II voulait qu'on frappƒt de terreurs ces imaginations italiennes si hardies.

- Donnez-moi jour par jour, r‚p‚tait le baron Binder aux protecteurs de Fabrice, l'indication prouv‚e de ce qu'a fait le jeune marchesino del Dongo; prenons-le depuis le moment de son d‚part de Grianta, 8 mars, jusqu'… son arriv‚e, hier soir, dans cette ville, o— il s'est cach‚ dans une des chambres de l'appartement de sa mŠre, et je suis prˆt … le traiter comme le plus aimable et le plus espiŠgle des jeunes gens de la ville. Si vous ne pouvez pas me fournir l'itin‚raire du jeune homme pendant toutes les journ‚es qui ont suivi son d‚part de Grianta, quels que soient la grandeur de sa naissance et le respect que je porte aux amis de sa famille, mon devoir n'est-il pas de le faire arrˆter? Ne dois-je pas le retenir en prison jusqu'… ce qu'il m'ait donn‚ la preuve qu'il n'est pas all‚ porter des paroles … Napol‚on de la part de quelques m‚contents qui peuvent exister en Lombardie parmi les sujets de Sa Majest‚ Imp‚riale et Royale? Remarquez encore, messieurs, que si le jeune del Dongo parvient … se justifier sur ce point, il restera coupable d'avoir pass‚ … l'‚tranger sans passeport r‚guliŠrement d‚livr‚, et de plus en prenant un faux nom et faisant usage sciemment d'un passeport d‚livr‚ … un simple ouvrier, c'est-…-dire … un individu d'une classe tellement au-dessous de celle … laquelle il appartient.

Cette d‚claration, cruellement raisonnable, ‚tait accompagn‚e de toutes les marques de d‚f‚rence et de respect que le chef de la police devait … la haute position de la marquise del Dongo et … celle des personnages importants qui venaient s'entremettre pour elle.

La marquise fut au d‚sespoir quand elle apprit la r‚ponse du baron Binder.

- Fabrice va ˆtre arrˆt‚, s'‚cria-t-elle en pleurant, et une fois en prison, Dieu sait quand il en sortira! Son pŠre le reniera!

Mme Pietranera et sa belle-soeur tinrent conseil avec deux ou trois amis intimes et, quoi qu'ils pussent dire la marquise voulut absolument faire partir son fils dŠs la nuit suivante.

- Mais tu vois bien, lui disait la comtesse, que le baron Binder sait que ton fils est ici, cet homme n'est point m‚chant.

- Non, mais il veut plaire … l'empereur Fran‡ois.

- Mais s'il croyait utile … son avancement de jeter Fabrice en prison, il y serait d‚j…; et c'est lui marquer une m‚fiance injurieuse que de le faire sauver.

- Mais nous avouer qu'il sait o— est Fabrice c'est nous dire faites-le partir! Non, je ne vivrai pas tant que je pourrai me r‚p‚ter: Dans un quart d'heure mon fils peut ˆtre entre quatre murailles! Quelle que soit l'ambition du baron Binder ajoutait la marquise, il croit utile … sa position personnelle en ce pays d'afficher des m‚nagements pour un homme du rang de mon mari, et j'en vois une preuve dans cette ouverture de cour singuliŠre avec laquelle il avoue qu'il sait o— prendre mon fils. Bien plus, le baron d‚taille complaisamment les deux contraventions dont Fabrice est accus‚ d'aprŠs la d‚nonciation de son indigne frŠre; il explique que ces deux contraventions emportent la prison; n'est-ce pas nous dire que si nous aimons mieux l'exil c'est … nous de choisir?

- Si tu choisis l'exil, r‚p‚tait toujours la comtesse, de la vie nous ne le reverrons.

Fabrice, pr‚sent … tout l'entretien, avec un des anciens amis de la marquise, maintenant conseiller au tribunal form‚ par l'Autriche, ‚tait grandement d'avis de prendre la clef des champs. Et, en effet, le soir mˆme il sortit du palais, cach‚ dans la voiture qui conduisait au th‚ƒtre de la Scala sa mŠre et sa tante. Le cocher, dont on se d‚fiait, alla faire comme d'habitude une station au cabaret, et pendant que le laquais, homme s–r, gardait les chevaux, Fabrice, d‚guise en paysan, se glissa hors de la voiture et sortit de la ville. Le lendemain matin il passa la frontiŠre avec le mˆme bonheur, et quelques heures plus tard il ‚tait install‚ dans une terre que sa mŠre avait en Pi‚mont, prŠs de Novare, pr‚cis‚ment … Romagnano, o— Bayard fut tu‚.

On peut penser avec quelle attention ces dames arriv‚es dans leur loge, … la Scala, ‚coutaient le spectacle. Elles n'y ‚taient all‚es que pour pouvoir consulter plusieurs de leurs amis appartenant au parti lib‚ral, et dont l'apparition au palais del Dongo e–t pu ˆtre mal interpr‚t‚e par la police. Dans la loge, il fut r‚solu de faire une nouvelle d‚marche auprŠs du baron Binder. Il ne pouvait pas ˆtre question d'offrir une somme d'argent … ce magistrat parfaitement honnˆte homme et d'ailleurs ces dames ‚taient fort pauvres, elles avaient forc‚ Fabrice … emporter tout ce qui restait sur le produit du diamant.

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