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New Philadelphia Book Publisher Highlights Local Talent
Book and Publishing News from Publishers Newswire(tm)

Looking for Child to be on Cover of a New Book, 'The Model Child'
PHILADELPHIA, Pa. -- The Philadelphia literary world will celebrate the launch of two new players today, April 10th: Kay Square Press, a new publishing company focused on Philadelphia-area artists, their stories, and their art; and Kay Square's first release, 'With the Rich and Mighty: Emlen Etting of Philadelphia' (ISBN: 978-0-9815129-0-7), a critical biography by Kenneth C. Kaleta.

FlatSigned Press Alleges Don Imus Remarks Damage Legacy of President Gerald R. Ford
NEW YORK, N.Y. -- Nathan Yungerberg, an accomplished model scout and professional child photographer is launching a nation-wide casting call to find the cover model for his highly anticipated book release, 'The Model Child: A Parents Guide to the Child Modeling Industry' (ISBN: 978-0-9817018-0-6).

Vittoria Accoramboni

S >> Stendhal >> Vittoria Accoramboni

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Ce mariage offensa profond‚ment l'ƒme de Sixte Quint (car tel fut le nom choisi par le cardinal Montalto); il avait d‚j… quitt‚ les fa‡ons de penser convenables … un moine, et mont‚ son ƒme … la hauteur du grade dans lequel Dieu venait de le placer.

Le pape ne donna pourtant aucun signe de colŠre; seulement, le prince Orsini s'‚tant pr‚sent‚ ce mˆme jour avec la foule des seigneurs romains pour lui baiser le pied, et avec l'intention secrŠte de tƒcher de lire, dans les traits du Saint-PŠre, ce qu'il avait … attendre ou … craindre de cet homme jusque-l… si peu connu, il s'aper‡ut qu'il n'‚tait plus temps de plaisanter. Le nouveau pape ayant regard‚ le prince d'une fa‡on singuliŠre, et n'ayant pas r‚pondu un seul mot au compliment qu'il lui adressa, celui-ci prit la r‚solution de d‚couvrir sur-le-champ quelles ‚taient les intentions de Sa Saintet‚ … son ‚gard.

Par le moyen de Ferdinand, cardinal de M‚dicis (frŠre de sa premiŠre femme), et de l'ambassadeur catholique, il demanda et obtint du pape une audience dans sa chambre: l… il adressa … Sa Saintet‚ un discours ‚tudi‚, et, sans faire mention des choses pass‚es, il se r‚jouit avec elle … l'occasion de sa nouvelle dignit‚, et lui offrit, comme un trŠs fidŠle vassal et serviteur, tout son avoir et toutes ses forces.

Le pape* l'‚couta avec un s‚rieux extraordinaire, et … la fin lui r‚pondit que personne ne d‚sirait plus que lui que la vie et les actions de Paolo Giordano Orsini fussent … l'avenir dignes du sang Orsini et d'un vrai chevalier chr‚tien; que, quant … ce qu'il avait ‚t‚ par le pass‚ envers le Saint-SiŠge et envers la personne de lui, pape, personne ne pouvait le lui dire mieux que sa propre conscience; que pourtant, lui, prince, pouvait ˆtre assur‚ d'une chose, … savoir, que tout ainsi qu'il lui pardonnait volontiers ce qu'il avait pu faire contre F‚lix Peretti et contre F‚lix, cardinal Montalto, jamais il ne lui pardonnerait ce qu'… l'avenir il pourrait faire contre le pape Sixte; qu'en cons‚quence il l'engageait … aller sur-le-champ expulser de sa maison et de ses Etats tous les brigands (exil‚s) et les malfaiteurs auxquels, jusqu'au pr‚sent moment, il avait donn‚ asile.
* Sixte Quint, pape en 1585, … soixante-huit ans, r‚gna cinq ans et quatre mois: il a des rapports frappants avec Napol‚on.

Sixte Quint avait une efficacit‚ singuliŠre, de quelque ton qu'il voul–t se servir en parlant; mais, quand il ‚tait irrit‚ et mena‡ant, on e–t dit que ses yeux lan‡aient la foudre. Ce qu'il y a de certain, c'est que le prince Paul Orsini, accoutum‚ de tout temps … ˆtre craint des papes, fut port‚ … penser si s‚rieusement … ses affaires par cette fa‡on de parler du pape, telle qu'il n'avait rien entendu de semblable pendant l'espace de treize ans, qu'… peine sorti du palais de Sa Saintet‚ il courut chez le cardinal de M‚dicis lui raconter ce qui venait de se passer. Puis il r‚solut, par le conseil du cardinal, de cong‚dier, sans le moindre d‚lai, tous ces hommes repris de justice auxquels il donnait asile dans son palais et dans ses Etats, et il songea au plus vite … trouver quelque pr‚texte honnˆte pour sortir imm‚diatement des pays soumis au pouvoir de ce pontife si r‚solu.

Il faut savoir que le prince Paul Orsini ‚tait devenu d'une grosseur extraordinaire; ses jambes ‚taient plus grosses que le corps d'un homme ordinaire, et une de ces jambes ‚normes ‚tait afflig‚e du mal nomm‚ la lupa (la louve), ainsi appel‚ parce qu'il faut la nourrir avec une grande abondance de viande fraŒche qu'on applique sur la partie affect‚e; autrement l'humeur violente, ne trouvant pas de chair morte … d‚vorer, se jetterait sur les chairs vivantes qui l'entourent.

Le prince prit pr‚texte de ce mal pour aller aux c‚lŠbres bains d'Albano, prŠs de Padoue, pays d‚pendant de la r‚publique de Venise; il partit avec sa nouvelle ‚pouse vers le milieu de juin. Albano ‚tait un port trŠs s–r pour lui; car, depuis un grand nombre d'ann‚es, la maison Orsini ‚tait li‚e … la r‚publique de Venise par des services r‚ciproques.

Arriv‚ en ce pays de s–ret‚, le prince ne pensa qu'… jouir des agr‚ments de plusieurs s‚jours; et, dans ce dessein, il loua trois magnifiques palais: l'un … Venise, le palais Dandolo, dans la rue de la Zecca; le second … Padoue, et ce fut le palais Foscarini, sur la magnifique place nomm‚e l'Arena; il choisit le troisiŠme … Salo, sur la rive d‚licieuse du lac de Garde: celui-ci avait appartenu autrefois … la famille Sforza Pallavicini.

Les seigneurs de Venise (le gouvernement de la r‚publique) apprirent avec plaisir l'arriv‚e dans leurs Etats d'un tel prince, et lui offrirent aussit“t une trŠs noble condotta (c'est-…-dire une somme consid‚rable pay‚e annuellement, et qui devait ˆtre employ‚e par le prince … lever un corps de deux ou trois mille hommes dont il aurait le commandement). Le prince se d‚barrassa de cette offre fort lestement; il fit r‚pondre … ces s‚nateurs que, bien que, par une inclination naturelle et h‚r‚ditaire en sa famille, il se sentŒt port‚ de coeur au service de la S‚r‚nissime R‚publique, toutefois, se trouvant pr‚sentement attach‚ au roi catholique, il ne lui semblait pas convenable d'accepter un autre engagement. Une r‚ponse aussi r‚solue jeta quelque ti‚deur dans l'esprit des s‚nateurs. D'abord ils avaient pens‚ … lui faire, … son arriv‚e … Venise et au nom de tout le public, une r‚ception fort honorable; ils se d‚terminŠrent, sur sa r‚ponse, … le laisser arriver comme un simple particulier.

Le prince Orsini, inform‚ de tout, prit la r‚solution de ne pas mˆme aller … Venise. Il ‚tait d‚j… dans le voisinage de Padoue, il fit un d‚tour dans cet admirable pays, et se rendit, avec toute sa suite, dans la maison pr‚par‚e pour lui … Salo, sur les bords du lac de Garde. Il y passa tout cet ‚t‚ au milieu des passe-temps les plus agr‚ables et les plus vari‚s.

L'‚poque du changement (de s‚jour) ‚tant arriv‚e, le prince fit quelques petits voyages, … la suite desquels il lui sembla ne pouvoir supporter la fatigue comme autrefois; il eut des craintes pour sa sant‚; enfin il songea … aller passer quelques jours … Venise; mais il en fut d‚tourn‚ par sa femme, Vittoria, qui l'engagea … continuer de s‚journer … Salo.

Il y a eu des gens qui ont pens‚ que Vittoria Accoramboni s'‚tait aper‡ue du p‚ril que couraient les jours du prince son mari, et qu'elle ne l'engagea … rester … Salo que dans le dessein de l'entraŒner plus tard hors d'Italie, et par exemple dans quelque ville libre, chez les Suisses; par ce moyen elle mettait en s–ret‚, en cas de mort du prince, et sa personne et sa fortune particuliŠre.

Que cette conjecture ait ‚t‚ fond‚e ou non, le fait est que rien de tel n'arriva, car le prince ayant ‚t‚ attaqu‚ d'une nouvelle indisposition … Salo, le 10 novembre, il eut sur-le-champ le pressentiment de ce qui devait arriver.

Il eut piti‚ de sa malheureuse femme; il la voyait, dans la plus belle fleur de sa jeunesse, rester pauvre autant de r‚putation que des biens de la fortune haie des princes r‚gnants en Italie, peu aim‚e des Orsini, et sans espoir d'un autre mariage aprŠs sa mort. Comme un seigneur magnanime et de foi loyale, il fit, de son propre mouvement, un testament par lequel il voulut assurer la fortune de cette infortun‚e. Il lui laissa en argent ou en joyaux la somme importante de cent mille piastres*, outre tous les chevaux, carrosses et meubles dont il se servait dans ce voyage. Tout le reste de sa fortune fut laiss‚ par lui … Virginio Orsini, son fils unique, qu'il avait eu de sa premiŠre femme, soeur de Fran‡ois Ier, grand-duc de Toscane (celle-l… mˆme qu'il fit tuer pour infid‚lit‚, du consentement de ses frŠres).
* Environ 2000000 de 1837.

Mais combien sont incertaines les pr‚visions des hommes! Les dispositions que Paul Orsini pensait devoir assurer une parfaite s‚curit‚ … cette malheureuse jeune femme se changŠrent pour elle en pr‚cipices et en ruine.

AprŠs avoir sign‚ son testament, le prince se trouva un peu mieux le 12 novembre. Le matin du 13 on le saigna, et les m‚decins, n'ayant d'espoir que dans une diŠte s‚vŠre, laissŠrent les ordres les plus pr‚cis pour qu'il ne prŒt aucune nourriture.

Mais ils ‚taient … peine sortis de la chambre, que le prince exigea qu'on lui servŒt … dŒner; personne n'osa le contredire, et il mangea et but comme … l'ordinaire. A peine le repas fut-il termin‚, qu'il perdit connaissance et deux heures avant le coucher du soleil il ‚tait mort.

AprŠs cette mort subite, Vittoria Accoramboni, accompagn‚e de Marcel, son frŠre, et de toute la cour du prince d‚funt, se rendit … Padoue dans le palais Foscarini, situ‚ prŠs de l'Arena, celui-l… mˆme que le prince Orsini avait lou‚.

Peu aprŠs son arriv‚e, elle fut rejointe par son frŠre Flaminio, qui jouissait de toute la faveur du cardinal FarnŠse. Elle s'occupa alors des d‚marches n‚cessaires pour obtenir le payement du legs que lui avait fait son mari; ce legs s'‚levait … soixante mille piastres effectives qui devaient lui ˆtre pay‚es dans le terme de deux ann‚es, et cela ind‚pendamment de la dot, de la contre-dot, et de tous les joyaux et meubles qui ‚taient en son pouvoir. Le prince Orsini avait ordonn‚, par son testament, qu'… Rome, ou dans telle autre ville, au choix de la duchesse, on lui achŠterait un palais de la valeur de dix mille piastres, et une vigne (maison de campagne) de six mille; il avait prescrit de plus qu'il f–t pourvu … sa table et … tout son service comme il convenait … une femme de son rang. Le service devait ˆtre de quarante domestiques, avec un nombre de chevaux correspondant.

La signora Vittoria avait beaucoup d'espoir dans la faveur des princes de Ferrare, de Florence et d'Urbin, et dans celle des cardinaux FarnŠse et de M‚dicis nomm‚s par le feu prince ses ex‚cuteurs testamentaires. Il est … remarquer que le testament avait ‚t‚ dress‚ … Padoue, et soumis aux lumiŠres des excellentissimes Parrizolo et Menochio, premiers professeurs de cette universit‚ et aujourd'hui si c‚lŠbres jurisconsultes.

Le prince Louis Orsini arriva … Padoue pour s'acquitter de ce qu'il avait … faire relativement au feu duc et … sa veuve, et se rendre ensuite au gouvernement de l'Œle de Corfou, auquel il avait ‚t‚ nomm‚ par la S‚r‚nissime R‚publique.

Il naquit d'abord une difficult‚ entre la signora Vittoria et le prince Louis, sur les chevaux du feu duc, que le prince disait n'ˆtre pas proprement des meubles suivant la fa‡on ordinaire de parler; mais la duchesse prouva qu'ils devaient ˆtre consid‚r‚s comme des meubles proprement dits, et il fut r‚solu qu'elle en retiendrait l'usage jusqu'… d‚cision ult‚rieure, elle donna pour garantie le seigneur Soardi de Bergame, condottiere des seigneurs v‚nitiens, gentilhomme fort riche et des premiers de sa patrie.

Il survint une autre difficult‚ au sujet d'une certaine quantit‚ de vaisselle d'argent, que le feu duc avait remise au prince Louis comme gage d'une somme d'argent que celui-ci avait prˆt‚e au duc. Tout fut d‚cid‚ par voie de justice, car le s‚r‚nissime (duc) de Ferrare s'employait pour que les derniŠres dispositions du feu prince Orsini eussent leur entiŠre ex‚cution.

Cette seconde affaire fut d‚cid‚e le 23 d‚cembre, qui ‚tait un dimanche.

La nuit suivante, quarante hommes entrŠrent dans la maison de ladite dame Accoramboni. Ils ‚taient revˆtus d'habits de toile taill‚s d'une maniŠre extravagante et arrang‚s de fa‡on qu'ils ne pouvaient ˆtre reconnus, sinon par la voix; et, lorsqu'ils s'appelaient entre eux, ils faisaient usage de certains noms de jargon.

Ils cherchŠrent d'abord la personne de la duchesse, et, l'ayant trouv‚e, l'un d'eux dit: "Maintenant, il faut mourir."

Et, sans lui accorder un moment, encore qu'elle demandƒt de se recommander … Dieu, il la per‡a d'un poignard ‚troit au-dessous du sein gauche, et, agitant le poignard en tous sens, le cruel demanda plusieurs fois … la malheureuse de lui dire s'il lui touchait le coeur; enfin elle rendit le dernier soupir. Pendant ce temps les autres cherchaient les frŠres de la duchesse, desquels l'un, Marcel, eut la vie sauve, parce qu'on ne le trouva pas dans la maison; l'autre fut perc‚ de cent coups. Les assassins laissŠrent les morts par terre, toute la maison en pleurs et en cris; et, s'‚tant saisis de la cassette qui contenait les joyaux et l'argent, ils partirent.

Cette nouvelle parvint rapidement aux magistrats de Padoue; ils firent reconnaŒtre les corps morts, et rendirent compte … Venise.

Pendant tout le lundi, le concours fut immense audit palais et … l'‚glise des Ermites pour voir les cadavres. Les curieux ‚taient ‚mus de piti‚, particuliŠrement a voir la duchesse si belle: ils pleuraient son malheur, et dentibus fremebant (et grin‡aient des dents) contre les assassins; mais on ne savait pas encore leurs noms.

La corte ‚tant venue en soup‡on, sur de forts indices, que la chose avait ‚t‚ faite par les ordres, ou du moins avec le consentement dudit prince Louis, elle le fit appeler, et lui voulant entrer in corte (dans le tribunal) du trŠs illustre capitaine avec une suite de quarante hommes arm‚s, on lui barra la porte, et on lui dit qu'il entrƒt avec trois ou quatre seulement. Mais, au moment o— ceux-ci passaient, les autres se jetŠrent … leur suite, ‚cartŠrent les gardes, et ils entrŠrent tous.

Le prince Louis, arriv‚ devant le trŠs illustre capitaine, se plaignait d'un tel affront, all‚guant qu'il n'avait re‡u un traitement pareil d'aucun prince souverain. Le trŠs illustre capitaine lui ayant demand‚ s'il savait quelque chose touchant la mort de la signora Vittoria, et ce qui ‚tait arriv‚ la nuit pr‚c‚dente, il r‚pondit que oui, et qu'il avait ordonn‚ qu'on en rendŒt compte … la justice. On voulut mettre sa r‚ponse par ‚crit; il r‚pondit que les hommes de son rang n'‚taient pas tenus … cette formalit‚, et que, semblablement, ils ne devaient pas ˆtre interrog‚s.

Le prince Louis demanda la permission d'exp‚dier un courrier … Florence avec une lettre pour le prince Virginio Orsini, auquel il rendait compte du procŠs et du crime survenu. Il montra une lettre feinte qui n'‚tait pas la v‚ritable, et obtint ce qu'il demandait.

Mais l'homme exp‚di‚ fut arrˆt‚ hors de la ville et soigneusement fouill‚; on trouva la lettre que le prince Louis avait montr‚e, et une seconde lettre cach‚e dans les bottes du courrier; elle ‚tait de la teneur suivante:


AU SEIGNEUR VIRGINIO ORSINI

"TrŠs illustre seigneur

"Nous avons mis … ex‚cution ce qui avait ‚t‚ convenu entre nous, et de telle fa‡on, que nous avons pris pour dupe le trŠs illustre Tondini (apparemment le nom du chef de la corte qui avait interrog‚ le prince), si bien que l'on me tient ici pour le plus galant homme du monde. J'ai fait la chose en personne, ainsi ne manquez pas d'envoyer sur-le-champ les gens que vous savez."


Cette lettre fit impression sur les magistrats, ils se hƒtŠrent de l'envoyer … Venise; par leur ordre les portes de la ville furent ferm‚es, et les murailles garnies de soldats le jour et la nuit. On publia un avis portant des peines s‚vŠres pour qui, ayant connaissance des assassins, ne communiquerait pas ce qu'il savait … la justice. Ceux des assassins qui porteraient t‚moignage contre un des leurs ne seraient point inqui‚t‚s, et mˆme on leur compterait une somme d'argent. Mais sur les sept heures de nuit', la veille de No‰l (le 24 d‚cembre vers minuit), Alo‹se Bragadin* arriva de Venise avec d'amples pouvoirs de la part du s‚nat, et l'ordre de faire arrˆter vifs ou morts, et quoi qu'il en p–t co–ter, ledit prince et tous les siens.
* Bragadinez.

Ledit seigneur avogador Bragadin, les seigneurs capitaine et podestat se r‚unirent dans la forteresse.

Il fut ordonn‚, sous peine de la potence (della forca), … toute milice … pied et … cheval, de se rendre bien pourvue d'armes autour de la maison dudit prince Louis, voisine de la forteresse, et contigu‰ … l'‚glise de Saint-Augustin sur l'Arena.

Le jour arriv‚ (qui ‚tait celui de No‰l), un ‚dit fut publi‚ dans la ville, qui exhortait les fils de Saint-Marc … courir en armes … la maison du seigneur Louis; ceux qui n'avaient pas d'armes ‚taient appel‚s … la forteresse, o— on leur en remettrait autant qu'ils voudraient; cet ‚dit promettait une r‚compense de deux mille ducats … qui remettrait … la corte, vif ou mort, ledit seigneur Louis, et cinq cents ducats pour la personne de chacun de ses gens. De plus, il y avait ordre … qui ne serait pas pourvu d'armes d‚ ne point approcher de la maison du prince, afin de ne pas porter obstacle … qui se battrait dans le cas o— il jugerait … propos de faire quelque sortie.

En mˆme temps, on pla‡a des fusils de rempart, des mortiers et de la grosse artillerie sur les vieilles murailles, vis-…-vis la maison occup‚e par le prince; on en mit autant sur les murailles neuves, desquelles on voyait le derriŠre de ladite maison. De ce c“t‚, on avait plac‚ la cavalerie de fa‡on … ce qu'elle p–t se mouvoir librement, si l'on avait besoin d'elle. Sur les bords de la riviŠre, on ‚tait occup‚ … disposer des bancs, des armoires, des chars et autres meubles propres … faire office de parapets. On pensait, par ce moyen, mettre obstacle aux mouvements des assi‚g‚s, s'ils entreprenaient de marcher contre le peuple en ordre serr‚. Ces parapets devaient aussi servir … prot‚ger les artilleurs et les soldats contre les arquebusades des assi‚g‚s.

Enfin on pla‡a des barques sur la riviŠre, en face et sur les c“t‚s de la maison du prince, lesquelles ‚taient charg‚es d'hommes arm‚s de mousquets et d'autres armes propres … inqui‚ter l'ennemi, s'il tentait une sortie: en mˆme temps on fit des barricades dans toutes les rues.

Pendant ces pr‚paratifs arriva une lettre, r‚dig‚e en termes fort convenables, par laquelle le prince se plaignait d'ˆtre jug‚ coupable et de se voir trait‚ en ennemi. et mˆme en rebelle, avant que l'on e–t examin‚ l'affaire. Cette lettre avait ‚t‚ compos‚e par Liveroto.

Le 27 d‚cembre, trois gentilshommes, des principaux de la ville, furent envoy‚s par les magistrats au seigneur Louis, qui avait avec lui, dans sa maison, quarante hommes, tous anciens soldats accoutum‚s aux armes. On les trouva occup‚s … se fortifier avec des parapets form‚s de planches et de matelas mouill‚s, et … pr‚parer leurs arquebuses.

Ces trois gentilshommes d‚clarŠrent au prince que les magistrats ‚taient r‚solus … s'emparer de sa personne; ils l'exhortŠrent … se rendre, ajoutant que, par cette d‚marche, avant qu'on en f–t venu aux voies de fait, il pouvait esp‚rer d'eux quelque mis‚ricorde. A quoi le seigneur Louis r‚pondit que si, avant tout, les gardes plac‚es autour de sa maison ‚taient lev‚es, il se rendrait auprŠs des magistrats accompagn‚ de deux ou trois des siens pour traiter de l'affaire, sous la condition expresse qu'il serait toujours libre de rentrer dans sa maison.

Les ambassadeurs prirent ces propositions ‚crites de sa main, et retournŠrent auprŠs des magistrats qui refusŠrent l‚s conditions, particuliŠrement d'aprŠs les conseils du trŠs illustre Pio Enea, et autres nobles pr‚sents. Les ambassadeurs retournŠrent auprŠs du prince, et lui annoncŠrent que, s'il ne se rendait pas purement et simplement, on allait raser sa maison avec de l'artillerie, … quoi il r‚pondit qu'il pr‚f‚rait la mort … cet acte de soumission.

Les magistrats donnŠrent le signal de la bataille et, quoiqu'on e–t pu d‚truire presque entiŠrement l… maison par une seule d‚charge, on aima mieux agir d'abord avec de certains m‚nagements, pour voir si les assi‚g‚s ne consentiraient point … se rendre.

Ce parti a r‚ussi, et l'on a ‚pargn‚ … Saint-Marc beaucoup d'argent, qui aurait ‚t‚ d‚pens‚ … rebƒtir les parties d‚truites du palais attaqu‚; toutefois, il n'a pas ‚t‚ approuv‚ g‚n‚ralement. Si les hommes du seigneur Louis avaient pris leur parti sans balancer, et se fussent ‚lanc‚s hors de la maison, le succŠs e–t ‚t‚ fort incertain. C'‚taient de vieux soldats; ils ne manquaient ni de munitions, ni d'armes, ni de courage, et, surtout, ils avaient le plus grand int‚rˆt … vaincre; ne valait-il pas mieux, mˆme en mettant les choses au pis, mourir d'un coup d'arquebuse que de la main du bourreau? D'ailleurs, … qui avaient-ils affaire? … de malheureux assi‚geants peu exp‚riment‚s dans les armes, et les seigneurs, dans ce cas, se seraient repentis de leur cl‚mence et de leur bont‚ naturelle.

On commen‡a donc … battre la colonnade qui ‚tait sur le devant de la maison; ensuite, tirant toujours un peu plus haut, on d‚truisit le mur de fa‡ade qui est derriŠre. Pendant ce temps, les gens du dedans tirŠrent force arquebusades, mais sans autre effet que de blesser … l'‚paule un homme du peuple.

Le seigneur Louis criait avec une grande imp‚tuosit‚: Bataille! bataille! guerre! guerre! Il ‚tait trŠs occup‚ … faire fondre des balles avec l'‚tain des plats et le plomb des carreaux des fenˆtres. Il mena‡ait de faire une sortie, mais les assi‚geants prirent de nouvelles mesures, et l'on fit avancer de l'artillerie de plus gros calibre.

Au premier coup qu'elle tira, elle fit ‚crouler un grand morceau de la maison, et un certain Pandolfo Leupratti de Camerino tomba dans les ruines. C'‚tait un homme de grand courage et un bandit de grande importance. Il ‚tait banni des Etats de la sainte Eglise, et sa tˆte avait ‚t‚ mise au prix de quatre cents piastres par le trŠs illustre seigneur Vitelli, pour la mort de Vincent Vitelli, lequel avait ‚t‚ attaqu‚ dans sa voiture, et tu‚ … coups d'arquebuse et de poignard, donn‚s par le prince Louis Orsini, avec le bras du susdit Pandolfo et de ses compagnons. Tout ‚tourdi de sa chute, Pandolfo ne pouvait faire aucun mouvement, un serviteur des seigneurs Cai di Lista s'avan‡a sur lui arm‚ d'un pistolet, et trŠs bravement il lui coupa la tˆte, qu'il se hƒta de porter … la forteresse et de remettre aux magistrats.

Peu aprŠs un autre coup d'artillerie fit tomber un pan de la maison, et en mˆme temps le comte de Montemelino de P‚rouse, et il mourut dans les ruines, tout fracass‚ par le boulet.

On vit ensuite sortir de la maison un personnage nomm‚ le colonel Lorenzo, des nobles de Camerino, homme fort riche et qui en plusieurs occasions avait donn‚ des preuves de valeur et ‚tait fort estim‚ du prince. Il r‚solut de ne pas mourir tout … fait sans vengeance; il voulut tirer son fusil; mais, encore que la roue tournƒt, il arriva, peut-ˆtre par la permission de Dieu, que l'arquebuse ne prit pas feu, et dans cet instant, il eut le corps travers‚ d'une balle. Le coup avait ‚t‚ tir‚ par un pauvre diable, r‚p‚titeur des ‚coliers … Saint-Michel. Et tandis que pour gagner la r‚compense promise, celui-ci s'approchait pour lui couper la tˆte, il fut pr‚venu par d'autres plus lestes et surtout plus forts que lui, lesquels prirent la bourse, le ceinturon, le fusil, l'argent et les bagues du colonel, et lui coupŠrent la tˆte.

Ceux-ci ‚tant morts, dans lesquels le prince Louis avait le plus de confiance, il resta fort troubl‚, et on ne le vit plus se donner aucun mouvement.

Le seigneur Filenfi, son maŒtre de casa et secr‚taire en habit civil, fit signe d'un balcon avec un mouchoir blanc qu'il se rendait. Il sortit et fut men‚ … la citadelle, conduit sous le bras, comme on dit qu'il est d'usage … la guerre, par Anselme Suardo, lieutenant des seigneurs (magistrats).

Interrog‚ sur-le-champ, il dit n'avoir aucune faute dans ce qui s'‚tait pass‚, parce que la veille de No‰l seulement il ‚tait arriv‚ de Venise, o— il s'‚tait arrˆt‚ plusieurs jours pour les affaires du prince.

On lui demanda quel nombre de gens avait avec lui le prince; il r‚pondit: "Vingt ou trente personnes."

On lui demanda leurs noms, il r‚pondit qu'il y en avait huit ou dix qui, ‚tant personnes de qualit‚, mangeaient, ainsi que lui, … la table du prince, et que de ceux-l… il savait les noms, mais que des autres, gens de vie vagabonde et arriv‚s depuis peu auprŠs du prince, il n'avait aucune particuliŠre connaissance.

Il nomma treize personnes, y compris le frŠre de Liveroto.

Peu aprŠs, l'artillerie, plac‚e sur les murailles de la ville, commen‡a … jouer. Les soldats se placŠrent dans les maisons contigu‰s … celle du prince pour empˆcher la fuite de ses gens. Ledit prince, qui avait couru les mˆmes p‚rils que les deux dont nous avons racont‚ la mort, dit … ceux qui l'entouraient de se soutenir jusqu'… ce qu'ils vissent un ‚crit de sa main accompagn‚ d'un certain signe; aprŠs quoi il se rendit … cet Anselme Suardo, d‚j… nomm‚ ci-dessus. Et parce qu'on ne put le conduire en carrosse, ainsi qu'il ‚tait prescrit, … cause de la grande foule de peuple et des barricades faites dans les rues, il fut r‚solu qu'il irait … pied.

Il marcha au milieu des gens de Marcel Accoramboni; il avait … ses c“t‚s les seigneurs condottieri, le lieutenant Suardo, d'autres capitaines et gentilshommes de la ville, tous trŠs bien fournis d'armes. Venait ensuite une bonne compagnie d'hommes d'armes et de soldats de la ville. Le prince Louis marchait vˆtu de brun, son stylet au c“t‚, et son manteau relev‚ sous le bras d'un air fort ‚l‚gant; il dit avec un sourire rempli de d‚dain: Si j'avais combattu! voulant presque faire entendre qu'il l'aurait emport‚. Conduit devant les seigneurs, il les salua aussit“t, et dit:

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