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New Philadelphia Book Publisher Highlights Local Talent
Book and Publishing News from Publishers Newswire(tm)

Looking for Child to be on Cover of a New Book, 'The Model Child'
PHILADELPHIA, Pa. -- The Philadelphia literary world will celebrate the launch of two new players today, April 10th: Kay Square Press, a new publishing company focused on Philadelphia-area artists, their stories, and their art; and Kay Square's first release, 'With the Rich and Mighty: Emlen Etting of Philadelphia' (ISBN: 978-0-9815129-0-7), a critical biography by Kenneth C. Kaleta.

FlatSigned Press Alleges Don Imus Remarks Damage Legacy of President Gerald R. Ford
NEW YORK, N.Y. -- Nathan Yungerberg, an accomplished model scout and professional child photographer is launching a nation-wide casting call to find the cover model for his highly anticipated book release, 'The Model Child: A Parents Guide to the Child Modeling Industry' (ISBN: 978-0-9817018-0-6).

L\'Abbesse de Castro

S >> Stendhal >> L\'Abbesse de Castro

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Le soir, vers minuit, la forˆt de la Faggiola avait sembl‚ en feu: c'‚taient tous les moines et tous les pauvres d'Albano qui, portant chacun un gros cierge allum‚, allaient … la rencontre du corps du jeune Fabio.

- Je ne vous cacherai point, continua le vieillard en baissant la voix comme s'il e–t craint d'ˆtre entendu, que la route qui conduit … Valmontone et aux Ciampi...

- Eh bien? dit Jules.

- Eh bien, cette route passe devant votre maison, et l'on dit que lorsque le cadavre de Fabio est arriv‚ … ce point, le sang a jailli d'une plaie horrible qu'il avait au cou.

- Quelle horreur! s'‚cria Jules en se levant.

- Calmez-vous, mon ami, dit le vieillard, vous voyez bien qu'il faut que vous sachiez tout. Et maintenant je puis vous dire que votre pr‚sence ici, aujourd'hui, a sembl‚ un peu pr‚matur‚e. Si vous me faisiez l'honneur de me consulter, j'ajouterais, capitaine, qu'il n'est pas convenable que d'ici … un mois vous paraissiez dans Albano. Je n'ai pas besoin de vous avertir qu'il ne serait point prudent de vous montrer … Rome. On ne sait point encore quel parti le Saint-PŠre va prendre envers les Colonna; on pense qu'il ajoutera foi … la d‚claration de Fabrice qui pr‚tend n'avoir appris le combat des Ciampi que par la voix publique; mais le gouverneur de Rome, qui est tout Orsini, enrage et serait enchant‚ de faire pendre quelqu'un des braves soldats de Fabrice, ce dont celui-ci ne pourrait se plaindre raisonnablement, puisqu'il jure n'avoir point assist‚ au combat. J'irai plus loin, et, quoique vous ne me le demandiez pas, je prendrai la libert‚ de vous donner un avis militaire: vous ˆtes aim‚ dans Albano, autrement vous n'y seriez pas en s–ret‚. Songez que vous vous promenez par la ville depuis plusieurs heures, que l'un des partisans des Orsini peut se croire brav‚, ou tout au moins songer … la facilit‚ de gagner une belle r‚compense. Le vieux Campireali a r‚p‚t‚ mille fois qu'il donnera sa plus belle terre … qui vous aura tu‚. Vous auriez d– faire descendre dans Albano quelques-uns des soldats que vous avez dans votre maison...

- Je n'ai point de soldats dans ma maison.

- En ce cas, vous ˆtes fou, capitaine. Cette auberge a un jardin, nous allons sortir par le jardin, et nous ‚chapper … travers les vignes. Je vous accompagnerai; Je suis vieux et sans armes; mais, si nous rencontrons des mal-intentionn‚s, je leur parlerai, et je pourrai du moins vous faire gagner du temps.

Jules eut l'ƒme navr‚e. Oserons-nous dire quelle ‚tait sa folie? DŠs qu'il avait appris que le palais Campireali ‚tait ferm‚ et tous ses habitants partis pour Rome, il avait form‚ le projet d'aller revoir ce jardin o— si souvent il avait eu des entrevues avec H‚lŠne. Il esp‚rait mˆme revoir sa chambre, o— il avait ‚t‚ re‡u quand sa mŠre ‚tait absente. Il avait besoin de se rassurer contre sa colŠre, par la vue des lieux o— il l'avait vue si tendre pour lui.

Branciforte et le g‚n‚reux vieillard ne firent aucune mauvaise rencontre en suivant les petits sentiers qui traversent les vignes et montent vers le lac.

Jules se fit raconter de nouveau les d‚tails des obsŠques du jeune Fabio. Le corps de ce brave jeune homme, escort‚ par beaucoup de prˆtres, avait ‚t‚ conduit … Rome, et enseveli dans la chapelle de sa famille, au couvent de Saint-Onuphre, au sommet du Janicule. On avait remarqu‚, comme une circonstance fort singuliŠre, que, la veille de la c‚r‚monie, H‚lŠne avait ‚t‚ reconduite par son pŠre au couvent de la Visitation, … Castro; ce qui avait confirm‚ le bruit public qui voulait qu'elle f–t mari‚e secrŠtement avec le soldat d'aventure qui avait eu le malheur de tuer son frŠre.

Quand il fut prŠs de sa maison, Jules trouva le caporal de sa compagnie et quatre de ses soldats; ils lui dirent que jamais leur ancien capitaine ne sortait de la forˆt sans avoir auprŠs de lui quelques-uns de ses hommes. Le prince avait dit plusieurs fois, que lorsqu'on voulait se faire tuer par imprudence, il fallait auparavant donner sa d‚mission, afin de ne pas lui jeter sur les bras une mort … venger.

Jules Branciforte comprit la justesse de ces id‚es, auxquelles jusqu'ici il avait ‚t‚ parfaitement ‚tranger. Il avait cru, ainsi que les peuples enfants, que la guerre ne consiste qu'… se battre avec courage. Il ob‚it sur-le-champ aux intentions du prince; il ne se donna que le temps d'embrasser le sage vieillard qui avait eu la g‚n‚rosit‚ de l'accompagner jusqu'… sa maison.

Mais, peu de jours aprŠs, Jules, … demi fou de m‚lancolie, revint voir le palais Campireali. A la nuit tombante, lui et trois de ses soldats, d‚guis‚s en marchands napolitains, p‚n‚trŠrent dans Albano. Il se pr‚senta seul dans la maison de Scotti; il apprit qu'H‚lŠne ‚tait toujours rel‚gu‚e au couvent de Castro. Son pŠre, qui la croyait mari‚e … celui qu'il appelait l'assassin de son fils, avait jur‚ de ne jamais la revoir. Il ne l'avait pas vue mˆme en la ramenant au couvent. La tendresse de sa mŠre semblait, au contraire, redoubler, et souvent elle quittait Rome pour aller passer un jour ou deux avec sa fille.


IV


"Si je ne me justifie pas auprŠs d'H‚lŠne, se dit Jules en regagnant, pendant la nuit, le quartier que sa compagnie occupait dans la forˆt, elle finira par me croire un assassin. Dieu sait les histoires qu'on lui aura faites sur ce fatal combat!"

Il alla prendre les ordres du prince dans son chƒteau fort de la Petrella, et lui demanda la permission d'aller … Castro. Fabrice Colonna fron‡a le sourcil:

- L'affaire du petit combat n'est point encore arrang‚e avec Sa Saintet‚. Vous devez savoir que j'ai d‚clar‚ la v‚rit‚, c'est-…-dire que j'‚tais rest‚ parfaitement ‚tranger … cette rencontre, dont je n'avais mˆme su la nouvelle que le lendemain, ici, dans mon chƒteau de la Petrella. J'ai tout lieu de croire que Sa Saintet‚ finira par ajouter foi … ce r‚cit sincŠre. Mais les Orsini sont puissants, mais tout le monde dit que vous vous ˆtes distingu‚ dans cette ‚chauffour‚e. Les Orsini vont jusqu'… pr‚tendre que plusieurs prisonniers ont ‚t‚ pendus aux branches des arbres. Vous savez combien ce r‚cit est faux; mais on peut pr‚voir des repr‚sailles.

Le profond ‚tonnement qui ‚clatait dans les regards na‹fs du jeune capitaine amusait le prince toutefois il jugea, … la vue de tant d'innocence, qu'il ‚tait utile de parler plus clairement.

- Je vois en vous, continua-t-il, cette bravoure complŠte qui a fait connaŒtre dans toute l'Italie le nom de Branciforte. J'espŠre que vous aurez pour ma maison cette fid‚lit‚ qui me rendait votre pŠre si cher, et que j'ai voulu r‚compenser en vous. Voici le mot d'ordre de ma compagnie:

"Ne dire jamais la v‚rit‚ sur rien de ce qui a rapport … moi ou … mes soldats. Si, dans le moment o— vous ˆtes oblig‚ de parler, vous ne voyez l'utilit‚ d'aucun mensonge, dites faux … tout hasard, et gardez-vous comme de p‚ch‚ mortel de dire la moindre v‚rit‚. Vous comprenez que, r‚unie … d'autres renseignements, elle peut mettre sur la voie de mes projets. Je sais, du reste, que vous avez une amourette dans le couvent de la Visitation, … Castro; vous pouvez aller perdre quinze jours dans cette petite ville, o— les Orsini ne manquent pas d'avoir des amis et mˆme des agents. Passez chez mon majordome, qui vous remettra deux cents sequins. L'amiti‚ que j'avais pour votre pŠre, ajouta le prince en riant, me donne l'envie de vous donner quelques directions sur la fa‡on de mener … bien cette entreprise amoureuse et militaire. Vous et trois de vos soldats serez d‚guis‚s en marchands; vous ne manquerez pas de vous fƒcher contre un de vos compagnons, qui fera profession d'ˆtre toujours ivre, et qui se fera beaucoup d'amis en payant du vin … tous les d‚soeuvr‚s de Castro. Du reste, ajouta le prince en changeant de ton, si vous ˆtes pris par les Orsini et mis … mort, n'avouez jamais votre nom v‚ritable, et encore moins que vous m'appartenez. Je n'ai pas besoin de vous recommander de faire le tour de toutes les petites villes, et d'y entrer toujours par la porte oppos‚e au c“t‚ d'o— vous venez.

Jules fut attendri par ces conseils paternels, venant d'un homme ordinairement si grave. D'abord le prince sourit des larmes qu'il voyait rouler dans les yeux du jeune homme; puis sa voix … lui-mˆme s'alt‚ra. Il tira une des nombreuses bagues qu'il portait aux doigts; en la recevant, Jules baisa cette main c‚lŠbre par tant de hauts faits.

- Jamais mon pŠre ne m'en e–t tant dit! s'‚cria le jeune homme enthousiasm‚.

Le surlendemain, un peu avant le point du jour, il entrait dans les murs de la petite ville de Castro; cinq soldats le suivaient, d‚guis‚s ainsi que lui: deux firent bande … part, et semblaient ne connaŒtre ni lui ni les trois autres. Avant mˆme d'entrer dans la ville, Jules aper‡ut le couvent de la Visitation, vaste bƒtiment entour‚ de noires murailles, et assez semblable … une forteresse. Il courut … l'‚glise; elle ‚tait splendide. Les religieuses, toutes nobles et la plupart appartenant … des familles riches, luttaient d'amour-propre, entre elles, … qui enrichirait cette ‚glise, seule partie du couvent qui f–t expos‚e aux regards du public. Il ‚tait pass‚ en usage que celle de ces dames que le pape nommait abbesse, sur une liste de trois noms pr‚sent‚e par le cardinal protecteur de l'ordre de la Visitation, fŒt une offrande consid‚rable, destin‚e … ‚terniser son nom. Celle dont l'offrande ‚tait inf‚rieure au cadeau de l'abbesse qui l'avait pr‚c‚d‚e ‚tait m‚pris‚e, ainsi que sa famille.

Jules s'avan‡a en tremblant dans cet ‚difice magnifique, resplendissant de marbres et de dorures. A la v‚rit‚, il ne songeait guŠre aux marbres et aux dorures, il lui semblait ˆtre sous les yeux d'H‚lŠne. Le grand autel, lui dit-on, avait co–t‚ plus de huit cent mille francs; mais ses regards, d‚daignant les richesses du grand autel, se dirigeaient sur une grille dor‚e, haute de prŠs de quarante pieds, et divis‚e en trois parties par deux pilastres en marbre. Cette grille, … laquelle sa masse ‚norme donnait quelque chose de terrible, s'‚levait derriŠre le grand autel, et s‚parait le choeur des religieuses de l'‚glise ouverte … tous les fidŠles.

Jules se disait que derriŠre cette grille dor‚e se trouvaient, durant les offices, les religieuses et les pensionnaires. Dans cette ‚glise int‚rieure pouvait se rendre … toute heure du jour une religieuse ou une pensionnaire qui avait besoin de prier; c'est sur cette circonstance connue de tout le monde qu'‚taient fond‚es les esp‚rances du pauvre amant.

Il est vrai qu'un immense voile noir garnissait le c“t‚ int‚rieur de la grille; mais ce voile, pensa Jules, ne doit guŠre intercepter la vue des pensionnaires regardant dans l'‚glise du public, puisque moi, qui ne puis en approcher qu'… une certaine distance, j'aper‡ois fort bien, … travers le voile, les fenˆtres qui ‚clairent le choeur, et que je puis distinguer jusqu'aux moindres d‚tails de leur architecture. Chaque barreau de cette grille magnifiquement dor‚e portait une forte pointe dirig‚e contre les assistants.

Jules choisit une place trŠs apparente, vis-…-vis la partie gauche de la grille, dans le lieu le plus ‚clair‚; l… il passait sa vie … entendre des messes. Comme il ne se voyait entour‚ que de paysans, il esp‚rait ˆtre remarqu‚, mˆme … travers le voile noir qui garnissait l'int‚rieur de la grille. Pour la premiŠre fois de sa vie, ce jeune homme simple cherchait l'effet; sa mise ‚tait recherch‚e, il faisait de nombreuses aum“nes en entrant dans l'‚glise et en sortant. Ses gens et lui entouraient de pr‚venances tous les ouvriers et petits fournisseurs qui avaient quelques relations avec le couvent. Ce ne fut toutefois que le troisiŠme jour qu'enfin il eut l'espoir de faire parvenir une lettre … H‚lŠne. Par ses ordres, l'on suivait exactement les deux soeurs converses charg‚es d'acheter une partie des approvisionnements du couvent; l'une d'elles avait des relations avec un petit marchand. Un des soldats de Jules, qui avait ‚t‚ moine, gagna l'amiti‚ du marchand, et lui promit un sequin pour chaque lettre qui serait remise … la pensionnaire H‚lŠne de Campireali.

- Quoi! dit le marchand … la premiŠre ouverture qu'on lui fit sur cette affaire, une lettre … la femme du brigand!

Ce nom ‚tait d‚j… ‚tabli dans Castro, et il n'y avait pas quinze jours qu'H‚lŠne y ‚tait arriv‚e: tant ce qui donne prise … l'imagination court rapidement chez ce peuple passionn‚ pour tous les d‚tails exacts!

Le petit marchand ajouta:

- Au moins, celle-ci est mari‚e! Mais combien de nos dames n'ont pas cette excuse, et re‡oivent du dehors bien autre chose que des lettres.

Dans cette premiŠre lettre, Jules racontait avec des d‚tails infinis tout ce qui s'‚tait pass‚ dans la journ‚e fatale marqu‚e par la mort de Fabio: "Me ha‹ssez-vous?"disait-il en terminant.

H‚lŠne r‚pondit par une ligne que, sans ha‹r personne, elle allait employer tout le reste de sa vie … tƒcher d'oublier celui par qui son frŠre avait p‚ri.

Jules se hƒta de r‚pondre; aprŠs quelques invectives contre la destin‚e, genre d'esprit imit‚ de Platon et alors … la mode:

"Tu veux donc, continuait-il, mettre en oubli la parole de Dieu … nous transmise dans les saintes Ecritures? Dieu dit: La femme quittera sa famille et ses parents pour suivre son ‚poux. Oserais-tu pr‚tendre que tu n'es pas ma femme? Rappelle-toi la nuit de la Saint-Pierre. Comme l'aube paraissait d‚j… derriŠre le Monte Cavi, tu te jetas … mes genoux; je voulus bien t'accorder grƒce; tu ‚tais … moi, si je l'eusse voulu; tu ne pouvais r‚sister … l'amour qu'alors tu avais pour moi. Tout … coup il me sembla que, comme je t'avais dit plusieurs fois que je t'avais fait depuis longtemps le sacrifice de ma vie et de tout ce que je pouvais avoir de plus cher au monde, tu pouvais me r‚pondre, quoique tu ne le fisses jamais, que tous ces sacrifices, ne se marquant par aucun acte ext‚rieur, pouvaient bien n'ˆtre qu'imaginaires. Une id‚e, cruelle pour moi, mais juste au fond, m'illumina. Je pensai que ce n'‚tait pas pour rien que le hasard me pr‚sentait l'occasion de sacrifier … ton int‚rˆt la plus grande f‚licit‚ que j'eusse jamais pu rˆver. Tu ‚tais d‚j… dans mes bras et sans d‚fense, souviens-t'en; ta bouche mˆme n'osait refuser. A ce moment l'Ave Maria du matin sonna au couvent du Monte Cavi et, par un hasard miraculeux, ce son parvint jusqu'… nous. Tu me dis: Fais ce sacrifice … la sainte Madone, cette mŠre de toute puret‚. J'avais d‚j…, depuis un instant, l'id‚e de ce sacrifice suprˆme, le seul r‚el que j'eusse jamais eu l'occasion de te faire. Je trouvai singulier que la mˆme id‚e te f–t apparue. Le son lointain de cet Ave Maria me toucha, je l'avoue; je t'accordai ta demande. Le sacrifice ne fut pas en entier pour toi; je crus mettre notre union future sous la protection de la Madone. Alors je pensais que les obstacles viendraient non de toi, perfide, mais de ta riche et noble famille. S'il n'y avait pas eu quelque intervention surnaturelle, comment cet Angelus f–t parvenu de si loin jusqu'… nous, par-dessus les sommets des arbres d'une moiti‚ de la forˆt, agit‚s en ce moment par la brise du matin? Alors, tu t'en souviens, tu te mis … mes genoux; je me levai, je sortis de mon sein la croix que j'y porte, et tu juras sur cette croix, qui est l… devant moi, et sur ta damnation ‚ternelle, qu'en quelque lieu que tu pusses jamais te trouver, que quelque ‚v‚nement qui p–t jamais arriver, aussit“t que je t'en donnerais l'ordre, tu te remettrais … ma disposition entiŠre, comme tu y ‚tais … l'instant o— l'Ave Maria du Monte Cavi vint de si loin frapper ton oreille. Ensuite nous dŒmes d‚votement deux Ave et deux Pater. Eh bien! par l'amour qu'alors tu avais pour moi, et, si tu l'as oubli‚, comme je le crains, par ta damnation ‚ternelle, je t'ordonne de me recevoir cette nuit, dans ta chambre ou dans le jardin de ce couvent de la Visitation."

L'auteur italien rapporte curieusement beaucoup de longues lettres ‚crites par Jules Branciforte aprŠs celle-ci; mais il donne seulement des extraits des r‚ponses d'H‚lŠne de Campireali. AprŠs deux cent soixante-dix-huit ans ‚coul‚s, nous sommes si loin des sentiments d'amour et de religion qui remplissent ces lettres, que j'ai craint qu'elles ne fissent longueur.

Il parait par ces lettres qu'H‚lŠne ob‚it enfin … l'ordre contenu dans celle que nous venons de traduire en l'abr‚geant. Jules trouva le moyen de s'introduire dans le couvent; on pourrait conclure d'un mot qu'il se d‚guisa en femme. H‚lŠne le re‡ut, mais seulement … la grille d'une fenˆtre du rez-de-chauss‚e donnant sur le jardin. A son inexprimable douleur, Jules trouva que cette jeune fille, si tendre et mˆme si passionn‚e autrefois, ‚tait devenue comme une ‚trangŠre pour lui, elle le traita presque avec politesse. En l'admettant dans le jardin, elle avait c‚d‚ presque uniquement … la religion du serment. L'entrevue fut courte: aprŠs quelques instants, la fiert‚ de Jules, peut-ˆtre un peu excit‚e par les ‚v‚nements qui avaient eu lieu depuis quinze jours, parvint … l'emporter sur sa douleur profonde.

"Je ne vois plus devant moi, dit-il … part soi, que le tombeau de cette H‚lŠne qui, dans Albano, semblait s'ˆtre donn‚e … moi pour la vie."

Aussit“t, la grande affaire de Jules fut de cacher les larmes dont les tournures polies qu'H‚lŠne prenait pour lui adresser la parole inondaient son visage. Quand elle eut fini de parler et de justifier un changement si naturel, disait-elle, aprŠs la mort d'un frŠre, Jules lui dit en parlant fort lentement:

- Vous n'accomplissez pas votre serment, vous ne me recevez pas dans un jardin, vous n'ˆtes point … genoux devant moi, comme vous l'‚tiez une demi-minute aprŠs que nous e–mes entendu l'Ave Maria du Monte Cavi. Oubliez votre serment si vous pouvez, quant … moi, je n'oublie rien; Dieu vous assiste!

En disant ces mots, il quitta la fenˆtre grill‚e auprŠs de laquelle il e–t pu rester encore prŠs d'une heure. Qui lui e–t dit un instant auparavant qu'il abr‚gerait volontairement cette entrevue tant d‚sir‚e! Ce sacrifice d‚chirait son ƒme; mais il pensa qu'il pourrait bien m‚riter le m‚pris mˆme d'H‚lŠne s'il r‚pondait … ses politesses autrement qu'en la livrant … ses remords.

Avant l'aube, il sortit du couvent. Aussit“t, il monta … cheval en donnant l'ordre … ses soldats de l'attendre … Castro une semaine entiŠre, puis de rentrer … la forˆt; il ‚tait ivre de d‚sespoir. D'abord il marcha vers Rome.

- Quoi! je m'‚loigne d'elle! se disait-il … chaque pas; quoi! nous sommes devenus ‚trangers l'un … l'autre! O Fabio! combien tu es veng‚!

La vue des hommes qu'il rencontrait sur la route augmentait sa colŠre, il poussa son cheval … travers champs, et dirigea sa course vers la plage d‚serte et inculte qui rŠgne le long de la mer. Quand il ne fut plus troubl‚ par la rencontre de ces paysans tranquilles dont il enviait le sort, il respira: la vue de ce lieu sauvage ‚tait d'accord avec son d‚sespoir et diminuait sa colŠre; alors il put se livrer … la contemplation de sa triste destin‚e.

"A mon ƒge, se dit-il, j'ai une ressource: aimer une autre femme!"

A cette triste pens‚e, il sentit redoubler son d‚sespoir; il vit trop bien qu'il n'y avait pour lui qu'une femme au monde. Il se figurait le supplice qu'il souffrirait en osant prononcer le mot d'amour devant une autre qu'H‚lŠne: cette id‚e le d‚chirait.

Il fut pris d'un accŠs de rire amer.

"Me voici exactement, pensa-t-il, comme ces h‚ros de l'Arioste qui voyagent seuls parmi des pays d‚serts, lorsqu'ils ont … oublier qu'ils viennent de trouver leur perfide maŒtresse dans les bras d'un autre chevalier... Elle n'est pourtant pas si coupable, se dit-il en fondant en larmes aprŠs cet accŠs de rire fou; son infid‚lit‚ ne va pas jusqu'… en aimer un autre. Cette ƒme vive et pure s'est laiss‚ ‚garer par les r‚cits atroces qu'on lui a faits de moi; sans doute on m'a repr‚sent‚ … ses yeux comme ne prenant les armes pour cette fatale exp‚dition que dans l'espoir secret de trouver l'occasion de tuer son frŠre. On sera all‚ plus loin: on m'aura prˆt‚ ce calcul sordide, qu'une fois son frŠre mort, elle devenait seule h‚ritiŠre de biens immenses... Et moi, j'ai eu la sottise de la laisser pendant quinze jours entiers en proie aux s‚ductions de mes ennemis! Il faut convenir que si je suis bien malheureux, le ciel m'a fait aussi bien d‚pourvu de sens pour diriger ma vie! Je suis un ˆtre bien mis‚rable, bien m‚prisable! ma vie n'a servi … personne, et moins … moi qu'… tout autre."

A ce moment, le jeune Branciforte eut une inspiration bien rare en ce siŠcle-l…: son cheval marchait sur l'extrˆme bord du rivage, et quelquefois avait les pieds mouill‚s par l'onde; il eut l'id‚e de le pousser dans la mer et de terminer ainsi le sort affreux auquel il ‚tait en proie. Que ferait-il d‚sormais, aprŠs que le seul ˆtre au monde qui lui e–t jamais fait sentir l'existence du bonheur venait de l'abandonner? Puis tout … coup une id‚e l'arrˆta.

"Que sont les peines que j'endure, se dit-il, compar‚es … celles que je souffrirai dans un moment, une fois cette mis‚rable vie termin‚e? H‚lŠne ne sera plus pour moi simplement indiff‚rente comme elle l'est en r‚alit‚; je la verrai dans les bras d'un rival, et ce rival sera quelque jeune seigneur romain riche et consid‚r‚; car, pour d‚chirer mon ƒme, les d‚mons chercheront les images les plus cruelles, comme c'est leur devoir. Ainsi je ne pourrai trouver l'oubli d'H‚lŠne, mˆme dans ma mort; bien plus, ma passion pour elle redoublera, parce que c'est le plus s–r moyen que pourra trouver la puissance ‚ternelle pour me punir de l'affreux p‚ch‚ que j'aurai commis."

Pour achever de chasser la tentation Jules se mit … r‚citer d‚votement des Ave Maria. C'‚tait en entendant sonner l'Ave Maria du matin, priŠre consacr‚e … la Madone, qu'il avait ‚t‚ s‚duit autrefois, et entraŒn‚ … une action g‚n‚reuse qu'il regardait maintenant comme la plus grande faute de sa vie. Mais, par respect, il n'osait aller plus loin et exprimer toute l'id‚e qui s'‚tait empar‚e de son esprit.

"Si, par l'inspiration de la Madone, je suis tomb‚ dans une fatale erreur, ne doit-elle pas, par un effet de sa justice infinie, faire naŒtre quelque circonstance qui me rende le bonheur?"

Cette id‚e de la justice de la Madone chassa peu … peu le d‚sespoir. Il leva la tˆte et vit en face de lui, derriŠre Albano et la forˆt, ce Monte Cavi couvert de sa sombre verdure, et le saint couvent dont l'Ave Maria du matin l'avait conduit … ce qu'il appelait maintenant son infƒme duperie. L'aspect impr‚vu de ce saint lieu le consola.

"Non, s'‚cria-t-il, il est impossible que la Madone m'abandonne. Si H‚lŠne avait ‚t‚ ma femme, comme son amour le permettait et comme le voulait ma dignit‚ d'homme, le r‚cit de la mort de son frŠre aurait trouv‚ dans son ƒme le souvenir du lien qui l'attachait … moi. Elle se f–t dit qu'elle m'appartenait longtemps avant le hasard fatal qui, sur un champ de bataille, m'a plac‚ vis-…-vis de Fabio. Il avait deux ans de plus que moi; il ‚tait plus expert dans les armes, plus hardi de toutes fa‡ons, plus fort. Mille raisons fussent venues prouver … ma femme que ce n'‚tait point moi qui avais cherch‚ ce combat. Elle se f–t rappel‚ que je n'avais jamais ‚prouv‚ le moindre sentiment de haine contre son frŠre, mˆme lorsqu'il tira sur elle un coup d'arquebuse. Je me souviens qu'… notre premier rendez-vous, aprŠs mon retour de Rome, je lui disais: Que veux-tu? l'honneur le voulait; je ne puis blƒmer un frŠre!"

Rendu … l'esp‚rance par sa d‚votion … la Madone, Jules poussa son cheval, et en quelques heures arriva au cantonnement de sa compagnie. Il la trouva prenant les armes: on se portait sur la route de Naples … Rome par le mont Cassin. Le jeune capitaine changea de cheval, et marcha avec ses soldats. On ne se battit point ce jour-l…. Jules ne demanda point pourquoi l'on avait march‚, peu lui importait. Au moment o— il se vit … la tˆte de ses soldats, une nouvelle vue de sa destin‚e lui apparut.

"Je suis tout simplement un sot, se dit-il, j'ai eu tort de quitter Castro; H‚lŠne est probablement moins coupable que ma colŠre ne se l'est figur‚. Non, elle ne peut avoir cess‚ de m'appartenir, cette ƒme si na‹ve et si pure, dont j'ai vu naŒtre les premiŠres sensations d'amour! Elle ‚tait p‚n‚tr‚e pour moi d'une passion si sincŠre! Ne m'a-t-elle pas offert plus de dix fois de s'enfuir avec moi, si pauvre, et d'aller nous faire marier par un moine de Monte Cavi? A Castro, j'aurais d–, avant tout, obtenir un second rendez-vous, et lui parler raison. Vraiment la passion me donne des distractions d'enfant! Dieu! que n'ai-je un ami pour implorer un conseil! La mˆme d‚marche … faire me paraŒt ex‚crable et excellente … deux minutes de distance!"

Le soir de cette journ‚e, comme l'on quittait la grande route pour rentrer dans la forˆt, Jules s'approcha du prince, et lui demanda s'il pouvait rester encore quelques jours o— il savait.

- Va-t'en … tous les diables! lui cria Fabrice crois-tu que ce soit le moment de m'occuper d'enfantillages?

Une heure aprŠs, Jules repartit pour Castro. Il retrouva ses gens; mais il ne savait comment ‚crire … H‚lŠne, aprŠs la fa‡on hautaine dont il l'avait quitt‚e. Sa premiŠre lettre ne contenait que ces mots: "Voudra-t-on me recevoir la nuit prochaine?"

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