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New Philadelphia Book Publisher Highlights Local Talent
Book and Publishing News from Publishers Newswire(tm)

Looking for Child to be on Cover of a New Book, 'The Model Child'
PHILADELPHIA, Pa. -- The Philadelphia literary world will celebrate the launch of two new players today, April 10th: Kay Square Press, a new publishing company focused on Philadelphia-area artists, their stories, and their art; and Kay Square's first release, 'With the Rich and Mighty: Emlen Etting of Philadelphia' (ISBN: 978-0-9815129-0-7), a critical biography by Kenneth C. Kaleta.

FlatSigned Press Alleges Don Imus Remarks Damage Legacy of President Gerald R. Ford
NEW YORK, N.Y. -- Nathan Yungerberg, an accomplished model scout and professional child photographer is launching a nation-wide casting call to find the cover model for his highly anticipated book release, 'The Model Child: A Parents Guide to the Child Modeling Industry' (ISBN: 978-0-9817018-0-6).

L\'Abbesse de Castro

S >> Stendhal >> L\'Abbesse de Castro

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- La guerre commence, dit Jules … ses gens, garde … vous!

Il prit sa clef, et, passant le bras … travers les barreaux de fer, ouvrit la porte, au grand d‚sespoir de la jeune soeur, qui tomba … genoux et se mit … r‚citer des Ave Maria en criant au sacrilŠge. Encore … ce moment, Jules devait faire taire la jeune fille, il n'en eut pas le courage: un de ses gens la saisit et lui mit la main sur la bouche.

Au mˆme instant, Jules entendit un coup d'arquebuse dans le passage, derriŠre lui. une le restant des soldats entrait sans bruit, lorsqu'un des bravi de garde, moins ivre que les autres, s'approcha d'une des fenˆtres grill‚es, et, dans son ‚tonnement de voir tant de gens dans le passage, leur d‚fendit d'avancer en jurant. Il fallait ne pas r‚pondre et continuer … marcher vers la porte de fer; c'est ce que firent les premiers soldats; mais celui qui marchait le dernier de tous, et qui ‚tait un des paysans recrut‚s dans l'aprŠs-midi, tira un coup de pistolet … ce domestique du couvent qui parlait par la fenˆtre, et le tua. Ce coup de pistolet, au milieu de la nuit, et les cris des ivrognes en voyant tomber leur camarade, r‚veillŠrent les soldats du couvent qui passaient cette nuit-l… dans leurs lits, et n'avaient pas pu go–ter du vin d'Ugone. Huit ou dix des bravi du couvent sautŠrent dans le passage … demi nus, et se mirent … attaquer vertement les soldats de Branciforte.

Comme nous l'avons dit, ce bruit commen‡a au moment o— Jules venait d'ouvrir la porte de fer. Suivi de ses deux soldats, il se pr‚cipita dans le jardin, courant vers la petite porte de l'escalier des pensionnaires; mais il fut accueilli par cinq ou six coups de pistolet. Ses deux soldats tombŠrent, lui eut une balle dans le bras droit. Ces coups de pistolet avaient ‚t‚ tir‚s par les gens de la signora de Campireali, qui, d'aprŠs ses ordres, passaient la nuit dans le jardin, … ce autoris‚s par une permission qu'elle avait obtenue de l'‚vˆque. Jules courut seul vers la petite porte, de lui si bien connue, qui, du jardin, communiquait … l'escalier des pensionnaires. Il fit tout au monde pour l'‚branler, mais elle ‚tait solidement ferm‚e. Il chercha ses gens, qui n'eurent garde de r‚pondre, ils mouraient; il rencontra dans l'obscurit‚ profonde trois domestiques de Campireali contre lesquels il se d‚fendit … coups de dague.

Il courut sous le vestibule, vers la porte de fer, pour appeler ses soldats; il trouva cette porte ferm‚e: les deux bras de fer si lourds avaient ‚t‚ mis en place et cadenass‚s par les vieux jardiniers qu'avait r‚veill‚s la cloche de la petite soeur.

"Je suis coup‚", se dit Jules.

Il le dit … ses hommes; ce fut en vain qu'il essaya de forcer un des cadenas avec son ‚p‚e: s'il e–t r‚ussi, il enlevait un des bras de fer et ouvrait un des vantaux de la porte. Son ‚p‚e se cassa dans l'anneau du cadenas; au mˆme instant il fut bless‚ … l'‚paule par un des domestiques venus du jardin; il se retourna, et, accul‚ contre la porte de fer, il se sentit attaqu‚ par plusieurs hommes. Il se d‚fendait avec sa dague; par bonheur, comme l'obscurit‚ ‚tait complŠte, presque tous les coups d'‚p‚e portaient dans sa cotte de mailles. Il fut bless‚ douloureusement au genou; il s'‚lan‡a sur un des hommes qui s'‚tait trop fendu pour lui porter ce coup d'‚p‚e, il le tua d'un coup de dague dans la figure, et eut le bonheur de s'emparer de son ‚p‚e. Alors il se crut sauv‚; il se pla‡a au c“t‚ gauche de la porte, du c“t‚ de la cour. Ses gens qui ‚taient accourus tirŠrent cinq ou six coups de pistolet … travers les barreaux de fer de la porte et firent fuir les domestiques. On n'y voyait sous ce vestibule qu'… la clart‚ produite par les coups de pistolet.

- Ne tirez pas de mon c“t‚! criait Jules … ses gens.

- Vous voil… pris comme dans une souriciŠre, lui dit le caporal d'un grand sang-froid, parlant … travers les barreaux; nous avons trois hommes tu‚s. Nous allons d‚molir le jambage de la porte du c“t‚ oppos‚ … celui o— vous ˆtes; ne vous approchez pas, les balles vont tomber sur nous; il paraŒt qu'il y a des ennemis dans le jardin?

- Les coquins de domestiques de Campireali, dit Il parlait encore au caporal, lorsque des coups de pistolet, dirig‚s sur le bruit et venant de la partie du vestibule qui conduisait au jardin, furent tir‚s sur eux. Jules se r‚fugia dans la loge de la touriŠre, qui ‚tait … gauche en entrant; … sa grande joie, il y trouva une lampe presque imperceptible qui br–lait devant l'image de la Madone; il la prit avec beaucoup de pr‚cautions pour ne pas l'‚teindre; il s'aper‡ut avec chagrin qu'il tremblait. Il regarda sa blessure au genou, qui le faisait beaucoup souffrir; le sang coulait en abondance.

En jetant les yeux autour de lui, il fut bien surpris de reconnaŒtre, dans une femme qui ‚tait ‚vanouie sur un fauteuil de bois, la petite Marietta, la cam‚riste de confiance d'H‚lŠne, il la secoua vivement.

- Eh quoi! seigneur Jules, s'‚cria-t-elle en pleurant, est-ce que vous voulez tuer la Marietta, votre amie?

- Bien loin de l…; dis … H‚lŠne que je lui demande pardon d'avoir troubl‚ son repos et qu'elle se souvienne de l'Ave Maria du Monte Cavi. Voici un bouquet que j'ai cueilli dans son jardin d'Albano; mais il est un peu tach‚ de sang; lave-le avant de le lui donner.

A ce moment, il entendit une d‚charge de coups d'arquebuse dans le passage; les bravi des religieuses attaquaient ses gens.

- Dis-moi donc o— est la clef de la petite porte? dit-il … la Marietta.

- Je ne la vois pas; mais voici les clefs des cadenas des bras de fer qui maintiennent la grande porte. Vous pourrez sortir.

Jules prit les clefs et s'‚lan‡a hors de la loge.

- Ne travaillez plus … d‚molir la muraille, dit-il … ses soldats, j'ai enfin la clef de la porte.

Il y eut un moment de silence complet, pendant qu'il essayait d'ouvrir un cadenas avec l'une des petites clefs; il s'‚tait tromp‚ de clef, il prit l'autre; enfin, il ouvrit le cadenas; mais, au moment o— il soulevait le bras de fer, il re‡ut presque … bout portant un coup de pistolet dans le bras droit. Aussit“t il sentit que ce bras lui refusait le service.

- Soulevez le volet de fer, cria-t-il … ses gens.

Il n'avait pas besoin de le leur dire.

A la clart‚ du coup de pistolet, ils avaient vu l'extr‚mit‚ recourb‚e du bras de fer … moiti‚ hors de l'anneau attach‚ … la porte. Aussit“t trois ou quatre mains vigoureuses soulevŠrent le bras de fer; lorsque son extr‚mit‚ fut hors de l'anneau, on le laissa tomber. ontre le caporal entra, et dit … Jules en parlant fort bas:

- Il n'y a plus rien … faire, nous ne sommes plus que trois ou quatre sans blessures, cinq sont morts.

- J'ai perdu du sang, reprit Jules, je sens que je vais m'‚vanouir, dites-leur de m'emporter.

Comme Jules parlait au brave caporal, les soldats du corps de garde tirŠrent trois ou quatre coups d'arquebuse, et le caporal tomba mort. Par bonheur, Ugone avait entendu l'ordre donn‚ par Jules, il appela par leurs noms deux soldats qui enlevŠrent le capitaine. Comme il ne s'‚vanouissait point, il leur ordonna de le porter au fond du jardin, … la petite porte. Cet ordre fit jurer l‚s soldats; ils ob‚irent toutefois.

- Cent sequins … qui ouvre cette porte! s'‚cria Jules.

Mais elle r‚sista aux efforts de trois hommes furieux. Un des vieux jardiniers, ‚tabli … une fenˆtre du second ‚tage, leur tirait force coups de pistolet, qui servaient … ‚clairer leur marche.

AprŠs les efforts inutiles contre la porte, Jules s'‚vanouit tout … fait; une Pour lui. il entra dans la loge de la soeur touriŠre, il jeta … la porte la petite Marietta en lui ordonnant d'une voix terrible de se sauver et de ne jamais dire qui elle avait reconnu. Il tira la paille du lit, cassa quelques chaises et mit le feu … la chambre. Quand il vit le feu bien allum‚, il se sauva … toutes jambes, au milieu des coups d'arquebuse tir‚s par les bravi du couvent.

Ce ne fut qu'… plus de cent cinquante pas de la Visitation qu'il trouva le capitaine, entiŠrement ‚vanoui, qu'on emportait … toute course. Quelques minutes aprŠs on ‚tait hors de la ville. une il n'avait plus que quatre soldats avec lui; il en renvoya deux dans la ville, avec l'ordre de tirer des coups d'arquebuse de cinq minutes en cinq minutes.

- Tƒchez de retrouver vos camarades bless‚s, leur dit-il, sortez de la ville avant le jour; nous allons suivre le sentier de la Croce Rossa. Si vous pouvez mettre le feu quelque part, n'y manquez pas.

Lorsque Jules reprit connaissance, l'on se trouvait …` trois lieues de la ville, et le soleil ‚tait d‚j… fort ‚lev‚ sur l'horizon. une

- Votre troupe ne se compose plus que de cinq hommes, dont trois bless‚s. Deux paysans qui ont surv‚cu ont re‡u deux sequins de gratification chacun et se sont enfuis; j'ai envoy‚ les deux hommes non bless‚s au bourg voisin chercher un chirurgien.

Le chirurgien, vieillard tout tremblant, arriva bient“t mont‚ sur un ƒne magnifique; il avait fallu le menacer de mettre le feu … sa maison pour le d‚cider … marcher. On eut besoin de lui faire boire de l'eau-de-vie pour le mettre en ‚tat d'agir, tant sa peur ‚tait grande. Enfin il se mit … l'ouvre; il dit … Jules que ses blessures n'‚taient d'aucune cons‚quence.

- Celle du genou n'est pas dangereuse, ajouta-t-il mais elle vous fera boiter toute la vie, si vous ne gardez pas un repos absolu pendant quinze jours ou trois semaines.

Le chirurgien pansa les soldats bless‚s. une on donna deux sequins au chirurgien, qui se confondit en actions de grƒces; puis, sous pr‚texte de le remercier, on lui fit boire une telle quantit‚ d'eau-de-vie, qu'il finit par s'endormir profond‚ment. C'‚tait ce qu'on voulait. On le transporta dans un champ voisin, on enveloppa quatre sequins dans un morceau de papier que l'on mit dans sa poche: c'‚tait le prix de son ƒne sur lequel on pla‡a Jules et l'un des soldats bless‚ … la jambe. On alla passer le moment de la grande chaleur dans une ruine antique au bord d'un ‚tang; on marcha toute la nuit en ‚vitant les villages, fort peu nombreux sur cette route, et enfin le surlendemain au lever du soleil, Jules, port‚ par ses hommes, se r‚veilla au centre de la forˆt de la Faggiola, dans la cabane de charbonnier qui ‚tait son quartier g‚n‚ral.


VI


Le lendemain du combat, les religieuses de la Visitation trouvŠrent avec horreur neuf cadavres dans leur jardin et dans le passage qui conduisait de la porte ext‚rieure … la porte en barreaux de fer; huit de leurs bravi ‚taient bless‚s. Jamais on n'avait eu une telle peur au couvent: parfois on avait bien entendu des coups d'arquebuse tir‚s sur la place, mais jamais cette quantit‚ de coups de feu tir‚s dans le jardin, au centre des bƒtiments et sous les fenˆtres des religieuses. L'affaire avait bien dur‚ une heure et demie, et, pendant ce temps, le d‚sordre avait ‚t‚ … son comble dans l'int‚rieur du couvent. Si Jules Branciforte avait eu la moindre intelligence avec quelqu'une des religieuses ou des pensionnaires, il e–t r‚ussi: il suffisait qu'on lui ouvrŒt l'une des nombreuses portes qui donnent sur le jardin; mais, transport‚ d'indignation et de colŠre contre ce qu'il appelait le parjure de la jeune H‚lŠne, Jules voulait tout emporter de vive force. Il e–t cru manquer … ce qu'il se devait s'il e–t confi‚ son dessein … quelqu'un qui p–t le redire … H‚lŠne. Un seul mot, cependant, … la petite Marietta e–t suffi pour le succŠs: elle e–t ouvert l'une des portes donnant sur le jardin, et un seul homme paraissant dans les dortoirs du couvent, avec ce terrible accompagnement de coups d'arquebuse entendu au-dehors, e–t ‚t‚ ob‚i … la lettre. Au premier coup de feu, H‚lŠne avait trembl‚ pour les jours de son amant, et n'avait plus song‚ qu'… s'enfuir avec lui.

Comment peindre son d‚sespoir lorsque la petite Marietta lui parla de l'effroyable blessure que Jules avait re‡ue au genou et dont elle avait vu couler le sang en abondance? H‚lŠne d‚testait sa lƒchet‚ et sa pusillanimit‚:

- J'ai eu la faiblesse de dire un mot … ma mŠre, et le sang de Jules a coul‚; il pouvait perdre la vie dans cet assaut sublime o— son courage a tout fait.

Les bravi admis au parloir avaient dit aux religieuses, avides de les ‚couter, que de leur vie ils n'avaient ‚t‚ t‚moins d'une bravoure comparable … celle du jeune homme habill‚ en courrier qui dirigeait les efforts des brigands. Si toutes ‚coutaient ces r‚cits avec le plus vif int‚rˆt, on peut juger de l'extrˆme passion avec laquelle H‚lŠne demandait … ces bravi des d‚tails sur le jeune chef des brigands. A la suite des longs r‚cits qu'elle se fit faire par eux et par les vieux jardiniers, t‚moins fort impartiaux, il lui sembla qu'elle n'aimait plus du tout sa mŠre. Il y eut mˆme un moment de dialogue fort vif entre ces personnes qui s'aimaient si tendrement la veille du combat; la signora de Campireali fut choqu‚e des taches de sang qu'elle apercevait sur les fleurs d'un certain bouquet dont H‚lŠne ne se s‚parait plus un seul instant.

- Il faut jeter ces fleurs souill‚es de sang.

- C'est moi qui ai fait verser ce sang g‚n‚reux, et il a coul‚ parce que j'ai eu la faiblesse de vous dire un mot.

- Vous aimez encore l'assassin de votre frŠre?

- J'aime mon ‚poux, qui, pour mon ‚ternel malheur, a ‚t‚ attaqu‚ par mon frŠre.

AprŠs ces mots, il n'y eut plus une seule parole ‚chang‚e entre la signora de Campireali et sa fille pendant les trois journ‚es que la signora passa encore au couvent.

Le lendemain de son d‚part, H‚lŠne r‚ussit … s'‚chapper, profitant de la confusion qui r‚gnait aux deux portes du couvent par suite de la pr‚sence d'un grand nombre de ma‡ons qu'on avait introduits dans le jardin et qui travaillaient … y ‚lever de nouvelles fortifications. La petite Marietta et elle s'‚taient d‚guis‚es en ouvriers. Mais les bourgeois faisaient une garde s‚vŠre aux portes de la ville. L'embarras d'H‚lŠne fut assez grand pour sortir. Enfin, ce mˆme petit marchand qui lui avait fait parvenir les lettres de Branciforte consentit … la faire passer pour sa fille et … l'accompagner jusque dans Albano. H‚lŠne y trouva une cachette chez sa nourrice, que ses bienfaits avaient mise … mˆme d'ouvrir une petite boutique. A peine arriv‚e, elle ‚crivit … Branciforte, et la nourrice trouva, non sans de grandes peines, un homme qui voulut bien se hasarder … s'enfoncer dans la forˆt de la Faggiola, sans avoir le mot d'ordre des soldats de Colonna.

Le messager envoy‚ par H‚lŠne revint au bout de trois jours, tout effar‚; d'abord, il lui avait ‚t‚ impossible de trouver Branciforte, et les questions qu'il ne cessait de faire sur le compte du jeune capitaine ayant fini par le rendre suspect, il avait ‚t‚ oblig‚ de prendre la fuite.

"Il n'en faut point douter, le pauvre Jules est mort, se dit H‚lŠne, et c'est moi qui l'ai tu‚! Telle devait ˆtre la cons‚quence de ma mis‚rable faiblesse et de ma pusillanimit‚, il aurait d– aimer une femme forte, la fille de quelqu'un des capitaines du prince Colonna."

La nourrice crut qu'H‚lŠne allait mourir. Elle monta au couvent des Capucins, voisin du chemin taill‚ dans le roc, o— jadis Fabio et son pŠre avaient rencontr‚ les deux amants au milieu de la nuit. La nourrice parla longtemps … son confesseur, et, sous le secret du sacrement, lui avoua que la jeune H‚lŠne de Campireali voulait aller rejoindre Jules Branciforte, son ‚poux, et qu'elle ‚tait dispos‚e … placer dans l'‚glise du couvent une lampe d'argent de la valeur de cent piastres espagnoles.

- Cent piastres! r‚pondit le moine irrit‚. Et que deviendra notre couvent, si nous encourons la haine du seigneur de Campireali? Ce n'est pas cent piastres, mais bien mille, qu'il nous a donn‚es pour ˆtre all‚s relever le corps de son fils sur le champ de bataille des Ciampi, sans compter la cire.

Il faut dire en l'honneur du couvent que deux moines ƒg‚s, ayant eu connaissance de la position exacte de la jeune H‚lŠne, descendirent dans Albano, et l'allŠrent voir dans l'intention d'abord de l'amener de gr‚ ou de force … prendre son logement dans le palais de sa famille: ils savaient qu'ils seraient richement r‚compens‚s par la signora de Campireali. Tout Albano ‚tait rempli du bruit de la fuite d'H‚lŠne et du r‚cit des magnifiques promesses faites par sa mŠre … ceux qui pourraient lui donner des nouvelles de sa fille. Mais les deux moines furent tellement touch‚s du d‚sespoir de la pauvre H‚lŠne, qui croyait Jules Branciforte mort, que, bien loin de la trahir en indiquant … sa mŠre le lieu o— elle s'‚tait retir‚e, ils consentirent … lui servir d'escorte jusqu'… la forteresse de la Petrella. H‚lŠne et Marietta, toujours d‚guis‚es en ouvriers, se rendirent … pied et de nuit … une certaine fontaine situ‚e dans la forˆt de la Faggiola, … une lieue d'Albano. Les moines y avaient fait conduire des mulets, et, quand le jour fut venu, l'on se mit en route pour la Petrella. Les moines que l'on savait prot‚g‚s par le prince, ‚taient salu‚s avec respect par les soldats qu'ils rencontraient dans la forˆt; mais il n'en fut pas de mˆme des deux petits hommes qui les accompagnaient: les soldats les regardaient d'abord d'un oeil fort s‚vŠre et s'approchaient d'eux, puis ‚clataient de rire et faisaient compliment aux moines sur les grƒces de leurs muletiers.

- Taisez-vous, impies, et croyez que tout se fait par ordre du prince Colonna, r‚pondaient les moines en cheminant.

Mais la pauvre H‚lŠne avait du malheur; le prince ‚tait absent de la Petrella, et quand, trois jours aprŠs, … son retour, il lui accorda enfin une audience, il se montra trŠs dur.

- Pourquoi venez-vous ici, mademoiselle? Que signifie cette d‚marche mal avis‚e? Vos bavardages de femme ont fait p‚rir sept hommes des plus braves qui fussent en Italie, et c'est ce qu'aucun homme sens‚ ne vous pardonnera jamais. En ce monde, il faut vouloir,- ou ne pas vouloir. C'est sans doute aussi par suite de nouveaux bavardages que Jules Branciforte vient d'ˆtre d‚clar‚ sacrilŠge et condamn‚ … ˆtre tenaill‚ pendant deux heures avec des tenailles rougies au feu, et ensuite br–l‚ comme un juif, lui, un des meilleurs chr‚tiens que je connaisse! Comment e–t-on pu, sans quelque bavardage infƒme de votre part, inventer ce mensonge horrible, savoir que Jules Branciforte ‚tait … Castro le jour de l'attaque du couvent? Tous mes hommes vous diront que ce jour-l… mˆme on le voyait … la Petrella, et que, sur le soir, je l'envoyai … Velletri.

- Mais est-il vivant? s'‚criait pour la dixiŠme fois la jeune H‚lŠne fondant en larmes.

- Il est mort pour vous, reprit le prince, vous ne le reverrez jamais. Je vous conseille de retourner … votre couvent de Castro; tƒchez de ne plus commettre d'indiscr‚tions, et je vous ordonne de quitter la Petrella d'ici … une heure. Surtout ne racontez … personne que vous m'avez vu, ou je saurai vous punir.

La pauvre H‚lŠne eut l'ƒme navr‚e d'un pareil accueil de la part de ce fameux prince Colonna pour lequel Jules avait tant de respect, et qu'elle aimait parce qu'il l'aimait.

Quoi qu'en voul–t dire le prince Colonna, cette d‚marche d'H‚lŠne n'‚tait point mal avis‚e. Si elle f–t venue trois jours plus t“t … la Petrella, elle y e–t trouv‚ Jules Branciforte' sa blessure au genou le mettait hors d'‚tat de marcher, et le prince le faisait transporter au gros bourg d'Avezzano, dans le royaume de Naples. A la premiŠre nouvelle du terrible arrˆt achet‚ contre Branciforte par le seigneur de Campireali, et qui le d‚clarait sacrilŠge et violateur de couvent, le prince avait vu que dans le cas o— il s'agirait de prot‚ger Branciforte, il ne pouvait plus compter sur les trois quarts de ses hommes. Ceci ‚tait un p‚ch‚ contre la Madone, … la protection de laquelle chacun de ces brigands croyait avoir des droits particuliers. S'il se f–t trouv‚ un baril … Rome assez os‚ pour venir arrˆter Jules Branciforte au milieu de la forˆt de la Faggiola, il aurait pu r‚ussir.

En arrivant … Avezzano, Jules s'appelait Fontana, et les gens qui le transportaient furent discrets. A leur retour … la Petrella, ils annoncŠrent avec douleur que Jules ‚tait mort en route, et de ce moment chacun des soldats du prince sut qu'il y avait un coup de poignard dans le coeur pour qui prononcerait ce nom fatal.

Ce fut donc en vain qu'H‚lŠne, de retour dans Albano, ‚crivit lettres sur lettres, et d‚pensa, pour les faire porter … Branciforte, tous les sequins qu'elle avait. Les deux moines ƒg‚s, qui ‚taient devenus ses amis, car l'extrˆme beaut‚, dit le chroniqueur de Florence, ne laisse pas d'avoir quelque empire, mˆme sur les coeurs endurcis par ce que l'‚go‹sme et l'hypocrisie ont de plus bas; les deux moines, disons-nous, avertirent la pauvre fille que c'‚tait en vain qu'elle cherchait … faire parvenir un mot … Branciforte: Colonna avait d‚clar‚ qu'il ‚tait mort, et certes Jules ne reparaŒtrait au monde que quand le prince le voudrait. La nourrice d'H‚lŠne lui annon‡a en pleurant que sa mŠre venait enfin de d‚couvrir sa retraite, et que les ordres les plus s‚vŠres ‚taient donn‚s pour qu'elle f–t transport‚e de vive force au palais Campireali, dans Albano. H‚lŠne comprit qu'une fois dans ce palais sa prison pouvait ˆtre d'une s‚v‚rit‚ sans bornes, et que l'on parviendrait … lui interdire absolument toutes communications avec le dehors, tandis qu'au couvent de Castro elle aurait, pour recevoir et envoyer des lettres, les mˆmes facilit‚s que toutes les religieuses. D'ailleurs, et ce fut ce qui la d‚termina, c'‚tait dans le jardin de ce couvent que Jules avait r‚pandu son sang pour elle: elle pourrait revoir ce fauteuil de bois de la touriŠre, o— il s'‚tait plac‚ un moment pour regarder sa blessure au genou; c'‚tait l… qu'il avait donn‚ … Marietta ce bouquet tach‚ de sang qui ne la quittait plus. Elle revint donc tristement au couvent de Castro, et l'on pourrait terminer ici son histoire: ce serait bien pour elle, et peut-ˆtre aussi pour le lecteur. Nous allons, en effet, assister … la longue d‚gradation d'une ƒme noble et g‚n‚reuse. Les mesures prudentes et les mensonges de la civilisation , qui d‚sormais vont l'obs‚der de toutes parts, remplaceront les mouvements sincŠres des passions ‚nergiques et naturelles. Le chroniqueur romain fait ici une r‚flexion pleine de na‹vet‚: "Parce qu'une femme se donne la peine de faire une belle fille, elle croit avoir le talent qu'il faut pour diriger sa vie, et, parce que lorsqu'elle avait six ans, elle lui disait avec raison: Mademoiselle, redressez votre collerette lorsque cette fille a dix-huit ans et elle cinquante, lorsque cette fille a autant et plus d'esprit que sa mŠre, celle-ci, emport‚e par la manie de r‚gner, se croit le droit de diriger sa vie et mˆme d'employer le mensonge."Nous verrons que c'est Victoire Carafa, la mŠre d'H‚lŠne, qui, par une suite de moyens adroits et fort savamment combin‚s, amena la mort cruelle de sa fille si ch‚rie, aprŠs avoir fait son malheur pendant douze ans, triste r‚sultat de la manie de r‚gner.

Avant de mourir, le seigneur de Campireali avait eu la joie de voir publier dans Rome la sentence qui condamnait Branciforte … ˆtre tenaill‚ pendant deux heures avec des fers rouges dans les principaux carrefours de Rome, … ˆtre ensuite br–l‚ … petit feu, et ses cendres jet‚es dans le Tibre. Les fresques du cloŒtre de Sainte-Marie-Nouvelle, … Florence, montrent encore aujourd'hui comment on ex‚cutait ces sentences cruelles envers les sacrilŠges. En g‚n‚ral, il fallait un grand nombre de gardes pour empˆcher le peuple indign‚ de remplacer les bourreaux dans leur office. Chacun se croyait ami intime de la Madone. Le seigneur de Campireali s'‚tait encore fait lire cette sentence peu de moments avant sa mort, et avait donn‚ … l'avocat qui l'avait procur‚e sa belle terre situ‚e entre Albano et la mer. Cet avocat n'‚tait point sans m‚rite. Branciforte ‚tait condamn‚ … ce supplice atroce, et cependant aucun t‚moin n'avait dit l'avoir reconnu sous les habits de ce jeune homme d‚guis‚ en courrier, qui semblait diriger avec tant d'autorit‚ les mouvements des assaillants. La magnificence de ce don mit en ‚moi tous les intrigants de Rome. Il y avait alors … la cour un certain atone (moine), homme profond et capable de tout, mˆme de forcer le pape … lui donner le chapeau; il prenait soin des affaires du prince Colonna, et ce client terrible lui valait beaucoup de consid‚ration. Lorsque la signora de Campireali vit sa fille de retour … Castro, elle fit appeler ce atone

- Votre R‚v‚rence sera magnifiquement r‚compens‚e, si elle veut bien aider … la r‚ussite de l'affaire fort simple que je vais lui expliquer. D'ici … peu de jours, la sentence qui condamne Jules Branciforte … un supplice terrible va ˆtre publi‚e et rendue ex‚cutoire aussi dans le royaume de Naples. J'engage Votre R‚v‚rence … lire cette lettre du vice-roi, un peu mon parent, qui daigne m'annoncer cette nouvelle. Dans quel pays Branciforte pourra-t-il chercher un asile? Je ferai remettre cinquante mille piastres au prince avec priŠre de donner le tout ou partie … Jules Branciforte, sous la condition qu'il ira servir le roi d'Espagne, mon seigneur, contre les rebelles de Flandre. Le vice-roi donnera un brevet de capitaine … Branciforte, et, afin que la sentence du sacrilŠge, que j'espŠre bien aussi rendre ex‚cutoire en Espagne, ne l'arrˆte point dans sa carriŠre, il portera le nom de baron Lizzara; c'est une petite terre que j'ai dans les Abruzzes, et dont, … l'aide de ventes simul‚es, je trouverai moyen de lui faire passer la propri‚t‚. Je pense que Votre R‚v‚rence n'a jamais vu une mŠre traiter ainsi l'assassin de son fils. Avec cinq cents piastres, nous aurions pu depuis longtemps nous d‚barrasser de cet ˆtre odieux; mais nous n'avons point voulu nous brouiller avec Colonna. Ainsi daignez lui faire remarquer que mon respect pour ses droits me co–te soixante ou quatre-vingt mille piastres. Je veux n'entendre jamais parler de ce Branciforte, et sur le tout pr‚sentez mes respects au prince.

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