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New Philadelphia Book Publisher Highlights Local Talent
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PHILADELPHIA, Pa. -- The Philadelphia literary world will celebrate the launch of two new players today, April 10th: Kay Square Press, a new publishing company focused on Philadelphia-area artists, their stories, and their art; and Kay Square's first release, 'With the Rich and Mighty: Emlen Etting of Philadelphia' (ISBN: 978-0-9815129-0-7), a critical biography by Kenneth C. Kaleta.

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NEW YORK, N.Y. -- Nathan Yungerberg, an accomplished model scout and professional child photographer is launching a nation-wide casting call to find the cover model for his highly anticipated book release, 'The Model Child: A Parents Guide to the Child Modeling Industry' (ISBN: 978-0-9817018-0-6).

Vittoria Accoramboni

S >> Stendhal >> Vittoria Accoramboni

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VITTORIA ACCORAMBONI
DUCHESSE DE BRACCIANO



Stendhal




Malheureusement pour moi comme pour le lecteur ceci n'est point un roman, mais la traduction fidŠle d'un r‚cit fort grave ‚crit … Padoue en d‚cembre 1585.


Je me trouvais … Mantoue il y a quelques ann‚es, je cherchais des ‚bauches et de petits tableaux en rapport avec ma petite fortune, mais je voulais les peintres ant‚rieurs … l'an 1600, vers cette ‚poque acheva de mourir l'originalit‚ italienne d‚j… mise en grand p‚ril par la prise de Florence en 1530.

Au lieu de tableaux, un vieux patricien fort riche et fort avare me fit offrir … vendre, et trŠs cher, de vieux manuscrits jaunis par le temps; je demandai … les parcourir; il y consentit, ajoutant qu'il se fiait … ma probit‚, pour ne pas me souvenir des anecdotes piquantes que j'aurais lues, si je n'achetais pas les manuscrits.

Sous cette condition, qui me plut, j'ai parcouru, au grand d‚triment de mes yeux, trois ou quatre cents volumes o— furent entass‚s, il y a deux ou trois siŠcles, des r‚cits d'aventures tragiques, des lettres de d‚fi relatives … des duels, des trait‚s de pacification entre des nobles voisins, des m‚moires sur toutes sortes de sujets, etc., etc. Le vieux propri‚taire demandait un prix ‚norme de ces manuscrits. AprŠs bien des pourparlers, j'achetai fort cher le droit de faire copier certaines historiettes qui me plaisaient et qui montrent les moeurs de l'Italie vers l'an 1500. J'en ai vingt-deux volumes in-folio', et c'est une de ces histoires fidŠlement traduites que le lecteur va lire, si toutefois il est dou‚ de patience. Je sais l'histoire du seiziŠme siŠcle en Italie, et je crois que ce qui suit est parfaitement vrai. J'ai pris de la peine pour que la traduction de cet ancien style italien grave, direct, souverainement obscur et charg‚ d'allusions aux choses et aux id‚es qui occupaient le monde sous le pontificat de Sixte Quint (en 15852), ne pr‚sentƒt pas de reflets de la belle litt‚rature moderne, et des id‚es de notre siŠcle sans pr‚jug‚s.

L'auteur inconnu du manuscrit est un personnage circonspect, il ne juge jamais un fait, ne le pr‚pare jamais, son affaire unique est de raconter avec v‚rit‚. Si quelquefois il est pittoresque, … son insu, c'est que, vers 1585, la vanit‚ n'enveloppait point toutes les actions des hommes d'une aur‚ole d'affectation; on croyait ne pouvoir agir sur le voisin qu'en s'exprimant avec la plus grande clart‚ possible. Vers 1585, … l'exception des fous entretenus dans les cours, ou des poŠtes, personne ne songeait … ˆtre aimable par la parole. On ne disait point encore: "Je mourrai aux pieds de Votre Majest‚", au moment o— l'on venait d'envoyer chercher des chevaux de poste pour prendre la fuite; c'‚tait un genre de trahison qui n'‚tait pas invent‚. On parlait peu, et chacun donnait une extrˆme attention … ce qu'on lui disait.

Ainsi, “ lecteur b‚n‚vole! ne cherchez point ici un style piquant, rapide, brillant de fraŒches allusions aux fa‡ons de sentir … la mode, ne vous attendez point surtout aux ‚motions entraŒnantes d'un roman de George Sand; ce grand ‚crivain e–t fait un chef-d'oeuvre avec la vie et les malheurs de Vittoria Accoramboni. Le r‚cit sincŠre que je vous pr‚sente ne peut avoir que les avantages plus modestes de l'histoire. Quand par hasard, courant la poste seul … la tomb‚e de la nuit, on s'avise de r‚fl‚chir au grand art de connaŒtre le coeur humain, on pourra prendre pour base de ses jugements les circonstances de l'histoire que voici. L'auteur dit tout, explique tout, il ne laisse rien … faire … l'imagination du lecteur; il ‚crivait douze jours aprŠs la mort de l'h‚ro‹ne*.
* Le manuscrit italien est d‚pos‚ au bureau de la Revue des Deux Mondes.


Vittoria Accoramboni naquit d'une fort noble famille, dans une petite ville du duch‚ d'Urbin, nomm‚e Agubio. DŠs son enfance, elle fut remarqu‚e de tous, … cause d'une rare et extraordinaire beaut‚; mais cette beaut‚ fut son moindre charme: rien ne lui manqua de ce qui peut faire admirer une fille de haute naissance; mais rien ne fut si remarquable en elle, et l'on peut dire rien ne tint autant du prodige, parmi tant de qualit‚s extraordinaires, qu'une certaine grƒce toute charmante qui dŠs la premiŠre vue lui gagnait le coeur et la volont‚ de chacun. Et cette simplicit‚ qui donnait de l'empire … ses moindres paroles n'‚tait troubl‚e par aucun soup‡on d'artifice; dŠs l'abord on prenait confiance en cette dame dou‚e d'une si extraordinaire beaut‚. On aurait pu, … toute force, r‚sister … cet enchantement, si on n'e–t fait que la voir; mais si on l'entendait parler, si surtout on venait … avoir quelque conversation avec elle, il ‚tait de toute impossibilit‚ d'‚chapper … un charme aussi extraordinaire.

Beaucoup de jeunes cavaliers de la ville de Rome qu'habitait son pŠre, et o— l'on voit son palais place des Rusticacci, prŠs Saint-Pierre, d‚sirŠrent obtenir sa main. Il y eut force jalousies et bien des rivalit‚s; mais enfin les parents de Vittoria pr‚f‚rŠrent F‚lix Peretti, neveu du cardinal Montalto, qui a ‚t‚ depuis le pape Sixte Quint, heureusement r‚gnant.

F‚lix, fils de Camille Peretti, soeur du cardinal, s'appela d'abord Fran‡ois Mignucci; il prit les noms de F‚lix Peretti lorsqu'il fut solennellement adopt‚ par son oncle.

Vittoria, entrant dans la maison Peretti, y porta, … son insu, cette pr‚‚minence que l'on peut appeler fatale, et qui la suivait en tous lieux; de fa‡on que l'on peut dire que, pour ne pas l'adorer, il fallait ne l'avoir jamais vue*. L'amour que son mari avait pour elle allait jusqu'… une v‚ritable folie; sa belle-mŠre, Camille, et le cardinal Montalto lui-mˆme, semblaient n'avoir d'autre occupation sur terre que celle de deviner les go–ts de Vittoria, pour chercher aussit“t … les satisfaire. Rome entiŠre admira comment ce cardinal, connu par l'exigu‹t‚ de sa fortune non moins que par son horreur pour toute espŠce de luxe, trouvait un plaisir si constant … aller au-devant de tous les souhaits de Vittoria. Jeune, brillante de beaut‚, ador‚e de tous, elle ne laissait pas d'avoir quelquefois des fantaisies fort co–teuses. Vittoria recevait de ses nouveaux parents des joyaux du plus grand prix, des perles, et enfin ce qui paraissait de plus rare chez les orfŠvres de Rome, en ce temps-l… fort bien fournis.
* On voit … Milan, autant que je puis me souvenir, dans la bibliothŠque Ambrosienne, des sonnets remplis de grƒce et de sentiments, et d'autres piŠces de vers, ouvrage de Vittoria Accoramboni. D'assez bons sonnets ont ‚t‚ faits dans le temps sur son ‚trange destin‚e. Il parait qu'elle avait autant d'esprit que de grƒces et de beaut‚.

Pour l'amour de cette niŠce aimable, le cardinal Montalto, si connu par sa s‚v‚rit‚, traita les frŠres de Vittoria comme s'ils eussent ‚t‚ ses propres neveux. Octave Accoramboni, … peine arriv‚ … l'ƒge de trente ans, fut, par l'intervention du cardinal Montalto, d‚sign‚ par le duc d'Urbin et cr‚‚, par le pape Gr‚goire XIII, ‚vˆque de Fossombrone; Marcel Accoramboni, jeune homme d'un courage fougueux, accus‚ de plusieurs crimes, et vivement pourchass‚ par la corte*, avait ‚chapp‚ … grand'peine … des poursuites qui pouvaient le mener … la mort. Honor‚ de la protection du cardinal, il put recouvrer une sorte de tranquillit‚.
* C'‚tait le corps arm‚ charg‚ de veiller … la s–ret‚ publique, les gendarmes et agents de police de l'an 1580. Ils ‚taient command‚s par un capitaine appel‚ Bargello, lequel ‚tait personnellement responsable de l'ex‚cution des ordres de monseigneur le gouverneur de Rome (le pr‚fet de police).

Un troisiŠme frŠre de Vittoria, Jules Accoramboni, fut admis par le cardinal Alexandre Sforza aux premiers honneurs de sa cour, aussit“t que le cardinal Montalto en eut fait la demande.

En un mot, si les hommes savaient mesurer leur bonheur, non sur l'insatiabilit‚ infinie de leurs d‚sirs, mais par la jouissance r‚elle des avantages qu'ils possŠdent d‚j…, le mariage de Vittoria avec le neveu du cardinal Montalto e–t pu sembler aux Accoramboni le comble des f‚licit‚s humaines. Mais le d‚sir insens‚ d'avantages immenses et incertains peut jeter les hommes les plus combl‚s des faveurs de la fortune dans des id‚es ‚tranges et pleines de p‚rils.

Bien est-il vrai que si quelqu'un des parents de Vittoria, ainsi que dans Rome beaucoup en eurent le soup‡on, contribua, par le d‚sir d'une plus haute fortune, … la d‚livrer de son mari, il eut lieu de reconnaŒtre bient“t aprŠs combien il e–t ‚t‚ plus sage de se contenter des avantages mod‚r‚s d'une fortune agr‚able, et qui devait atteindre si t“t au faŒte de tout ce que peut d‚sirer l'ambition des hommes.

Pendant que Vittoria vivait ainsi reine dans sa maison, un soir que F‚lix Peretti venait de se mettre au lit avec sa femme, une lettre lui fut remise par une nomm‚e Catherine, n‚e … Bologne et femme de chambre de Vittoria. Cette lettre avait ‚t‚ apport‚e par un frŠre de Catherine, Dominique d'Aquaviva, surnomm‚ le Mancino (le gaucher). Cet homme ‚tait banni de Rome pour plusieurs crimes; mais, … la priŠre de Catherine, F‚lix lui avait procur‚ la puissante protection de son oncle le cardinal, et le Mancino venait souvent dans la maison de F‚lix, qui avait en lui beaucoup de confiance.

La lettre dont nous parlons ‚tait ‚crite au nom de Marcel Accoramboni, celui de tous les frŠres de Vittoria qui ‚tait le plus cher … son mari. Il vivait le plus souvent cach‚ hors de Rome mais cependant quelquefois il se hasardait … entrer en ville, et alors il trouvait un refuge dans la maison de F‚lix.

Par la lettre remise … cette heure indue, Marcel appelait … son secours son beau-frŠre F‚lix Peretti; il le conjurait de venir … son aide, et ajoutait que, pour une affaire de la plus grande urgence, il l'attendait prŠs du palais de Montecavallo.

F‚lix fit part … sa femme de la singuliŠre lettre qui lui ‚tait remise, puis il s'habilla et ne prit d'autre arme que son ‚p‚e. Accompagn‚ d'un seul domestique qui portait une torche allum‚e, il ‚tait sur le point de sortir quand il trouva sous ses pas sa mŠre Camille, toutes les femmes de la maison, et parmi elles Vittoria elle-mˆme; toutes le suppliaient avec les derniŠres instances de ne pas sortir … cette heure avanc‚e. Comme il ne se rendait pas … leurs priŠres, elles tombŠrent … genoux, et, les larmes aux yeux, le conjurŠrent de les ‚couter.

Ces femmes, et surtout Camille, ‚taient frapp‚es de terreur par le r‚cit des choses ‚tranges qu'on voyait arriver tous les jours, et demeurer impunies dans ces temps du pontificat de Gr‚goire XIII, pleins de troubles et d'attentats inou‹s. Elles ‚taient encore frapp‚es d'une id‚e: Marcel Accoramboni, quand il se hasardait … p‚n‚trer dans Rome, n'avait pas pour habitude de faire appeler F‚lix, et une telle d‚marche, … cette heure de la nuit, leur semblait hors de toute convenance.

Rempli de tout le feu de son ƒge, F‚lix ne se rendait point … ces motifs de crainte; mais, quand il sut que la lettre avait ‚t‚ apport‚e par le Mancino, homme qu'il aimait beaucoup et auquel il avait ‚t‚ utile, rien ne put l'arrˆter, et il sortit de la maison'.

Il ‚tait pr‚c‚d‚, comme il a ‚t‚ dit, d'un seul domestique portant une torche allum‚e; mais le pauvre jeune homme avait … peine fait quelques pas de la mont‚e de Montecavallo, qu'il tomba frapp‚ de trois coups d'arquebuse. Les assassins, le voyant par terre, se jetŠrent sur lui, et le criblŠrent … l'envi de coups de poignard, jusqu'… ce qu'il leur par–t bien mort. A l'instant, cette nouvelle fatale fut port‚e … la mŠre et … la femme de F‚lix, et, par elles, elle parvint au cardinal son oncle.

Le cardinal, sans changer de visage, sans trahir la plus petite ‚motion, se fit promptement revˆtir de ses habits, et puis se recommanda soi-mˆme … Dieu et cette pauvre ƒme (ainsi prise … l'improviste). Ii alla ensuite chez sa niŠce, et, avec une gravit‚ admirable et un air de paix profonde, il mit un frein aux cris et aux pleurs f‚minins qui commen‡aient … retentir dans toute la maison. Son autorit‚ sur ces femmes fut d'une telle efficacit‚, qu'… partir de cet instant, et mˆme au moment o— le cadavre fut emport‚ hors de la maison, l'on ne vit ou l'on n'entendit rien de. leur part qui s'‚cartƒt le moins du monde de ce qui a lieu, dans les familles les plus r‚gl‚es, pour les morts les plus pr‚vues. Quant au cardinal Montalto lui-mˆme, personne ne put surleur la plus simple; rien ne fut chang‚ dans l'ordre et l'apparence ext‚rieure de sa vie. Rome en fut bient“t convaincue, elle qui observait avec sa curiosit‚ ordinaire les moindres mouvements d'un homme si profond‚ment offens‚.

Il arriva par hasard que, le lendemain mˆme de la mort de F‚lix, le consistoire (des cardinaux) ‚tait convoqu‚ au Vatican. Il n'y eut pas d'homme dans toute la ville qui ne pensƒt que pour ce premier jour, … tout le moins, le cardinal Montalto s'exempterait de cette fonction' publique. L…, en effet, il devait paraŒtre sous les yeux de tant et de si curieux t‚moins! On observerait les moindres mouvements de cette faiblesse naturelle, et toutefois si convenable … celer chez un personnage qui d'une place ‚minente aspire … une plus ‚minente encore; car tout le monde conviendra qu'il n'est pas convenable que celui qui ambitionne de s'‚lever au-dessus de tous les autres hommes se montre ainsi homme comme les autres.

Mais les personnes qui avaient ces id‚es se trompŠrent doublement, car d'abord, selon sa coutume, le cardinal Montalto fut des premiers … paraŒtre dans la salle du consistoire, et ensuite il fut impossible aux plus clairvoyants de d‚couvrir en lui un signe quelconque de sensibilit‚ humaine. Au contraire, par ses r‚ponses … ceux de ses collŠgues qui, … propos d'un ‚v‚nement si cruel, cherchŠrent … lui pr‚senter des paroles de consolation, il sut frapper tout le monde d'‚tonnement. La constance et l'apparente immobilit‚ de son ƒme au milieu d'un si atroce malheur devinrent aussit“t l'entretien de la ville.

Bien est-il vrai que dans ce mˆme consistoire quelques hommes, plus exerc‚s dans l'art des cours, attribuŠrent cette apparente insensibilit‚ non … un d‚faut de sentiment, mais … beaucoup de dissimulation; et cette maniŠre de voir fut bient“t aprŠs partag‚e par la multitude des courtisans, car il ‚tait utile de ne pas se montrer trop profond‚ment bless‚ d'une offense dont sans doute l'auteur ‚tait puissant, et pouvait plus tard peut-ˆtre barrer le chemin … la dignit‚ suprˆme.

Quelle que f–t la cause de cette insensibilit‚ apparente et complŠte, un fait certain, c'est qu'elle frappa d'une sorte de stupeur Rome entiŠre et la cour de Gr‚goire XIII. Mais, pour en revenir au consistoire, quand, tous les cardinaux r‚unis, le pape lui-mˆme entra dans la salle, il tourna aussit“t les yeux vers le cardinal Montalto, et on vit Sa Saintet‚ r‚pandre des larmes; quant au cardinal, ses traits ne sortirent point de leur immobilit‚ ordinaire.

L'‚tonnement redoubla quand, dans le mˆme consistoire, le cardinal Montalto ‚tant all‚ … son tour s'agenouiller devant le tr“ne de Sa Saintet‚, pour lui rendre compte des affaires dont il ‚tait charg‚, le pape, avant de lui permettre de commencer, ne put s'empˆcher de laisser ‚clater ses sanglots. Quand Sa Saintet‚ fut en ‚tat de parler, elle chercha … consoler le cardinal en lui promettant qu'il serait fait prompte et s‚vŠre justice d'un attentat si ‚norme. Mais le cardinal, aprŠs avoir remerci‚ trŠs humblement Sa Saintet‚, la supplia de ne pas ordonner de recherches sur ce qui ‚tait arriv‚, protestant que, pour sa part, il pardonnait de bon coeur … l'auteur. quel qu'il p–t ˆtre. Et imm‚diatement aprŠs cette priŠre, exprim‚e en trŠs peu de mots, le cardinal passa au d‚tail des affaires dont il ‚tait charg‚ comme si rien d'extraordinaire ne f–t arriv‚.

Les yeux de tous les cardinaux pr‚sents au consistoire ‚taient fix‚s sur le pape et sur Montalto; et, quoiqu'il soit assur‚ment fort difficile de donner le change … l'oeil exerc‚ des courtisans, aucun pourtant n'osa dire que le visage du cardinal Montalto e–t trahi la moindre ‚motion en voyant de si prŠs les sanglots de Sa Saintet‚, laquelle, … dire vrai, ‚tait tout … fait hors d'elle-mˆme. Cette insensibilit‚ ‚tonnante du cardinal Montalto ne se d‚mentit point durant tout le temps de son travail avec Sa Saintet‚. Ce fut au point que le pape lui-mˆme en fut frapp‚, et, le consistoire termin‚, il ne put s'empˆcher de dire au cardinal de San Sisto, son neveu favori:

Veramente, costui Š un gran frate! (En v‚rit‚, cet homme est un fier moine*!)
* Allusion … l'hypocrisie que les mauvais esprits croient fr‚quente chez les moines. Sixte Quint avait ‚t‚ moine mendiant, et pers‚cut‚ dans son ordre. Voir sa vie, par Gregorio Leti, historien amusant, qui n'est pas plus menteur qu'un autre.

La fa‡on d'agir du cardinal Montalto ne fut, en aucun point, diff‚rente pendant toutes les journ‚es qui suivirent. Ainsi que c'est la coutume, il re‡ut les visites de condol‚ances des cardinaux, des pr‚lats et des princes romains, et avec aucun, en quelque liaison qu'il f–t avec lui, il ne se laissa emporter … aucune parole de douleur ou de lamentation. Avec tous, aprŠs un court raisonnement sur l'instabilit‚ des choses humaines, confirm‚ et fortifi‚ par des sentences et des textes tir‚s des saintes Ecritures ou des PŠres, il changeait promptement de discours, et venait … parler des nouvelles de la ville ou des affaires particuliŠres du personnage avec lequel il se trouvait exactement comme s'il e–t voulu consoler ses consolateurs.

Rome fut surtout curieuse de ce qui se passerait pendant la visite que devait lui faire le prince Paolo Giordano Orsini, duc de Bracciano, auquel le bruit attribuait la mort de F‚lix Peretti. Le vulgaire pensait que le cardinal Montalto ne pourrait se trouver si rapproch‚ du prince, et lui parler en tˆte-…-tˆte, sans laisser paraŒtre quelque indice de ses sentiments.

Au moment o— le prince vint chez le cardinal, la foule ‚tait ‚norme dans la rue et auprŠs de la porte; un grand nombre de courtisans remplissaient toutes les piŠces de la maison, tant ‚tait grande la curiosit‚ d'observer le visage des deux interlocuteurs. Mais, chez l'un pas plus que chez l'autre, personne ne put observer rien d'extraordinaire. Le cardinal Montalto se conforma … tout ce que prescrivaient les convenances de la cour il donna … son visage une teinte d'hilarit‚ fort remarquable, et sa fa‡on d'adresser la parole au prince fut remplie d'affabilit‚.

Un instant aprŠs, en remontant en carrosse, le prince Paul, se trouvant seul avec ses courtisans intimes, ne put s'empˆcher de dire en riant: In fatto, Š vero che costui Š un gran frate! (Il est parbleu bien vrai, cet homme est un fier moine!) comme s'il e–t voulu confirmer la v‚rit‚ du mot ‚chapp‚ au pape quelques jours auparavant.

Les sages ont pens‚ que la conduite tenue en cette circonstance par le cardinal Montalto lui aplanit le chemin du tr“ne; car beaucoup de gens prirent de lui cette opinion que, soit par nature ou par vertu, il ne savait pas ou ne voulait pas nuire … qui que ce f–t, encore qu'il e–t grand sujet d'ˆtre irrit‚.

F‚lix Peretti n'avait laiss‚ rien d'‚crit relativement … sa femme; elle dut en cons‚quence retourner dans la maison de ses parents. Le cardinal Montalto lui fit remettre, avant son d‚part, les habits, les joyaux, et g‚n‚ralement tous les dons qu'elle avait re‡us pendant qu'elle ‚tait la femme de son neveu.

Le troisiŠme jour aprŠs la mort de F‚lix Peretti, Vittoria, accompagn‚e de sa mŠre, alla s'‚tablir dans le palais du prince Orsini. Quelques-uns dirent que ces femmes furent port‚es … cette d‚marche par le soin de leur s–ret‚ personnelle, la corte* paraissant les menacer comme accus‚es de consentement l'homicide commis, ou du moins d'en avoir eu connaissance avant l'ex‚cution; d'autres pensŠrent (et ce qui arriva plus tard sembla confirmer cette id‚e) qu'elles furent port‚es … cette d‚marche pour effectuer le mariage, le prince ayant promis … Vittoria de l'‚pouser aussit“t qu'elle n'aurait plus de mari.
* La corte n'osait pas p‚n‚trer dans le palais d'un prince.

Toutefois, ni alors ni plus tard, on n'a connu clairement l'auteur de la mort de F‚lix, quoique tous aient eu des soup‡ons sur tous. La plupart cependant attribuaient cette mort au prince Orsini; tous savaient qu'il avait eu de l'amour pour Vittoria, il en avait donn‚ des marques non ‚quivoques; et le mariage qui survint fut une grande preuve, car la femme ‚tait d'une condition tellement inf‚rieure, que la seule tyrannie de la passion d'amour put l'‚lever jusqu'… l'‚galit‚ matrimoniale*. Le vulgaire ne fut point d‚tourn‚ de cette fa‡on de voir par une lettre adress‚e au gouverneur de Rome, et que l'on r‚pandit peu de jours aprŠs le fait. Cette lettre ‚tait ‚crite au nom de C‚sar Palantieri, jeune homme d'un caractŠre fougueux et qui ‚tait banni de la ville.
* La premiŠre femme du prince Orsini dont il avait un fils nomme Virginio, ‚tait soeur de Fran‡ois Ier, grand-duc de Toscane, et du cardinal Ferdinand de M‚dicis. Il la fit p‚rir du consentement de ses frŠres, parce qu'elle avait une intrigue. Telles ‚taient les lois de l'honneur apport‚es en Italie par les Espagnols. Les amours non l‚gitimes d'une femme offensaient autant ses frŠres que son mari.

Dans cette lettre, Palantieri disait qu'il n'‚tait pas n‚cessaire que Sa Seigneurie illustrissime se donnƒt la peine de chercher ailleurs l'auteur de la mort de F‚lix Peretti, puisque lui-mˆme l'avait fait tuer … la suite de certains diff‚rends survenus entre eux quelque temps auparavant.

Beaucoup pensŠrent que cet assassinat n'avait pas eu lieu sans le consentement de la maison Accoramboni; on accusa les frŠres de Vittoria, qui auraient ‚t‚ s‚duits par l'ambition d'une alliance avec un prince si puissant et si riche. On accusa surtout Marcel, … cause de l'indice fourni par la lettre qui fit sortir de chez lui le malheureux F‚lix. On parla mal de Vittoria elle-mˆme, quand on la vit consentir … aller habiter le palais des Orsini comme future ‚pouse, sit“t aprŠs la mort de son mari. On pr‚tendait qu'il est peu probable qu'on arrive ainsi en un clin d'oeil … se servir des petites armes, si l'on n'a fait usage, pendant quelque temps du moins, des armes de longue port‚e*.
* Allusion … l'usage de se battre avec une ‚p‚e et un poignard.

L'information sur ce meurtre fut faite par monseigneur Portici, gouverneur de Rome, d'aprŠs les ordres de Gr‚goire XIII. On y voit seulement que ce Dominique, surnomm‚ Mancino, arrˆt‚ par la corte, avoue et sans ˆtre mis … la question (tormentato), dans le second interrogatoire, en date du 24 f‚vrier 1582:

"Que la mŠre de Vittoria fut la cause de tout, et qu'elle fut second‚e par la cameriera de Bologne laquelle, aussit“t aprŠs le meurtre, prit refuge dans la citadelle de Bracciano (appartenant au prince Orsini et o— la corte n'e–t os‚ p‚n‚trer), et que les ex‚cuteurs du crime furent Machione de Gubbio et Paul Barca de Bracciano, lancie spezzate (soldats) d'un seigneur duquel, pour de dignes raisons, on n'a pas ins‚r‚ le nom."

A ces dignes raisons se joignirent, comme je crois', les priŠres du cardinal Montalto, qui demanda avec instance que les recherches ne fussent pas pouss‚es plus loin, et en effet il ne fut plus question du procŠs. Le Mancino fut mis hors de prison avec le precetto (ordre) de retourner directement … son pays, sous peine de la vie, et de ne jamais s'en ‚carter sans une permission expresse. La d‚livrance de cet homme eut lieu en 1583, le jour de saint Louis, et, comme ce jour ‚tait aussi celui de la naissance du cardinal Montalto, cette circonstance me confirme de plus en plus dans la croyance que ce fut … sa priŠre que cette affaire fut termin‚e ainsi. Sous un gouvernement aussi faible que celui de Gr‚goire XIII, un tel procŠs pouvait avoir des cons‚quences fort d‚sagr‚ables et sans aucune compensation.

Les mouvements de la corte furent ainsi arrˆt‚s, mais le pape Gr‚goire XIII ne voulut pourtant pas consentir … ce que le prince Paul Orsini, duc de Bracciano, ‚pousƒt la veuve Accoramboni. Sa Saintet‚, aprŠs avoir inflig‚ … cette derniŠre une sorte de prison, donna le precetto au prince et … la veuve de ne point contracter de mariage ensemble sans une permission expresse de lui ou de ses successeurs.

Gr‚goire XIII vint … mourir (au commencement de 1585), et les docteurs en droit, consult‚s par le prince Paul Orsini, ayant r‚pondu qu'ils estimaient que le precetto ‚tait annul‚ par la mort de qui l'avait impos‚, il r‚solut d'‚pouser Vittoria avant l'‚lection d'un nouveau pape. Mais le mariage ne put se faire aussit“t que le prince le d‚sirait, en partie parce qu'il voulait avoir le consentement des frŠres de Vittoria, et il arriva qu'Octave Accoramboni , ‚vˆque de Fossombrone, ne voulut jamais donner le sien, et en partie parce qu'on ne croyait pas que l'‚lection du successeur de Gr‚goire XIII d–t avoir lieu aussi promptement. Le fait est que le mariage ne se fit que le jour mˆme que fut cr‚‚ pape le cardinal Montalto, si int‚ress‚ dans cette affaire, c'est-…-dire le 24 avril 1585, soit que ce f–t l'effet du hasard, soit que le prince f–t bien aise de montrer qu'il ne craignait pas plus la corte sous le nouveau pape qu'il n'avait fait sous Gr‚goire XIII.

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