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New Philadelphia Book Publisher Highlights Local Talent
Book and Publishing News from Publishers Newswire(tm)

Looking for Child to be on Cover of a New Book, 'The Model Child'
PHILADELPHIA, Pa. -- The Philadelphia literary world will celebrate the launch of two new players today, April 10th: Kay Square Press, a new publishing company focused on Philadelphia-area artists, their stories, and their art; and Kay Square's first release, 'With the Rich and Mighty: Emlen Etting of Philadelphia' (ISBN: 978-0-9815129-0-7), a critical biography by Kenneth C. Kaleta.

FlatSigned Press Alleges Don Imus Remarks Damage Legacy of President Gerald R. Ford
NEW YORK, N.Y. -- Nathan Yungerberg, an accomplished model scout and professional child photographer is launching a nation-wide casting call to find the cover model for his highly anticipated book release, 'The Model Child: A Parents Guide to the Child Modeling Industry' (ISBN: 978-0-9817018-0-6).

La Chartreuse de Parme

S >> Stendhal >> La Chartreuse de Parme

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Fabrice doubla le pas, les femmes le suivirent en criant, et beaucoup de pauvres mƒles, accourant par toutes les rues, firent une sorte de petite s‚dition. Toute cette foule horriblement sale et ‚nergique criait:

- Excellence.

Fabrice eut beaucoup de peine … se d‚livrer de la cohue, cette scŠne rappela son imagination sur la terre."Je n'ai que ce que je m‚rite, se dit-il, je me suis frott‚ … la canaille."

Deux femmes le suivirent jusqu'… la porte de Saragosse par laquelle il sortait de la ville'. P‚p‚ les arrˆta en les mena‡ant s‚rieusement de sa canne, et leur jetant quelque monnaie. Fabrice monta la charmante colline de San Michele in Bosco, fit le tour d'une partie de la ville en dehors des murs, prit un sentier, arriva … cinq cents pas sur la route de Florence, puis rentra dans Bologne et remit gravement au commis de la police un passeport o— son signalement ‚tait not‚ d'une fa‡on fort exacte. Ce passeport le nommait Joseph Bossi, ‚tudiant en th‚ologie. Fabrice y remarqua une petite tache d'encre rouge jet‚e, comme par hasard, au bas de la feuille vers l'angle droit. Deux heures plus tard il eut un espion … ses trousses, … cause du titre d'Excellence que son compagnon lui avait donn‚ devant les pauvres de Saint-P‚trone, quoique son passeport ne portƒt aucun des titres qui donnent … un homme le droit de se faire appeler excellence par ses domestiques.

Fabrice vit l'espion, et s'en moqua fort; il ne songeait plus ni aux passeports ni … la police, et s'amusait de tout comme un enfant. P‚p‚, qui avait ordre de rester auprŠs de lui, le voyant fort content de Ludovic, aima mieux aller porter lui-mˆme de si bonnes nouvelles … la duchesse. Fabrice ‚crivit deux trŠs longues lettres aux personnes qui lui ‚taient chŠres; puis il eut l'id‚e d'en ‚crire une troisiŠme au v‚n‚rable archevˆque Landriani. Cette lettre produisit un effet merveilleux, elle contenait un r‚cit fort exact du combat avec Giletti. Le bon archevˆque tout attendri, ne manqua pas d'aller lire cette lettre au prince, qui voulut bien l'‚couter, assez curieux de voir comment ce jeune monsignore s'y prenait pour excuser un meurtre aussi ‚pouvantable. Grƒce aux nombreux amis de la marquise Raversi le prince ainsi que toute la ville de Parme croyait que Fabrice s'‚tait fait aider par vingt ou trente paysans pour assommer un mauvais com‚dien qui avait l'insolence de lui disputer la petite Marietta. Dans les cours despotiques, le premier intrigant adroit dispose de la v‚rit‚, comme la mode en dispose … Paris.

- Mais, que diable! disait le prince … l'archevˆque, on fait faire ces choses-l… par un autre; mais les faire soi-mˆme, ce n'est pas l'usage; et puis on ne tue pas un com‚dien tel que Giletti, on l'achŠte.

Fabrice ne se doutait en aucune fa‡on de ce qui se passait … Parme. Dans le fait, il s'agissait de savoir si la mort de ce com‚dien, qui de son vivant gagnait trente-deux francs par mois, amŠnerait la chute du ministŠre ultra et de son chef le comte Mosca.

En apprenant la mort de Giletti, le prince, piqu‚ des airs d'ind‚pendance que se donnait la duchesse, avait ordonn‚ au fiscal g‚n‚ral Rassi de traiter tout ce procŠs comme s'il se f–t agi d'un lib‚ral. Fabrice, de son c“t‚, croyait qu'un homme de son rang ‚tait au-dessus des lois; il ne calculait pas que dans les pays o— les grands noms ne sont jamais punis, l'intrigue peut tout, mˆme contre eux. Il parlait souvent … Ludovic de sa parfaite innocence qui serait bien vite proclam‚e; sa grande raison c'est qu'il n'‚tait pas coupable. Sur quoi Ludovic lui dit un jour:

- Je ne con‡ois pas comment Votre Excellence, qui a tant d'esprit et d'instruction, prend la peine de dire de ces choses-l… … moi qui suis son serviteur d‚vou‚, Votre Excellence use de trop de pr‚cautions, ces choses-l… sont bonnes … dire en public ou devant un tribunal.

"Cet homme me croit un assassin et ne m'en aime pas moins", se dit Fabrice, tombant de son haut.

Trois jours aprŠs le d‚part de P‚p‚, il fut bien ‚tonn‚ de recevoir une lettre ‚norme ferm‚e avec une tresse de soie comme du temps de Louis XIV, et adress‚e … Son Excellence r‚v‚rendissime monseigneur Fabrice del Dongo, premier grand-vicaire du diocŠse de Parme, chanoine, etc.

"Mais, est-ce que je suis encore tout cela?"se dit-il en riant. L'‚pŒtre de l'archevˆque Landriani ‚tait un chef-d'oeuvre de logique et de clart‚; elle n'avait pas moins de dix-neuf grandes pages, et racontait fort bien tout ce qui s'‚tait pass‚ … Parme … l'occasion de la mort de Giletti.


Une arm‚e fran‡aise command‚e par le mar‚chal Ney et marchant sur la ville n'aurait pas produit plus d'effet, lui disait le bon archevˆque; … l'exception de la duchesse et de moi, mon trŠs cher fils, tout le monde croit que vous vous ˆtes donn‚ le plaisir de tuer l'histrion Giletti. Ce malheur vous f–t-il arriv‚ ce sont de ces choses qu'on assoupit avec deux cents louis et une absence de six mois, mais la Raversi veut renverser le comte Mosca … l'aide de cet incident. Ce n'est point l'affreux p‚ch‚ du meurtre que le public blƒme en vous, c'est uniquement la maladresse ou plut“t l'insolence de ne pas avoir daign‚ recourir … un bulo (sorte de fier-…-bras subalterne). Je vous traduis ici en termes clairs les discours qui m'environnent, car depuis ce malheur … jamais d‚plorable, je me rends tous les jours dans trois maisons des plus consid‚rables de la ville pour avoir l'occasion de vous justifier. Et jamais je n'ai cru faire un plus saint usage du peu d'‚loquence que le Ciel a daign‚ m'accorder.


Les ‚cailles tombaient des yeux de Fabrice, les nombreuses lettres de la duchesse, remplies de transports d'amiti‚, ne daignaient jamais raconter. La duchesse lui jurait de quitter Parme … jamais, si bient“t il n'y rentrait triomphant.

"Le comte fera pour toi, lui disait-elle dans la lettre qui accompagnait celle de l'archevˆque, tout ce qui est humainement possible. Quant … moi, tu as chang‚ mon caractŠre avec cette belle ‚quip‚e; je suis maintenant aussi avare que le banquier Tombone; j'ai renvoy‚ tous mes ouvriers, j'ai fait plus, j'ai dict‚ au comte l'inventaire de ma fortune, qui s'est trouv‚e bien moins consid‚rable que je ne le pensais. AprŠs la mort de l'excellent comte Pietranera, que, par parenthŠses, tu aurais bien plut“t d– venger, au lieu de t'exposer contre un ˆtre de l'espŠce de Giletti, je restai avec douze cents livres de rente et cinq mille francs de dette; je me souviens, entre autres choses, que j'avais deux douzaines et demie de souliers de satin blanc venant de Paris, et une seule paire de souliers pour marcher dans la rue. Je me suis presque d‚cid‚e … prendre les trois cent mille francs que me laisse le duc, et que je voulais employer en entier … lui ‚lever un tombeau magnifique. Au reste, c'est la marquise Raversi qui est ta principale ennemie, c'est-…-dire la mienne; si tu t'ennuies seul … Bologne, tu n'as qu'… dire un mot, j'irai te rejoindre. Voici quatre nouvelles lettres de change, etc."

La duchesse ne disait mot … Fabrice de l'opinion qu'on avait … Parme sur son affaire, elle voulait avant tout le consoler et, dans tous les cas, la mort d'un ˆtre ridicule tel que Giletti ne lui semblait pas de nature … ˆtre reproch‚e s‚rieusement … un del Dongo.

- Combien de Giletti nos ancˆtres n'ont-ils pas envoy‚s dans l'autre monde, disait-elle au comte, sans que personne se soit mis en tˆte de leur en faire un reproche?

Fabrice tout ‚tonn‚, et qui entrevoyait pour la premiŠre fois le v‚ritable ‚tat des choses, se mit … ‚tudier la lettre de l'archevˆque. Par malheur, l'archevˆque lui-mˆme le croyait plus au fait qu'il ne l'‚tait r‚ellement. Fabrice comprit que ce qui faisait surtout le triomphe de la marquise Raversi, c'est qu'il ‚tait impossible de trouver des t‚moins de visu de ce fatal combat. Le valet de chambre qui le premier en avait apport‚ la nouvelle … Parme ‚tait … l'auberge du village Sanguigna lorsqu'il avait eu lieu; la petite Marietta et la vieille femme qui lui servait de mŠre avaient disparu, et la marquise avait achet‚ le veturino qui conduisait la voiture et qui faisait maintenant une d‚position abominable.


Quoique la proc‚dure soit environn‚e du plus profond mystŠre, ‚crivait le bon archevˆque avec son style cic‚ronien, et dirig‚e par le fiscal g‚n‚ral Rassi dont la seule charit‚ chr‚tienne peut m'empˆcher de dire du mal, mais qui a fait sa fortune en s'acharnant aprŠs les malheureux accus‚s comme le chien de chasse aprŠs le liŠvre; quoique le Rassi, dis-je, dont votre imagination ne saurait s'exag‚rer la turpitude et la v‚nalit‚, ait ‚t‚ charg‚ de la direction du procŠs par un prince irrit‚, j'ai pu lire les trois d‚positions du veturino. Par un insigne bonheur, ce malheureux se contredit. Et j'ajouterai, parce que je parle … mon vicaire g‚n‚ral, … celui qui, aprŠs moi, doit avoir la direction de ce diocŠse, que j'ai mand‚ le cur‚ de la paroisse qu'habite ce p‚cheur ‚gar‚. Je vous dirai, mon trŠs cher fils, mais sous le secret de la confession, que ce cur‚ connaŒt d‚j…, par la femme du veturino, le nombre d'‚cus qu'il a re‡us de la marquise Raversi, je n'oserai dire que la marquise a exig‚ de lui de vous calomnier, mais le fait est probable. Les ‚cus ont ‚t‚ remis par un malheureux prˆtre qui remplit des fonctions peu relev‚es auprŠs de cette marquise, et auquel j'ai ‚t‚ oblige d'interdire la messe pour la seconde fois. Je ne vous fatiguerai point du r‚cit de plusieurs autres d‚marches que vous deviez attendre de moi, et qui d'ailleurs rentrent dans mon devoir. Un chanoine, votre collŠgue … la cath‚drale, et qui d'ailleurs se souvient un peu trop quelquefois de l'influence que lui donnent les biens de sa famille, don t, par la permission divine, il est rest‚ le seul h‚ritier, s'‚tant permis de dire chez M. le comte Zurla, ministre de l'Int‚rieur, qu'il regardait cette bagatelle comme prouv‚e contre vous (il parlait de l'assassinat du malheureux Giletti), je l'ai fait appeler devant moi, et l…, en pr‚sence de mes trois autres vicaires g‚n‚raux, de mon aum“nier et de deux cur‚s qui se trouvaient dans la salle d'attente, je l'ai pri‚ de nous communiquer, … nous ses frŠres, les ‚l‚ments de la conviction complŠte qu'il disait avoir acquise contre un de ses collŠgues … la cath‚drale; le malheureux n'a pu articuler que des raisons peu concluantes; tout le monde s'est ‚lev‚ contre lui, et quoique je n'aie cru devoir ajouter que bien peu de paroles, il a fondu en larmes et nous a rendus t‚moins du plein aveu de son erreur complŠte, sur quoi je lui ai promis le secret en mon nom et en celui de toutes les personnes qui avaient assist‚ … cette conf‚rence, sous la condition toutefois qu'il mettrait tout son zŠle … rectifier les fausses impressions qu'avaient pu causer les discours par lui prof‚r‚s depuis quinze jours.

Je ne vous r‚p‚terai point, mon cher fils, ce que vous devez savoir depuis longtemps, c'est-…-dire que des trente-deux paysans employ‚s … la fouille entreprise par le comte Mosca et que la Raversi pr‚tend sold‚s par vous pour vous aider dans un crime, trente-deux ‚taient au fond de leur foss‚, tout occup‚s de leurs travaux, lorsque vous vous saisŒtes du couteau de chasse et l'employƒtes … d‚fendre votre vie contre l'homme qui vous attaquait … l'improviste. Deux d'entre eux, qui ‚taient hors du foss‚, criŠrent aux autres: On assassine Monseigneur! Ce cri seul montre votre innocence dans tout son ‚clat. Eh bien! le fiscal g‚n‚ral Rassi pr‚tend que ces deux hommes ont disparu; bien plus, on a retrouv‚ huit des hommes qui ‚taient au fond du foss‚; dans leur premier interrogatoire six ont d‚clar‚ avoir entendu le cri on assassine Monseigneur! Je sais, par voies indirectes, que dans leur cinquiŠme interrogatoire, qui a eu lieu hier soir, cinq ont d‚clar‚ qu'ils ne se souvenaient pas bien s'ils avaient entendu distinctement ce cri ou si seulement il leur avait ‚t‚ racont‚ par quelqu'un de leurs camarades. Des ordres sont donn‚s pour que l'on me fasse connaŒtre la demeure de ces ouvriers terrassiers, et leurs cur‚s leur feront comprendre qu'ils se damnent si, pour gagner quelques ‚cus, ils se laissent aller … alt‚rer la v‚rit‚.


Le bon archevˆque entrait dans des d‚tails infinis, comme on peut en juger par ceux que nous venons de rapporter. Puis il ajoutait en se servant de la langue latine:


Cette affaire n'est rien moins qu'une tentative de changement de ministŠre'. Si vous ˆtes condamn‚, ce ne peut ˆtre qu'aux galŠres ou … la mort, auquel cas j'interviendrais en d‚clarant, du haut de ma chaire archi‚piscopale, que je sais que vous ˆtes innocent, que vous avez tout simplement d‚fendu votre vie contre un brigand, et qu'enfin je vous ai d‚fendu de revenir … Parme tant que vos ennemis y triompheront; je me propose mˆme de stigmatiser, comme il le m‚rite, le fiscal g‚n‚ral; la haine contre cet homme est aussi commune que l'estime pour son caractŠre est rare. Mais enfin la veille du jour o— ce fiscal prononcera cet arrˆt si injuste, la duchesse Sanseverina quittera la ville et peut-ˆtre les Etats de Parme: dans ce cas l'on ne fait aucun doute que le comte ne donne sa d‚mission. Alors, trŠs probablement, le g‚n‚ral Fabio Conti arrive au ministŠre, et la marquise Raversi triomphe. Le grand mal de votre affaire, c'est qu'aucun homme entendu n'est charg‚ en chef des d‚marches n‚cessaires pour mettre au jour votre innocence et d‚jouer les tentatives faites pour suborner des t‚moins. Le comte croit remplir ce r“le; mais il est trop grand seigneur pour descendre … de certains d‚tails; de plus, en sa qualit‚ de ministre de la Police, il a d– donner, dans le premier moment, les ordres les plus s‚vŠres contre vous. Enfin, oserai-je dire? Notre souverain seigneur vous croit coupable, ou du moins simule cette croyance, et apporte quelque aigreur dans cette affaire.

(Les mots correspondant … notre souverain seigneur et … simule cette croyance ‚taient en grec et Fabrice sut un gr‚ infini … l'archevˆque d'avoir os‚ les ‚crire. Il coupa avec un canif cette ligne de sa lettre, et la d‚truisit sur-le-champ.)

Fabrice s'interrompit vingt fois en lisant cette lettre; il ‚tait agit‚ des transports de la plus vive reconnaissance: il r‚pondit … l'instant par une lettre de huit pages. Souvent il fut oblig‚ de relever la tˆte pour que ses larmes ne tombassent pas sur son papier. Le lendemain, au moment de cacheter cette lettre, il en trouva le ton trop mondain."Je vais l'‚crire en latin, se dit-il, elle en paraŒtra plus convenable au digne archevˆque."Mais en cherchant … construire de belles phrases latines bien longues, bien imit‚es de Cic‚ron, il se rappela qu'un jour l'archevˆque, lui parlant de Napol‚on, affectait de l'appeler Buonaparte … l'instant disparut toute l'‚motion qui la veill‚ le touchait jusqu'aux larmes."O roi d'Italie, s'‚cria-t-il cette fid‚lit‚ que tant d'autres t'ont jur‚e de ton vivant, je te la garderai aprŠs ta mort. Il m'aime, sans doute, mais parce que je suis un del Dongo et lui le fils d'un bourgeois."Pour que sa belle lettre en italien ne f–t pas perdue, Fabrice y fit quelques changements n‚cessaires, et l'adressa au comte Mosca.

Ce jour-l… mˆme, Fabrice rencontra dans la rue la petite Marietta; elle devint rouge de bonheur, et lui fit signe de la suivre sans l'aborder. Elle gagna rapidement un portique d‚sert, l…, elle avan‡a encore la dentelle noire qui, suivant la mode du pays, lui couvrait la tˆte, de fa‡on … ce qu'elle ne p–t ˆtre reconnue; puis, se retournant vivement:

- Comment se fait-il, dit-elle … Fabrice, que vous marchiez ainsi librement dans la rue?

Fabrice lui raconta son histoire.

- Grand Dieu! vous avez ‚t‚ … Ferrare! Moi qui vous y ai tant cherch‚! Vous saurez que je me suis brouill‚e avec la vieille femme parce qu'elle voulait me conduire … Venise, o— je savais bien que vous n'iriez jamais, puisque vous ˆtes sur la liste noire de l'Autriche. J'ai vendu mon collier d'or pour venir … Bologne, un pressentiment m'annon‡ait le bonheur que j'ai de vous y rencontrer; la vieille femme est arriv‚e deux jours aprŠs moi. Ainsi, je ne vous engagerai point … venir chez nous, elle vous ferait encore de ces vilaines demandes d'argent qui me font tant de honte. Nous avons v‚cu fort convenablement depuis le jour fatal que vous savez et nous n'avons pas d‚pens‚ le quart de ce que vous lui donnƒtes. Je ne voudrais pas aller vous voir … l'auberge du Pellegrino, ce serait une publicit‚. Tƒchez de louer une petite chambre dans une rue d‚serte, et … l'Ave Maria (la tomb‚e de la nuit), je me trouverai ici, sous ce mˆme portique.

Ces mots dits, elle prit la fuite.



CHAPITRE XIII


Toutes les id‚es s‚rieuses furent oubli‚es … l'apparition impr‚vue de cette aimable personne. Fabrice se mit … vivre … Bologne dans une joie et une s‚curit‚ profondes. Cette disposition na‹ve … se trouver heureux de tout ce qui remplissait sa vie per‡ait dans les lettres qu'il adressait … la duchesse; ce fut au point qu'elle en prit de l'humeur. A peine si Fabrice le remarqua, seulement il ‚crivit en signes abr‚g‚s sur le cadran de sa montre: "Quand j'‚cris … la D. ne jamais dire quand j'‚tais pr‚lat, quand j'‚tais homme d'‚glise cela la fƒche."Il avait achet‚ deux petits chevaux dont il ‚tait fort content: il les attelait … une calŠche de louage toutes les fois que la petite Marietta voulait aller voir quelqu'un de ces sites ravissants des environs de Bologne; presque tous les soirs il la conduisait … la chute du Reno. Au retour, il s'arrˆtait chez l'aimable Crescentini, qui se croyait un peu le pŠre de la Marietta.

"Ma foi! si c'est l… la vie de caf‚ qui me semblait si ridicule pour un homme de quelque valeur, j'ai eu tort de la repousser", se disait Fabrice. Il oubliait qu'il n'allait jamais au caf‚ que pour lire Le Constitutionnel', et que, parfaitement inconnu … tout le beau monde de Bologne, les jouissances de vanit‚ n'entraient pour rien dans sa f‚licit‚ pr‚sente. Quand il n'‚tait pas avec la petite Marietta, on le voyait … l'Observatoire, o— il suivait un cours d'astronomie, le professeur l'avait pris en grande amiti‚ et Fabrice lui prˆtait ses chevaux le dimanche pour aller briller avec sa femme au Corso de la Montagnola.

Il avait en ex‚cration de faire le malheur d'un ˆtre quelconque si peu aimable qu'il f–t. La Marietta ne voulait pas absolument qu'il vŒt la vieille femme; mais un jour qu'elle ‚tait … l'‚glise, il monta chez la mammacia qui rougit de colŠre en le voyant entrer."C'est le cas de faire le del Dongo", se dit Fabrice.

- Combien la Marietta gagne-t-elle par mois quand elle est engag‚e? s'‚cria-t-il de l'air dont un jeune homme qui se respecte entre … Paris au balcon des Bouffes.

- Cinquante ‚cus.

- Vous mentez comme toujours; dites la v‚rit‚, ou par Dieu vous n'aurez pas un centime.

- Eh bien! elle gagnait vingt-deux ‚cus dans notre compagnie … Parme, quand nous avons eu le malheur de vous connaŒtre; moi je gagnais douze ‚cus, et nous donnions … Giletti, notre protecteur, chacune le tiers de ce qui nous revenait. Sur quoi, tous les mois … peu prŠs, Giletti faisait un cadeau … la Marietta; ce cadeau pouvait bien valoir deux ‚cus.

- Vous mentez encore; vous, vous ne receviez que quatre ‚cus. Mais si vous ˆtes bonne avec la Marietta, je vous engage comme si j'‚tais un impresario, tous les mois vous recevrez douze ‚cus pour vous et vingt-deux pour elle; mais si je lui vois les yeux rouges, je fais banqueroute.

- Vous faites le fier, eh bien! votre belle g‚n‚rosit‚ nous ruine, r‚pondit la vieille femme d'un ton furieux; nous perdons l'aviviamento (l'achalandage). Quand nous aurons l'‚norme malheur d'ˆtre priv‚es de la protection de Votre Excellence, nous ne serons plus connues d'aucune troupe, toutes seront au grand complet; nous ne trouverons pas d'engagement, et par vous, nous mourrons de faim.

- Va-t'en au diable, dit Fabrice en s'en allant.

- Je n'irai pas au diable; vilain impie! mais tout simplement au bureau de la police, qui saura de moi que vous ˆtes un monsignore qui a jet‚ le froc aux orties, et que vous ne vous appelez pas plus Joseph Bossi que moi.

Fabrice avait d‚j… descendu quelques marches d'escalier, il revint.

- D'abord la police sait mieux que toi quel peut ˆtre mon vrai nom; mais si tu t'avises de me d‚noncer, si tu as cette infamie, lui dit-il d'un grand s‚rieux, Ludovic te parlera, et ce n'est pas six coups de couteau que recevra ta vieille carcasse, mais deux douzaines, et tu seras pour six mois … l'h“pital, et sans tabac.

La vieille femme pƒlit et se pr‚cipita sur la main de Fabrice, qu'elle voulut baiser.

- J'accepte avec reconnaissance le sort que vous nous faites, … la Marietta et … moi. Vous avez l'air si bon, que je vous prenais pour un niais; et pensez-y bien, d'autres que moi pourront commettre la mˆme erreur; je vous conseille d'avoir habituellement l'air plus grand seigneur.

Puis elle ajouta avec une impudence admirable:

- Vous r‚fl‚chirez … ce bon conseil, et, comme l'hiver n'est pas bien ‚loign‚ vous nous ferez cadeau … la Marietta et … moi d‚ deux bons habits de cette belle ‚toffe anglaise que vend le gros marchand qui est sur la place Saint-P‚trone.

L'amour de la jolie Marietta offrait … Fabrice tous les charmes de l'amiti‚ la plus douce, ce qui le faisait songer au bonheur du mˆme genre qu'il aurait pu trouver auprŠs de la duchesse.

"Mais n'est-ce pas une chose bien plaisante, se disait-il quelquefois, que je ne sois pas susceptible de cette pr‚occupation exclusive et passionn‚e qu'ils appellent de l'amour? Parmi les liaisons que le hasard m'a donn‚es … Novare ou … Naples, ai-je jamais rencontr‚ de femme dont la pr‚sence mˆme dans les premiers jours, f–t pour moi pr‚f‚rable … une promenade sur un joli cheval inconnu? Ce qu'on appelle amour, ajoutait-il, serait-ce donc encore un mensonge? J'aime sans doute, comme j'ai bon app‚tit … six heures! Serait-ce cette propension quelque peu vulgaire dont ces menteurs auraient fait l'amour d'Othello l'amour de TancrŠde? ou bien faut-il croire que je suis organis‚ autrement que les autres hommes? Mon ƒme manquerait d'une passion, pourquoi cela? ce serait une singuliŠre destin‚e!"

A Naples, surtout dans les derniers temps, Fabrice avait rencontr‚ des femmes qui, fiŠres de leur rang, de leur beaut‚ et de la position qu'occupaient dans le monde les adorateurs qu'elles lui avaient sacrifi‚s, avaient pr‚tendu le mener. A la vue de ce projet, Fabrice avait rompu de la fa‡on la plus scandaleuse et la plus rapide."Or, se disait-il, si je me laisse jamais transporter par le plaisir, sans doute trŠs vif, d'ˆtre bien avec cette jolie femme qu'on appelle la duchesse Sanseverina, je suis exactement comme ce Fran‡ais ‚tourdi qui tua un jour la poule aux oeuf d'or. C'est … la duchesse que je dois le seul bonheur que j'aie jamais ‚prouv‚ par les sentiments tendres; mon amiti‚ pour elle est ma vie, et d'ailleurs, sans elle que suis-je? un pauvre exil‚ r‚duit … vivoter p‚niblement dans un chƒteau d‚labr‚ des environs de Novare. Je me souviens que durant les grandes pluies d'automne j'‚tais oblig‚ le soir crainte d'accident, d'ajuster un parapluie sur l‚ ciel de mon lit. Je montais les chevaux de l'homme d'affaires, qui voulait bien le souffrir par respect pour mon sang bleu (pour ma haute naissance), mais il commen‡ait … trouver mon s‚jour un peu long; mon pŠre m'avait assign‚ une pension de douze cents francs, et se croyait damn‚ de donner du pain … un jacobin. Ma pauvre mŠre et mes soeurs se laissaient manquer de robes pour me mettre en ‚tat de faire quelques petits cadeaux … mes maŒtresses. Cette fa‡on d'ˆtre g‚n‚reux me per‡ait le coeur. Et, de plus, on commen‡ait … soup‡onner ma misŠre, et la jeune noblesse des environs allait me prendre en piti‚. T“t ou tard, quelque fat e–t laiss‚ voir son m‚pris pour un jacobin pauvre et malheureux dans ses desseins car, aux yeux de ces gens-l…, je n'‚tais pas autre chose. J'aurais donn‚ ou re‡u quelque bon coup d'‚p‚e qui m'e–t conduit … la forteresse de Fenestrelles, ou bien j'eusse de nouveau ‚t‚ me r‚fugier en Suisse, toujours avec douze cents francs de pension. J'ai le bonheur de devoir … la duchesse l'absence de tous ces maux; de plus, c'est elle qui sent pour moi les transports d'amiti‚ que je devrais ‚prouver pour elle.

"Au lieu de cette vie ridicule et piŠtre qui e–t fait de moi un animal triste, un sot, depuis quatre ans je vis dans une grande ville et j'ai une excellente voiture, ce qui m'a empˆch‚ de connaŒtre l'envie et tous les sentiments bas de la province. Cette tante trop aimable me gronde toujours de ce que je ne prends pas assez d'argent chez le banquier. Veux-je gƒter … jamais cette admirable position? Veux-je perdre l'unique amie que j'aie au monde? Il suffit de prof‚rer un mensonge, il suffit de dire … une femme charmante et peut-ˆtre unique au monde, et pour laquelle j'ai l'amiti‚ la plus passionn‚e: Je t'aime, moi qui ne sais pas ce que c'est qu'aimer d'amour. Elle passerait la journ‚e … me faire un crime de l'absence de ces transports qui me sont inconnus. La Marietta, au contraire, qui ne voit pas dans mon coeur et qui prend une caresse pour un transport de l'ƒme, me croit fou d'amour, et s'estime la plus heureuse des femmes.

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