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New Philadelphia Book Publisher Highlights Local Talent
Book and Publishing News from Publishers Newswire(tm)

Looking for Child to be on Cover of a New Book, 'The Model Child'
PHILADELPHIA, Pa. -- The Philadelphia literary world will celebrate the launch of two new players today, April 10th: Kay Square Press, a new publishing company focused on Philadelphia-area artists, their stories, and their art; and Kay Square's first release, 'With the Rich and Mighty: Emlen Etting of Philadelphia' (ISBN: 978-0-9815129-0-7), a critical biography by Kenneth C. Kaleta.

FlatSigned Press Alleges Don Imus Remarks Damage Legacy of President Gerald R. Ford
NEW YORK, N.Y. -- Nathan Yungerberg, an accomplished model scout and professional child photographer is launching a nation-wide casting call to find the cover model for his highly anticipated book release, 'The Model Child: A Parents Guide to the Child Modeling Industry' (ISBN: 978-0-9817018-0-6).

La Chartreuse de Parme

S >> Stendhal >> La Chartreuse de Parme

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- Ah! voil… donc o— Ferrante avait pris de l'argent pour son ‚meute! dit le comte, un peu stup‚fait; et vous me racontez tout cela dans la salle des gardes!

- C'est que je suis press‚e, et voici le Rassi sur les traces du crime. Il est bien vrai que je n'ai jamais parl‚ d'insurrection, car j'abhorre les jacobins. R‚fl‚chissez l…-dessus et dites-moi votre avis aprŠs la piŠce.

- Je vous dirai tout de suite qu'il faut inspirer de l'amour au prince... Mais en tout bien tout honneur, au moins!

On appelait la duchesse pour son entr‚e en scŠne, elle s'enfuit.

Quelques jours aprŠs, la duchesse re‡ut par la poste une grande lettre ridicule, sign‚e du nom d'une ancienne femme de chambre … elle, cette femme demandait … ˆtre employ‚e … la cour, mais la duchesse avait reconnu du premier coup d'oeil que ce n'‚tait ni son ‚criture ni son style. En ouvrant la feuille pour lire la seconde page, la duchesse vit tomber … ses pieds une petite image miraculeuse de la Madone, pli‚e dans une feuille imprim‚e d'un vieux livre'. AprŠs avoir jet‚ un coup d'oeil sur l'image, la duchesse lut quelques lignes de la vieille feuille imprim‚e. Ses yeux brillŠrent, et elle y trouvait ces mots:


Le tribun a pris cent francs par mois, non plus; avec le reste on voulut ranimer le feu sacr‚ dans des ƒmes qui se trouvŠrent glac‚es par l'‚go‹sme. Le renard est sur mes traces, c'est pourquoi je n'ai pas cherch‚ … voir une derniŠre fois l'ˆtre ador‚. Je me suis dit, elle n'aime pas la r‚publique, elle qui m'est sup‚rieure par l'esprit autant que par les grƒces et la beaut‚. D'ailleurs, comment faire une r‚publique sans r‚publicains? Est-ce que je me tromperais? Dans six mois, je parcourrai, le microscope … la main, et … pied, les petites villes d'Am‚rique, je verrai si je dois encore aimer la seule rivale que vous ayez dans mon coeur. Si vous recevez cette lettre, madame la baronne, et qu'aucun oeil profane ne l'ait lue avant vous, faites briser un des jeunes frˆnes plant‚s … vingt pas de l'endroit o— j'osai vous parler pour la premiŠre fois. Alors je ferai enterrer, sous le grand buis du jardin que vous remarquƒtes une fois en mes jours heureux, une boŒte o— se trouveront de ces choses qui font calomnier les gens de mon opinion. Certes, je me fusse bien gard‚ d'‚crire si le renard n'‚tait sur mes traces, et ne pouvait arriver … cet ˆtre c‚leste; voir le bais dans quinze jours.


"Puisqu'il a une imprimerie … ses ordres, se dit la duchesse, bient“t nous aurons un recueil de sonnets, Dieu sait le nom qu'il m'y donnera!"

La coquetterie de la duchesse voulut faire un essai; pendant huit jours elle fut indispos‚e, et la cour n'eut plus de jolies soir‚es. La princesse, fort scandalis‚e de tout ce que la peur qu'elle avait de son fils l'obligeait de faire dŠs les premiers moments de son veuvage, alla passer ces huit jours dans un couvent attenant … l'‚glise o— le feu prince ‚tait inhum‚. Cette interruption des soir‚es jeta sur les bras du prince une masse ‚norme de loisir, et porta un ‚chec notable au cr‚dit du ministre de la justice. Ernest V comprit tout l'ennui qui le mena‡ait si la duchesse quittait la cour ou seulement cessait dry r‚pandre la joie. Les soir‚es recommencŠrent, et le prince se montra de plus en plus int‚ress‚ par les com‚dies dell'arte. Il avait le projet de prendre un r“le, mais n'osait avouer cette ambition. Un jour, rougissant beaucoup, il dit … la duchesse:

- Pourquoi ne jouerais-je pas moi aussi?

- Nous sommes tous ici aux ordres de Votre Altesse; si elle daigne m'en donner l'ordre, je ferai arranger le plan d'une com‚die, toutes les scŠnes brillantes du r“le de Votre Altesse seront avec moi, et comme les premiers jours tout le monde h‚site un peu, si Votre Altesse veut me regarder avec quelque attention, je lui dirai les r‚ponses qu'elle doit faire.

Tout fut arrang‚ et avec une adresse infinie. Le prince fort timide avait honte d'ˆtre timide, les soins que se donna la duchesse pour ne pas faire souffrir cette timidit‚ inn‚e firent une impression profonde sur le jeune souverain.

Le jour de son d‚but, le spectacle commen‡a une demi-heure plus t“t qu'… l'ordinaire, et il n'y avait dans le salon, au moment o— l'on passa dans la salle de spectacle, que huit ou dix femmes ƒg‚es. Ces figures-l… n'imposaient guŠre au prince, et d'ailleurs, ‚lev‚es … Munich dans les vrais principes monarchiques, elles applaudissaient toujours. Usant de son autorit‚ comme grande maŒtresse, la duchesse ferma … clef la porte par laquelle le vulgaire des courtisans entrait au spectacle. Le prince, qui avait de l'esprit litt‚raire et une belle figure, se tira fort bien de ses premiŠres scŠnes; il r‚p‚tait avec intelligence les phrases qu'il lisait dans les yeux de la duchesse, ou qu'elle lui indiquait … demi-voix. Dans un moment o— les rares spectateurs applaudissaient de toutes leurs forces, la duchesse fit un signe, la porte d'honneur fut ouverte, et la salle de spectacle occup‚e en un instant par toutes les jolies femmes de la cour, qui, trouvant au prince une figure charmante et l'air fort heureux, se mirent … applaudir, le prince rougit de bonheur. Il jouait le r“le d'un amoureux de la duchesse. Bien loin d'avoir … lui sugg‚rer des paroles, bient“t elle fut oblig‚e de l'engager … abr‚ger les scŠnes; il parlait d'amour avec un enthousiasme qui souvent embarrassait l'actrice ses r‚pliques duraient cinq minutes. La duchesse n'‚tait plus cette beaut‚ ‚blouissante de l'ann‚e pr‚c‚dente; la prison de Fabrice, et, bien plus encore, le s‚jour sur le lac Majeur avec Fabrice devenu morose et silencieux, avaient donn‚ dix ans de plus … la belle Gina. Ses traits s'‚taient marqu‚s, ils avaient plus d'esprit et moins de jeunesse.

Ils n'avaient plus que bien rarement l'enjouement du premier ƒge; mais … la scŠne, avec du rouge et tous les secours que l'art fournit aux actrices, elle ‚tait encore la plus jolie femme de la cour. Les tirades passionn‚es, d‚bit‚es par le prince, donnŠrent l'‚veil aux courtisans; tous se disaient ce soir-l…:

- Voici la Balbi de ce nouveau rŠgne.

Le comte se r‚volta int‚rieurement. La piŠce finie, la duchesse dit au prince devant toute la cour:

- Votre Altesse joue trop bien; on va dire que vous ˆtes amoureux d'une femme de trente-huit ans', ce qui fera manquer mon ‚tablissement avec le comte. Ainsi, je ne jouerai plus avec Votre Altesse, … moins que le prince ne me jure de m'adresser la parole comme il le ferait … une femme d'un certain ƒge, … Mme la marquise Raversi, par exemple.

On r‚p‚ta trois fois la mˆme piŠce; le prince ‚tait fou de bonheur; mais, un soir, il parut fort soucieux.

- Ou je me trompe fort, dit la grande maŒtresse … sa princesse, ou le Rassi cherche … nous jouer quelque tour; je conseillerais … Votre Altesse d'indiquer un spectacle pour demain; le prince jouera mal, et dans son d‚sespoir, il vous dira quelque chose.

Le prince joua fort mal en effet; on l'entendait … peine, et il ne savait plus terminer ses phrases. A la fin du premier acte, il avait presque les larmes aux yeux; la duchesse se tenait auprŠs de lui, mais froide et immobile. Le prince, se trouvant un instant seul avec elle, dans le foyer des acteurs, alla fermer la porte.

- Jamais, lui dit-il, je ne pourrai jouer le second et le troisiŠme acte, je ne veux pas absolument ˆtre applaudi par complaisance; les applaudissements qu'on me donnait ce soir me fendaient le coeur. Donnez-moi un conseil, que faut-il faire?

- Je vais m'avancer sur la scŠne, faire une profonde r‚v‚rence … Son Altesse, une autre au public, comme un v‚ritable directeur de com‚die, et dire que l'acteur qui jouait le r“le de L‚lio, se trouvant subitement indispos‚, le spectacle se terminera par quelques morceaux de musique. Le comte Rusca et la petite Ghisolfi seront ravis de pouvoir montrer … une aussi brillante assembl‚e leurs petites voix aigrelettes.

Le prince prit la main de la duchesse, et la baisa avec transport.

- Que n'ˆtes-vous un homme, lui dit-il, vous me donneriez un bon conseil: Rassi vient de d‚poser sur mon bureau cent quatre-vingt-deux d‚positions contre les pr‚tendus assassins de mon pŠre. Outre les d‚positions, il y a un acte d'accusation de plus de deux cents pages; il me faut lire tout cela, et, de plus, j'ai donn‚ ma parole de n'en rien dire au comte. Ceci mŠne tout droit … des supplices; d‚j… il veut que je fasse enlever en France, prŠs d'Antibes, Ferrante Palla, ce grand poŠte que j'admire tant. Il est l… sous le nom de Poncet.

- Le jour o— vous ferez pendre un lib‚ral Rassi sera li‚ au ministŠre par des chaŒnes de fer et c'est ce qu'il veut avant tout; mais Votre Altesse ne pourra plus annoncer une promenade deux heures … l'avance. Je ne parlerai ni … la princesse, ni au comte du cri de douleur qui vient de vous ‚chapper; mais, comme d'aprŠs mon serment je ne dois avoir aucun secret pour la princesse, je serais heureuse si Votre Altesse voulait dire … sa mŠre les mˆmes choses qui lui sont ‚chapp‚es avec moi.

Cette id‚e fit diversion … la douleur d'acteur chut‚ qui accablait le souverain.

- Eh bien! allez avertir ma mŠre, je me rends dans son grand cabinet.

Le prince quitta les coulisses, traversa un salon par lequel on arrivait au th‚ƒtre, renvoya d'un air dur le grand chambellan et l'aide de camp de service qui le suivaient; de son c“t‚ la princesse quitta pr‚cipitamment le spectacle; arriv‚e dans le grand cabinet, la grande maŒtresse fit une profonde r‚v‚rence … la mŠre et au fils, et les laissa seuls. On peut juger de l'agitation de la cour, ce sont l… les choses qui la rendent si amusante. Au bout d'une heure le prince lui-mˆme se pr‚senta … la porte du cabinet et appela la duchesse; la princesse ‚tait en larmes, son fils avait une physionomie tout alt‚r‚e.

"Voici des gens faibles qui ont de l'humeur, se dit la grande maŒtresse, et qui cherchent un pr‚texte pour se fƒcher contre quelqu'un. >> D'abord la mŠre et le fils se disputŠrent la parole pour raconter les d‚tails … la duchesse, qui dans ses r‚ponses eut grand soin de ne mettre en avant aucune id‚e. Pendant deux mortelles heures les trois acteurs de cette scŠne ennuyeuse ne sortirent pas des r“les que nous venons d'indiquer. Le prince alla chercher lui-mˆme les deux ‚normes portefeuilles que Rassi avait d‚pos‚s sur son bureau; en sortant du grand cabinet de sa mŠre, il trouva toute la cour qui attendait.

- Allez-vous-en, laissez-moi tranquille! s'‚cria-t-il, d'un ton fort impoli et qu'on ne lui avait Jamais vu.

Le prince ne voulait pas ˆtre aper‡u portant lui-mˆme les deux portefeuilles, un prince ne doit rien porter. Les courtisans disparurent en un clin d'oeil. En repassant, le prince ne trouva plus que les valets de chambre qui ‚teignaient les bougies; il les renvoya avec fureur, ainsi que le pauvre Fontana, aide de camp de service, qui avait eu la gaucherie de rester, par zŠle.

- Tout le monde prend … tƒche de m'impatienter ce soir, dit-il avec humeur … la duchesse, comme il rentrait dans le cabinet.

Il lui croyait beaucoup d'esprit et il ‚tait furieux de ce qu'elle s'obstinait ‚videmment … ne pas ouvrir un avis. Elle, de son c“t‚, ‚tait r‚solue … ne rien dire qu'autant qu'on lui demanderait son avis bien express‚ment. Il s'‚coula encore une grosse demi-heure avant que le prince, qui avait le sentiment de sa dignit‚, se d‚terminƒt … lui dire:

- Mais madame, vous ne dites rien.

- Je suis ici pour servir la princesse, et oublier bien vite ce qu'on dit devant moi.

- Eh bien! madame, dit le prince en rougissant beaucoup, je vous ordonne de me donner votre avis.

- On punit les crimes pour empˆcher qu'ils ne se renouvellent. Le feu prince a-t-il ‚t‚ empoisonn‚? c'est ce qui est fort douteux; a-t-il ‚t‚ empoisonn‚ par les jacobins? c'est ce que Rassi voudrait bien prouver, car alors il devient pour Votre Altesse un instrument n‚cessaire … tout jamais. Dans ce cas, Votre Altesse, qui commence son rŠgne, peut se promettre bien des soir‚es comme celle-ci. Vos sujets disent g‚n‚ralement, ce qui est de toute v‚rit‚, que Votre Altesse a de la bont‚ dans le caractŠre; tant qu'elle n'aura pas fait pendre quelque lib‚ral, elle jouira de cette r‚putation, et bien certainement personne ne songera … lui pr‚parer du poison.

- Votre conclusion est ‚vidente, s'‚cria la princesse avec humeur; vous ne voulez pas que l'on punisse les assassins de mon mari!

- C'est qu'apparemment, madame, je suis li‚e … eux par une tendre amiti‚.

La duchesse voyait dans les yeux du prince qu'il la croyait parfaitement d'accord avec sa mŠre pour lui dicter un plan de conduite. Il y eut entre les deux femmes une succession assez rapide d'aigres reparties, … la suite desquelles la duchesse protesta qu'elle ne dirait plus une seule parole, et elle fut fidŠle … sa r‚solution; mais le prince, aprŠs une longue discussion avec sa mŠre, lui ordonna de nouveau de dire son avis.

- C'est ce que je jure … Vos Altesses de ne point faire!

- Mais c'est un v‚ritable enfantillage! s'‚cria le prince.

- Je vous prie de parler, madame la duchesse dit la princesse d'un air digne.

- C'est ce dont je vous supplie de me dispenser, madame; mais Votre Altesse, ajouta la duchesse en s'adressant au prince, lit parfaitement le fran‡ais; pour calmer nos esprits agit‚s, voudrait-elle nous lire une fable de La Fontaine?

La princesse trouva ce nous fort insolent, mais elle eut l'air … la fois ‚tonn‚ et amus‚, quand la grande maŒtresse, qui ‚tait all‚e du plus grand sang-froid ouvrir la bibliothŠque, revint avec un volume des Fables de La Fontaine t; elle le feuilleta quelques instants, puis dit au prince, en le lui pr‚sentant:

- Je supplie Votre Altesse de lire toute la fable.


LE JARDINIER ET SON SEIGNEUR

Un amateur de jardinage
Demi-bourgeois, demi-manant,
Poss‚dait en certain village
Un jardin assez propre, et le clos attenant.
Il avait de plant vif ferm‚ cette ‚tendue:
L… croissaient … plaisir l'oseille et la laitue,
De quoi faire … Margot pour sa fˆte un bouquet,
Peu de jasmin d'Espagne et force serpolet.
Cette f‚licit‚ par un liŠvre troubl‚e
Fit qu'au seigneur du bourg notre homme se plaignit.
Ce maudit animal vient prendre sa goul‚e
Soir et matin, dit-il, et des piŠges se rit;
Les pierres les bƒtons y perdent leur cr‚dit:
Il est sorcier, je crois - Sorcier! je l'en d‚fie,
Repartit le seigneur: f–t-il diable, Miraut,
En d‚pit de ses tours, l'attrapera bient“t.
Je vous en d‚ferai, bonhomme, sur ma vie.
- Et quand?- Et dŠs demain, sans tarder plus longtemps.
La partie ainsi faite, il vient avec ses gens.
- €…, d‚jeunons, dit-il: vos poulets sont-ils tendres?
L'embarras des chasseurs succŠde au d‚jeuner.
Chacun s'anime et se pr‚pare;
Les trompes et les cors font un tel tintamarre
Que le bonhomme est ‚tonn‚.
Le pis fut que l'on mit en piteux ‚quipage
Le pauvre potager. Adieu planches, carreaux;
Adieu chicor‚e et poireaux;
Adieu de quoi mettre au potage.
Le bonhomme disait: Ce sont l… jeux de prince.
Mais on le laissait dire; et les chiens et les gens
Firent plus de d‚gƒt en une heure de temps
Que n'en auraient fait en cent ans
Tous les liŠvres de la province.
Petits princes, videz vos d‚bats entre vous;
De recourir aux rois vous seriez de grands fous.
Il ne les faut jamais engager dans vos guerres,
Ni les faire entrer sur vos terres.


Cette lecture fut suivie d'un long silence. Le prince se promenait dans le cabinet, aprŠs ˆtre all‚ lui-mˆme remettre le volume … sa place.

- Eh bien! madame, dit la princesse, daignerez-vous parler?

- Non pas, certes, madame! tant que Son Altesse ne m'aura pas nomm‚e ministre; en parlant ici, je courrais risque de perdre ma place de grande maŒtresse.

Nouveau silence d'un gros quart d'heure, enfin la princesse songea au r“le que joua jadis Marie de M‚dicis, mŠre de Louis XIII: tous les jours pr‚c‚dents, la grande maŒtresse avait fait lire par la lectrice l'excellente Histoire de Louis XIII, de M. Bazin. La princesse, quoique fort piqu‚e, pensa que la duchesse pourrait fort bien quitter le pays et alors Rassi, qui lui faisait une peur affreuse pourrait bien imiter Richelieu et la faire exiler par son fils. Dans ce moment, la princesse e–t donn‚ tout au monde pour humilier sa grande maŒtresse mais elle ne pouvait: elle se leva, et vint, avec un sourire un peu exag‚r‚, prendre la main de la duchesse et lui dire:

- Allons, madame, prouvez-moi votre amiti‚ en parlant.

- Eh bien! deux mots sans plus: br–ler, dans la chemin‚e que voil…, tous les papiers r‚unis par cette vipŠre de Rassi, et ne jamais lui avouer qu'on les a br–l‚s.

Elle ajouta tout bas, et d'un air familier, … l'oreille de la princesse

- Rassi peut ˆtre Richelieu!

- Mais, diable! ces papiers me co–tent plus de quatre-vingt mille francs! s'‚cria le prince fƒch‚.

- Mon prince r‚pliqua la duchesse avec ‚nergie, voil… ce qu'il en co–te d'employer des sc‚l‚rats de basse naissance. Pl–t … Dieu que vous puissiez perdre un million, et ne jamais prˆter cr‚ance aux bas coquins qui ont empˆch‚ votre pŠre de dormir pendant les six derniŠres ann‚es de son rŠgne.

Le mot basse naissance avait plu extrˆmement … la princesse, qui trouvait que le comte et son amie avaient une estime trop exclusive pour l'esprit, toujours un peu cousin germain du jacobinisme.

Durant le court moment de profond silence, rempli par les r‚flexions de la princesse, l'horloge du chƒteau sonna trois heures. La princesse se leva, fit une profonde r‚v‚rence … son fils, et lui dit:

- Ma sant‚ ne me permet pas de prolonger davantage la discussion. Jamais de ministre de basse naissance; vous ne m'“terez pas de l'id‚e que votre Rassi vous a vol‚ la moiti‚ de l'argent qu'il vous a fait d‚penser en espionnage.

La princesse prit deux bougies dans les flambeaux et les pla‡a dans la chemin‚e, de fa‡on … ne pas les ‚teindre; puis, s'approchant de son fils, elle ajouta:

- La fable de La Fontaine l'emporte dans mon esprit, sur le juste d‚sir de venger un ‚poux. Votre Altesse veut-elle me permettre de br–ler ces ‚critures?

Le prince restait immobile.

"Sa physionomie est vraiment stupide, se dit la duchesse, le comte a raison: le feu prince ne nous e–t pas fait veiller jusqu'… trois heures du matin avant de prendre un parti. >>

La princesse, toujours debout, ajouta:

- Ce petit procureur serait bien fier, s'il savait que ses paperasses, remplies de mensonges, et arrang‚es pour procurer son avancement, ont fait passer la nuit aux deux plus grands personnages de l'Etat.

Le prince se jeta sur un des portefeuilles comme un furieux, et en vida tout le contenu dans la chemin‚e. La masse des papiers fut sur le point d'‚touffer les deux bougies; l'appartement se remplit de fum‚e. La princesse vit dans les yeux de son fils qu'il ‚tait tent‚ de saisir une carafe et de sauver ces papiers, qui lui co–taient quatre-vingt mille francs.

- Ouvrez donc la fenˆtre! cria-t-elle … la duchesse avec humeur.

La duchesse se hƒta d'ob‚ir; aussit“t tous les papiers s'enflammŠrent … la fois, il se fit un grand bruit dans la chemin‚e, et bient“t il fut ‚vident qu'elle avait pris feu.

Le prince avait l'ƒme petite pour toutes les choses d'argent; il crut voir son palais en flammes, et toutes les richesses qu'il contenait d‚truites; il courut … la fenˆtre et appela la garde d'une voix toute chang‚e. Les soldats en tumulte ‚tant accourus dans la cour … la voix du prince, il revint prŠs de la chemin‚e qui attirait l'air de la fenˆtre ouverte avec un bruit r‚ellement effrayant; il s'impatienta, jura, fit deux ou trois tours dans le cabinet comme un homme hors de lui, et, enfin, sortit en courant.

La princesse et sa grande maŒtresse restŠrent debout, l'une vis-…-vis de l'autre, et gardant un profond silence.

"La colŠre va-t-elle recommencer? se dit la duchesse; ma foi, mon procŠs est gagn‚."Et elle se disposait … ˆtre fort impertinente dans ses r‚pliques, quand une pens‚e l'illumina; elle vit le second portefeuille intact."Non, mon procŠs n'est gagn‚ qu'… moiti‚!"Elle dit … la princesse, d'un air assez froid:

- Madame m'ordonne-t-elle de br–ler le reste de ces papiers?

- Et o— les br–lerez-vous? dit la princesse avec humeur.

- Dans la chemin‚e du salon; en les y jetant l'un aprŠs l'autre, il n'y a pas de danger.

La duchesse pla‡a sous son bras le portefeuille regorgeant de papiers, prit une bougie et passa dans le salon voisin. Elle prit le temps de voir que ce portefeuille ‚tait celui des d‚positions, mit dans son chƒle cinq ou six liasses de papier, br–la le reste avec beaucoup de soin, puis disparut sans prendre cong‚ de la princesse.

"Voici une bonne impertinence, se dit-elle en riant; mais elle a failli, par ses affectations de veuve inconsolable, me faire perdre la tˆte sur un ‚chafaud."

En entendant le bruit de la voiture de la duchesse, la princesse fut outr‚e de colŠre contre sa grande maŒtresse.

Malgr‚ l'heure indue, la duchesse fit appeler le comte; il ‚tait au feu du chƒteau, mais parut bient“t avec la nouvelle que tout ‚tait fini.

- Ce petit prince a r‚ellement montr‚ beaucoup de courage, et je lui en ai fait mon compliment avec effusion.

- Examinez bien vite ces d‚positions, et br–lons-les au plus t“t.

Le comte lut et pƒlit.

- Ma foi, ils arrivaient bien prŠs de la v‚rit‚; cette proc‚dure est fort adroitement faite, ils sont tout … fait sur les traces de Ferrante Palla; et, s'il parle, nous avons un r“le difficile.

- Mais il ne parlera pas, s'‚cria la duchesse c'est un homme d'honneur, celui-l…: br–lons, br–lons.

- Pas encore. Permettez-moi de prendre les noms de douze ou quinze t‚moins dangereux, et que je me permettrai de faire enlever, si jamais le Rassi veut recommencer.

- Je rappellerai … Votre Excellence que le prince a donn‚ sa parole de ne rien dire … son ministre de la justice de notre exp‚dition nocturne.

- Par pusillanimit‚, et de peur d'une scŠne, il la tiendra.

- Maintenant, mon ami, voici une nuit qui avance beaucoup notre mariage; je n'aurais pas voulu vous apporter en dot un procŠs criminel, et encore pour un p‚ch‚ que me fit commettre mon int‚rˆt pour un autre.

Le comte ‚tait amoureux, lui prit la main, s'exclama; il avait les larmes aux yeux.

- Avant de partir, donnez-moi des conseils sur la conduite que je dois tenir avec la princesse; je suis exc‚d‚e de fatigue, j'ai jou‚ une heure la com‚die sur le th‚ƒtre, et cinq heures dans le cabinet.

- Vous vous ˆtes assez veng‚e des propos aigrelets de la princesse, qui n'‚taient que de la faiblesse, par l'impertinence de votre sortie. Reprenez demain avec elle sur le ton que vous aviez ce matin; le Rassi n'est pas encore en prison ou exil‚, nous n'avons pas encore d‚chir‚ la sentence de Fabrice.

"Vous demandiez … la princesse de prendre une d‚cision, ce qui donne toujours de l'humeur aux princes et mˆme aux premiers ministres; enfin vous ˆtes sa grande maŒtresse, c'est-…-dire sa petite servante. Par un retour, qui est immanquable chez les gens faibles, dans trois jours le Rassi sera plus en faveur que jamais; il va chercher … faire pendre quelqu'un: tant qu'il n'a pas compromis le prince, il n'est s–r de rien.

"Il y a eu un homme bless‚ … l'incendie de cette nuit; c'est un tailleur, qui a, ma foi, montr‚ une intr‚pidit‚ extraordinaire. Demain, je vais engager le prince … s'appuyer sur mon bras, et … venir avec moi faire une visite au tailleur, je serai arm‚ jusqu'aux dents et j'aurai l'oeil au guet; d'ailleurs ce jeune prince n'est point encore ha‹. Moi je veux l'accoutumer … se promener dans les rues c'est un tour que je joue au Rassi, qui certainement va me succ‚der, et ne pourra plus permettre de telles imprudences. En revenant de chez le tailleur, je ferai passer le prince devant la statue de son pŠre; il remarquera les coups de pierre qui ont cass‚ le jupon … la romaine dont le nigaud de statuaire l'a affubl‚; et, enfin, le prince aura bien peu d'esprit si de lui-mˆme il ne fait pas cette r‚flexion: "Voil… ce qu'on gagne … faire pendre des jacobins."A quoi je r‚pliquerai: "Il faut en pendre dix mille ou pas un: la Saint-Barth‚lemy a d‚truit les protestants en France."

"Demain, chŠre amie, avant ma promenade, faites-vous annoncer chez le prince, et dites-lui: "Hier soir, j'ai fait auprŠs de vous le service de ministre, je vous ai donn‚ des conseils, et, par vos ordres, j'ai encouru le d‚plaisir de la princesse, il faut que vous me payiez."Il s'attendra … une demande d'argent, et froncera le sourcil, vous le laisserez plong‚ dans cette id‚e malheureuse le plus longtemps que vous pourrez, puis vous direz: "Je prie Votre Altesse d'ordonner que Fabrice soit jug‚ contradictoirement (ce qui veut dire lui pr‚sent) par les douze juges les plus respect‚s de vos Etats."Et, sans perdre de temps, vous lui pr‚senterez … signer une petite ordonnance ‚crite de votre belle main, et que je vais vous dicter; je vais mettre. bien entendu, la clause que la premiŠre sentence est annul‚e. A cela, il n'y a qu'une objection; mais, si vous menez l'affaire chaudement, elle ne viendra pas … l'esprit du prince. Il peut vous dire: "Il faut que Fabrice se constitue prisonnier … la citadelle."A quoi vous r‚pondrez: "Il se constituera prisonnier … la prison de la ville (vous savez que j'y suis le maŒtre, tous les soirs, votre neveu viendra vous voir)."Si le prince vous r‚pond: "Non, sa fuite a ‚corn‚ l'honneur de ma citadelle, et je veux, pour la forme, qu'il rentre dans la chambre o— il ‚tait"vous r‚pondrez … votre tour: "Non, car l… il serait … la disposition de mon ennemi Rassi."Et, par une de ces phrases de femme que vous savez si bien lancer, vous lui ferez entendre que, pour fl‚chir Rassi, vous pourrez bien lui raconter l'auto-da-f‚ de cette nuit; s'il insiste, vous annoncerez que vous allez passer quinze jours … votre chƒteau de Sacca.

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