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New Philadelphia Book Publisher Highlights Local Talent
Book and Publishing News from Publishers Newswire(tm)

Looking for Child to be on Cover of a New Book, 'The Model Child'
PHILADELPHIA, Pa. -- The Philadelphia literary world will celebrate the launch of two new players today, April 10th: Kay Square Press, a new publishing company focused on Philadelphia-area artists, their stories, and their art; and Kay Square's first release, 'With the Rich and Mighty: Emlen Etting of Philadelphia' (ISBN: 978-0-9815129-0-7), a critical biography by Kenneth C. Kaleta.

FlatSigned Press Alleges Don Imus Remarks Damage Legacy of President Gerald R. Ford
NEW YORK, N.Y. -- Nathan Yungerberg, an accomplished model scout and professional child photographer is launching a nation-wide casting call to find the cover model for his highly anticipated book release, 'The Model Child: A Parents Guide to the Child Modeling Industry' (ISBN: 978-0-9817018-0-6).

L\'Abbesse de Castro

S >> Stendhal >> L\'Abbesse de Castro

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Dans sa lettre, Jules racontait avec la plus parfaite simplicit‚ la r‚primande humiliante qui lui avait ‚t‚ adress‚e par le pŠre d'H‚lŠne."Je suis pauvre, il est vrai, continuait-il, et vous vous figureriez difficilement tout l'excŠs de ma pauvret‚. Je n'ai que ma maison que vous avez peut-ˆtre remarqu‚e sous les ruines de l'aqueduc d'Albe; autour de la maison se trouve un jardin que je cultive moi-mˆme, et dont les herbes me nourrissent. Je possŠde encore une vigne qui est afferm‚e trente ‚cus par an. Je ne sais, en v‚rit‚, pourquoi je vous aime; certainement je ne puis vous proposer de venir partager ma misŠre. Et cependant, si vous ne m'aimez point, la vie n'a plus aucun prix pour moi; il est inutile de vous dire que je la donnerais mille fois pour vous. Et cependant, avant votre retour du couvent, cette vie n'‚tait point infortun‚e: au contraire, elle ‚tait remplie des rˆveries les plus brillantes. Ainsi je puis dire que la vue du bonheur m'a rendu malheureux. Certes, alors personne au monde n'e–t os‚ m'adresser les propos dont votre pŠre m'a fl‚tri; mon poignard m'e–t fait prompte justice. Alors, avec mon courage et mes armes, je m'estimais l'‚gal de tout le monde; rien ne me manquait. Maintenant tout est bien chang‚: je connais la crainte. C'est trop ‚crire; peut-ˆtre me m‚prisez-vous. Si, au contraire, vous avez quelque piti‚ de moi, malgr‚ les pauvres habits qui me couvrent, vous remarquerez que tous les soirs, lorsque minuit sonne au couvent des Capucins au sommet de la colline, je suis cach‚ sous le grand chˆne, vis-…-vis la fenˆtre que je regarde sans cesse, parce que je suppose qu'elle est celle de votre chambre. Si vous ne me m‚prisez pas comme le fait votre pŠre, jetez-moi une des fleurs du bouquet, mais prenez garde qu'elle ne soit entraŒn‚e sur une des corniches ou sur un des balcons de votre palais."

Cette lettre fut lue plusieurs fois; peu … peu les yeux d'H‚lŠne se remplirent de larmes; elle consid‚rait avec attendrissement ce magnifique bouquet dont les fleurs ‚taient li‚es avec un fil de soie trŠs fort. Elle essaya d'arracher une fleur mais ne put en venir … bout, puis elle fut saisie d'un remords. Parmi les jeunes filles de Rome, arracher une fleur, mutiler d'une fa‡on quelconque un bouquet donn‚ par l'amour, c'est s'exposer … faire mourir cet amour. Elle craignait que Jules ne s'impatientƒt, elle courut … sa fenˆtre; mais, en y arrivant, elle songea tout … coup qu'elle ‚tait trop bien vue, la lampe remplissait la chambre de lumiŠre. H‚lŠne ne savait plus quel signe elle pouvait se permettre; il lui semblait qu'il n'en ‚tait aucun qui ne dit beaucoup trop.

Honteuse, elle rentra dans sa chambre en courant. Mais le temps se passait, tout … coup il lui vint une id‚e qui la jeta dans un trouble inexprimable: Jules allait croire que, comme son pŠre, elle m‚prisait sa pauvret‚! Elle vit un petit ‚chantillon de marbre pr‚cieux d‚pos‚ sur la table, elle le noua dans son mouchoir, et jeta ce mouchoir au pied du chˆne vis-…-vis sa fenˆtre. Ensuite, elle fit signe qu'on s'‚loignƒt; elle entendit Jules lui ob‚ir; car, en s'en allant, il ne cherchait plus … d‚rober le bruit de ses pas. Quand il eut atteint le sommet de la ceinture de rochers qui s‚pare le lac des derniŠres maisons d'Albano, elle l'entendit chanter des paroles d'amour elle lui fit des signes d'adieu, cette fois moins timides, puis se mit … relire sa lettre.

Le lendemain et les jours suivants, il y eut des lettres et des entrevues semblables; mais, comme tout se remarque dans un village italien, et qu'H‚lŠne ‚tait de bien loin le parti le plus riche du pays, le seigneur de Campireali fut averti que tous les soirs, aprŠs minuit, on apercevait de la lumiŠre dans la chambre de sa fille; et, chose bien autrement extraordinaire, la fenˆtre ‚tait ouverte, et mˆme H‚lŠne s'y tenait comme si elle n'e–t ‚prouv‚ aucune crainte des zinzare (sorte de cousins, extrˆmement incommodes et qui gƒtent fort les belles soir‚es de la campagne de Rome. Ici je dois de nouveau solliciter l'indulgence du lecteur. Lorsque l'on est tent‚ de connaŒtre les usages des pays ‚trangers, il faut s'attendre … des id‚es bien saugrenues, bien diff‚rentes des n“tres). Le seigneur de Campireali pr‚para son arquebuse et celle de son fils. Le soir, comme onze heures trois quarts sonnaient, il avertit Fabio, et tous les deux se glissŠrent, en faisant le moins de bruit possible, sur un grand balcon de pierre qui se trouvait au premier ‚tage du palais, pr‚cis‚ment sous la fenˆtre d'H‚lŠne. Les piliers massifs de la balustrade en pierre les mettaient … couvert jusqu'… la ceinture des coups d'arquebuse qu'on pourrait leur tirer du dehors. Minuit sonna; le pŠre et le fils entendirent bien quelque petit bruit sous les arbres qui bordaient la rue vis-…-vis leur palais; mais, ce qui les remplit d'‚tonnement, il ne parut pas de lumiŠre … la fenˆtre d'H‚lŠne. Cette fille, si simple jusqu'ici et qui semblait un enfant … la vivacit‚ de ses mouvements, avait chang‚ de caractŠre depuis qu'elle aimait. Elle savait que la moindre imprudence compromettrait la vie de son amant; si un seigneur de l'importance de son pŠre tuait un pauvre homme tel que Jules Branciforte, il en serait quitte pour disparaŒtre pendant trois mois, qu'il irait passer … Naples; pendant ce temps, ses amis de Rome arrangeraient l'affaire, et tout se terminerait par l'offrande d'une lampe d'argent de quelques centaines d'‚cus … l'autel de la Madone alors … la mode. Le matin, au d‚jeuner, H‚lŠne avait vu … la physionomie de son pŠre qu'il avait un grand sujet de colŠre, et, … l'air dont il la regardait quand il croyait n'ˆtre pas remarqu‚, elle pensa qu'elle entrait pour beaucoup dans cette colŠre. Aussit“t, elle alla jeter un peu de poussiŠre sur les bois des cinq arquebuses magnifiques que son pŠre tenait suspendues auprŠs de son lit. Elle couvrit ‚galement d'une l‚gŠre couche de poussiŠre ses poignards et ses ‚p‚es. Toute la journ‚e elle fut d'une gaiet‚ folle, elle parcourait sans cesse la maison du haut en bas; … chaque instant, elle s'approchait des fenˆtres, bien r‚solue de faire … Jules un signe n‚gatif, si elle avait le bonheur de l'apercevoir. Mais elle n'avait garde: le pauvre gar‡on avait ‚t‚ si profond‚ment humili‚ par l'apostrophe du riche seigneur de Campireali, que de jour il ne paraissait jamais dans Albano; le devoir seul l'y amenait le dimanche pour la messe de la paroisse. La mŠre d'H‚lŠne, qui l'adorait et ne savait rien lui refuser, sortit trois fois avec elle ce jour-l…, mais ce fut en vain: H‚lŠne n'aper‡ut point Jules. Elle ‚tait au d‚sespoir. Que devint-elle lorsque, allant visiter sur le soir les armes de son pŠre, elle vit que deux arquebuses avaient ‚t‚ charg‚es, et que presque tous les poignards et ‚p‚es avaient ‚t‚ mani‚s! Elle ne fut distraite de sa mortelle inqui‚tude que par l'extrˆme attention qu'elle donnait au soin de paraŒtre ne se douter de rien. En se retirant … dix heures du soir, elle ferma … clef la porte de sa chambre, qui donnait dans l'antichambre de sa mŠre, puis elle se tint coll‚e … sa fenˆtre et couch‚e sur le sol, de fa‡on … ne pouvoir pas ˆtre aper‡ue du dehors. Qu'on juge de l'anxi‚t‚ avec laquelle elle entendit sonner les heures; il n'‚tait plus question des reproches qu'elle se faisait souvent sur la rapidit‚ avec laquelle elle s'‚tait attach‚e … Jules. ce qui pouvait la rendre moins digne d'amour … ses yeux. Cette journ‚e-l… avan‡a plus les affaires du jeune homme que six mois de constance et de protestatio
ns."A quoi bon mentir? se disait H‚lŠne. Est-ce que je ne l'aime pas de toute mon ƒme?"

A onze heures et demie, elle vit fort bien son pŠre et son frŠre se placer en embuscade sur le grand balcon de pierre au-dessous de sa fenˆtre. Deux minutes aprŠs que minuit eut sonn‚ au couvent des Capucins, elle entendit fort bien aussi le pas de son amant, qui s'arrˆta sous le grand chˆne; elle remarqua avec joie que son pŠre et son frŠre semblaient n'avoir rien entendu: il fallait l'anxi‚t‚ de l'amour pour distinguer un bruit aussi l‚ger.

"Maintenant, se dit-elle, ils vont me tuer, mais il faut … tout prix qu'ils ne surprennent pas la lettre de ce soir; ils pers‚cuteraient … jamais ce pauvre Jules."Elle fit un signe de croix et, se retenant d'une main au balcon de fer de sa fenˆtre, elle se pencha au-dehors, s'avan‡ant autant que possible dans la rue. Un quart de minute ne s'‚tait pas ‚coul‚ lorsque le bouquet, attach‚ comme de coutume … la longue canne, vint frapper sur son bras. Elle saisit le bouquet; mais, en l'arrachant vivement … la canne sur l'extr‚mit‚ de laquelle il ‚tait fix‚, elle fit frapper cette canne contre le balcon en pierre. A l'instant partirent deux coups d'arquebuse suivis d'un silence parfait. Son frŠre Fabio, ne sachant pas trop, dans l'obscurit‚, si ce qui frappait violemment le balcon n'‚tait pas une corde … l'aide de laquelle Jules descendait de chez sa soeur, avait fait feu sur le balcon; le lendemain, elle trouva la marque de la balle, qui s'‚tait aplatie sur le fer. Le seigneur de Campireali avait tir‚ dans la rue, au bas du balcon de pierre, car Jules avait fait quelque bruit en retenant la canne prˆte … tomber. Jules, de son c“t‚, entendant du bruit au-dessus de sa tˆte, avait devin‚ ce qui allait suivre et s'‚tait mis … l'abri sous la saillie du balcon.

Fabio rechargea rapidement son arquebuse, et, quoi que son pŠre p–t lui dire, courut au jardin de la maison, ouvrit sans bruit une petite porte qui donnait sur une rue voisine, et ensuite s'en vint, … pas de loup, examiner un peu les gens qui se promenaient sous le balcon du palais. A ce moment, Jules, qui ce soir-l… ‚tait bien accompagn‚, se trouvait … vingt pas de lui, coll‚ contre un arbre. H‚lŠne, pench‚e sur son balcon et tremblante pour son amant, entama aussit“t une conversation … trŠs-haute voix avec son frŠre, qu'elle entendait dans la rue; elle lui demanda s'il avait tu‚ les voleurs.

- Ne croyez pas que je sois dupe de votre ruse sc‚l‚rate! lui cria celui-ci de la rue, qu'il arpentait en tous sens, mais pr‚parez vos larmes, je vais tuer l'insolent qui ose s'attaquer … votre fenˆtre.

Ces paroles ‚taient … peine prononc‚es, qu'H‚lŠne entendit sa mŠre frapper … la porte de sa chambre.

H‚lŠne se hƒta d'ouvrir, en disant qu'elle ne concevait pas comment cette porte se trouvait ferm‚e.

- Pas de com‚die avec moi, mon cher ange, lui dit sa mŠre, ton pŠre est furieux et te tuera peut-ˆtre: viens te placer avec moi dans mon lit; et, si tu as une lettre, donne-la-moi, je la cacherai.

- Voil… le bouquet, la lettre est cach‚e entre les fleurs.

A peine la mŠre et la fille ‚taient-elles au lit, que le seigneur Campireali rentra dans la chambre de sa femme, il revenait de son oratoire, qu'il ‚tait all‚ visiter, et o— il avait tout renvers‚. Ce qui frappa H‚lŠne, c'est que son pŠre, pƒle comme un spectre, agissait avec lenteur et comme un homme qui a parfaitement pris son parti."Je suis morte!"se dit H‚lŠne.

- Nous nous r‚jouissons d'avoir des enfants, dit son pŠre en passant prŠs du lit de sa femme pour aller … la chambre de sa fille, tremblant de fureur mais affectant un sang-froid parfait, nous nous r‚jouissons d'avoir des enfants; nous devrions r‚pandre des larmes de sang plut“t quand ces enfants sont des filles. Grand Dieu! est-ce bien possible! leur l‚gŠret‚ peut enlever l'honneur … tel homme qui, depuis soixante ans, n'a pas donn‚ la moindre prise sur lui.

En disant ces mots, il passa dans la chambre de sa fille.

- Je suis perdue, dit H‚lŠne … sa mŠre, les lettres sont sous le pi‚destal du crucifix, … c“t‚ de la fenˆtre.

Aussit“t, la mŠre sauta hors du lit, et courut aprŠs son mari: elle se mit … lui crier les plus mauvaises raisons possibles, afin de faire ‚clater sa colŠre: elle y r‚ussit complŠtement. Le vieillard devint furieux, il brisait tout dans la chambre de sa fille, mais la mŠre put enlever les lettres sans ˆtre aper‡ue. Une heure aprŠs, quand le seigneur de Campireali fut rentr‚ dans sa chambre … c“t‚ de celle de sa femme, et tout ‚tant tranquille dans la maison, la mŠre dit … sa fille:

- Voil… tes lettres, je ne veux pas les lire, tu vois ce qu'elles ont failli nous co–ter! A ta place, je les br–lerais. Adieu, embrasse-moi.

H‚lŠne rentra dans sa chambre, fondant en larmes; il lui semblait que, depuis ces paroles de sa mŠre, elle n'aimait plus Jules. Puis elle se pr‚para … br–ler ses lettres; mais, avant de les an‚antir, elle ne put s'empˆcher de les relire. Elle les relut tant et si bien, que le soleil ‚tait d‚j… haut dans le ciel quand enfin elle se d‚termina … suivre un conseil salutaire.

Le lendemain, qui ‚tait un dimanche, H‚lŠne s'achemina vers la paroisse avec sa mŠre; par bonheur, son pŠre ne les suivit pas. La premiŠre personne qu'elle aper‡ut dans l'‚glise, ce fut Jules Branciforte. D'un regard elle s'assura qu'il n'‚tait point bless‚. Son bonheur fut au comble, les ‚v‚nements de la nuit ‚taient … mille lieues de sa m‚moire. Elle avait pr‚par‚ cinq ou six petits billets trac‚s sur des chiffons de vieux papier souill‚s avec de la terre d‚tremp‚e d'eau, et tel qu'on peut en trouver sur les dalles d'une ‚glise; ces billets contenaient tous le mˆme avertissement:

"Ils avaient tout d‚couvert, except‚ son nom. Qu'il ne reparaisse plus dans la rue; on viendra ici souvent."

H‚lŠne laissa tomber un de ces lambeaux de papier; un regard avertit Jules, qui ramassa et disparut. En rentrant chez elle, une heure aprŠs, elle trouva sur le grand escalier du palais un fragment de papier qui attira ses regards par sa ressemblance exacte avec ceux dont elle s'‚tait servie le matin. Elle s'en empara, sans que sa mŠre elle-mˆme s'aper‡–t de rien; elle y lut:

"Dans trois jours il reviendra de Rome, o— il est forc‚ d'aller. On chantera en plein jour, les jours de march‚, au milieu du tapage des paysans, vers dix heures."

Ce d‚part pour Rome parut singulier … H‚lŠne."Est-ce qu'il craint les coups d'arquebuse de mon frŠre?"se disait-elle tristement. L'amour pardonne tout, except‚ l'absence volontaire; c'est qu'elle est le pire des supplices. Au lieu de se passer dans une douce rˆverie et d'ˆtre tout occup‚e … peser les raisons qu'on a d'aimer son amant, la vie est agit‚e par des doutes cruels."Mais, aprŠs tout, puis-je croire qu'il ne m'aime plus?"se disait H‚lŠne pendant les trois longues journ‚es que dura l'absence de Branciforte. Tout … coup ses chagrins furent remplac‚s par une joie folle: le troisiŠme jour, elle le vit paraŒtre en plein midi, se promenant dans la rue devant le palais de son pŠre. Il avait des habillements neufs et presque magnifiques. Jamais la noblesse de sa d‚marche et la na‹vet‚ gaie et courageuse de sa physionomie n'avaient ‚clat‚ avec plus d'avantage; jamais aussi, avant ce jour-l…, on n'avait parl‚ si souvent dans Albano de la pauvret‚ de Jules. C'‚taient les hommes et surtout les jeunes gens qui r‚p‚taient ce mot cruel; les femmes et surtout les jeunes files ne tarissaient pas en ‚loges de sa bonne mine.

Jules passa toute la journ‚e … se promener par la ville; il semblait se d‚dommager des mois de r‚clusion auxquels sa pauvret‚ l'avait condamn‚. Comme il convient … un homme amoureux, Jules ‚tait bien arm‚ sous sa tunique neuve. Outre sa dague et son poignard, il avait mis son giaour (sorte de gilet long en mailles de fil de fer, fort incommode … porter, mais qui gu‚rissait ces coeurs italiens d'une triste maladie, dont en ce siŠcle-l… on ‚prouvait sans cesse les atteintes poignantes, je veux parler de la crainte d'ˆtre tu‚ au d‚tour de la rue par un des ennemis qu'on se connaissait). Ce jour-l…, Jules esp‚rait entrevoir H‚lŠne, et d'ailleurs, il avait quelque r‚pugnance … se trouver seul avec lui-mˆme dans sa maison solitaire: voici pourquoi. Ranuce, un ancien soldat de son pŠre, aprŠs avoir fait dix campagnes avec lui dans les troupes de divers condottieri, et, en dernier lieu, dans celles de Marco Sciarra, avait suivi son capitaine lorsque ses blessures forcŠrent celui-ci … se retirer. Le capitaine Branciforte avait des raisons pour ne pas vivre … Rome: il ‚tait expos‚ … y rencontrer les fils d'hommes qu'il avait tu‚s; mˆme dans Albano, il ne se souciait pas de se mettre tout … fait … la merci de l'autorit‚ r‚guliŠre. Au lieu d'acheter ou de louer une maison dans la ville, il aima mieux en bƒtir une situ‚e de fa‡on … voir venir de loin les visiteurs. Il trouva dans les ruines d'Albe une position admirable: on pouvait sans ˆtre aper‡u par les visiteurs indiscrets, se r‚fugier dans la forˆt o— r‚gnait son ancien ami et patron, le prince Fabrice Colonna. Le capitaine Branciforte se moquait fort de l'avenir de son fils. Lorsqu'il se retira du service, ƒg‚ de cinquante ans seulement, mais cribl‚ de blessures, il calcula qu'il pourrait vivre encore quelque dix ans, et, sa maison bƒtie, d‚pensa chaque ann‚e le dixiŠme de ce qu'il avait amass‚ dans les pillages des villes et villages auxquels il avait eu l'honneur d'assister.

Il acheta la vigne qui rendait trente ‚cus de rente … son fils, pour r‚pondre … la mauvaise plaisanterie d'un bourgeois d'Albano, qui lui avait dit, un jour qu'il disputait avec emportement sur les int‚rˆts et l'honneur de la ville, qu'il appartenait, en effet, … un aussi riche propri‚taire que lui de donner des conseils aux anciens d'Albano. Le capitaine acheta la vigne, et annon‡a qu'il en achŠterait bien d'autres puis, rencontrant le mauvais plaisant dans un lieu solitaire, il le tua d'un coup de pistolet.

AprŠs huit ann‚es de ce genre de vie, le capitaine mourut; son aide de camp Ranuce adorait Jules; toutefois, fatigu‚ de l'oisivet‚, il reprit du service dans la troupe du prince Colonna. Souvent il venait voir son fils Jules, c'‚tait le nom qu'il lui donnait, et, … la veille d'un assaut p‚rilleux que le prince devait soutenir dans sa forteresse de la Petrella, il avait emmen‚ Jules combattre avec lui. Le voyant fort brave:

- Il faut que tu sois fou, lui dit-il, et de plus bien dupe, pour vivre auprŠs d'Albano comme le dernier et le plus pauvre de ses habitants, tandis qu'avec ce que je te vois faire et le nom de ton pŠre tu pourrais ˆtre parmi nous un brillant soldat d'aventure', et de plus faire ta fortune.

Jules fut tourment‚ par ces paroles; il savait le latin montr‚ par un prˆtre; mais son pŠre s'‚tant toujours moqu‚ de tout ce que disait le prˆtre au-del… du latin, il n'avait absolument aucune instruction. En revanche, m‚pris‚ pour sa pauvret‚, isol‚ dans sa maison solitaire, il s'‚tait fait un certain bon sens qui, par sa hardiesse, aurait ‚tonn‚ les savants. Par exemple, avant d'aimer H‚lŠne, et sans savoir pourquoi, il adorait la guerre, mais il avait de la r‚pugnance pour le pillage, qui, aux yeux de son pŠre le capitaine et de Ranuce, ‚tait comme la petite piŠce destin‚e … faire rire, qui suit la noble trag‚die. Depuis qu'il aimait H‚lŠne, ce bon sens acquis par ses r‚flexions solitaires faisait le supplice de Jules. Cette ƒme, si insouciante jadis, n'osait consulter personne sur ses doutes, elle ‚tait remplie de passion et de misŠre. Que ne dirait pas le seigneur de Campireali s'il le savait soldat d'aventure? Ce serait pour le coup qu'il lui adresserait des reproches fond‚s! Jules avait toujours compt‚ sur le m‚tier de soldat, comme sur une ressource assur‚e pour le temps o— il aurait d‚pens‚ le prix des chaŒnes d'or et autres bijoux qu'il avait trouv‚s dans la caisse de fer de son pŠre. Si Jules n'avait aucun scrupule … enlever, lui si pauvre, la fille du riche seigneur de Campireali, c'est qu'en ce temps-l… les pŠres disposaient de leurs biens aprŠs eux comme bon leur semblait, et le seigneur de Campireali pouvait fort bien laisser mille ‚cus … sa fille pour toute fortune. Un autre problŠme tenait l'imagination de Jules profond‚ment occup‚e: 1ø Dans quelle ville ‚tablirait-il la jeune H‚lŠne aprŠs l'avoir ‚pous‚e et enlev‚e … son pŠre? 2“ Avec quel argent la ferait-il vivre?

Lorsque le seigneur de Campireali lui adressa le reproche sanglant auquel il avait ‚t‚ tellement sensible, Jules fut pendant deux jours en proie … la rage et … la douleur la plus vive: il ne pouvait se r‚soudre ni … tuer le vieillard insolent, ni … le laisser vivre. Il passait les nuits entiŠres … pleurer; enfin il r‚solut de consulter Ranuce, le seul ami qu'il e–t au monde; mais cet ami le comprendrait-il? Ce fut en vain qu'il chercha Ranuce dans toute la forˆt de la Faggiola, il fut oblig‚ d'aller sur la route de Naples, au-del… de Velletri, o— Ranuce commandait une embuscade: il y attendait, en nombreuse compagnie, Ruiz d'Avalos, g‚n‚ral espagnol, qui se rendait … Rome par terre, sans se rappeler que naguŠre, en nombreuse compagnie, il avait parl‚ avec m‚pris des soldats d'aventure de la compagnie Colonna. Son aum“nier lui rappela fort … propos cette petite circonstance, et Ruiz d'Avalos prit le parti de faire armer une barque et de venir … Rome par mer.

DŠs que le capitaine Ranuce eut entendu le r‚cit de Jules:

- D‚cris-moi exactement, lui dit-il, la personne de ce seigneur de Campireali, afin que son imprudence ne co–te pas la vie … quelque bon habitant d'Albano. DŠs que l'affaire qui nous retient ici sera termin‚e par oui ou par non, tu te rendras … Rome, o— tu auras soin de te montrer dans les h“telleries et autres lieux publics, … toutes les heures de la journ‚e; il ne faut pas que l'on puisse te soup‡onner … cause de ton amour pour la fille.

Jules eut beaucoup de peine … calmer la colŠre de l'ancien compagnon de son pŠre. Il fut oblig‚ de se fƒcher.

- Crois-tu que je demande ton ‚p‚e? lui dit-il enfin. Apparemment que, moi aussi, j'ai une ‚p‚e! Je te demande un conseil sage.

Ranuce finissait tous ses discours par ces paroles:

- Tu es jeune, tu n'as pas de blessures, l'insulte a ‚t‚ publique; or, un homme d‚shonor‚ est m‚pris‚ mˆme des femmes.

Jules lui dit qu'il d‚sirait r‚fl‚chir encore sur ce que voulait son coeur, et, malgr‚ les instances de Ranuce, qui pr‚tendait absolument qu'il prŒt part … l'attaque de l'escorte du g‚n‚ral espagnol, o—, disait-il, il y aurait de l'honneur … acqu‚rir, sans compter les doublons, Jules revint seul … sa petite maison. C'est l… que la veille du jour o— le seigneur de Campireali lui tira un coup d'arquebuse, il avait re‡u Ranuce et son caporal, de retour des environs de Velletri. Ranuce employa la force pour voir la petite caisse de fer o— son patron, le capitaine Branciforte, enfermait jadis les chaŒnes d'or et autres bijoux dont il ne jugeait pas … propos de d‚penser la valeur aussit“t aprŠs une exp‚dition. Ranuce y trouva deux ‚cus.

- Je te conseille de te faire moine, dit-il … Jules, tu en as toutes les vertus: l'amour de la pauvret‚, en voici la preuve; l'humilit‚, tu te laisses vilipender en pleine rue par un richard d'Albano; il ne te manque plus que l'hypocrisie et la gourmandise.

Ranuce mit de force cinquante doublons dans la cassette de fer.

- Je te donne ma parole, dit-il … Jules, que si d'ici … un mois le seigneur Campireali n'est pas enterr‚ avec tous les honneurs dus … sa noblesse et … son opulence, mon caporal ici pr‚sent viendra avec trente hommes d‚molir ta petite maison et br–ler tes pauvres meubles. Il ne faut pas que le fils du capitaine Branciforte fasse une mauvaise figure en ce monde, sous pr‚texte d'amour.

Lorsque le seigneur de Campireali et son fils tirŠrent les deux coups d'arquebuse, Ranuce et le caporal avaient pris position sous le balcon de pierre, et Jules eut toutes les peines du monde … les empˆcher de tuer Fabio, ou du moins de l'enlever, lorsque celui-ci fit une sortie imprudente en passant par le jardin, comme nous l'avons racont‚ en son lieu. La raison qui calma Ranuce fut celle-ci: il ne faut pas tuer un jeune homme qui peut devenir quelque chose et se rendre utile, tandis qu'il y a un vieux p‚cheur plus coupable que lui, et qui n'est plus bon qu'… enterrer.

Le lendemain de cette aventure, Ranuce s'enfon‡a dans la forˆt, et Jules partit pour Rome. La joie qu'il eut d'acheter de beaux habits avec les doublons que Ranuce lui avait donn‚s ‚tait cruellement alt‚r‚e par cette id‚e bien extraordinaire pour son siŠcle, et qui annon‡ait les hautes destin‚es auxquelles il parvint dans la suite; il se disait: Il faut qu'H‚lŠne connaisse qui je suis. Tout autre homme de son ƒge et de son temps n'e–t song‚ qu'… jouir de son amour et … enlever H‚lŠne, sans penser en aucune fa‡on … ce qu'elle deviendrait six mois aprŠs, pas plus qu'… l'opinion qu'elle pourrait garder de lui.

De retour dans Albano, et l'aprŠs-midi mˆme du jour o— Jules ‚talait … tous les yeux les beaux habits qu'il avait rapport‚s de Rome, il sut par le vieux Scotti, son ami, que Fabio ‚tait sorti de la ville … cheval, pour aller … trois lieues de l… … une terre que son pŠre poss‚dait dans la plaine, sur le bord de la mer. Plus tard, il vit le seigneur Campireali prendre, en compagnie de deux prˆtres, le chemin de la magnifique all‚e de chˆnes verts qui couronne le bord du cratŠre au fond duquel s'‚tend le lac d'Albano. Dix minutes aprŠs, une vieille femme s'introduisait hardiment dans le palais de Campireali, sous pr‚texte de vendre de beaux fruits; la premiŠre personne qu'elle rencontra fut la petite cam‚riste Marietta, confidente intime de sa maŒtresse H‚lŠne, laquelle rougit jusqu'au blanc des yeux en recevant un beau bouquet. L… lettre que cachait le bouquet ‚tait d'une longueur d‚mesur‚e: Jules racontait tout ce qu'il avait ‚prouv‚ depuis la nuit des coups d'arquebuse; mais, par une pudeur bien singuliŠre, il n'osait pas avouer ce dont tout autre jeune homme de son temps e–t ‚t‚ si fier, savoir: qu'il ‚tait fils d'un capitaine c‚lŠbre par ses aventures, et que lui-mˆme avait d‚j… marqu‚ par sa bravoure dans plus d'un combat. Il croyait toujours entendre les r‚flexions que ces faits inspireraient au vieux Campireali. Il faut savoir qu'au quinziŠme siŠcle les jeunes filles, plus voisines du bon sens r‚publicain, estimaient beaucoup plus un homme pour ce qu'il avait fait lui-mˆme que pour les richesses amass‚es par ses pŠres ou pour les actions c‚lŠbres de ceux-ci. Mais c'‚taient surtout les jeunes filles du peuple qui avaient ces pens‚es. Celles qui appartenaient … la classe riche ou noble avaient peur des brigands, et, comme il est naturel, tenaient en grande estime la noblesse et l'opulence. Jules finissait sa lettre par ces mots: "Je ne sais si les habits convenables que j'ai rapport‚s de Rome vous auront fait oublier la cruelle injure qu'une personne que vous respectez m'adressa naguŠre, … l'occasion de ma ch‚tive apparence; j'ai pu me venger, je l'aurais d–, mon honneur le commandait, je ne l'ai point fait en consid‚ration des larmes que ma vengeance aurait co–t‚ … des yeux que j'adore. Ceci peut vous prouver, si, pour mon malheur, vous en doutiez encore, qu'on peut ˆtre trŠs pauvre et avoir des sentiments nobles. Au reste, j'ai … vous r‚v‚ler un secret terrible; je n'aurais assur‚ment aucune peine … le dire … toute autre femme; mais je ne sais pourquoi je fr‚mis en pensant … vous l'apprendre. Il peut d‚truire, en un instant, l'amour que vous avez pour moi; aucune protestation ne me satisferait de votre part. Je veux lire dans vos yeux l'effet que produira cet aveu. Un de ces jours, … la tomb‚e de la nuit, je vous verrai dans le jardin situ‚ derriŠre le palais. Ce jour-l…, Fabio et votre pŠre seront absents: lorsque j'aurai acquis la certitude que, malgr‚ leur m‚pris pour un pauvre jeune homme mal vˆtu, ils ne pourront nous enlever trois quarts d'heure ou une heure d'entretien, un homme paraŒtra sous les fenˆtres de votre palais, qui fera voir aux enfants du pays un renard apprivois‚. Plus tard, lorsque l'Ave Maria sonnera, vous entendrez tirer un coup d'arquebuse dans le lointain; … ce moment approchez-vous du mur de votre jardin, et, si vous n'ˆtes pas seule, chantez. S'il y a du silence, votre esclave paraŒtra tout tremblant … vos pieds, et vous racontera des choses qui peut-ˆtre vous feront horreur. En attendant ce jour d‚cisif et terrible pour moi, je ne me hasarderai plus … vous pr‚senter de bouquet … minuit; mais vers les deux heures de nuit je passerai en chantant, et peut-ˆtre plac‚e au grand balcon de pierre, vous laisserez tomber une fleur cueillie par vous dans votre jardin. Ce sont peut-ˆtre les derniŠres marques d'affection que vous donnerez au malheureux Jules."

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