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New Philadelphia Book Publisher Highlights Local Talent
Book and Publishing News from Publishers Newswire(tm)

Looking for Child to be on Cover of a New Book, 'The Model Child'
PHILADELPHIA, Pa. -- The Philadelphia literary world will celebrate the launch of two new players today, April 10th: Kay Square Press, a new publishing company focused on Philadelphia-area artists, their stories, and their art; and Kay Square's first release, 'With the Rich and Mighty: Emlen Etting of Philadelphia' (ISBN: 978-0-9815129-0-7), a critical biography by Kenneth C. Kaleta.

FlatSigned Press Alleges Don Imus Remarks Damage Legacy of President Gerald R. Ford
NEW YORK, N.Y. -- Nathan Yungerberg, an accomplished model scout and professional child photographer is launching a nation-wide casting call to find the cover model for his highly anticipated book release, 'The Model Child: A Parents Guide to the Child Modeling Industry' (ISBN: 978-0-9817018-0-6).

La Chartreuse de Parme

S >> Stendhal >> La Chartreuse de Parme

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Notre prisonnier remonta l‚gŠrement les six marches qui conduisaient … sa cabane de bois; le bruit devenait tellement fort au pied de la tour FarnŠse, et pr‚cis‚ment devant la porte, qu'il pensa que Grillo pourrait bien se r‚veiller. Fabrice, charg‚ de toutes ses armes, prˆt … agir, se croyait r‚serv‚, cette nuit-l…, aux grandes aventures, quand tout … coup il entendit commencer la plus belle symphonie du monde: c'‚tait une s‚r‚nade que l'on donnait au g‚n‚ral ou … sa fille. Il tomba dans un accŠs de rire fou: "Et moi qui songeais d‚j… … donner des coups de dague! comme si une s‚r‚nade n'‚tait pas une chose infiniment plus ordinaire qu'un enlŠvement n‚cessitant la pr‚sence de quatre-vingts personnes dans une prison ou qu'une r‚volte!"La musique ‚tait excellente et parut d‚licieuse … Fabrice, dont l'ƒme n'avait eu aucune distraction depuis tant de semaines; elle lui fit verser de bien douces larmes; dans son ravissement, il adressait les discours les plus irr‚sistibles … la belle Cl‚lia. Mais le lendemain, … midi, il la trouva d'une m‚lancolie tellement sombre, elle ‚tait si pƒle, elle dirigeait sur lui des regards o— il lisait quelquefois tant de colŠre, qu'il ne se sentait pas assez autoris‚ pour lui adresser une question sur la s‚r‚nade; il craignit d'ˆtre impoli.

Cl‚lia avait grandement raison d'ˆtre triste c'‚tait une s‚r‚nade que lui donnait le marquis Crescenzi: une d‚marche aussi publique ‚tait en quelque sorte l'annonce officielle du mariage. Jusqu'au jour mˆme de la s‚r‚nade, et jusqu'… neuf heures du soir, Cl‚lia avait fait la plus belle r‚sistance, mais elle avait eu la faiblesse de c‚der … la menace d'ˆtre envoy‚e imm‚diatement au couvent, qui lui avait ‚t‚ faite par son pŠre.

"Quoi! je ne le verrais plus!"s'‚tait-elle dit en pleurant. C'est en vain que sa raison avait ajout‚: "Je ne le verrais plus, cet ˆtre qui fera mon malheur de toutes les fa‡ons, je ne verrais plus cet amant de la duchesse, je ne verrais plus cet homme l‚ger qui a eu dix maŒtresses connues … Naples, et les a toutes trahies; je ne verrais plus ce jeune ambitieux qui, s'il survit … la sentence qui pŠse sur lui, va s'engager dans les ordres sacr‚s! Ce serait un crime pour moi de le regarder encore lorsqu'il sera hors de cette citadelle, et son inconstance naturelle m'en ‚pargnera la tentation; car, que suis-je pour lui? un pr‚texte pour passer moins ennuyeusement quelques heures de chacune de ses journ‚es de prison."Au milieu de toutes ces injures, Cl‚lia vint … se souvenir du sourire avec lequel il regardait les gendarmes qui l'entouraient lorsqu'il sortait du bureau d'‚crou pour monter … la tour FarnŠse. Les larmes inondŠrent ses yeux: "Cher ami, que ne ferais-je pas pour toi! Tu me perdras, je le sais, tel est mon destin; je me perds moi-mˆme d'une maniŠre atroce en assistant ce soir … cette affreuse s‚r‚nade; mais demain, … midi, je reverrai tes yeux!"

Ce fut pr‚cis‚ment le lendemain de ce jour o— Cl‚lia avait fait de si grands sacrifices au jeune prisonnier, qu'elle aimait d'une passion si vive; ce fut le lendemain de ce jour o—, voyant tous ses d‚fauts, elle lui avait sacrifi‚ sa vie, que Fabrice fut d‚sesp‚r‚ de sa froideur. Si mˆme en n'employant que le langage si imparfait des signes il e–t fait la moindre violence … l'ƒme de Cl‚lia, probablement elle n'e–t pu retenir ses larmes, et Fabrice e–t obtenu l'aveu de tout ce qu'elle sentait pour lui; mais il manquait d'audace, il avait une trop mortelle crainte d'offenser Cl‚lia, elle pouvait le punir d'une peine trop s‚vŠre. En d'autres termes, Fabrice n'avait aucune exp‚rience du genre d'‚motion que donne une femme que l'on aime; c'‚tait une sensation qu'il n'avait jamais ‚prouv‚e, mˆme dans sa plus faible nuance. Il lui fallut huit jours, aprŠs celui de la s‚r‚nade, pour se remettre avec Cl‚lia sur le pied accoutum‚ de bonne amiti‚. La pauvre fille s'armait de s‚v‚rit‚ mourant de crainte de se trahir, et il semblait … Fabrice que chaque jour il ‚tait moins bien avec elle.

Un jour, il y avait alors prŠs de trois mois que Fabrice ‚tait en prison sans avoir eu aucune communication quelconque avec le dehors, et pourtant sans se trouver malheureux; Grillo ‚tait rest‚ fort tard le matin dans sa chambre; Fabrice ne savait comment le renvoyer; il ‚tait au d‚sespoir enfin midi et demi avait d‚j… sonn‚ lorsqu'il put ouvrir les deux petites trappes d'un pied de haut qu'il avait pratiqu‚es … l'abat-jour fatal.

Cl‚lia ‚tait debout … la fenˆtre de la voliŠre, les yeux fix‚s sur celle de Fabrice; ses traits contract‚s exprimaient le plus violent d‚sespoir. A peine vit-elle Fabrice, qu'elle lui fit signe que tout ‚tait perdu: elle se pr‚cipita … son piano et, feignant de chanter un r‚citatif de l'op‚ra alors … la mode, elle lui dit, en phrases interrompues par le d‚sespoir et la crainte d'ˆtre comprise par les sentinelles qui se promenaient sous la fenˆtre:

- Grand Dieu! vous ˆtes encore en vie? Que ma reconnaissance est grande envers le Ciel! Barbone, ce ge“lier dont vous punŒtes l'insolence le jour de votre entr‚e ici, avait disparu, il n'‚tait plus dans la citadelle: avant-hier soir il est rentr‚, et depuis hier j'ai lieu de croire qu'il cherche … vous empoisonner. Il vient r“der dans la cuisine particuliŠre du palais qui fournit vos repas. Je ne sais rien de s–r, mais ma femme de chambre croit que cette figure atroce ne vient dans les cuisines du palais que dans le dessein de vous “ter la vie. Je mourais d'inqui‚tude ne vous voyant point paraŒtre, je vous croyais mort. Abstenez-vous de tout aliment jusqu'… nouvel avis, je vais faire l'impossible pour vous faire parvenir quelque peu de chocolat. Dans tous les cas, ce soir … neuf heures, si la bont‚ du Ciel veut que vous ayez un fil, ou que vous puissiez former un ruban avec votre linge, laissez-le descendre de votre fenˆtre sur les orangers, j'y attacherai une corde que vous retirerez … vous, et … l'aide de cette corde je vous ferai passer du pain et du chocolat.

Fabrice avait conserv‚ comme un tr‚sor le morceau de charbon qu'il avait trouv‚ dans le poˆle de sa chambre: il se hƒta de profiter de l'‚motion de Cl‚lia, et d'‚crire sur sa main une suite de lettres dont l'apparition successive formait ces mots:

- Je vous aime, et la vie ne m'est pr‚cieuse que parce que je vous vois; surtout envoyez-moi du papier et un crayon.

Ainsi que Fabrice l'avait esp‚r‚, l'extrˆme terreur qu'il lisait dans les traits de Cl‚lia empˆcha la jeune fille de rompre l'entretien aprŠs ce mot si hardi, je vous aime; elle se contenta de t‚moigner beaucoup d'humeur. Fabrice eut l'esprit d'ajouter:

- Par le grand vent qu'il fait aujourd'hui, je n'entends que fort imparfaitement les avis que vous daignez me donner en chantant, le son du piano couvre la voix. Qu'est-ce que c'est par exemple, que ce poison dont vous me parlez?

A ce mot, la terreur de la jeune fille reparut tout entiŠre; elle se mit … la hƒte … tracer de grandes lettres … l'encre sur les pages d'un livre qu'elle d‚chira, et Fabrice fut transport‚ de joie en voyant enfin ‚tabli, aprŠs trois mois de soins, ce moyen de correspondance qu'il avait si vainement sollicit‚. Il n'eut garde d'abandonner la petite ruse qui lui avait si bien r‚ussi, il aspirait … ‚crire des lettres, et feignait … chaque instant de ne pas bien saisir les mots dont Cl‚lia exposait successivement … ses yeux toutes les lettres.

Elle fut oblig‚e de quitter la voliŠre pour courir auprŠs de son pŠre; elle craignait par-dessus tout qu'il ne vŒnt l'y chercher; son g‚nie soup‡onneux n'e–t point ‚t‚ content du grand voisinage de la fenˆtre de cette voliŠre et de l'abat-jour qui masquait celle du prisonnier. Cl‚lia elle-mˆme avait eu l'id‚e quelques moments auparavant, lorsque la non-apparition de Fabrice la plongeait dans une si mortelle inqui‚tude, que l'on pourrait jeter une petite pierre envelopp‚e d'un morceau de papier vers la partie sup‚rieure de cet abat-jour; si le hasard voulait qu'en cet instant le ge“lier charg‚ de la garde de Fabrice ne se trouvƒt pas dans sa chambre, c'‚tait un moyen de correspondance certain.

Notre prisonnier se hƒta de construire une sorte de raban avec du linge; et le soir, un peu aprŠs neuf heures, il entendit fort bien de petits coups frapp‚s sur les caisses des orangers qui se trouvaient sous sa fenˆtre; il laissa glisser son ruban qui lui ramena une petite corde fort longue, … l'aide de laquelle il retira d'abord une provision de chocolat, et ensuite, … son inexprimable satisfaction, un rouleau de papier et un crayon. Ce fut en vain qu'il tendit la corde ensuite, il ne re‡ut plus rien; apparemment que les sentinelles s'‚taient rapproch‚es des orangers. Mais il ‚tait ivre de joie. Il se hƒta d'‚crire une lettre infinie … Cl‚lia: … peine fut-elle termin‚e qu'il l'attacha … sa corde et la descendit. Pendant plus de trois heures il attendit vainement qu'on vŒnt la prendre, et plusieurs fois la retira pour y faire des changements."Si Cl‚lia ne voit pas ma lettre ce soir, se disait-il, tandis qu'elle est encore ‚mue par ses id‚es de poison peut-ˆtre demain matin rejettera-t-elle bien loin ;'id‚e de recevoir une lettre."

Le fait est que Cl‚lia n'avait pu se dispenser de descendre … la ville avec son pŠre: Fabrice en eut presque l'id‚e en entendant, vers minuit et demi, rentrer la voiture du g‚n‚ral; il connaissait le pas des chevaux. Quelle ne fut pas sa joie lorsque, quelques minutes aprŠs avoir entendu le g‚n‚ral traverser l'esplanade et les sentinelles lui pr‚senter les armes, il sentit s'agiter la corde qu'il n'avait cess‚ de tenir autour du bras! On attachait un grand poids … cette corde, deux petites secousses lui donnŠrent le signal de la retirer. Il eut assez de peine … faire passer au poids qu'il ramenait une corniche extrˆmement saillante qui se trouvait sous sa fenˆtre.

Cet objet qu'il avait eu tant de peine … faire remonter, c'‚tait une carafe remplie d'eau et envelopp‚e dans un chƒle. Ce fut avec d‚lices que ce pauvre jeune homme, qui vivait depuis si longtemps dans une solitude si complŠte, couvrit ce chƒle de ses baisers. Mais il faut renoncer … peindre son ‚motion lorsque enfin, aprŠs tant de jours d'esp‚rance vaine, il d‚couvrit un petit morceau de papier qui ‚tait attach‚ au chƒle par une ‚pingle.


Ne buvez que de cette eau, vivez avec du chocolat; demain je ferai tout au monde pour vous faire parvenir du pain, je le marquerai de tous les c“t‚s avec de petites croix trac‚es … l'encre. C'est affreux … dire, mais il faut que vous le sachiez, peut-ˆtre Barbone est-il charg‚ de vous empoisonner. Comment n'avez-vous pas senti que le sujet que vous traitez dans votre lettre au crayon est fait pour me d‚plaire? Aussi je ne vous ‚crirais pas sans le danger extrˆme qui vous menace. Je viens de voir la duchesse, elle se porte bien ainsi que le comte, mais elle est fort maigrie; ne m'‚crivez plus sur ce sujet: voudriez-vous me fƒcher?


Ce fut un grand effort de vertu chez Cl‚lia que d'‚crire l'avant-derniŠre ligne de ce billet. Tout le monde pr‚tendait, dans la soci‚t‚ de la cour, que Mme Sanseverina prenait beaucoup d'amiti‚ pour le comte Baldi, ce si bel homme, l'ancien ami de la marquise Raversi. Ce qu'il y avait de s–r, c'est qu'il s'‚tait brouill‚ de la fa‡on la plus scandaleuse avec cette marquise qui, pendant six ans, lui avait servi de mŠre et l'avait ‚tabli dans le monde.

Cl‚lia avait ‚t‚ oblig‚e de recommencer ce petit mot ‚crit … la hƒte, parce que dans la premiŠre r‚daction il per‡ait quelque chose des nouvelles amours que la malignit‚ publique supposait … la duchesse.

- Quelle bassesse … moi! s'‚tait-elle ‚cri‚e: dire du mal … Fabrice de la femme qu'il aime!...

Le lendemain matin, longtemps avant le jour, Grillo entra dans la chambre de Fabrice, y d‚posa un assez lourd paquet, et disparut sans mot dire. Ce paquet contenait un pain assez gros, garni de tous les c“t‚s de petites croix trac‚es … la plume: Fabrice les couvrit de baisers; il ‚tait amoureux. A c“t‚ du pain se trouvait un rouleau recouvert d'un grand nombre de doubles de papier; il renfermait six mille francs en sequins; enfin, Fabrice trouva un beau br‚viaire tout neuf: une main qu'il commen‡ait … connaŒtre avait trac‚ ces mots … la marge:


Le poison! Prendre garde … l'eau, au vin, … tout; vivre de chocolat, tƒcher de faire manger par le chien le dŒner auquel on ne touchera pas; il ne faut pas paraŒtre m‚fiant, l'ennemi chercherait un autre moyen. Pas d'‚tourderie, au nom de Dieu! pas de l‚gŠret‚!


Fabrice se hƒta d'enlever ces caractŠres ch‚ris qui pouvaient compromettre Cl‚lia et de d‚chirer un grand nombre de feuillets du br‚viaire, … l'aide desquels il fit plusieurs alphabets; chaque lettre ‚tait proprement trac‚e avec du charbon ‚cras‚ d‚lay‚ dans du vin. Ces alphabets se trouvŠrent secs lorsque … onze heures trois quarts Cl‚lia parut … deux pas en arriŠre de la fenˆtre de la voliŠre."La grande affaire maintenant, se dit Fabrice, c'est qu'elle consente … en faire usage."Mais, par bonheur, il se trouva qu'elle avait beaucoup de choses … dire au jeune prisonnier sur la tentative d'empoisonnement: un chien des filles de service ‚tait mort pour avoir mang‚ un plat qui lui ‚tait destin‚. Cl‚lia, bien loin de faire des objections contre l'usage des alphabets, en avait pr‚par‚ un magnifique avec de l'encre. La conversation suivie par ce moyen, assez incommode dans les premiers moments, ne dura pas moins d'une heure et demie, c'est-…-dire tout le temps que Cl‚lia put rester … la voliŠre. Deux ou trois fois, Fabrice se permettant des choses d‚fendues, elle ne r‚pondit pas, et alla pendant un instant donner … ses oiseaux les soins n‚cessaires.

Fabrice avait obtenu que, le soir en lui envoyant de l'eau, elle lui ferait parvenir un des alphabets trac‚s par elle avec de l'encre, et qui se voyait beaucoup mieux. Il ne manqua pas d'‚crire une fort longue lettre dans laquelle il eut soin de ne point placer de choses tendres, du moins d'une fa‡on qui p–t offenser. Ce moyen lui r‚ussit; sa lettre fut accept‚e.

Le lendemain, dans la conversation par les alphabets, Cl‚lia ne lui fit pas de reproches; elle lui apprit que le danger du poison diminuait; le Barbone avait ‚t‚ attaqu‚ et presque assomm‚ par les gens qui faisaient la cour aux filles de cuisine du palais du gouverneur; probablement il n'oserait plus reparaŒtre dans les cuisines. Cl‚lia lui avoua que, pour lui, elle avait os‚ voler du contre-poison … son pŠre, elle le lui envoyait: l'essentiel ‚tait de repousser … l'instant tout aliment auquel on trouverait une saveur extraordinaire. Cl‚lia avait fait beaucoup de questions … don Cesare, sans pouvoir d‚couvrir d'o— provenaient les six cents sequins re‡us par Fabrice; dans tous les cas, c'‚tait un signe excellent; la s‚v‚rit‚ diminuait.

Cet ‚pisode du poison avan‡a infiniment les affaires de notre prisonnier; toutefois jamais il ne put obtenir le moindre aveu qui ressemblƒt … de l'amour, mais il avait le bonheur de vivre de la maniŠre la plus intime avec Cl‚lia. Tous les matins, et souvent les soirs, il y avait une longue conversation avec les alphabets; chaque soir, … neuf heures, Cl‚lia acceptait une longue lettre, et quelquefois y r‚pondait par quelques mots; elle lui envoyait le journal et quelques livres; enfin, Grillo avait ‚t‚ amadou‚ au point d'apporter … Fabrice du pain et du vin, qui lui ‚taient remis journellement par la femme de chambre de Cl‚lia. Le ge“lier Grillo en avait conclu que le gouverneur n'‚tait pas d'accord avec les gens qui avaient charg‚ Barbone d'empoisonner le jeune Monsignore, et il en ‚tait fort aise, ainsi que tous ses camarades, car un proverbe s'‚tait ‚tabli dans la prison: il suffit de regarder en face monsignore del Dongo pour qu'il vous donne de l'argent.

Fabrice ‚tait devenu fort pƒle; le manque absolu d'exercice nuisait … sa sant‚; … cela prŠs, jamais il n'avait ‚t‚ aussi heureux. Le ton de la conversation ‚tait intime, et quelquefois fort gai, entre Cl‚lia et lui. Les seuls moments de la vie de Cl‚lia qui ne fussent pas assi‚g‚s de pr‚visions funestes et de remords ‚taient ceux qu'elle passait … s'entretenir avec lui. Un jour elle eut l'imprudence de lui dire:

- J'admire votre d‚licatesse; comme je suis la fille du gouverneur, vous ne me parlez jamais du d‚sir de recouvrer la libert‚!

- C'est que je me garde bien d'avoir un d‚sir aussi absurde, lui r‚pondit Fabrice; une fois de retour … Parme, comment vous reverrais-je? et la vie me serait d‚sormais insupportable si je ne pouvais vous dire tout ce que je pense... non, pas pr‚cis‚ment tout ce que je pense, vous y mettez bon ordre; mais enfin, malgr‚ votre m‚chancet‚, vivre sans vous voir tous les jours serait pour moi un bien autre supplice que cette prison! de la vie je ne fus aussi heureux!... N'est-il pas plaisant de voir que le bonheur m'attendait en prison?

- Il y a bien des choses … dire sur cet article, r‚pondit Cl‚lia d'un air qui devint tout … coup excessivement s‚rieux et presque sinistre.

- Comment! s'‚cria Fabrice fort alarm‚, serais-je expos‚ … perdre cette place si petite que j'ai pu gagner dans votre coeur, et qui fait ma seule joie en ce monde?

- Oui, lui dit-elle, j'ai tout lieu de croire que vous manquez de probit‚ envers moi, quoique passant d'ailleurs dans le monde pour fort galant homme; mais je ne veux pas traiter ce sujet aujourd'hui.

Cette ouverture singuliŠre jeta beaucoup d'embarras dans leur conversation, et souvent l'un et l'autre eurent les larmes aux yeux.

Le fiscal g‚n‚ral Rassi aspirait toujours … changer de nom: il ‚tait bien las de celui qu'il s'‚tait fait, et voulait devenir baron Riva. Le comte Mosca, de son c“t‚, travaillait, avec toute l'habilet‚ dont il ‚tait capable, … fortifier chez ce juge vendu la passion de la baronnie, comme il cherchait … redoubler chez le prince la folle esp‚rance de se faire roi constitutionnel de la Lombardie. C'‚taient les seuls moyens qu'il e–t pu inventer de retarder la mort de Fabrice.

Le prince disait … Rassi:

- Quinze jours de d‚sespoir et quinze jours d'esp‚rance, c'est par ce r‚gime patiemment suivi que nous parviendrons … vaincre le caractŠre de cette femme altiŠre, c'est par ces alternatives de douceur et de duret‚ que l'on arrive … dompter les chevaux les plus f‚roces. Appliquez le caustique ferme.

En effet, tous les quinze jours on voyait renaŒtre dans Parme un nouveau bruit annon‡ant la mort prochaine de Fabrice. Ces propos plongeaient la malheureuse duchesse dans le dernier d‚sespoir. FidŠle … la r‚solution de ne pas entraŒner le comte dans sa ruine, elle ne le voyait que deux fois par mois; mais elle ‚tait punie de sa cruaut‚ envers ce pauvre homme par les alternatives continuelles de sombre d‚sespoir o— elle passait sa vie. En vain le comte Mosca, surmontant la jalousie cruelle que lui inspiraient les assiduit‚s du comte Baldi, ce si bel homme, ‚crivait … la duchesse quand il ne pouvait la voir, et lui donnait connaissance de tous les renseignements qu'il devait au zŠle du futur baron Riva, la duchesse aurait eu besoin, pour pouvoir r‚sister aux bruits atroces qui couraient sans cesse sur Fabrice, de passer sa vie avec un homme d'esprit et de coeur tel que Mosca; la nullit‚ du Baldi, la laissant … ses pens‚es, lui donnait une fa‡on d'exister affreuse et le comte ne pouvait parvenir … lui communiquer ses raisons d'esp‚rer.

Au moyen de divers pr‚textes assez ing‚nieux, ce ministre ‚tait parvenu … faire consentir le prince … ce que l'on d‚posƒt dans un chƒteau ami, au centre mˆme de la Lombardie, dans les environs de Sarono, les archives de toutes les intrigues fort compliqu‚es au moyen desquelles Ranuce-Ernest IV nourrissait l'esp‚rance archifolle de se faire roi constitutionnel de ce beau pays.

Plus de vingt de ces piŠces fort compromettantes ‚taient de la main du prince ou sign‚es par lui, et dans le cas o— la vie de Fabrice serait s‚rieusement menac‚e, le comte avait le projet d'annoncer … Son Altesse qu'il allait livrer ces piŠces … une grande puissance qui d'un mot pouvait l'an‚antir.

Le comte Mosca se croyait s–r du futur baron Riva, il ne craignait que le poison; la tentative de Barbone l'avait profond‚ment alarm‚, et … tel point qu'il s'‚tait d‚termin‚ … hasarder une d‚marche folle en apparence. Un matin il passa … la porte de la citadelle, et fit appeler le g‚n‚ral Fabio Conti qui descendit jusque sur le bastion au-dessus de la porte; l…, se promenant amicalement avec lui, il n'h‚sita pas … lui dire, aprŠs une petite pr‚face aigre-douce et convenable:

- Si Fabrice p‚rit d'une fa‡on suspecte, cette mort pourra m'ˆtre attribu‚e, je passerai pour un jaloux, ce serait pour moi un ridicule abominable et que je suis r‚solu de ne pas accepter. Donc, et pour m'en laver, s'il p‚rit de maladie, je vous tuerai de ma main; comptez l…-dessus.

Le g‚n‚ral Fabio Conti fit une r‚ponse magnifique et parla de sa bravoure, mais le regard du comte resta pr‚sent … sa pens‚e.

Peu de jours aprŠs, et comme s'il se f–t concert‚ avec le comte, le fiscal Rassi se permit une imprudence bien singuliŠre chez un tel homme. Le m‚pris public attach‚ … son nom qui servait de proverbe … la canaille, le rendait malade depuis qu'il avait l'espoir fond‚ de pouvoir y ‚chapper. Il adressa au g‚n‚ral Fabio Conti une copie officielle de la sentence qui condamnait Fabrice … douze ann‚es de citadelle. D'aprŠs la loi, c'est ce qui aurait d– ˆtre fait dŠs le lendemain mˆme de l'entr‚e de Fabrice en prison; mais ce qui ‚tait inou‹ … Parme, dans ce pays de mesures secrŠtes, c'est que la justice se permŒt une telle d‚marche sans l'ordre exprŠs du souverain. En effet, comment nourrir l'espoir de redoubler tous les quinze jours l'effroi de la duchesse, et de dompter ce caractŠre altier, selon le mot du prince, une fois qu'une copie officielle de la sentence ‚tait sortie de la chancellerie de justice? La veille du jour o— le g‚n‚ral Fabio Conti re‡ut le pli officiel du fiscal Rassi, il apprit que le commis Barbone avait ‚t‚ rou‚ de coups en rentrant un peu tard … la citadelle; il en conclut qu'il n'‚tait plus question en certain lieu de se d‚faire de Fabrice; et, par un trait de prudence qui sauva Rassi des suites imm‚diates de sa folie, il ne parla point au prince, … la premiŠre audience qu'il en obtint, de la copie officielle de la sentence du prisonnier … lui transmise. Le comte avait d‚couvert, heureusement pour la tranquillit‚ de la pauvre duchesse, que la tentative gauche de Barbone n'avait ‚t‚ qu'une vell‚it‚ de vengeance particuliŠre, et il avait fait donner … ce commis l'avis dont on a parl‚.

Fabrice fut bien agr‚ablement surpris quand, aprŠs cent trente-cinq jours de prison dans une cage assez ‚troite, le bon aum“nier don Cesare vint le chercher un jeudi pour le faire promener sur le donjon de la tour FarnŠse: Fabrice n'y eut pas ‚t‚ dix minutes que, surpris par le grand air, il se trouva mal.

Don Cesare prit pr‚texte de cet accident pour lui accorder une promenade d'une demi-heure tous les jours. Ce fut une sottise, ces promenades fr‚quentes eurent bient“t rendu … notre h‚ros des forces dont il abusa.

Il y eut plusieurs s‚r‚nades; le ponctuel gouverneur ne les souffrait que parce qu'elles engageaient avec le marquis Crescenzi sa fille Cl‚lia, dont le caractŠre lui faisait peur: il sentait vaguement qu'il n'y avait nul point de contact entre elle et lui, et craignait toujours de sa part quelque coup de tˆte. Elle pouvait s'enfuir au couvent, et il restait d‚sarm‚. Du reste, le g‚n‚ral craignait que toute cette musique dont les sons pouvaient p‚n‚trer jusque dans l‚s cachots les plus profonds, r‚serv‚s aux plus noirs lib‚raux, ne contŒnt des signaux. Les musiciens aussi lui donnaient de la jalousie par eux-mˆmes; aussi, … peine la s‚r‚nade termin‚e, on les enfermait … clef dans les grandes salles basses du palais du gouverneur, qui de jour servaient de bureaux pour l'‚tat-major, et on ne leur ouvrait la porte que le lendemain matin au grand jour. C'‚tait le gouverneur lui-mˆme qui, plac‚ sur le pont de l'esclave, les faisait fouiller en sa pr‚sence et leur rendait la libert‚, non sans leur r‚p‚ter plusieurs fois qu'il ferait pendre … l'instant celui d'entre eux qui aurait l'audace de se charger de la moindre commission pour quelque prisonnier. Et l'on savait que dans sa peur de d‚plaire il ‚tait homme … tenir parole, de fa‡on que le marquis Crescenzi ‚tait oblig‚ de payer triple ses musiciens fort choqu‚s de cette nuit … passer en prison.

Tout ce que la duchesse put obtenir et … grand-peine de la pusillanimit‚ de l'un de ces hommes ce fut qu'il se chargerait d'une lettre pour l… remettre au gouverneur. La lettre ‚tait adress‚e … Fabrice; on y d‚plorait la fatalit‚ qui faisait que depuis plus de cinq mois qu'il ‚tait en prison, ses amis du dehors n'avaient pu ‚tablir avec lui la moindre correspondance.

En entrant … la citadelle, le musicien gagn‚ se jeta aux genoux du g‚n‚ral Fabio Conti, et lui avoua qu'un prˆtre, … lui inconnu, avait tellement insist‚ pour le charger d'une lettre adress‚e au sieur del Dongo, qu'il n'avait os‚ refuser; mais, fidŠle … son devoir, il se hƒtait de la remettre entre les mains de Son Excellence.

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