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New Philadelphia Book Publisher Highlights Local Talent
Book and Publishing News from Publishers Newswire(tm)

Looking for Child to be on Cover of a New Book, 'The Model Child'
PHILADELPHIA, Pa. -- The Philadelphia literary world will celebrate the launch of two new players today, April 10th: Kay Square Press, a new publishing company focused on Philadelphia-area artists, their stories, and their art; and Kay Square's first release, 'With the Rich and Mighty: Emlen Etting of Philadelphia' (ISBN: 978-0-9815129-0-7), a critical biography by Kenneth C. Kaleta.

FlatSigned Press Alleges Don Imus Remarks Damage Legacy of President Gerald R. Ford
NEW YORK, N.Y. -- Nathan Yungerberg, an accomplished model scout and professional child photographer is launching a nation-wide casting call to find the cover model for his highly anticipated book release, 'The Model Child: A Parents Guide to the Child Modeling Industry' (ISBN: 978-0-9817018-0-6).

La Chartreuse de Parme

S >> Stendhal >> La Chartreuse de Parme

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Le comte Mosca ne manquait pas de se montrer profond‚ment scandalis‚ de l'‚vasion de ce mauvais sujet de Fabrice, et r‚p‚tait dans l'occasion la phrase invent‚e par Rassi sur le plat proc‚d‚ de ce jeune homme, fort vulgaire d'ailleurs, qui s'‚tait soustrait … la cl‚mence du prince. Cette phrase spirituelle, consacr‚e par la bonne compagnie, ne prit point dans le peuple. Laiss‚ … son bon sens, et tout en croyant Fabrice fort coupable, il admirait la r‚solution qu'il avait fallu pour se lancer d'un mur si haut. Pas un ˆtre de la cour n'admira ce courage. Quant … la police, fort humili‚e de cet ‚chec, elle avait d‚couvert officiellement qu'une troupe de vingt soldats gagn‚s par les distributions d'argent de la duchesse, cette femme si atrocement ingrate, et dont on ne pronon‡ait plus le nom qu'avec un soupir, avaient tendu … Fabrice quatre ‚chelles li‚es ensemble et de quarante-cinq pieds de longueur chacune: Fabrice ayant tendu une corde qu'on avait li‚e aux ‚chelles, n'avait eu que le m‚rite fort vulgaire d'attirer ces ‚chelles … lui. Quelques lib‚raux connus par leur imprudence, et entre autres le m‚decin C***, agent pay‚ directement par le prince, ajoutaient, mais en se compromettant, que cette police atroce avait eu la barbarie de faire fusiller huit des malheureux soldats qui avaient facilit‚ la fuite de cet ingrat de Fabrice. Alors il fut blƒm‚ mˆme des lib‚raux v‚ritables, comme ayant caus‚ par son imprudence la mort de huit pauvres soldats. C'est ainsi que les petits despotismes r‚duisent … rien la valeur de l'opinion.



CHAPITRE XXIII


Au milieu de ce d‚chaŒnement g‚n‚ral le seul archevˆque Landriani se montra fidŠle … la cause de son jeune ami, il osait r‚p‚ter, mˆme … la cour de la princesse, la maxime de droit suivant laquelle, dans tout procŠs, il faut r‚server une oreille pure de tout pr‚jug‚ pour entendre les justifications d'un absent.

DŠs le lendemain de l'‚vasion de Fabrice, plusieurs personnes avaient re‡u un sonnet assez m‚diocre qui c‚l‚brait cette fuite comme une des belles actions du siŠcle, et comparait Fabrice … un ange arrivant sur la terre les ailes ‚tendues. Le surlendemain soir, tout Parme r‚p‚tait un sonnet sublime. C'‚tait le monologue de Fabrice se laissant glisser le long de la corde, et jugeant les divers incidents de sa vie. Ce sonnet lui donna rang dans l'opinion par deux vers magnifiques, tous les connaisseurs reconnurent le style de Ferrante Palla.

Mais ici il me faudrait chercher le style ‚pique: o— trouver des couleurs pour peindre les torrents d'indignation qui tout … coup submergŠrent tous les cours bien pensants, lorsqu'on apprit l'effroyable insolence de cette illumination du chƒteau de Sacca? Il n'y eut qu'un cri contre la duchesse; mˆme les lib‚raux v‚ritables trouvŠrent que c'‚tait compromettre d'une fa‡on barbare les pauvres suspects retenus dans les diverses prisons, et exasp‚rer inutilement le coeur du souverain. Le comte Mosca d‚clara qu'il ne restait plus qu'une ressource aux anciens amis de la duchesse, c'‚tait de l'oublier. Le concert d'ex‚cration fut donc unanime: un ‚tranger passant par la ville e–t ‚t‚ frapp‚ de l'‚nergie de l'opinion publique. Mais en ce pays o— l'on sait appr‚cier le plaisir de la vengeance, l'illumination de Sacca et la fˆte admirable donn‚e dans le parc … plus de six mille paysans eurent un immense succŠs. Tout le monde r‚p‚tait … Parme que la duchesse avait fait distribuer mille sequins … ses paysans; on expliquait ainsi l'accueil un peu dur fait … une trentaine de gendarmes que la police avait eu la nigauderie d'envoyer dans ce petit village, trente-six heures aprŠs la soir‚e sublime et l'ivresse g‚n‚rale qui l'avait suivie. Les gendarmes, accueillis … coups de pierres, avaient pris la fuite, et deux d'entre eux, tomb‚s de cheval, avaient ‚t‚ jet‚s dans le P“.

Quant … la rupture du grand r‚servoir d'eau du palais Sanseverina, elle avait pass‚ … peu prŠs inaper‡ue: c'‚tait pendant la nuit que quelques rues avaient ‚t‚ plus ou moins inond‚es, le lendemain on e–t dit qu'il avait plu. Ludovic avait eu soin de briser les vitres d'une fenˆtre du palais, de fa‡on que l'entr‚e des voleurs ‚tait expliqu‚e.

On avait mˆme trouv‚ une petite ‚chelle. Le seul comte Mosca reconnut le g‚nie de son amie.

Fabrice ‚tait parfaitement d‚cid‚ … revenir … Parme aussit“t qu'il le pourrait; il envoya Ludovic porter une longue lettre … l'archevˆque, et ce fidŠle serviteur revint mettre … la poste au premier village du Pi‚mont, … Sannazaro au couchant de Pavie, une ‚pŒtre latine que le digne pr‚lat adressait … son jeune prot‚g‚. Nous ajouterons un d‚tail qui, comme plusieurs autres sans doute, fera longueur dans les pays o— l'on n'a plus besoin de pr‚cautions. Le nom de Fabrice del Dongo n'‚tait jamais ‚crit; toutes les lettres qui lui ‚taient destin‚es ‚taient adress‚es … Ludovic San Micheli, … Locarno en Suisse, ou … Belgirate en Pi‚mont. L'enveloppe ‚tait faite d'un papier grossier, le cachet mal appliqu‚, l'adresse … peine lisible, et quelquefois orn‚e de recommandations dignes d'une cuisiniŠre, toutes les lettres ‚taient dat‚es de Naples six jours avant la date v‚ritable.

Du village pi‚montais de Sannazaro, prŠs de Pavie', Ludovic retourna en toute hƒte … Parme: il ‚tait charg‚ d'une mission … laquelle Fabrice mettait la plus grande importance; il ne s'agissait de rien moins que de faire parvenir … Cl‚lia Conti un mouchoir de soie sur lequel ‚tait imprim‚ un sonnet de P‚trarque. Il est vrai qu'un mot ‚tait chang‚ … ce sonnet: Cl‚lia le trouva sur sa table deux jours aprŠs avoir re‡u les remerciements du marquis Crescenzi qui se disait le plus heureux des hommes, et il n'est pas besoin de dire quelle impression cette marque d'un souvenir toujours croissant produisit sur son coeur.

Ludovic devait chercher … se procurer tous les d‚tails possibles sur ce qui se passait … la citadelle. Ce fut lui qui apprit … Fabrice la triste nouvelle que le mariage du marquis Crescenzi semblait d‚sormais une chose d‚cid‚e; il ne se passait presque pas de journ‚e sans qu'il donnƒt une fˆte … Cl‚lia, dans l'int‚rieur de la citadelle. Une preuve d‚cisive du mariage, c'est que le marquis immens‚ment riche et par cons‚quent fort avare, comme c'est l'usage parmi les gens opulents du nord de l'Italie, faisait des pr‚paratifs immenses, et pourtant il ‚pousait une fille sans dot. Il est vrai que la vanit‚ du g‚n‚ral Fabio Conti, fort choqu‚e de cette remarque, la premiŠre qui se f–t pr‚sent‚e … l'esprit de tous ses compatriotes, venait d'acheter une terre de plus de 300000 francs, et cette terre, lui qui n'avait rien, il l'avait pay‚e comptant, apparemment des deniers du marquis. Aussi le g‚n‚ral avait-il d‚clar‚ qu'il donnait cette terre en mariage … sa fille. Mais les frais d'acte et autres, montant … plus de 12000 francs, semblŠrent une d‚pense fort ridicule au marquis Crescenzi, ˆtre ‚minemment logique. De son c“t‚ il faisait fabriquer … Lyon des tentures magnifiques de couleurs, fort bien agenc‚es et calcul‚es pour l'agr‚ment de l'oeil, par le c‚lŠbre Pallagi, peintre de Bologne. Ces tentures, dont chacune contenait une partie prise dans les armes de la famille Crescenzi, qui comme l'univers le sait, descend du fameux Crescentius, consul de Rome en 985, devaient meubler les dix-sept salons qui formaient le rez-de-chauss‚e du palais du marquis. Les tentures, les pendules et les lustres rendus … Parme co–tŠrent plus de 350000 francs; le prix des glaces nouvelles, ajout‚es … celles que la maison poss‚dait d‚j…, s'‚leva … 200000 francs. A l'exception de deux salons ouvrages c‚lŠbres du Parmesan, le grand peintre du pays aprŠs le divin CorrŠge, toutes les piŠces du premier et du second ‚tage ‚taient maintenant occup‚es par les peintres c‚lŠbres de Florence, de Rome et de Milan, qui les ornaient de peintures … fresque. Fokelberg, le grand sculpteur su‚dois, Tenerani de Rome, et Marchesi de Milan, travaillaient depuis un an … dix bas-reliefs repr‚sentant autant de belles actions de Crescentius, ce v‚ritable grand homme. La plupart des plafonds, peints … fresque, offraient aussi quelque allusion … sa vie. On admirait g‚n‚ralement le plafond o— Hayez, de Milan, avait repr‚sent‚ Crescentius re‡u dans les Champs-Elys‚es par Fran‡ois Sforce, Laurent le Magnifique, le roi Robert, le tribun Cola di Rienzi, Machiavel, le Dante et les autres grands hommes du Moyen Age'. L'admiration pour ces ƒmes d'‚lite est suppos‚e faire ‚pigramme contre les gens au pouvoir.

Tous ces d‚tails magnifiques occupaient exclusivement l'attention de la noblesse et des bourgeois de Parme, et percŠrent le coeur de notre h‚ros lorsqu'il les lut racont‚s avec une admiration na‹ve, dans une longue lettre de plus de vingt pages que Ludovic avait dict‚e … un douanier de Casal Maggiore.

"Et moi je suis si pauvre! se disait Fabrice, quatre mille livres de rente en tout et pour tout! c'est vraiment une insolence … moi d'oser ˆtre amoureux de Cl‚lia Conti, pour qui se font tous ces miracles."

Un seul article de la longue lettre de Ludovic mais celui-l… ‚crit de sa mauvaise ‚criture, annon‡ait … son maŒtre qu'il avait rencontr‚ le soir, et dans l'‚tat d'un homme qui se cache, le pauvre Grillo son ancien ge“lier, qui avait ‚t‚ mis en prison, puis relƒch‚. Cet homme lui avait demand‚ un sequin par charit‚, et Ludovic lui en avait donn‚ quatre au nom de la duchesse. Les anciens ge“liers r‚cemment mis en libert‚, au nombre de douze, se pr‚paraient … donner une fˆte … coups de couteau (un trattamento di coltellate) aux nouveaux ge“liers leurs successeurs, si jamais ils parvenaient … les rencontrer hors de la citadelle. Grillo avait dit que presque tous les jours il y avait s‚r‚nade … la forteresse, que Mlle Cl‚lia Conti ‚tait fort pƒle, souvent malade, et autres choses semblables. Ce mot ridicule fit que Ludovic re‡ut, courrier par courrier, l'ordre de revenir … Locarno. Il revint, et les d‚tails qu'il donna de vive voix furent encore plus tristes pour Fabrice.

On peut juger de l'amabilit‚ dont celui-ci ‚tait pour la pauvre duchesse, il e–t souffert mille morts plut“t que de prononcer devant elle le nom de Cl‚lia Conti. La duchesse abhorrait Parme; et, pour Fabrice, tout ce qui rappelait cette ville ‚tait … la fois sublime et attendrissant.

La duchesse avait moins que jamais oubli‚ sa vengeance; elle ‚tait si heureuse avant l'incident de la mort de Giletti! et maintenant, quel ‚tait son sort! elle vivait dans l'attente d'un ‚v‚nement affreux dont elle se serait bien gard‚e de dire un mot … Fabrice, elle qui autrefois, lors de son arrangement avec Ferrante, croyait tant r‚jouir Fabrice en lui apprenant qu'un jour il serait venge.

On peut se faire quelque id‚e maintenant de l'agr‚ment des entretiens de Fabrice avec la duchesse: un silence morne r‚gnait presque toujours entre eux. Pour augmenter les agr‚ments de leurs relations, la duchesse avait c‚d‚ … la tentation de jouer un mauvais tour … ce neveu trop ch‚ri. Le comte lui ‚crivait presque tous les jours; apparemment il envoyait des courriers comme du temps de leurs amours, car ses lettres portaient toujours le timbre de quelque petite ville de la Suisse. Le pauvre homme se torturait l'esprit pour ne pas parler trop ouvertement de sa tendresse, et pour construire des lettres amusantes; … peine si on les parcourait d'un oeil distrait. Que fait, h‚las! la fid‚lit‚ d'un amant estim‚, quand on a le coeur perc‚ par la froideur de celui qu'on lui pr‚fŠre?

En deux mois de temps la duchesse ne lui r‚pondit qu'une fois et ce fut pour l'engager … sonder le terrain auprŠs de la princesse, et … voir si, malgr‚ l'insolence du feu d'artifice, on recevrait avec plaisir une lettre de la duchesse. La lettre qu'il devait pr‚senter, s'il le jugeait … propos, demandait la place de chevalier d'honneur de la princesse, devenue vacante depuis peu, pour le marquis Crescenzi, et d‚sirait qu'elle lui f–t accord‚e en consid‚ration de son mariage. La lettre de la duchesse ‚tait un chef-d'oeuvre: c'‚tait le respect le plus tendre et le mieux exprim‚; on n'avait pas admis dans ce style courtisanesque le moindre mot dont les cons‚quences, mˆme les plus ‚loign‚es, passent n'ˆtre pas agr‚ables … la princesse. Aussi la r‚ponse respirait-elle une amiti‚ tendre et que l'absence met … la torture.


Mon fils et moi, lui disait la princesse, n'avons pas eu une soir‚e un peu passable depuis votre d‚part si brusque. Ma chŠre duchesse ne se souvient donc plus que c'est elle qui m'a fait rendre une voix consultative dans la nomination des officiers de ma maison? Elle se croit donc oblig‚e de me donner des motifs pour la place du marquis, comme si son d‚sir exprim‚ n'‚tait pas pour moi le premier des motifs? Le marquis aura la place, si je puis quelque chose; et il y en aura toujours une dans mon coeur, et la premiŠre, pour mon aimable duchesse. Mon fils se sert absolument des mˆmes expressions, un peu fortes pourtant dans la bouche d'un grand gar‡on de vingt et un ans, et vous demande des ‚chantillons de min‚raux de la vall‚e d'Orta, voisine de Belgirate. Vous pouvez adresser vos lettres, que j'espŠre fr‚quentes, au comte, qui vous d‚teste toujours et que j'aime surtout … cause de ces sentiments. L'archevˆque aussi vous est rest‚ fidŠle. Nous esp‚rons tous vous revoir un jour: rappelez-vous qu'il le faut. La marquise Ghisleri, ma grande maŒtresse, se dispose … quitter ce monde pour un meilleur: la pauvre femme m'a fait bien du mal; elle me d‚plaŒt encore en s'en allant mal … propos; sa maladie me fait penser au nom que j'eusse mis autrefois avec tant de plaisir … la place du sien, si toutefois j'eusse pu obtenir ce sacrifice de l'ind‚pendance de cette femme unique qui, en nous fuyant, a emport‚ avec elle toute la joie de ma petite cour, etc.


C'‚tait donc avec la conscience d'avoir cherch‚ … hƒter, autant qu'il ‚tait en elle, le mariage qui mettait Fabrice au d‚sespoir, que la duchesse le voyait tous les jours. Aussi passaient-ils quelquefois quatre ou cinq heures … voguer ensemble sur le lac, sans se dire un seul mot. La bienveillance ‚tait entiŠre et parfaite du c“t‚ de Fabrice; mais il pensait … d'autres choses, et son ƒme na‹ve et simple ne lui fournissait rien … dire. La duchesse le voyait, et c'‚tait son supplice.

Nous avons oubli‚ de raconter en son lieu que la duchesse avait pris une maison … Belgirate, village charmant, et qui tient tout ce que son nom promet (voir un beau tournant du lac). De la porte-fenˆtre de son salon, la duchesse pouvait mettre le pied dans sa barque. Elle en avait pris une fort ordinaire, et pour laquelle quatre rameurs eussent suffi; elle en engagea douze, et s'arrangea de fa‡on … avoir un homme de chacun des villages situ‚s aux environs de Belgirate. La troisiŠme ou quatriŠme fois qu'elle se trouva au milieu du lac avec tous ses hommes bien choisis, elle fit arrˆter le mouvement des rames.

- Je vous considŠre tous comme des amis, leur dit-elle, et je veux vous confier un secret. Mon neveu Fabrice s'est sauv‚ de prison; et peut-ˆtre, par trahison, on cherchera … le reprendre, quoiqu'il soit sur votre lac, pays de franchise. Ayez l'oreille au guet, et pr‚venez-moi de tout ce que vous apprendrez. Je vous autorise … entrer dans ma chambre le jour et la nuit.

Les rameurs r‚pondirent avec enthousiasme; elle savait se faire aimer. Mais elle ne pensait pas qu'il f–t question de reprendre Fabrice: c'‚tait pour elle qu'‚taient tous ces soins, et, avant l'ordre fatal d'ouvrir le r‚servoir du palais Sanseverina, elle n'y e–t pas song‚.

Sa prudence l'avait aussi engag‚e … prendre un appartement au port de Locarno pour Fabrice; tous les jours il venait la voir, ou elle-mˆme allait en Suisse. On peut juger de l'agr‚ment de leurs perp‚tuels tˆte-…-tˆte par ce d‚tail: La marquise et ses filles vinrent les voir deux fois, et la pr‚sence de ces ‚trangŠres leur fit plaisir; car, malgr‚ les liens du sang, on peut appeler ‚trangŠre une personne qui ne sait rien de nos int‚rˆts les plus chers, et que l'on ne voit qu'une fois par an.

La duchesse se trouvait un soir … Locarno, chez Fabrice, avec la marquise et ses deux filles. L'archiprˆtre du pays et le cur‚ ‚taient venus pr‚senter leurs respects … ces dames: l'archiprˆtre, qui ‚tait int‚ress‚ dans une maison de commerce, et se tenait fort au courant des nouvelles, s'avisa de dire:

- Le prince de Parme est mort!

La duchesse pƒlit extrˆmement; elle eut … peine le courage de dire:

- Donne-t-on des d‚tails?

- Non, r‚pondit l'archiprˆtre; la nouvelle se borne … dire la mort, qui est certaine.

La duchesse regarda Fabrice."J'ai fait cela pour lui, se dit-elle; j'aurais fait mille fois pis, et le voil… qui est l… devant moi indiff‚rent et songeant … une autre!"Il ‚tait au-dessus des forces de la duchesse de supporter cette affreuse pens‚e; elle tomba dans un profond ‚vanouissement. Tout le monde s'empressa pour la secourir, mais en revenant … elle, elle remarqua que Fabrice se donnait moins de mouvement que l'archiprˆtre et le cur‚; il rˆvait comme … l'ordinaire.

"Il pense … retourner … Parme, se dit la duchesse, et peut-ˆtre … rompre le mariage de Cl‚lia avec le marquis; mais je saurai l'empˆcher."Puis, se souvenant de la pr‚sence des deux prˆtres, elle se hƒta d'ajouter:

- C'‚tait un grand prince, et qui a ‚t‚ bien calomni‚! C'est une perte immense pour nous!

Les deux prˆtres prirent cong‚, et la duchesse, pour ˆtre seule, annon‡a qu'elle allait se mettre au lit.

"Sans doute, se disait-elle, la prudence m'ordonne d'attendre un mois ou deux avant de retourner … Parme; mais je sens que je n'aurai jamais cette patience; je souffre trop ici. Cette rˆverie continuelle, ce silence de Fabrice, sont pour mon coeur un spectacle intol‚rable. Qui me l'e–t dit que je m'ennuierais en me promenant sur ce lac charmant, en tˆte-…-tˆte avec lui, et au moment o— j'ai fait pour le venger plus que je ne puis lui dire! AprŠs un tel spectacle, la mort n'est rien. C'est maintenant que je paie les transports de bonheur et de joie enfantine que je trouvais dans mon palais … Parme lorsque j'y re‡us Fabrice revenant de Naples. Si j'eusse dit un mot, tout ‚tait fini, et peut-ˆtre que, li‚ avec moi, il n'e–t pas song‚ … cette petite Cl‚lia; mais ce mot me faisait une r‚pugnance horrible. Maintenant elle l'emporte sur moi. Quoi de plus simple? elle a vingt ans; et moi, chang‚e par les soucis, malade, j'ai le double de son ƒge!... Il faut mourir, il faut finir! Une femme de quarante ans n'est plus quelque chose que pour les hommes qui l'ont aim‚e dans sa jeunesse! Maintenant je ne trouverai plus que des jouissances de vanit‚; et cela vaut-il la peine de vivre? Raison de plus pour aller … Parme, et pour m'amuser. Si les choses tournaient d'une certaine fa‡on, on m'“terait la vie. Eh bien! o— est le mal? Je ferai une mort magnifique, et, avant de finir, mais seulement alors, je dirai … Fabrice: Ingrat! c'est pour toi!... Oui, je ne puis trouver d'occupation pour ce peu de vie qui me reste qu'… Parme; j'y ferai la grande dame. Quel bonheur si je pouvais ˆtre sensible maintenant … toutes ces distinctions qui autrefois faisaient le malheur de la Raversi! Alors, pour voir mon bonheur, j'avais besoin de regarder dans les yeux de l'envie... Ma vanit‚ a un bonheur; … l'exception du comte peut-ˆtre, personne n'aura pu deviner quel a ‚t‚ l'‚v‚nement qui a mis fin … la vie de mon coeur... J'aimerai Fabrice, je serai d‚vou‚e … sa fortune; mais il ne faut pas qu'il rompe le mariage de la Cl‚lia et qu'il finisse par l'‚pouser... Non, cela ne sera pas!"

La duchesse en ‚tait l… de son triste monologue, lorsqu'elle entendit un grand bruit dans la maison.

"Bon! se dit-elle, voil… qu'on vient m'arrˆter; Ferrante se sera laiss‚ prendre, il aura parl‚. Eh bien! tant mieux! je vais avoir une occupation; je vais leur disputer ma tˆte. Mais primo, il ne faut pas se laisser prendre."

La duchesse, … demi vˆtue, s'enfuit au fond de son jardin: elle songeait d‚j… … passer par-dessus un petit mur et … se sauver dans la campagne; mais elle vit qu'on entrait dans sa chambre. Elle reconnut Bruno, l'homme de confiance du comte: il ‚tait seul avec sa femme de chambre. Elle s'approcha de la porte-fenˆtre. Cet homme parlait … la femme de chambre des blessures qu'il avait re‡ues. La duchesse rentra chez elle, Bruno se jeta presque … ses pieds, la conjurant de ne pas dire au comte l'heure ridicule … laquelle il arrivait.

- Aussit“t la mort du prince, ajouta-t-il, M. le comte a donn‚ l'ordre, … toutes les postes, de ne pas fournir de chevaux aux sujets des Etats de Parme. En cons‚quence, je suis all‚ jusqu'au P“ avec les chevaux de la maison; mais au sortir de la barque, ma voiture a ‚t‚ renvers‚e, bris‚e, abŒm‚e, et j'ai eu des contusions si graves que je n'ai pu monter … cheval, comme c'‚tait mon devoir.

- Eh bien! dit la duchesse, il est trois heures du matin: je dirai que vous ˆtes arriv‚ … midi; vous n'allez pas me contredire.

- Je reconnais bien les bont‚s de Madame.

La politique dans une ouvre litt‚raire c'est un coup de pistolet au milieu d'un concert' quelque chose de grossier et auquel pourtant il n'est pas possible de refuser son attention.

Nous allons parler de fort vilaines choses, et que, pour plus d'une raison, nous voudrions taire; mais nous sommes forc‚s d'en venir … des ‚v‚nements qui sont de notre domaine, puisqu'ils ont pour th‚ƒtre le coeur des personnages.

- Mais, grand Dieu! comment est mort ce grand prince? dit la duchesse … Bruno.

- Il ‚tait … la chasse des oiseaux de passage, dans les marais, le long du P“, … deux lieues de Sacca. Il est tomb‚ dans un trou cach‚ par une touffe d'herbe: il ‚tait tout en sueur et le froid l'a saisi; on l'a transport‚ dans une maison isol‚e, o— il est mort au bout de quelques heures. D'autres pr‚tendent que MM. Catena et Borone sont morts aussi, et que tout l'accident provient des casseroles de cuivre du paysan chez lequel on est entr‚, qui ‚taient remplies de vert-de-gris. On a d‚jeun‚ chez cet homme. Enfin, les tˆtes exalt‚es, les jacobins, qui racontent ce qu'ils d‚sirent, parlent de poison. Je sais que mon ami Toto, fourrier de la cour, aurait p‚ri sans les soins g‚n‚reux d'un manant qui paraissait avoir de grandes connaissances en m‚decine, et lui a fait faire des remŠdes fort singuliers. Mais on ne parle d‚j… plus de cette mort du prince: au fait, c'‚tait un homme cruel. Lorsque je suis parti, le peuple se rassemblait pour massacrer le fiscal g‚n‚ral Rassi: on voulait aussi aller mettre le feu aux portes de la citadelle, pour tƒcher de faire sauver les prisonniers. Mais on pr‚tendait que Fabio Conti tirerait ses canons. D'autres assuraient que les canonniers de la citadelle avaient jet‚ de l'eau sur leur poudre et ne voulaient pas massacrer leurs concitoyens. Mais voici qui est bien plus int‚ressant tandis que le chirurgien de Sandolaro arrangeait mon pauvre bras, un homme est arriv‚ de Parme, qui a dit que le peuple ayant trouv‚ dans les rues Barbone, ce fameux commis de la citadelle, l'a assomm‚, et ensuite on est all‚ le pendre … l'arbre de la promenade qui est le plus voisin de la citadelle. Le peuple ‚tait en marche pour aller briser cette belle statue du prince qui est dans les jardins de la cour. Mais M. le comte a pris un bataillon de la garde, l'a rang‚ devant la statue, et a fait dire au peuple qu'aucun de ceux qui entreraient dans les jardins n'en sortirait vivant, et le peuple avait peur. Mais ce qui est bien singulier, et que cet homme arrivant de Parme, et qui est un ancien gendarme, m'a r‚p‚t‚ plusieurs fois, c'est que M. le comte a donn‚ des coups de pied au g‚n‚ral P..., commandant la garde du prince, et l'a fait conduire hors du jardin par deux fusiliers, aprŠs lui avoir arrach‚ ses ‚paulettes.

- Je reconnais bien l… le comte, s'‚cria la duchesse avec un transport de joie qu'elle n'e–t pas pr‚vu une minute auparavant: il ne souffrira jamais qu'on outrage notre princesse; et quant au g‚n‚ral P..., par d‚vouement pour ses maŒtres l‚gitimes, il n'a jamais voulu servir l'usurpateur, tandis que le comte, moins d‚licat, a fait toutes les campagnes d'Espagne, ce qu'on lui a souvent reproch‚ … la cour.

La duchesse avait ouvert la lettre du comte, mais en interrompait la lecture pour faire cent questions … Bruno.

La lettre ‚tait bien plaisante; le comte employait les termes les plus lugubres, et cependant la joie la plus vive ‚clatait … chaque mot; il ‚vitait les d‚tails sur le genre de mort du prince, et finissait sa lettre par ces mots:


Tu vas revenir sans doute, mon cher ange! mais je te conseille d'attendre un jour ou deux le courrier que la princesse t'enverra, … ce que j'espŠre aujourd'hui ou demain; il faut que ton retour soit magnifique comme ton d‚part a ‚t‚ hardi. Quant au grand criminel qui est auprŠs de toi, je compte bien le faire juger par douze juges appel‚s de toutes les parties de cet Etat. Mais, pour faire punir ce monstre-l… comme il le m‚rite, il faut d'abord que je puisse faire des papillotes avec la premiŠre sentence, si elle existe.


Le comte avait rouvert sa lettre:


Voici bien une autre affaire: je viens de faire distribuer des cartouches aux deux bataillons de la garde; je vais me battre et m‚riter de mon mieux ce surnom de Cruel dont les lib‚raux m'ont gratifi‚ depuis si longtemps. Cette vieille momie de g‚n‚ral P... a os‚ parler dans la caserne d'entrer en pourparlers avec le peuple … demi r‚volt‚. Je t'‚cris du milieu de la rue je vais au palais, o— l'on ne p‚n‚trera que sur mon cadavre. Adieu! Si je meurs, ce sera en t'adorant quand mˆme, ainsi que j'ai v‚cu! N'oublie pas de faire prendre 300000 francs d‚pos‚s en ton nom chez D..., … Lyon.

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