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New Philadelphia Book Publisher Highlights Local Talent
Book and Publishing News from Publishers Newswire(tm)

Looking for Child to be on Cover of a New Book, 'The Model Child'
PHILADELPHIA, Pa. -- The Philadelphia literary world will celebrate the launch of two new players today, April 10th: Kay Square Press, a new publishing company focused on Philadelphia-area artists, their stories, and their art; and Kay Square's first release, 'With the Rich and Mighty: Emlen Etting of Philadelphia' (ISBN: 978-0-9815129-0-7), a critical biography by Kenneth C. Kaleta.

FlatSigned Press Alleges Don Imus Remarks Damage Legacy of President Gerald R. Ford
NEW YORK, N.Y. -- Nathan Yungerberg, an accomplished model scout and professional child photographer is launching a nation-wide casting call to find the cover model for his highly anticipated book release, 'The Model Child: A Parents Guide to the Child Modeling Industry' (ISBN: 978-0-9817018-0-6).

La Chartreuse de Parme

S >> Stendhal >> La Chartreuse de Parme

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AprŠs avoir renvoy‚ le fourrier du palais fort scandalis‚ de la parfaite sant‚ de ce malade, le comte trouva plaisant d'aller voir les deux hommes de la cour qui avaient le plus d'influence sur le g‚n‚ral Fabio Conti. Ce qui surtout faisait fr‚mir le ministre et lui “tait tout courage, c'est que le gouverneur de la citadelle ‚tait accus‚ de s'ˆtre d‚fait jadis d'un capitaine, son ennemi personnel, au moyen de l'aquetta de P‚rouse.

Le comte savait que depuis huit jours la duchesse avait r‚pandu des sommes folles pour se m‚nager des intelligences … la citadelle, mais, suivant lui, il y avait peu d'espoir de succŠs, tous les yeux ‚taient encore trop ouverts. Nous ne raconterons point au lecteur toutes les tentatives de corruption essay‚es par cette femme malheureuse: elle ‚tait au d‚sespoir, et des agents de toute sorte et parfaitement d‚vou‚s la secondaient. Mais il n'est peut-ˆtre qu'un seul genre d'affaires dont on s'acquitte parfaitement bien dans les petites cours despotiques, c'est la garde des prisonniers politiques. L'or de la duchesse ne produisit d'autre effet que de faire renvoyer de la citadelle huit ou dix hommes de tout grade.



CHAPITRE XVIII


Ainsi, avec un d‚vouement complet pour le prisonnier, la duchesse et le premier ministre n'avaient pu faire pour lui que bien peu de chose. Le prince ‚tait en colŠre, la cour ainsi que le public ‚taient piqu‚s contre Fabrice et ravis de lui voir arriver malheur; il avait ‚t‚ trop heureux. Malgr‚ l'or jet‚ … pleines mains, la duchesse n'avait pu faire un pas dans le siŠge de la citadelle; il ne se passait pas de jour sans que la marquise Raversi ou le chevalier Riscara eussent quelque nouvel avis … communiquer au g‚n‚ral Fabio Conti. On soutenait sa faiblesse.

Comme nous l'avons dit, le jour de son emprisonnement Fabrice fut conduit d'abord au palais du gouverneur: C'est un joli petit bƒtiment construit dans le siŠcle dernier sur les dessins de Vanvitelli, qui le pla‡a … cent quatre-vingts pieds de haut, sur la plate-forme de l'immense tour ronde. Des fenˆtres de ce petit palais, isol‚ sur le dos de l'‚norme tour comme la bosse d'un chameau, Fabrice d‚couvrait la campagne et les Alpes fort au loin; il suivait de l'oeil, au pied de la citadelle, le coeurs de la Parma, sorte de torrent, qui, tournant … droite … quatre lieues de la ville, va se jeter dans le P“. Par-del… la rive gauche de ce fleuve, qui formait comme une suite d'immenses taches blanches au milieu des campagnes verdoyantes, son oeil ravi apercevait distinctement chacun des sommets de l'immense mur que les Alpes forment au nord de l'Italie'. Ces sommets, toujours couverts de neige, mˆme au mois d'ao–t o— l'on ‚tait alors, donnent comme une sorte de fraŒcheur par souvenir au milieu de ces campagnes br–lantes, l'oeil en peut suivre les moindres d‚tails, et pourtant ils sont … plus de trente lieues de la citadelle de Parme. La vue si ‚tendue du joli palais du gouverneur est intercept‚e vers un angle au midi par la tour FarnŠse, dans laquelle on pr‚parait … la hƒte une chambre pour Fabrice. Cette seconde tour, comme le lecteur s'en souvient peut-ˆtre, fut ‚lev‚e sur la plate-forme de la grosse tour, en l'honneur d'un prince h‚r‚ditaire qui, fort diff‚rent de l'Hippolyte fils de Th‚s‚e, n'avait point repouss‚ les politesses d'une jeune belle-mŠre. La princesse mourut en quelques heures; le fils du prince ne recouvra sa libert‚ que dix-sept ans plus tard en montant sur le tr“ne … la mort de son pŠre. Cette tour FarnŠse o—, aprŠs trois quarts d'heure, l'on fit monter Fabrice, fort laide … l'ext‚rieur, est ‚lev‚e d'une cinquantaine de pieds au-dessus de la plate-forme de la grosse tour et garnie d'une quantit‚ de paratonnerres. Le prince m‚content de sa femme, qui fit bƒtir cette prison aper‡ue de toutes parts, eut la singuliŠre pr‚tention de persuader … ses sujets qu'elle existait depuis de longues ann‚es: c'est pourquoi il lui imposa le nom de tour FarnŠse. Il ‚tait d‚fendu de parler de cette construction, et de toutes les parties de la ville de Parme et des plaines voisines on voyait parfaitement les ma‡ons placer chacune des pierres qui composent cet ‚difice pentagone. Afin de prouver qu'elle ‚tait ancienne, on pla‡a au-dessus de la porte de deux pieds de large et de quatre de hauteur, par laquelle on y entre, un magnifique bas-relief qui repr‚sente Alexandre FarnŠse, le g‚n‚ral c‚lŠbre, for‡ant Henri IV … s'‚loigner de Paris. Cette tour FarnŠse plac‚e en si belle vue se compose d'un rez-de-chauss‚e long de quarante pas au moins, large … proportion et tout rempli de colonnes fort trapues, car cette piŠce si d‚mesur‚ment vaste n'a pas plus de quinze pieds d'‚l‚vation. Elle est occup‚e par le corps de garde, et, du centre, l'escalier s'‚lŠve en tournant autour d'une des colonnes: c'est un petit escalier en fer, fort l‚ger, large de deux pieds … peine et construit en filigrane. Par cet escalier tremblant sous le poids des ge“liers qui l'escortaient, Fabrice arriva … de vastes piŠces de plus de vingt pieds de haut, formant un magnifique premier ‚tage. Elles furent jadis meubl‚es avec le plus grand luxe pour le jeune prince qui y passa les dix-sept plus belles ann‚es de sa vie. A l'une des extr‚mit‚s de cet appartement, on fit voir au nouveau prisonnier une chapelle de la plus grande magnificence; les murs de la vo–te sont entiŠrement revˆtus de marbre noir; des colonnes noires aussi et de la plus noble proportion sont plac‚es en lignes le long des murs noirs, sans les toucher, et ces murs sont orn‚s d'une quantit‚ de tˆtes de morts en marbre blanc de proportions colossales, ‚l‚gamment sculpt‚es et plac‚es sur deux os en sautoir."Voil… bien une invention de la haine qui ne peut tuer, se dit Fabrice, et quelle diable d'id‚e de me montrer cela!"

Un escalier de fer et en filigrane fort l‚ger, ‚galement dispos‚ autour d'une colonne, donne accŠs au second ‚tage de cette prison, et c'est dans les chambres de ce second ‚tage, hautes de quinze pieds environ, que depuis un an le g‚n‚ral Fabio Conti faisait preuve de g‚nie. D'abord, sous sa direction, l'on avait solidement grill‚ les fenˆtres de ces chambres jadis occup‚es par les domestiques du prince, et qui sont … plus de trente pieds des dalles de pierre formant la plate-forme de la grosse tour ronde. C'est par un corridor obscur plac‚ au centre du bƒtiment que l'on arrive … ces chambres, qui toutes ont deux fenˆtres; et dans ce corridor fort ‚troit, Fabrice remarqua trois portes de fer successives form‚es de barreaux ‚normes et s'‚levant jusqu'… la vo–te. Ce sont les plans, coupes et ‚l‚vations de toutes ces belles inventions, qui pendant deux ans avaient valu au g‚n‚ral une audience de son maŒtre chaque semaine. Un conspirateur plac‚ dans l'une de ces chambres ne pourrait pas se plaindre … l'opinion d'ˆtre trait‚ d'une fa‡on inhumaine, et pourtant ne saurait avoir de communication avec personne au monde, ni faire un mouvement sans qu'on l'entendŒt. Le g‚n‚ral avait fait placer dans chaque chambre de gros madriers de chˆne formant comme des bancs de trois pieds de haut, et c'‚tait l… son invention capitale, celle qui lui donnait des droits au MinistŠre de la police. Sur ces bancs il avait fait ‚tablir une cabane en planches, fort sonore, haute de dix pieds, et qui ne touchait au mur que du c“t‚ des fenˆtres. Des trois autres c“t‚s il r‚gnait un petit corridor de quatre pieds de large, entre le mur primitif de la prison, compos‚ d'‚normes pierres de taille, et les parois en planches de la cabane. Ces parois, form‚es de quatre doubles de planches de noyer, chˆne et sapin, ‚taient solidement reli‚es par des boulons de fer et par des clous sans nombre.

Ce fut dans l'une de ces chambres construites depuis un an. et chef-d'oeuvre du g‚n‚ral Fabio Conti, laquelle avait re‡u le beau nom d'Ob‚issance passive, que Fabrice fut introduit. Il courut aux fenˆtres; la vue qu'on avait de ces fenˆtres grill‚es ‚tait sublime: un seul petit coin de l'horizon ‚tait cach‚, vers le nord-ouest, par le toit en galerie du joli palais du gouverneur, qui n'avait que deux ‚tages; le rez-de-chauss‚e ‚tait occup‚ par les bureaux de l'‚tat-major; et d'abord les yeux de Fabrice furent attir‚s vers une des fenˆtres du second ‚tage, o— se trouvaient, dans de jolies cages, une grande quantit‚ d'oiseaux de toute sorte. Fabrice s'amusait … les entendre chanter, et … les voir saluer les derniers rayons du cr‚puscule du soir, tandis que les ge“liers s'agitaient autour de lui. Cette fenˆtre de la voliŠre n'‚tait pas … plus de vingt-cinq pieds de l'une des siennes, et se trouvait … cinq ou six pieds en contrebas, de fa‡on qu'il plongeait sur les oiseaux.

Il y avait lune ce jour-l…, et au moment o— Fabrice entrait dans sa prison, elle se levait majestueusement … l'horizon … droite, au-dessus de la chaŒne des Alpes, vers Tr‚vise. Il n'‚tait que huit heures et demie du soir, et … l'autre extr‚mit‚ de l'horizon, au couchant, un brillant cr‚puscule rouge orang‚ dessinait parfaitement les contours du mont Viso et des autres pics des Alpes qui remontent de Nice vers le Mont-Cenis et Turin sans songer autrement … son malheur, Fabrice fut ‚mu et ravi par ce spectacle sublime."C'est donc dans ce monde ravissant que vit Cl‚lia Conti! avec son ƒme pensive et s‚rieuse, elle doit jouir de cette vue plus qu'un autre; on est ici comme dans des montagnes solitaires … cent lieues de Parme."Ce ne fut qu'aprŠs avoir pass‚ plus de deux heures … la fenˆtre, admirant cet horizon qui parlait … son ƒme, et souvent aussi arrˆtant sa vue sur le joli palais du gouverneur que Fabrice s'‚cria tout … coup: "Mais ceci est-il une prison? est-ce l… ce que j'ai tant redout‚?"Au lieu d'apercevoir … chaque pas des d‚sagr‚ments et des motifs d'aigreur, notre h‚ros se laissait charmer par les douceurs de la prison.

Tout … coup son attention fut violemment rappel‚e … la r‚alit‚ par un tapage ‚pouvantable: sa chambre de bois, assez semblable … une cage et surtout fort sonore, ‚tait violemment ‚branl‚e; des aboiements de chien et de petits cris aigus compl‚taient le bruit le plus singulier'."Quoi donc! si t“t pourrais-je m'‚chapper!"pensa Fabrice. Un instant aprŠs, il riait comme jamais peut-ˆtre on n'a ri dans une prison. Par ordre du g‚n‚ral, on avait fait monter en mˆme temps que les ge“liers un chien anglais, fort m‚chant, pr‚pos‚ … la garde des prisonniers d'importance, et qui devait passer la nuit dans l'espace si ing‚nieusement m‚nag‚ tout autour de Fabrice. Le chien et le ge“lier devaient coucher dans l'intervalle de trois pieds m‚nag‚ entre les dalles de pierre du sol primitif de la chambre et le plancher de bois sur lequel le prisonnier ne pouvait faire un pas sans ˆtre entendu.

Or, … l'arriv‚e de Fabrice, la chambre de l'Ob‚issance passive se trouvait occup‚e par une centaine de rats ‚normes qui prirent la fuite dans tous les sens. Le chien, sorte d'‚pagneul crois‚ avec un fox anglais, n'‚tait point beau, mais en revanche il se montra fort alerte. On l'avait attach‚ sur le pav‚ en dalles de pierre au-dessous du plancher de la chambre de bois, mais lorsqu'il sentit passer les rats tout prŠs de lui il fit des efforts si extraordinaires qu'il parvint … retirer la tˆte de son collier; alors advint cette bataille admirable et dont le tapage r‚veilla Fabrice lanc‚ dans les rˆveries les moins tristes. Les rats qui avaient pu se sauver du premier coup de dent, se r‚fugiant dans la chambre de bois, le chien monta aprŠs eux les six marches qui conduisaient du pav‚ en pierre … la cabane de Fabrice. Alors commen‡a un tapage bien autrement ‚pouvantable: la cabane ‚tait ‚branl‚e jusqu'en ses fondements. Fabrice riait comme un fou et pleurait … force de rire : le ge“lier Grillo, non moins riant, avait ferm‚ la porte; le chien, courant aprŠs les rats, n'‚tait gˆn‚ par aucun meuble, car la chambre ‚tait absolument nue; il n'y avait pour gˆner les bonds du chien chasseur qu'un poˆle de fer dans un coin. Quand le chien eut triomph‚ de tous ses ennemis, Fabrice l'appela, le caressa, r‚ussit … lui plaire: "Si jamais celui-ci me voit sautant pardessus quelque mur, se dit-il, il n'aboiera pas."Mais cette politique raffin‚e ‚tait une pr‚tention de sa part: dans la situation d'esprit o— il ‚tait, il trouvait son bonheur … jouer avec ce chien. Par une bizarrerie … laquelle il ne r‚fl‚chissait point, une secrŠte joie r‚gnait au fond de son ƒme.

AprŠs qu'il se fut bien essouffl‚ … courir avec le chien:

- Comment vous appelez-vous? dit Fabrice au ge“lier.

- Grillo, pour servir Votre Excellence dans tout ce qui est permis par le rŠglement.

- Eh bien! mon cher Grillo, un nomm‚ Giletti a voulu m'assassiner au milieu d'un grand chemin, je me suis d‚fendu et je l'ai tu‚, je le tuerais encore si c'‚tait … faire: mais je n'en veux pas moins mener joyeuse vie, tant que je serai votre h“te. Sollicitez l'autorisation de vos chefs et allez demander du linge au palais Sanseverina; de plus achetez-moi force n‚bieu d'Asti.

C'est un assez bon vin mousseux qu'on fabrique en` Pi‚mont dans la patrie d'Alfieri et qui est fort estim‚ surtout de la classe d'amateurs … laquelle appartiennent les ge“liers. Huit ou dix de ces messieurs ‚taient occup‚s … transporter dans la chambre de bois de Fabrice quelques meubles antiques et fort dor‚s que l'on enlevait au premier ‚tage dans l'appartement du prince; tous recueillirent religieusement dans leur pens‚e le mot en faveur du vin d'Asti. Quoi qu'on p–t faire, l'‚tablissement de Fabrice pour cette premiŠre nuit fut pitoyable; mais il n'eut l'air choqu‚ que de l'absence d'une bouteille de bon n‚bieu.

- Celui-l… a l'air d'un bon enfant... dirent les ge“liers en s'en allant... et il n'y a qu'une chose … d‚sirer, c'est que nos messieurs lui laissent passer de l'argent.

Quand il fut seul et un peu remis de tout ce tapage: "Est-il possible que ce soit l… la prison, se dit Fabrice en regardant cet immense horizon de Tr‚vise au mont Viso, la chaŒne si ‚tendue des Alpes, les pics couverts de neige, les ‚toiles, etc., et une premiŠre nuit en prison encore! Je con‡ois que Cl‚lia Conti se plaise dans cette solitude a‚rienne; on est ici … mille lieues au-dessus des petitesses et des m‚chancet‚s qui nous occupent l…-bas. Si ces oiseaux qui sont l… sous ma fenˆtre lui appartiennent, je la verrai... Rougira-t-elle en m'apercevant?"Ce fut en discutant cette grande question que le prisonnier trouva le sommeil … une heure fort avanc‚e de la nuit.

DŠs le lendemain de cette nuit la premiŠre pass‚e en prison, et durant laquelle il ne s'impatienta pas une seule fois, Fabrice fut r‚duit … faire la conversation avec Fox le chien anglais; Grillo le ge“lier lui faisait bien toujours des yeux fort aimables, mais un ordre nouveau le rendait muet, et il n'apportait ni linge ni n‚bieu.

"Verrai-je Cl‚lia? se dit Fabrice en s'‚veillant. Mais ces oiseaux sont-ils … elle?"Les oiseaux commen‡aient … jeter des petits cris et … chanter, et … cette ‚l‚vation c'‚tait le seul bruit qui s'entendŒt dans les airs. Ce fut une sensation pleine de nouveaut‚ et de plaisir pour Fabrice que ce vaste silence qui r‚gnait … cette hauteur: il ‚coutait avec ravissement les petits gazouillements interrompus et si vifs par lesquels ses voisins les oiseaux saluaient le jour."S'ils lui appartiennent elle paraŒtra un instant dans cette chambre, l… sous ma fenˆtre", et tout en examinant les immenses chaŒnes des Alpes, vis-…-vis le premier ‚tage desquelles la citadelle de Parme semblait s'‚lever comme un ouvrage avanc‚, ses regards revenaient … chaque instant aux magnifiques cages de citronnier et de bois d'acajou qui, garnies de fils dor‚s s'‚levaient au milieu de la chambre fort claire, servant de voliŠre. Ce que Fabrice n'apprit que plus tard, c'est que cette chambre ‚tait la seule du second ‚tage du palais qui e–t de l'ombre de onze … quatre; elle ‚tait abrit‚e par la tour FarnŠse.

"Quel ne va pas ˆtre mon chagrin, se dit Fabrice, si, au lieu de cette physionomie c‚leste et pensive que j'attends et qui rougira peut-ˆtre un peu si elle m'aper‡oit, je vois arriver la grosse figure de quelque femme de chambre bien commune, charg‚e par procuration de soigner les oiseaux! Mais si je vois Cl‚lia, daignera-t-elle m'apercevoir? Ma foi, il faut faire des indiscr‚tions pour ˆtre remarqu‚; ma situation doit avoir quelques privilŠges; d'ailleurs nous sommes tous deux seuls ici et si loin du monde! Je suis un prisonnier, apparemment ce que le g‚n‚ral Conti et les autres mis‚rables de cette espŠce appellent un de leurs subordonn‚s... Mais elle a tant d'esprit, ou pour mieux dire tant d'ƒme, comme le suppose le comte, que peut-ˆtre, … ce qu'il dit, m‚prise-t-elle le m‚tier de son pŠre, de l… viendrait sa m‚lancolie! Noble cause de tristesse! Mais aprŠs tout, je ne suis point pr‚cis‚ment un ‚tranger pour elle. Avec quelle grƒce pleine de modestie elle m'a salu‚ hier soir! Je me souviens fort bien que lors de notre rencontre prŠs de C“me je lui dis: "Un jour je viendrai voir vos beaux tableaux de Parme, vous souviendrez-vous de ce nom: Fabrice del Dongo?"L'aura-t-elle oubli‚? elle ‚tait si jeune alors!

"Mais … propos, se dit Fabrice ‚tonn‚ en interrompant tout … coup le cours de ses pens‚es, j'oublie d'ˆtre en colŠre! Serais-je un de ces grands courages comme l'antiquit‚ en a montr‚ quelques exemples au monde? Suis-je un h‚ros sans m'en douter? Comment! moi qui avais tant de peur de la prison, j'y suis, et je ne me souviens pas d'ˆtre triste! c'est bien le cas de dire que la peur a ‚t‚ cent fois pire que le mal. Quoi! j'ai besoin de me raisonner pour ˆtre afflig‚ de cette prison, qui, comme le dit BlanŠs, peut durer dix ans comme dix mois? Serait-ce l'‚tonnement de tout ce nouvel ‚tablissement qui me distrait de la peine que je devrais ‚prouver? Peut-ˆtre que cette bonne humeur ind‚pendante de ma volont‚ et peu raisonnable cessera tout … coup, peut-ˆtre en un instant je tomberai dans le noir malheur que je devrais ‚prouver.

"Dans tous les cas, il est bien ‚tonnant d'ˆtre en prison et de devoir se raisonner pour ˆtre triste! Ma foi, j'en reviens … ma supposition, peut-ˆtre que j'ai un grand caractŠre."

Les rˆveries de Fabrice furent interrompues par le menuisier de la citadelle, lequel venait prendre mesure d'abat-jour pour ses fenˆtres, c'‚tait la premiŠre fois que cette prison servait, et l'on avait oubli‚ de la compl‚ter en cette partie essentielle.

"Ainsi, se dit Fabrice, je vais ˆtre priv‚ de cette vue sublime", et il cherchait … s'attrister de cette privation.

- Mais quoi! s'‚cria-t-il tout … coup parlant au menuisier, je ne verrai plus ces jolis oiseaux?

- Ah! les oiseaux de Mademoiselle! qu'elle aime tant! dit cet homme avec l'air de la bont‚ cach‚s, ‚clips‚s, an‚antis comme tout le reste.

Parler ‚tait d‚fendu au menuisier tout aussi strictement qu'aux ge“liers, mais cet homme avait piti‚ de la jeunesse du prisonnier: il lui apprit que ces abat-jour ‚normes, plac‚s sur l'appui des deux fenˆtres, et s'‚loignant du mur tout en s'‚levant ne devaient laisser aux d‚tenus que la vue du ciel.

- On fait cela pour la morale, lui dit-il, afin d'augmenter une tristesse salutaire et l'envie de se corriger dans l'ƒme des prisonniers; le g‚n‚ral, ajouta le menuisier, a aussi invent‚ de leur retirer les vitres, et de les faire remplacer … leurs fenˆtres par du papier huil‚.

Fabrice aima beaucoup le tour ‚pigrammatique de cette conversation, fort rare en Italie.

- Je voudrais bien avoir un oiseau pour me d‚sennuyer, je les aime … la folie; achetez-m'en un de la femme de chambre de Mlle Cl‚lia Conti.

- Quoi! vous la connaissez, s'‚cria le menuisier, que vous dites si bien son nom?

- Qui n'a pas ou‹ parler de cette beaut‚ si c‚lŠbre? Mais j'ai eu l'honneur de la rencontrer plusieurs fois … la cour.

- La pauvre demoiselle s'ennuie bien ici, ajouta le menuisier; elle passe sa vie l… avec ses oiseaux. Ce matin elle vient de faire acheter de beaux orangers que l'on a plac‚s par son ordre … la porte de la tour sous votre fenˆtre; sans la corniche vous pourriez les voir.

Il y avait dans cette r‚ponse des mots bien pr‚cieux pour Fabrice, il trouva une fa‡on obligeante de donner quelque argent au menuisier.

- Je fais deux fautes … la fois, lui dit cet homme, je parle … Votre Excellence et je re‡ois de l'argent. AprŠs-demain, en revenant pour les abat-jour, j'aurai un oiseau dans ma poche, et si je ne suis pas seul, je ferai semblant de le laisser envoler; si je puis mˆme, je vous apporterai un livre de priŠres; vous devez bien souffrir de ne pas pouvoir dire vos offices.

"Ainsi, se dit Fabrice, dŠs qu'il fut seul, ces oiseaux sont … elle, mais dans deux jours je ne les verrai plus!"A cette pens‚e, ses regards prirent une teinte de malheur. Mais enfin, … son inexprimable joie, aprŠs une si longue attente et tant de regards, vers midi Cl‚lia vint soigner ses oiseaux. Fabrice resta immobile et sans respiration, il ‚tait debout contre les ‚normes barreaux de sa fenˆtre et fort prŠs. Il remarqua qu'elle ne levait pas les yeux sur lui, mais ses mouvements avaient l'air gˆn‚, comme ceux de quelqu'un qui se sent regard‚. Quand elle l'aurait voulu, la pauvre fille n'aurait pas pu oublier le sourire si fin qu'elle avait vu errer sur les lŠvres du prisonnier, la veille, au moment o— les gendarmes l'emmenaient du corps de garde.

Quoique, suivant toute apparence, elle veillƒt sur ses actions avec le plus grand soin, au moment o— elle s'approcha de la fenˆtre de la voliŠre, elle rougit fort sensiblement. La premiŠre pens‚e de Fabrice, coll‚ contre les barreaux de fer de sa fenˆtre, fut de se livrer … l'enfantillage de frapper un peu avec la main sur ces barreaux, ce qui produirait un petit bruit; puis la seule id‚e de ce manque de d‚licatesse lui fit horreur."Je m‚riterais que pendant huit jours elle envoyƒt soigner ses oiseaux par sa femme de chambre."Cette id‚e d‚licate ne lui f–t point venue … Naples ou … Novare.

Il la suivait ardemment des yeux: "Certainement, se disait-il, elle va s'en aller sans daigner jeter un regard sur cette pauvre fenˆtre, et pourtant elle est bien en face."Mais en revenant du fond de la chambre que Fabrice, grƒce … sa position plus ‚lev‚e, apercevait fort bien, Cl‚lia ne put s'empˆcher de le regarder du haut de l'oeil, tout en marchant, et c'en fut assez pour que Fabrice se cr–t autoris‚ … la saluer."Ne sommes-nous pas seuls au monde ici?"se dit-il pour s'en donner le courage. Sur ce salut, la jeune fille resta immobile et baissa les yeux; puis Fabrice les lui vit relever fort lentement; et ‚videmment, en faisant effort sur elle-mˆme, elle salua le prisonnier avec le mouvement le plus grave et le plus distant, mais elle ne put imposer silence … ses yeux; sans qu'elle le s–t probablement, ils exprimŠrent un instant la piti‚ la plus vive. Fabrice remarqua qu'elle rougissait tellement que la teinte rose s'‚tendait rapidement jusque sur le haut des ‚paules dont la chaleur venait d'‚loigner, en arrivant … la voliŠre, un chƒle de dentelle noire. Le regard involontaire par lequel Fabrice r‚pondit … son salut redoubla le trouble de la jeune fille."Que cette pauvre femme serait heureuse, se disait-elle en pensant … la duchesse, si un instant seulement elle pouvait le voir comme je le vois!"

Fabrice avait eu quelque l‚ger espoir de la saluer de nouveau … son d‚part; mais, pour ‚viter cette nouvelle politesse, Cl‚lia fit une savante retraite par ‚chelons, de cage en cage, comme si, en finissant, elle e–t d– soigner les oiseaux plac‚s le plus prŠs de la porte. Elle sortit enfin, Fabrice restait immobile … regarder la porte par laquelle elle venait de disparaŒtre; il ‚tait un autre homme.

DŠs ce moment l'unique objet de ses pens‚es fut de savoir comment il pourrait parvenir … continuer de la voir, mˆme quand on aurait pos‚ cet horrible abat-jour devant la fenˆtre qui donnait sur le palais du gouverneur.

La veille au soir, avant de se coucher, il s'‚tait impos‚ l'ennui fort long de cacher la meilleure partie de l'or qu'il avait, dans plusieurs des trous de rats qui ornaient sa chambre de bois'."Il faut, ce soir, que je cache ma montre. N'aide pas entendu dire qu'avec de la patience et un ressort de montre ‚br‚ch‚ on peut couper le bois et mˆme le fer? Je pourrai donc scier cet abat-jour."Ce travail de cacher la montre, qui dura deux grandes heures, ne lui sembla point long; il songeait aux diff‚rents moyens de parvenir … son but et … ce qu'il savait faire en travaux de menuiserie."Si je sais m'y prendre, se disait-il, je pourrai couper bien carr‚ment un compartiment de la planche de chˆne qui formera abat-jour, vers la partie qui reposera sur l'appui de la fenˆtre; j'“terai et je remettrai ce morceau suivant les circonstances; je donnerai tout ce que je possŠde … Grillo afin qu'il veuille bien ne pas s'apercevoir de ce petit manŠge."Tout le bonheur de Fabrice ‚tait d‚sormais attach‚ … la possibilit‚ d ex‚cuter ce travail, et il ne songeait … rien autre."Si je parviens seulement … la voir, je suis heureux... Non pas, se dit-il; il faut aussi qu'elle voie que je la vois."Pendant toute la nuit, il eut la tˆte remplie d'inventions de menuiserie, et ne songea peut-ˆtre pas une seule fois … la cour de Parme, … la colŠre du prince, etc. Nous avouerons qu'il ne songea pas davantage … la douleur dans laquelle la duchesse devait ˆtre plong‚e. Il attendait avec impatience le lendemain, mais le menuisier ne reparut plus: apparemment qu'il passait pour lib‚ral dans la prison; on eut besoin d'en envoyer un autre … mine r‚barbative; lequel ne r‚pondit jamais que par un grognement de mauvais augure … toutes les choses agr‚ables que l'esprit de Fabrice cherchait … lui adresser. Quelques-unes des nombreuses tentatives de la duchesse pour lier une correspondance avec Fabrice avaient ‚t‚ d‚pist‚es par les nombreux agents de la marquise Raversi, et, par elle, le g‚n‚ral Fabio Conti ‚tait journellement averti, effray‚, piqu‚ d'amour-propre. Toutes les huit heures, six soldats de garde se relevaient dans la grande salle aux cent colonnes du rez-de-chauss‚e; de plus, le gouverneur ‚tablit un ge“lier de garde … chacune des trois portes de fer successives du corridor, et le pauvre Grillo, le seul qui vŒt le prisonnier, fut condamn‚ … ne sortir de la tour FarnŠse que tous les huit jours, ce dont il se montra fort contrari‚. Il fit sentir son humeur … Fabrice qui eut le bon esprit de ne r‚pondre que par ces mots: "Force n‚bieu d'Asti, mon ami"et il lui donna de l'argent.

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