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New Philadelphia Book Publisher Highlights Local Talent
Book and Publishing News from Publishers Newswire(tm)

Looking for Child to be on Cover of a New Book, 'The Model Child'
PHILADELPHIA, Pa. -- The Philadelphia literary world will celebrate the launch of two new players today, April 10th: Kay Square Press, a new publishing company focused on Philadelphia-area artists, their stories, and their art; and Kay Square's first release, 'With the Rich and Mighty: Emlen Etting of Philadelphia' (ISBN: 978-0-9815129-0-7), a critical biography by Kenneth C. Kaleta.

FlatSigned Press Alleges Don Imus Remarks Damage Legacy of President Gerald R. Ford
NEW YORK, N.Y. -- Nathan Yungerberg, an accomplished model scout and professional child photographer is launching a nation-wide casting call to find the cover model for his highly anticipated book release, 'The Model Child: A Parents Guide to the Child Modeling Industry' (ISBN: 978-0-9817018-0-6).

La Chartreuse de Parme

S >> Stendhal >> La Chartreuse de Parme

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- Eh bien! je vous sauverai du m‚pris dit le comte, gu‚rissez-moi de mon ignorance. Que comptez-vous faire de Fabrice?

- Ma foi, le prince est fort embarrass‚: il craint que, s‚duit par les beaux yeux d'Armide, pardonnez … ce langage un peu vif, ce sont les termes pr‚cis du souverain, il craint que, s‚duit par de fort beaux yeux qui l'ont un peu touch‚ lui-mˆme, vous ne le plantiez l…, et il n'y a que vous pour les affaires de Lombardie. Je vous dirai mˆme, ajouta Rassi en baissant la voix, qu'il y a l… une fiŠre occasion pour vous, et qui vaut bien la croix de Saint-Paul que vous me donnez. Le prince vous accorderait, comme r‚compense nationale, une jolie terre valant six cent mille francs qu'il distrairait de son domaine, ou une gratification de trois cent mille francs ‚cus, si vous vouliez consentir … ne pas vous mˆler du sort de Fabrice del Dongo, ou du moins … ne lui en parler qu'en public.

- Je m'attendais … mieux que ‡a, dit le comte; ne pas me mˆler de Fabrice, c'est me brouiller avec la duchesse.

- Eh bien! c'est encore ce que dit le prince: le fait est qu'il est horriblement mont‚ contre Mme la duchesse, entre nous soit dit, et il craint que, pour d‚dommagement de la brouille avec cette dame aimable, maintenant que vous voil… veuf, vous ne lui demandiez la main de sa cousine, la vieille princesse Isota, laquelle n'est ƒg‚e que de cinquante ans.

- Il a devin‚ juste, s'‚cria le comte; notre maŒtre est l'homme le plus fin de ses Etats.

Jamais le comte n'avait eu l'id‚e baroque d'‚pouser cette vieille princesse, rien ne f–t all‚ plus mal … un homme que les c‚r‚monies de cour ennuyaient … la mort.

Il se mit … jouer avec sa tabatiŠre sur le marbre d'une petite table voisine de son fauteuil. Rassi vit dans ce geste d'embarras la possibilit‚ d'une bonne aubaine; son oeil brilla.

- De grƒce, monsieur le comte, s'‚cria-t-il, si Votre Excellence veut accepter, ou la terre de six cent mille francs, ou la gratification en argent, je la prie de ne point choisir d'autre n‚gociateur que moi. Je me ferais fort, ajouta-t-il en baissant la voix, de faire augmenter la gratification en argent ou mˆme de faire joindre une forˆt assez importante … la terre domaniale. Si Votre Excellence daignait mettre un peu de douceur et de m‚nagement dans sa fa‡on de parler au prince de ce morveux qu'on a coffr‚, on pourrait peut-ˆtre ‚riger en duch‚ la terre que lui offrirait la reconnaissance nationale. Je le r‚pŠte … Votre Excellence, le prince, pour le quart d'heure, exŠcre la duchesse, mais il est fort embarrass‚, et mˆme au point que j'ai cru parfois qu'il y avait quelque circonstance secrŠte qu'il n'osait pas m'avouer. Au fond on peut trouver ici une mine d'or, moi vous vendant mes secrets les plus intimes et fort librement, car on me croit votre ennemi jur‚. Au fond, s'il est furieux contre la duchesse, il croit aussi, et comme nous tous, que vous seul au monde pouvez conduire … bien toutes les d‚marches secrŠtes relatives au Milanais. Votre Excellence me permet-elle de lui r‚p‚ter textuellement les paroles du souverain? dit le Rassi en s'‚chauffant, il y a souvent une physionomie dans la position des mots, qu'aucune traduction ne saurait rendre, et vous pourrez y voir plus que je n'y vois.

- Je permets tout, dit le comte en continuant d'un air distrait, … frapper la table de marbre avec sa tabatiŠre d'or, je permets tout et je serai reconnaissant.

- Donnez-moi des lettres de noblesse transmissible, ind‚pendamment de la croix, et je serai plus que satisfait. Quand je parle d'anoblissement au prince, il me r‚pond: "Un coquin tel que toi, noble! il faudrait fermer boutique dŠs le lendemain; personne … Parme ne voudrait plus se faire anoblir."Pour en revenir … l'affaire du Milanais, le prince me disait, il n'y a pas trois jours: "Il n'y a que ce fripon-l… pour suivre le fil de nos intrigues; si je le chasse ou s'il suit la duchesse, il vaut autant que je renonce … l'espoir de me voir un jour le chef lib‚ral et ador‚ de toute l'Italie."

A ce mot le comte respira: "Fabrice ne mourra pas", se dit-il.

De sa vie le Rassi n'avait pu arriver … une conversation intime avec le premier ministre: il ‚tait hors de lui de bonheur; il se voyait … la veille de pouvoir quitter ce nom de Rassi, devenu dans le pays synonyme de tout ce qu'il y a de bas et de vil; le petit peuple donnait le nom de Rassi aux chiens enrag‚s; depuis peu des soldats s'‚taient battus en duel parce qu'un de leurs camarades les avait appel‚s Rassi. Enfin il ne se passait pas de semaine sans que ce malheureux nom ne vŒnt s'enchƒsser dans quelque sonnet atroce. Son fils, jeune et innocent ‚colier de seize ans, ‚tait chass‚ des caf‚s, sur son nom.

C'est le souvenir br–lant de tous ces agr‚ments de sa position qui lui fit commettre une imprudence.

- J'ai une terre, dit-il au comte en rapprochant sa chaise du fauteuil du ministre, elle s'appelle Riva, je voudrais ˆtre baron Riva.

- Pourquoi pas? dit le ministre.

Rassi ‚tait hors de lui.

- Eh bien! monsieur le comte, je me permettrai d'ˆtre indiscret, j'oserai deviner le but de vos d‚sirs, vous aspirez … la main de la princesse Isota, et c'est une noble ambition. Une fois parent vous ˆtes … l'abri de la disgrƒce, vous bouclez notre homme. Je ne vous cacherai pas qu'il a ce mariage avec la princesse Isota en horreur mais si vos affaires ‚taient confi‚es …

quelqu'un d'adroit et de bien pay‚, on pourrait ne pas d‚sesp‚rer du succŠs.

- Moi, mon cher baron, j'en d‚sesp‚rais; je d‚savoue d'avance toutes les paroles que vous pourrez porter en mon nom; mais le jour o— cette alliance illustre viendra enfin combler mes voux et me donner une si haute position dans l'‚tat, je vous offrirai, moi, trois cent mille francs de mon argent, ou bien je conseillerai au prince de vous accorder une marque de

faveur que vous-mˆme vous pr‚f‚rerez … cette somme d'argent.

Le lecteur trouve cette conversation longue: pourtant nous lui faisons grƒce de plus de la moiti‚; elle se prolongea encore deux heures. Le Rassi sortit de chez le comte fou de bonheur; le comte resta avec de grandes esp‚rances de sauver Fabrice, et plus r‚solu que jamais … donner sa d‚mission. Il trouvait que son cr‚dit avait besoin d'ˆtre renouvel‚ par la pr‚sence au

pouvoir de gens tels que Rassi et le g‚n‚ral Conti, il jouissait avec d‚lices d'une possibilit‚ qu'il venait d'entrevoir de se venger du prince: a Il peut faire partir la duchesse, s'‚criait-il, mais parbleu il renoncera … l'espoir d'ˆtre roi constitutionnel de la Lombardie."(Cette chimŠre ‚tait ridicule: le prince avait beaucoup d'esprit, mais, … force d'y rˆver, il en ‚tait devenu amoureux fou.)

Le comte ne se sentait pas de joie en courant chez la duchesse lui rendre comte de sa conversation avec le fiscal. Il trouva la porte ferm‚e pour lui, le portier n'osait presque pas lui avouer cet ordre re‡u de la bouche mˆme de sa maŒtresse. Le comte regagna tristement le palais du ministŠre, le malheur qu'il venait d'essayer ‚clipsait en entier la joie que lui avait donn‚e sa conversation avec le confident du prince. N'ayant plus le coeur de s'occuper de rien, le comte errait tristement dans sa galerie de tableaux, quand, un quart d'heure aprŠs, il re‡ut un billet ainsi con‡u:


Puisqu'il est vrai, cher et bon ami, que nous ne sommes plus qu'amis, il faut ne venir me voir que trois fois par semaine. Dans quinze jours nous r‚duirons ces visites, toujours si chŠres … mon coeur, … deux par mois. Si vous voulez me plaire donnez de la publicit‚ … cette sorte de rupture; si vous vouliez me rendre presque tout l'amour que jadis j'eus pour vous, vous feriez choix d'une nouvelle amie. Quant … moi, j'ai de grands projets de dissipation: je compte aller beaucoup dans le monde, peut-ˆtre mˆme trouverai-je un homme d'esprit pour me faire oublier mes malheurs. Sans doute en qualit‚ d'ami la premiŠre place dans mon coeur vous sera toujours r‚serv‚e; mais je ne veux plus que l'on dise que mes d‚marches ont ‚t‚ dict‚es par votre sagesse; je veux surtout que l'on sache bien que j'ai perdu toute influence sur vos d‚terminations. En un mot, cher comte, croyez que vous serez toujours mon ami le plus cher, mais jamais autre chose. Ne gardez, je vous prie aucune id‚e de retour, tout est bien fini. Comptez … jamais sur mon amiti‚.


Ce dernier trait fut trop fort pour le courage du comte: il fit une belle lettre au prince pour donner sa d‚mission de tous ses emplois, et il l'adressa … la duchesse avec priŠre de la faire parvenir au palais. Un instant aprŠs, il re‡ut sa d‚mission, d‚chir‚e en quatre, et, sur un des blancs du papier, la duchesse avait daign‚ ‚crire: "Non, mille fois non!"

Il serait difficile de d‚crire le d‚sespoir du pauvre ministre."Elle a raison, j'en conviens, se disait-il … chaque instant, mon omission du mot proc‚dure injuste est un affreux malheur; elle entraŒnera peut-ˆtre la mort de Fabrice, et celle-ci amŠnera la mienne."Ce fut avec la mort dans l'ƒme que le comte, qui ne voulait pas paraŒtre au palais du souverain avant d'y ˆtre appel‚, ‚crivit de sa main le motu proprio qui nommait Rassi chevalier de l'ordre de Saint-Paul et lui conf‚rait la noblesse transmissible; le comte y joignit un rapport d'une demi-page qui exposait au prince les raisons d'Etat qui conseillaient cette mesure. Il trouva une sorte de joie m‚lancolique … faire de ces piŠces deux belles copies qu'il adressa … la duchesse.

Il se perdait en suppositions; il cherchait … deviner quel serait … l'avenir le plan de conduite de la femme qu'il aimait."Elle n'en sait rien elle-mˆme, se disait-il; une seule chose reste certaine, c'est que, pour rien au monde, elle ne manquerait aux r‚solutions qu'elle m'aurait une fois annonc‚es. >> Ce qui ajoutait encore … son malheur, c'est qu'il ne pouvait parvenir … trouver la duchesse blƒmable."Elle m'a fait une grƒce en m'aimant, elle cesse de m'aimer aprŠs une faute involontaire, il est vrai, mais qui peut entraŒner une cons‚quence horrible; je n'ai aucun droit de me plaindre."Le lendemain matin, le comte sut que la duchesse avait recommenc‚ … aller dans le monde: elle avait paru la veille au soir dans toutes les maisons qui recevaient."Que f–t-il devenu s'il se f–t rencontr‚ avec elle dans le mˆme salon? Comment lui parler? de quel ton adresser la parole? et comment ne pas lui parler?"

Le lendemain fut un jour funŠbre; le bruit se r‚pandait g‚n‚ralement que Fabrice allait ˆtre mis … mort, la ville fut ‚mue. On ajoutait que le prince, ayant ‚gard … sa haute naissance, avait daign‚ d‚cider qu'il aurait la tˆte tranch‚e.

"C'est moi qui le tue, se dit le comte; je ne puis plus pr‚tendre … revoir jamais la duchesse."Malgr‚ ce raisonnement assez simple, il ne put s'empˆcher de passer trois fois … sa porte; … la v‚rit‚, pour n'ˆtre pas remarqu‚, il alla chez elle … pied. Dans son d‚sespoir, il eut mˆme le courage de lui ‚crire. Il avait fait appeler Rassi deux fois, le fiscal ne s'‚tait point pr‚sent‚."Le coquin me trahit", se dit le comte.

Le lendemain, trois grandes nouvelles agitaient la haute soci‚t‚ de Parme, et mˆme la bourgeoisie. La mise … mort de Fabrice ‚tait plus que jamais certaine; et, compl‚ment bien ‚trange de cette nouvelle, la duchesse ne paraissait point trop au d‚sespoir. Selon les apparences, elle n'accordait que des regrets assez mod‚r‚s … son jeune amant, toutefois elle profitait avec un art infini de la pƒleur que venait de lui donner une indisposition assez grave, qui ‚tait survenue en mˆme temps que l'arrestation de Fabrice. Les bourgeois reconnaissaient bien … ces d‚tails le coeur sec d'une grande dame de la cour. Par d‚cence cependant, et comme sacrifice aux mƒnes du jeune Fabrice, elle avait rompu avec le comte Mosca.

- Quelle immoralit‚! s'‚criaient les jans‚nistes de Parme.

Mais d‚j… la duchesse, chose incroyable! paraissait dispos‚e … ‚couter les cajoleries des plus beaux jeunes gens de la cour. On remarquait, entre autres singularit‚s, qu'elle avait ‚t‚ fort gaie dans une conversation avec le comte Baldi, l'amant actuel de la Raversi, et l'avait beaucoup plaisant‚ sur ses courses fr‚quentes au chƒteau de Velleja. La petite bourgeoisie et le peuple ‚taient indign‚s de la mort de Fabrice, que ces bonnes gens attribuaient … la jalousie du comte Mosca. La soci‚t‚ de la cour s'occupait aussi beaucoup du comte, mais c'‚tait pour s'en moquer. La troisiŠme des grandes nouvelles que nous avons annonc‚es n'‚tait autre en effet que la d‚mission du comte; tout le monde se moquait d'un amant ridicule qui, … l'ƒge de cinquante-six ans', sacrifiait une position magnifique au chagrin d'ˆtre quitt‚ par une femme sans coeur et qui, depuis longtemps, lui pr‚f‚rait un jeune homme. Le seul archevˆque eut l'esprit, ou plut“t le coeur, de deviner que l'honneur d‚fendait au comte de rester premier ministre dans un pays o— l'on allait couper la tˆte, et sans le consulter, … un jeune homme, son prot‚g‚. La nouvelle de la d‚mission du comte eut l'effet de gu‚rir de sa goutte le g‚n‚ral Fabio Conti, comme nous le dirons en son lieu, lorsque nous parlerons de la fa‡on dont le pauvre Fabrice passait son temps … la citadelle, pendant que toute la ville s'enqu‚rait de l'heure de son supplice.

Le jour suivant, le comte revit Bruno, cet agent fidŠle qu'il avait exp‚di‚ sur Bologne; le comte s'attendrit au moment o— cet homme entrait dans son cabinet; sa vue lui rappelait l'‚tat heureux o— il se trouvait lorsqu'il l'avait envoy‚ … Bologne, presque d'accord avec la duchesse. Brano arrivait de Bologne o— il n'avait rien d‚couvert; il n'avait pu trouver Ludovic, que le podestat de Castelnovo avait gard‚ dans la prison de son village.

- Je vais vous renvoyer … Bologne, dit le comte … Bruno: la duchesse tiendra au triste plaisir de connaŒtre les d‚tails du malheur de Fabrice. Adressez-vous au brigadier de gendarmerie qui commande le poste de Castelnovo...

"Mais non! s'‚cria le comte en s'interrompant partez … l'instant mˆme pour la Lombardie, et distribuez de l'argent et en grande quantit‚ … tous nos correspondants. Mon but est d'obtenir de tous ces gens-l… des rapports de la nature la plus encourageante."

Bruno ayant bien compris le but de sa mission, se mit … ‚crire ses lettres de cr‚ance, comme le comte lui donnait ses derniŠres instructions, il re‡ut une lettre parfaitement fausse, mais fort bien ‚crite; on e–t dit un ami ‚crivant … son ami pour lui demander un service. L'ami qui ‚crivait n'‚tait autre que le prince. Ayant ou‹ parler de certains projets de retraite, il suppliait son ami, le comte Mosca, de garder le ministŠre, il le lui demandait au nom de l'amiti‚ et des dangers de la patrie; et le lui ordonnait comme son maŒtre. Il ajoutait que le roi de*** venant de mettre … sa disposition deux cordons de son ordre, il en gardait un pour lui, et envoyait l'autre … son cher comte Mosca.

- Cet animal-l… fait mon malheur! s'‚cria le comte furieux, devant Bruno stup‚fait, et croit me s‚duire par ces mˆmes phrases hypocrites que tant de fois nous avons arrang‚es ensemble pour prendre … la glu quelque sot.

Il refusa l'ordre qu'on lui offrait, et dans sa r‚ponse parla de l'‚tat de sa sant‚ comme ne lui laissant que bien peu d'esp‚rance de pouvoir s'acquitter encore des p‚nibles travaux du ministŠre. Le comte ‚tait furieux. Un instant aprŠs, on annon‡a le fiscal Rassi, qu'il traita comme un nŠgre.

- Eh bien! parce que je vous ai fait noble, vous commencez … faire l'insolent! Pourquoi n'ˆtre pas venu hier pour me remercier, comme c'‚tait votre devoir ‚troit, monsieur le cuistre?

Le Rassi ‚tait bien au-dessus des injures; c'‚tait sur ce ton-l… qu'il ‚tait journellement re‡u par le prince; mais il voulait ˆtre baron et se justifia avec esprit. Rien n'‚tait plus facile.

- Le prince m'a tenu clou‚ … une table hier toute la journ‚e; je n'ai pu sortir du palais. Son Altesse m'a fait copier de ma mauvaise ‚criture de procureur une quantit‚ de piŠces diplomatiques tellement niaises et tellement bavardes que je crois, en v‚rit‚, que son but unique ‚tait de me retenir prisonnier. Quand enfin j'ai pu prendre cong‚, vers les cinq heures, mourant de faim, il m'a donn‚ l'ordre d'aller chez moi directement, et de n'en pas sortir de la soir‚e. En effet, j'ai vu deux de ses espions particuliers, de moi bien connus, se promener dans ma rue jusque sur le minuit. Ce matin, dŠs que je l'ai pu, j'ai fait venir une voiture qui m'a conduit jusqu'… la porte de la cath‚drale. Je suis descendu de voiture trŠs lentement, puis, prenant le pas de course, j'ai travers‚ l'‚glise et me voici. Votre Excellence est dans ce moment-ci l'homme du monde auquel je d‚sire plaire avec le plus de passion.

- Et moi, monsieur le dr“le, je ne suis point dupe de tous ces contes plus ou moins bien bƒtis! Vous avez refus‚ de me parler de Fabrice avant-hier; j'ai respect‚ vos scrupules, et vos serments touchant le secret, quoique les serments pour un ˆtre tel que vous ne soient tout au plus que des moyens de d‚faite. Aujourd'hui, je veux la v‚rit‚: Qu'est-ce que ces bruits ridicules qui font condamner … mort ce jeune homme comme assassin du com‚dien Giletti?

- Personne ne peut mieux rendre compte … Votre Excellence de ces bruits, puisque c'est moi-mˆme qui les ai fait courir par ordre du souverain; et, j'y pense! c'est peut-ˆtre pour m'empˆcher de vous faire part de cet incident qu'hier, toute la journ‚e, il m'a retenu prisonnier. Le prince, qui ne me croit pas un fou, ne pouvait pas douter que je ne vinsse vous apporter ma croix et vous supplier de l'attacher … ma boutonniŠre.

- Au fait! s'‚cria le ministre, et pas de phrases.

- Sans doute le prince voudrait bien tenir une sentence de mort contre M. del Dongo, mais il n'a, comme vous le savez sans doute, qu'une condamnation en vingt ann‚es de fers, commu‚e par lui, le lendemain mˆme de la sentence, en douze ann‚es de forteresse avec je–ne au pain et … l'eau tous les vendredis, et autres bamboches religieuses.

- C'est parce que je savais cette condamnation … la prison seulement, que j'‚tais effray‚ des bruits d'ex‚cution prochaine qui se r‚pandent par la ville; je me souviens de la mort du comte Palanza, si bien escamot‚e par vous.

- C'est alors que j'aurais d– avoir la croix! s'‚cria Rassi sans se d‚concerter; il fallait serrer le bouton tandis que je le tenais, et que l'homme avait envie de cette mort. Je fus un nigaud alors, et c'est arm‚ de cette exp‚rience que j'ose vous conseiller de ne pas m'imiter aujourd'hui. (Cette comparaison parut du plus mauvais go–t … l'interlocuteur, qui fut oblig‚ de se retenir pour ne pas donner des coups de pied … Rassi.)

- D'abord, reprit celui-ci avec la logique d'un jurisconsulte et l'assurance parfaite d'un homme qu'aucune insulte ne peut offenser, d'abord il ne peut ˆtre question de l'ex‚cution dudit del Dongo; le prince n'oserait! les temps sont bien chang‚s! et enfin, moi, noble et esp‚rant par vous de devenir baron, je n'y donnerais pas les mains. Or, ce n'est que de moi, comme le sait Votre Excellence, que l'ex‚cuteur des hautes ouvres peut recevoir des ordres, et, je vous le jure, le chevalier Rassi n'en donnera jamais contre le sieur del Dongo.

- Et vous ferez sagement, dit le comte en le toisant d'un air s‚vŠre.

- Distinguons! reprit le Rassi avec un sourire. Moi je ne suis que pour les morts officielles, et si M. del Dongo vient … mourir d'une colique, n'allez pas me l'attribuer! Le prince est outr‚, et je ne sais pourquoi, contre la Sanseverina (trois jours auparavant le Rassi e–t dit la duchesse, mais, comme toute la ville, il savait la rupture avec le premier ministre).

Le comte fut frapp‚ de la suppression du titre dans une telle bouche, et l'on peut juger du plaisir qu'elle lui fit; il lan‡a au Rassi un regard charge de la plus vive haine."Mon cher ange! se dit-il ensuite, je ne puis te montrer mon amour qu'en ob‚issant aveugl‚ment … tes ordres."

- Je vous avouerai, dit-il au fiscal, que je ne prends pas un int‚rˆt bien passionn‚ aux divers caprices de Mme la duchesse; toutefois, comme elle m'avait pr‚sent‚ ce mauvais sujet de Fabrice, qui aurait bien d– rester … Naples, et ne pas venir ici embrouiller nos affaires, je tiens … ce qu'il ne soit pas mis … mort de mon temps, et je veux bien vous donner ma parole que vous serez baron dans les huit jours qui suivront sa sortie de prison.

- En ce cas, monsieur le comte, je ne serai baron que dans douze ann‚es r‚volues, car le prince est furieux, et sa haine contre la duchesse est tellement vive, qu'il cherche … la cacher.

- Son Altesse est bien bonne! qu'a-t-elle besoin de cacher sa haine, puisque son premier ministre ne protŠge plus la duchesse? Seulement je ne veux pas qu'on puisse m'accuser de vilenie ni surtout de jalousie: c'est moi qui ai fait venir la duchesse en ce pays, et si Fabrice meurt en prison, vous ne serez pas baron, mais vous serez peut-ˆtre poignard‚. Mais laissons cette bagatelle: le fait est que j'ai fait le compte de ma fortune; … peine si j'ai trouv‚ vingt mille livres de rente, sur quoi j'ai le projet d'adresser trŠs humblement ma d‚mission au souverain. J'ai quelque espoir d'ˆtre employ‚ par le roi de Naples: cette grande ville m'offrira des distractions dont j'ai besoin en ce moment, et que je ne puis trouver dans un trou tel que Parme; je ne resterais qu'autant que vous me feriez obtenir la main de la princesse Isota, etc.

La conversation fut infinie dans ce sens. Comme Rassi se levait, le comte lui dit d'un air fort indiff‚rent:

- Vous savez qu'on a dit que Fabrice me trompait, en ce sens qu'il ‚tait un des amants de la duchesse; je n'accepte point ce bruit, et pour le d‚mentir, je veux que vous fassiez passer cette bourse … Fabrice.

- Mais, monsieur le comte, dit Rassi effray‚, et regardant la bourse, il y a l… une somme ‚norme, et les rŠglements...

- Pour vous, mon cher, elle peut ˆtre ‚norme reprit le comte de l'air du plus souverain m‚pris un bourgeois tel que vous, envoyant de l'argent … son ami en prison, croit se ruiner en lui donnant dix sequins: moi, je veux que Fabrice re‡oive ces six mille francs, et surtout que le chƒteau ne sache rien de cet envoi.

Comme le Rassi effray‚ voulait r‚pliquer, le comte ferma la porte sur lui avec impatience."Ces gens-l…, se dit-il, ne voient le pouvoir que derriŠre l'insolence."Cela dit, ce grand ministre se livra … une action tellement ridicule, que nous avons quelque peine … la rapporter; il courut prendre dans son bureau un portrait en miniature de la duchesse, et le couvrit de baisers passionn‚s."Pardon, mon cher ange, s'‚criait-il, si je n'ai pas jet‚ par la fenˆtre et de mes propres mains ce cuistre qui ose parler de toi avec une nuance de familiarit‚, mais, si j'agis avec cet excŠs de patience, c'est pour t'ob‚ir! et il ne perdra rien pour attendre!"

AprŠs une longue conversation avec le portrait, le comte, qui se sentait le coeur mort dans la poitrine, eut l'id‚e d'une action ridicule et s'y livra avec un empressement d'enfant. Il se fit donner un habit avec des plaques, et fut faire une visite … la vieille princesse Isota; de la vie il ne s'‚tait pr‚sent‚ chez elle qu'… l'occasion du jour de l'an. Il la trouva entour‚e d'une quantit‚ de chiens, et par‚e de tous ses atours, et mˆme avec des diamants comme si elle allait … la cour. Le comte, ayant t‚moign‚ quelque crainte de d‚ranger les projets de Son Altesse, qui probablement allait sortir, l'Altesse r‚pondit au ministre qu'une princesse de Parme se devait … elle-mˆme d'ˆtre toujours ainsi. Pour la premiŠre fois depuis son malheur le comte eut un mouvement de gaiet‚."J'ai bien fait de paraŒtre ici, se dit-il, et dŠs aujourd'hui il faut faire ma d‚claration."La princesse avait ‚t‚ ravie de voir arriver chez elle un homme aussi renomm‚ par son esprit et un premier ministre; la pauvre vieille fille n'‚tait guŠre accoutum‚e … de semblables visites. Le comte commen‡a par une pr‚face adroite, relative … l'immense distance qui s‚parera toujours d'un simple gentilhomme les membres d'une famille r‚gnante.

- Il faut faire une distinction, dit la princesse: la fille d'un roi de France, par exemple, n'a aucun espoir d'arriver jamais … la couronne; mais les choses ne vont point ainsi dans la famille de Parme. C'est pourquoi nous autres FarnŠse nous devons toujours conserver une certaine dignit‚ dans notre ext‚rieur; et moi, pauvre princesse telle que vous me voyez, je ne puis pas dire qu'il soit absolument impossible qu'un jour vous soyez mon premier ministre.

Cette id‚e par son impr‚vu baroque donna au pauvre comte un second instant de gaiet‚ parfaite.

Au sortir de chez la princesse Isota, qui avait grandement rougi en recevant l'aveu de la passion du premier ministre, celui-ci rencontra un des fourriers du palais: le prince le faisait demander en toute hƒte.

- Je suis malade, r‚pondit le ministre, ravi de pouvoir faire une malhonnˆtet‚ … son prince.

"Ah! ah! vous me poussez … bout, s'‚cria-t-il avec fureur, et puis vous voulez que je vous serve! mais sachez, mon prince, qu'avoir re‡u le pouvoir de la Providence ne suffit plus en ce siŠcle-ci, il faut beaucoup d'esprit et un grand caractŠre pour r‚ussir … ˆtre despote."

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