A>>B >>C >> D >>E
F>> G >>H>> I>> J
K >>L>> M>> N>> O
P>> R >>S>> T>> U
V >> W >> X >> Z

New Philadelphia Book Publisher Highlights Local Talent
Book and Publishing News from Publishers Newswire(tm)

Looking for Child to be on Cover of a New Book, 'The Model Child'
PHILADELPHIA, Pa. -- The Philadelphia literary world will celebrate the launch of two new players today, April 10th: Kay Square Press, a new publishing company focused on Philadelphia-area artists, their stories, and their art; and Kay Square's first release, 'With the Rich and Mighty: Emlen Etting of Philadelphia' (ISBN: 978-0-9815129-0-7), a critical biography by Kenneth C. Kaleta.

FlatSigned Press Alleges Don Imus Remarks Damage Legacy of President Gerald R. Ford
NEW YORK, N.Y. -- Nathan Yungerberg, an accomplished model scout and professional child photographer is launching a nation-wide casting call to find the cover model for his highly anticipated book release, 'The Model Child: A Parents Guide to the Child Modeling Industry' (ISBN: 978-0-9817018-0-6).

L\'Abbesse de Castro

S >> Stendhal >> L\'Abbesse de Castro

Pages:
1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8



Le atone dit que sous trois jours il irait faire une promenade du c“t‚ d'Ostie, et la signora de Campireali lui remit une bague valant mille piastres.

Quelques jours plus tard, le atone reparut dans Rome, et dit … la signora de Campireali qu'il n'avait point donn‚ connaissance de sa proposition au prince; mais qu'avant un mois le jeune Branciforte serait embarqu‚ pour Barcelone, o— elle pourrait lui faire remettre par un des banquiers de cette ville la somme de cinquante mille piastres.

Le prince trouva bien des difficult‚s auprŠs de Jules; quelques dangers que d‚sormais il d–t courir en Italie, le jeune amant ne pouvait se d‚terminer … quitter ce pays. En vain le prince laissa-t-il entrevoir que la signora de Campireali pouvait mourir; en vain promit-il que dans tous les cas, au bout de trois ans, Jules pourrait revenir voir son pays. Jules r‚pandait des larmes, mais ne consentait point. Le prince fut oblig‚ d'en venir … lui demander ce d‚part comme un service personnel; Jules ne put rien refuser … l'ami de son pŠre, mais, avant tout, il voulait prendre les ordres d'H‚lŠne. Le prince daigna se charger d'une longue lettre; et, bien plus, permit … Jules de lui ‚crire de Flandre une fois tous les mois. Enfin, l'amant d‚sesp‚r‚ s'embarqua pour Barcelone. Toutes ses lettres furent br–l‚es par le prince, qui ne voulait pas que Jules revint jamais en Italie. Nous avons oubli‚ de dire que, quoique fort ‚loign‚ par caractŠre de toute fatuit‚, le prince s'‚tait cru oblig‚ de dire, pour faire r‚ussir la n‚gociation, que c'‚tait lui qui croyait convenable d'assurer une petite fortune de cinquante mille piastres au fils unique d'un des plus fidŠles serviteurs de la maison Colonna.

La pauvre H‚lŠne ‚tait trait‚e en princesse au couvent de Castro. La mort de son pŠre l'avait mise en possession d'une fortune consid‚rable, et il lui survint des h‚ritages immenses. A l'occasion de la mort de son pŠre, elle fit donner cinq aunes de drap noir … tous ceux des habitants de Castro ou des environs qui d‚clarŠrent vouloir porter le deuil du seigneur de Campireali. Elle ‚tait encore dans les premiers jours de son grand deuil, lorsqu'une main parfaitement inconnue lui remit une lettre de Jules. Il serait difficile de peindre les transports avec lesquels cette lettre fut ouverte, non plus que la profonde tristesse qui en suivit la lecture. C'‚tait pourtant bien l'‚criture de Jules; elle fut examin‚e avec la plus s‚vŠre attention. La lettre parlait d'amour, mais quel amour, grand Dieu! La signora de Campireali, qui avait tant d'esprit, l'avait pourtant compos‚e. Son dessein ‚tait de commencer la correspondance par sept … huit lettres d'amour passionn‚; elle voulait pr‚parer ainsi les suivantes, o— l'amour semblerait s'‚teindre peu … peu.

Nous passerons rapidement sur dix ann‚es d'une vie malheureuse. H‚lŠne se croyait tout … fait oubli‚e, et cependant avait refus‚ avec hauteur les hommages des jeunes seigneurs les plus distingu‚s de Rome. Pourtant elle h‚sita un instant lorsqu'on lui parla du jeune Octave Colonna, fils aŒn‚ du fameux Fabrice, qui jadis l'avait si mal re‡ue … la Petrella. Il lui semblait que, devant absolument prendre un mari pour donner un protecteur aux terres qu'elle avait dans l'Etat romain et dans le royaume de Naples, il lui serait moins odieux de porter le nom d'un homme que jadis Jules avait aim‚. Si elle e–t consenti … ce mariage, H‚lŠne arrivait bien rapidement … la v‚rit‚ sur Jules Branciforte. Le vieux prince Fabrice parlait souvent et avec transports des traits de bravoure surhumaine du colonel Lizzara (Jules Branciforte), qui, tout … fait semblable aux h‚ros des vieux romans, cherchait … se distraire par de belles actions de l'amour malheureux qui le rendait insensible … tous les plaisirs. Il croyait H‚lŠne mari‚e depuis longtemps; la signora de Campireali l'avait environn‚, lui aussi, de mensonges.

H‚lŠne s'‚tait r‚concili‚e … demi avec cette mŠre si habile. Celle-ci d‚sirant passionn‚ment la voir mari‚e, pria son ami, le vieux cardinal Santi-Quatro, protecteur de la Visitation, et qui allait … Castro, d'annoncer en confidence aux religieuses les plus ƒg‚es du couvent que son voyage avait ‚t‚ retard‚ par un acte de grƒce. Le bon pape Gr‚goire XIII, m– de piti‚ pour l'ƒme d'un brigand nomm‚ Jules Branciforte, qui autrefois avait tent‚ de violer leur monastŠre, avait voulu, en apprenant sa mort, r‚voquer la sentence qui le d‚clarait sacrilŠge, bien convaincu que, sous le poids d'une telle condamnation, il ne pourrait jamais sortir du purgatoire, si toutefois Branciforte, surpris au Mexique et massacr‚ par des sauvages r‚volt‚s, avait eu le bonheur de n'aller qu'en purgatoire. Cette nouvelle mit en agitation tout le couvent de Castro; elle parvint … H‚lŠne, qui alors se livrait … toutes les folies de vanit‚ que peut inspirer … une personne profond‚ment ennuy‚e la possession d'une grande fortune. A partir de ce moment, elle ne sortit plus de sa chambre. Il faut savoir que, pour arriver … pouvoir placer sa chambre dans la petite loge de la portiŠre o— Jules s'‚tait r‚fugi‚ un instant dans la nuit du combat, elle avait fait reconstruire une moiti‚. de couvent. Avec des peines infinies et ensuite un scandale fort difficile … apaiser, elle avait r‚ussi … d‚couvrir et … prendre … son service les trois bravi employ‚s par Branciforte et survivant encore aux cinq qui jadis ‚chappŠrent au combat de Castro. Parmi eux se trouvait Ugone, maintenant vieux et cribl‚ de blessures. La vue de ces trois hommes avait caus‚ bien des murmures; mais enfin la crainte que le caractŠre altier d'H‚lŠne inspirait … tout le couvent l'avait emport‚, et tous les jours on les voyait, revˆtus de sa livr‚e, venir prendre ses ordres … la grille ext‚rieure, et souvent r‚pondre longuement … ses questions toujours sur le mˆme sujet.

AprŠs les six mois de r‚clusion et de d‚tachement pour toutes les choses du monde qui suivirent l'annonce de la mort de Jules, la premiŠre sensation qui r‚veilla cette ƒme d‚j… bris‚e par un malheur sans remŠde et un long ennui fut une sensation de vanit‚.

Depuis peu, l'abbesse ‚tait morte. Suivant l'usage, le cardinal Santi-Quatro, qui ‚tait encore protecteur de la Visitation malgr‚ son grand ƒge de quatre-vingt-douze ans, avait form‚ la liste des trois dames religieuses entre lesquelles le pape devait choisir une abbesse. Il fallait des motifs bien graves pour que Sa Saintet‚ l–t les deux derniers noms de la liste, elle se contentait ordinairement de passer un trait de plume sur ces noms, et la nomination ‚tait faite.

Un jour, H‚lŠne ‚tait … la fenˆtre de l'ancienne loge de la touriŠre, qui ‚tait devenue maintenant l'extr‚mit‚ de l'aile des nouveaux bƒtiments construits par ses ordres. Cette fenˆtre n'‚tait pas ‚lev‚e de plus de deux pieds au-dessus du passage arros‚ jadis du sang de Jules et qui maintenant faisait partie du jardin. H‚lŠne avait les yeux profond‚ment fix‚s sur la terre. Les trois dames que l'on savait depuis quelques heures ˆtre port‚es sur la liste du cardinal pour succ‚der … la d‚funte abbesse vinrent … passer devant la fenˆtre d'H‚lŠne. Elle ne les vit pas, et par cons‚quent ne put les saluer. L'une des trois dames fut piqu‚e et dit assez haut aux deux autres:

- Voil… une belle fa‡on pour une pensionnaire d'‚taler sa chambre aux yeux du public!

R‚veill‚e par ces paroles, H‚lŠne leva les yeux et rencontra trois regards m‚chants.

"Eh bien, se dit-elle en fermant la fenˆtre sans saluer, voici assez de temps que je suis agneau dans ce couvent, il faut ˆtre loup, quand ce ne serait que pour varier les amusements de messieurs les curieux de la ville."

Une heure aprŠs, un de ses gens, exp‚di‚ en courrier, portait la lettre suivante … sa mŠre, qui depuis dix ann‚es habitait Rome et y avait su acqu‚rir un grand cr‚dit.


"MERE TRES RESPECTABLE,

"Tous les ans tu me donnes trois cent mille francs le jour de ma fˆte; j'emploie cet argent … faire ici des folies, honorables … la v‚rit‚, mais qui n'en sont pas moins des folies. Quoique tu ne me le t‚moignes plus depuis longtemps, je sais que j'aurais deux fa‡ons de te prouver ma reconnaissance pour toutes les bonnes intentions que tu as eues … mon ‚gard. Je ne me marierai point, mais je deviendrais avec plaisir abbesse de ce couvent, ce qui m'a donn‚ cette id‚e, c'est que les trois dames que notre cardinal Santi-Quatro a port‚es sur la liste par lui pr‚sent‚e au Saint-PŠre sont mes ennemies; et quelle que soit l'‚lue, je m'attends … ‚prouver toutes sortes de vexations. Pr‚sente le bouquet de ma fˆte aux personnes auxquelles il faut l'offrir, faisons d'abord retarder de six mois la nomination, ce qui rendra folle de bonheur la prieure du couvent, mon amie intime, et qui aujourd'hui tient les rˆnes du gouvernement. Ce sera d‚j… pour moi une source de bonheur' et c'est bien rarement que je puis employer ce mot en parlant de ta fille. Je trouve mon id‚e folle; mais, si tu vois quelque chance de succŠs, dans trois jours je prendrai le voile blanc, huit ann‚es de s‚jour au couvent, sans d‚coucher, me donnant droit … une exemption de six mois. La dispense ne se refuse pas, et co–te quarante ‚cus.

"Je suis avec respect, ma v‚n‚rable mŠre, et"


Cette lettre combla de joie la signora de Campireali. Lorsqu'elle la re‡ut, elle se repentait vivement d'avoir fait annoncer … sa fille la mort de Branciforte; elle ne savait comment se terminerait cette profonde m‚lancolie o— elle ‚tait tomb‚e; elle pr‚voyait quelque coup de tˆte, elle allait jusqu'… craindre que sa fille ne voul–t aller visiter au Mexique le lieu o— l'on avait pr‚tendu que Branciforte avait ‚t‚ massacr‚, auquel cas il ‚tait trŠs possible qu'elle apprŒt … Madrid le vrai nom du colonel Lizzara. D'un autre c“t‚, ce que sa fille demandait par son courrier ‚tait la chose du monde la plus difficile et l'on peut mˆme dire la plus absurde. Une jeune fille qui n'‚tait pas mˆme religieuse, et qui d'ailleurs n'‚tait connue que par la folle passion d'un brigand, que peut-ˆtre elle avait partag‚e, ˆtre mise … la tˆte d'un couvent o— tous les princes romains comptaient quelques parentes! Mais, pensa la signora de Campireali, on dit que tout procŠs peut ˆtre plaid‚ et par cons‚quent gagn‚. Dans sa r‚ponse, Victoire Carafa donna des esp‚rances … sa fille, qui, en g‚n‚ral, n'avait que des volont‚s absurdes, mais par compensation s'en d‚go–tait trŠs facilement. Dans la soir‚e, en prenant des informations sur tout ce qui, de prŠs ou de loin, pouvait tenir au couvent de Castro, elle apprit que depuis plusieurs mois son ami le cardinal Santi-Quatro avait beaucoup d'humeur: il voulait marier sa niŠce … don Octave Colonna, fils aŒn‚ du prince Fabrice, dont il a ‚t‚ parl‚ si souvent dans la pr‚sente histoire. Le prince lui offrait son second fils don Lorenzo, parce que, pour arranger sa fortune; ‚trangement compromise par la guerre que le roi de Naples et le pape, enfin d'accord, faisaient aux brigands de la Faggiola, il fallait que la femme de son fils aŒn‚ apportƒt une dot de six cent mille piastres (3 210 000 francs) dans la maison Colonna. Or le cardinal Santi-Quatro, mˆme en d‚sh‚ritant de la fa‡on la plus ridicule tous ses autres parents, ne pouvait offrir qu'une fortune de trois cent quatre-vingts ou quatre cent mille ‚cus.

Victoire Carafa passa la soir‚e et une partie de la nuit … se faire confirmer ces faits par tous les amis du vieux Santi-Quatro. Le lendemain, dŠs sept heures, elle se fit annoncer chez le vieux cardinal.

- Eminence, lui dit-elle, nous sommes bien vieux tous les deux, il est inutile de chercher … nous tromper, en donnant de beaux noms … des choses qui ne sont pas belles; je viens vous proposer une folie; tout ce que je puis dire pour elle, c'est qu'elle n'est pas odieuse; mais j'avouerai que je la trouve souverainement ridicule. Lorsqu'on traitait le mariage de don Octave Colonna avec ma fille H‚lŠne, j'ai pris de l'amiti‚ pour ce jeune homme, et, le jour de son mariage, je vous remettrai deux cent mille piastres en terres ou en argent, que je vous prierai de lui faire tenir. Mais, pour qu'une pauvre veuve telle que moi puisse faire un sacrifice aussi ‚norme, il faut que ma fille H‚lŠne, qui a pr‚sentement vingt-sept ans, et qui depuis l'ƒge de dix-neuf ans n'a pas d‚couch‚ du couvent, soit faite abbesse de Castro; il faut pour cela retarder l'‚lection de six mois; la chose est canonique.

- Que dites-vous, madame? s'‚cria le vieux cardinal hors de lui; Sa Saintet‚ elle-mˆme ne pourrait pas faire ce que vous venez demander … un pauvre vieillard impotent.

- Aussi ai-je dit … Votre Eminence que la chose ‚tait ridicule: les sots la trouveront folle; mais les gens bien instruits de ce qui se passe … la cour penseront que notre excellent prince, le bon pape Gr‚groire XIII, a voulu r‚compenser les loyaux et longs services de Votre Eminence en facilitant un mariage que tout Rome sait qu'elle d‚sire. Du reste, la chose est fort possible, tout … fait canonique, j'en r‚ponds; ma fille prendra le voile blanc dŠs demain.

- Mais la simonie, madame!... s'‚cria le vieillard d'une voix terrible.

La signora de Campireali s'en allait.

- Quel est ce papier que vous laissez?

- C'est la liste des terres que je pr‚senterais comme valant deux cent mille piastres si l'on ne voulait pas d'argent comptant; le changement de propri‚t‚ de ces terres pourrait ˆtre tenu secret pendant fort longtemps; par exemple, la maison Colonna me ferait des procŠs que je perdrais...

- Mais la simonie, madame, l'effroyable simonie!

- Il faut commencer par diff‚rer l'‚lection de six mois, demain je viendrai prendre les ordres de Votre Eminence.

Je sens qu'il faut expliquer pour les lecteurs n‚s au nord des Alpes le ton presque officiel de plu sieurs parties de ce dialogue; je rappellerai que, dans les pays strictement catholiques, la plupart des dialogues sur les sujets scabreux finissent par arriver au confessionnal, et alors il n'est rien moins qu'indiff‚rent de s'ˆtre servi d'un mot respectueux ou d'un terme ironique.

Le lendemain dans la journ‚e, Victoire Carafa sut que, par suite d'une grande erreur de fait, d‚couverte dans la liste des trois dames pr‚sent‚es pour la place d'abbesse de Castro, cette ‚lection ‚tait diff‚r‚e de six mois: la seconde dame port‚e sur la liste avait un ren‚gat dans sa famille; un de ses grands-oncles s'‚tait fait protestant … Udine.

La signora de Campireali crut devoir faire une d‚marche auprŠs du prince Fabrice Colonna, … la maison duquel elle allait offrir une si notable augmentation de fortune. AprŠs deux jours de soins, elle parvint … obtenir une entrevue dans un village voisin de Rome, mais elle sortit tout effray‚e de cette audience, elle avait trouv‚ le prince, ordinairement si calme, tellement pr‚occup‚ de la gloire militaire du colonel Lizzara (Jules Branciforte), qu'elle avait jug‚ absolument inutile de lui demander le secret sur cet article. Le colonel ‚tait pour lui comme un fils, et, mieux encore, comme un ‚lŠve favori. Le prince passait sa vie … lire et relire certaines lettres arriv‚es de Flandre. Que devenait le dessein favori auquel la signora de Campireali sacrifiait tant de choses depuis dix ans, si sa fille apprenait l'existence et la gloire du colonel Lizzara?

Je crois devoir passer sous silence beaucoup de circonstances qui, … la v‚rit‚, peignent les moeurs de cette ‚poque, mais qui me semblent tristes … raconter. L'auteur du manuscrit romain s'est donn‚ des peines infinies pour arriver … la date exacte de ces d‚tails que je supprime.

Deux ans aprŠs l'entrevue de la signora de Campireali avec le prince Colonna, H‚lŠne ‚tait abbesse de Castro; mais le vieux cardinal Santi-Quatro ‚tait mort de douleur aprŠs ce grand acte de` simonie. En ce temps-l…', Castro avait pour ‚vˆque le plus bel homme de la cour du pape, monsignor Francesco Cittadini, noble de la ville de Milan. Ce jeune homme, remarquable par ses grƒces modestes et son ton de dignit‚, eut des rapports fr‚quents avec l'abbesse de la Visitation … l'occasion surtout du nouveau cloŒtre dont elle entreprit d'embellir son couvent. Ce jeune ‚vˆque Cittadini, alors ƒg‚ de vingt-neuf ans, devint amoureux fou de cette belle abbesse. Dans le procŠs qui fut dress‚ un an plus tard, une foule de religieuses, entendues comme t‚moins, rapportent que l'‚vˆque multipliait le plus possible ses visites au couvent, disant souvent … leur abbesse:

- Ailleurs je commande, et, je l'avoue … ma honte, j'y trouve quelque plaisir; auprŠs de vous j'ob‚is comme un esclave, mais avec un plaisir qui surpasse de bien loin celui de commander ailleurs. Je me trouve sous l'influence d'un ˆtre sup‚rieur; quand je l'essayerais, je ne pourrais avoir d'autre volont‚ que la sienne, et j'aimerais mieux me voir pour une ‚ternit‚ le dernier de ses esclaves que d'ˆtre roi loin de ses yeux.

Les t‚moins rapportent qu'au milieu de ces phrases ‚l‚gantes souvent l'abbesse lui ordonnait de se taire, et en des termes durs et qui montraient le m‚pris.

- A vrai dire, continue un autre t‚moin, madame le traitait comme un domestique; dans ces cas-l…, le pauvre ‚vˆque baissait les yeux, se mettait … pleurer, mais ne s'en allait point. Il trouvait tous les jours de nouveaux pr‚textes pour reparaŒtre au couvent, ce qui scandalisait fort les confesseurs des religieuses et les ennemies de l'abbesse. Mais madame l'abbesse ‚tait vivement d‚fendue par la prieure, son amie intime, et qui, sous ses ordres imm‚diats, exer‡ait le' gouvernement int‚rieur.

- Vous savez, mes nobles soeurs, disait celle-ci, que, depuis cette passion contrari‚e que notre abbesse ‚prouva dans sa premiŠre jeunesse pour un soldat d'aventure, il lui est rest‚ beaucoup de bizarrerie dans les id‚es; mais vous savez toutes que son caractŠre a ceci de remarquable, que jamais elle ne revient sur le compte des gens pour lesquels elle a montr‚ du m‚pris. Or, dans toute sa vie peut-ˆtre, elle n'a pas prononc‚ autant de paroles outrageantes qu'elle en a adress‚ en notre pr‚sence au pauvre monsignor Cittadini. Tous les jours, nous voyons celui-ci subir des traitements qui nous font rougir pour sa haute dignit‚.

- Oui, r‚pondaient les religieuses scandalis‚es, mais il revient tous les jours; donc, au fond, il n'est pas si maltrait‚, et, dans tous les cas, cette apparence d'intrigue nuit … la consid‚ration du saint ordre de la Visitation.

Le maŒtre le plus dur n'adresse pas au valet le plus inepte le quart des injures dont tous les jours l'altiŠre abbesse accablait ce jeune ‚vˆque aux fa‡ons si onctueuses; mais il ‚tait amoureux, et avait apport‚ de son pays cette maxime fondamentale, qu'une fois une entreprise de ce genre commenc‚e, il ne faut plus s'inqui‚ter que du but, et ne pas regarder les moyens.

- Au bout du compte, disait l'‚vˆque … son confident C‚sar del Bene, le m‚pris est pour l'amant qui s'est d‚sist‚ de l'attaque avant d'y ˆtre contraint par des moyens de force majeure.

Maintenant ma triste tƒche va se borner … donner un extrait n‚cessairement fort sec du procŠs … la suite duquel H‚lŠne trouva la mort. Ce procŠs, que j'ai lu dans une bibliothŠque dont je dois taire le nom, ne forme pas moins de huit volumes in-folio. L'interrogatoire et le raisonnement sont en langue latine, les r‚ponses en italien. J'y vois qu'au mois de novembre 1572, sur les onze heures du soir, le jeune ‚vˆque se rendit seul … la porte de l'‚glise o— toute la journ‚e les fidŠles sont admis, l'abbesse elle-mˆme lui ouvrit cette porte, et lui permit de la suivre. Elle le re‡ut dans une chambre qu'elle occupait souvent et qui communiquait par une porte secrŠte aux tribunes qui rŠgnent sur les nefs de l'‚glise. Une heure s'‚tait … peine ‚coul‚e lorsque l'‚vˆque, fort surpris, fut renvoy‚ chez lui; l'abbesse elle-mˆme le reconduisit … la porte de l'‚glise, et lui dit ces propres paroles:

- Retournez … votre palais et quittez-moi bien vite. Adieu, monseigneur, vous me faites horreur; il me semble que je me suis donn‚e … un laquais.

Toutefois, trois mois aprŠs, arriva le temps du carnaval. Les gens de Castro ‚taient renomm‚s par les fˆtes qu'ils se donnaient entre eux … cette ‚poque, la ville entiŠre retentissait du bruit des mascarades. Aucune ne manquait de passer devant une petite fenˆtre qui donnait un jour de souffrance … une certaine ‚curie du couvent. L'on sent bien que trois mois avant le carnaval cette ‚curie ‚tait chang‚e en salon, et qu'elle ne d‚semplissait pas les jours de mascarade. Au milieu de toutes les folies du public, l'‚vˆque vint … passer dans son carrosse; l'abbesse lui fit un signe, et, la nuit suivante, … une heure, il ne manqua pas de se trouver … la porte de l'‚glise. Il entra; mais, moins de trois quarts d'heure aprŠs, il fut renvoy‚ avec colŠre. Depuis le premier rendez-vous au mois de novembre, il continuait … venir au couvent … peu prŠs tous les huit jours. On trouvait sur sa figure un petit air de triomphe et de sottise qui n'‚chappait … personne, mais qui avait le privilŠge de choquer grandement le caractŠre altier de la jeune abbesse. Le lundi de Pƒques, entre autres jours, elle le traita comme le dernier des hommes, et lui adressa des paroles que le plus pauvre des hommes de peine du couvent n'e–t pas support‚es. Toutefois, peu de jours aprŠs, elle lui fit un signe … la suite duquel le bel ‚vˆque ne manqua pas de se trouver' … minuit, … la porte de l'‚glise; elle l'avait fait venir pour lui apprendre qu'elle ‚tait enceinte. A cette annonce, dit le procŠs, le beau jeune homme pƒlit d'horreur et devint tout … fait stupide de peur. L'abbesse eut la fiŠvre: elle fit appeler le m‚decin, et ne lui fit point mystŠre de son ‚tat. Cet homme connaissait le caractŠre g‚n‚reux de la malade, et lui promit de la tirer d'affaire. Il commen‡a par la mettre en relation avec une femme du peuple jeune et jolie, qui, sans porter le titre de sage-femme, en avait les talents. Son mari ‚tait boulanger. H‚lŠne fut contente de la conversation de cette femme, qui lui d‚clara que, pour l'ex‚cution des projets … l'aide desquels elle esp‚rait la sauver, il ‚tait n‚cessaire qu'elle e–t deux confidentes dans le couvent.

- Une femme comme vous, … la bonne heure, mais une de mes ‚gales! non; sortez de ma pr‚sence.

La sage-femme se retira. Mais, quelques heures plus tard, H‚lŠne, ne trouvant pas prudent de s'exposer aux bavardages de cette femme, fit appeler le m‚decin, qui la renvoya au couvent, o— elle fut trait‚e g‚n‚reusement. Cette femme jura que, mˆme non rappel‚e, elle n'e–t jamais divulgu‚ le secret confi‚; mais elle d‚clara de nouveau que, s'il n'y avait pas dans l'int‚rieur du couvent deux femmes d‚vou‚es aux int‚rˆts de l'abbesse et sachant tout, elle ne pouvait se mˆler de rien. (Sans doute elle songeait … l'accusation d'infanticide.) AprŠs y avoir beaucoup r‚fl‚chi, l'abbesse r‚solut de confier ce terrible secret … madame Victoire, prieure du couvent, de la noble famille des ducs de C..., et … madame Bernarde, fille du marquis P... Elle leur fit jurer sur leurs br‚viaires de ne jamais dire un mot, mˆme au tribunal de la p‚nitence, de ce qu'elle allait leur confier. Ces dames restŠrent glac‚es de terreur. Elles avouent, dans leurs interrogatoires, que, pr‚occup‚es du caractŠre si altier de leur abbesse, elles s'attendirent … l'aveu de quelque meurtre. L'abbesse leur dit d'un air simple et froid:

- J'ai manqu‚ … tous mes devoirs, je suis enceinte.

Madame Victoire, la prieure, profond‚ment ‚mue et troubl‚e par l'amiti‚ qui, depuis tant d'ann‚es, l'unissait … H‚lŠne, et non pouss‚e par une vaine curiosit‚, s'‚cria les larmes aux yeux:

- Quel est donc l'imprudent qui a commis ce crime?

- Je ne l'ai pas dit mˆme … mon confesseur; jugez si je veux le dire … vous!

Ces deux dames d‚lib‚rŠrent aussit“t sur les moyens de cacher ce fatal secret au reste du couvent. Elles d‚cidŠrent d'abord que le lit de l'abbesse serait transport‚ de sa chambre actuelle, lieu tout … fait central, … la pharmacie que l'on venait d'‚tablir dans l'endroit le plus recul‚ du couvent, au troisiŠme ‚tage du grand bƒtiment ‚lev‚ par la g‚n‚rosit‚ d'H‚lŠne. C'est dans ce lieu que l'abbesse donna le jour … un enfant mƒle. Depuis trois semaines la femme du boulanger ‚tait cach‚e dans l'appartement de la prieure. Comme cette femme marchait avec rapidit‚ le long du cloŒtre, emportant l'enfant, celui-ci jeta des cris, et, dans sa terreur, cette femme se r‚fugia dans la cave. Une heure aprŠs, madame Bernarde, aid‚e du m‚decin, parvint … ouvrir une petite porte du jardin, la femme du boulanger sortit rapidement du couvent et bient“t aprŠs de la ville. Arriv‚e en rase campagne et poursuivie par une terreur panique, elle se r‚fugia dans une grotte que le hasard lui fit rencontrer dans certains rochers. L'abbesse ‚crivit … C‚sar del Bene, confident et premier valet de chambre de l'‚vˆque, qui courut … la grotte qu'on lui avait indiqu‚e, il ‚tait … cheval: il prit l'enfant dans ses bras, et partit au galop pour Montefiascone. L'enfant fut baptis‚ dans l'‚glise de Sainte-Marguerite, et re‡ut le nom d'Alexandre. L'h“tesse du lieu avait procur‚ une nourrice … laquelle C‚sar remit huit ‚cus: beaucoup de femmes s'‚tant rassembl‚es autour de l'‚glise pendant la c‚r‚monie du baptˆme, demandŠrent … grands cris au seigneur C‚sar le nom du pŠre de l'enfant.

Pages:
1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8
Copyright (c) 2007. fullstories.net. All rights reserved.